Violons d'enfer (+bonus DVD)
Vendu à plus de 50 000 exemplaires, cet album d'Angèle Dubeau et La Pietà vous fera découvrir une sélection d'oeuvres classiques et populaires sur le thème du diable...

L'ensemble interprète de façon magistrale l'harmonieuse combinaison d'un programme des plus virtuoses à un répertoire populaire. Un album qui saura plaire à tous.


"Pour lors que je vais vous raconter une rôdeuse d'histoire, dans le fin fil; mais s'il y a parmi vous autres des lurons qui auraient envie de courir la chasse-galerie ou le loup-garou, je vous avertis qu'ils font mieux d'aller voir dehors si les chats-huants font le sabbat, car je vais commencer mon histoire en faisant un grand signe de croix pour chasser le diable et ses diablotins. J'en ai eu assez de ces maudits-là dans mon jeune temps."
Honoré Beaugrand, La Chasse-galerie, 1891.


Depuis la nuit des temps, la musique entretient avec le monde des ténèbres et la magie noire des rapports fascinants et singuliers. L'homme préhistorique cherchait déjà à se rendre favorables les puissances telluriques par l'appel obsédant des tambours et des chants incantatoires. Au Moyen Âge, les forces maléfiques et le Prince des Ténèbres lui-même étaient souventes fois conjurés, voire ridiculisés, sur le parvis des églises lors de la présentation de mystères et de faux sabbats, accompagnés de musique. Si, aux époques baroque et classique, le diable avait pris en musique les traits d'une figure presque mythologique, le mouvement romantique chez certains de ses adeptes en a fait un confident et un intime, l'élevant presque au rang de muse.

Mais l'imagination, les légendes et les contes populaires ont de tout temps eu du démon une vision plus sympathique; il est toujours l'ennemi de Dieu, mais on lui trouve plutôt des allures de mauvais garçon; il est fêtard, violoneux, gigueux, presque bon diable… On lui tire la queue, on le plonge dans le bénitier, on le voit battre sa femme et marier sa fille, on le trouve beau, grand ou pauvre…


Au Québec, nos Aubert de Gaspé père et fils, Fréchette, Beaugrand — grands conteurs devant l'Éternel — lui ont réservé leurs pages les plus divertissantes. "Divertissant", le mot est lancé. La grande variété de musiques présentée sur ce disque vise moins à exorciser comme tel que de se jouer du Malin. Ces pièces, pour la plupart de haute voltige, virtuoses — de véritables diableries —, se rient de lui ou tirent de son évocation des sonorités envoûtantes, ensorceleuses.

La thématique du disque est loin d'être un hommage au diable en personne; il s'agit plutôt d'un hommage, par ces dames de La Pietà (qui ne sont en rien des diablesses), à l'invention de tous ces merveilleux musiciens — ces diables d'hommes — qui ont su s'inspirer d'un thème si riche, un thème qui a alimenté l'imaginaire et suscité le génie dans un registre à la fois spectaculaire et magique.


Le Diable et le violon


De tous les instruments, le violon est sans doute celui qui a le plus souvent été associé au diable. Que de gravures nous sont parvenues nous montrant le violon au service des forces occultes, tantôt aux mains du diable lui-même jouant en songe pour Tartini ou encore animant aux accents d'un reel quelque nuit de Walpurgis campagnarde, tantôt manié par un Paganini démentiel accompagnant une ronde de sorcières, pour ne citer que quelques exemples.

La genèse de la sonate pour violon et continuo de Giuseppe Tartini (1692-1770) connue sous le nom de Trille du diable est entourée d'une légende assez fantastique, qu'il vaut la peine de reprendre ici en entier. L'astronome français Jérôme de Lalande cite une lettre de Tartini dans son ouvrage Voyage d'un François en Italie (1769): "Une nuit, c'était en 1713 [date assurément erronée: pour des raisons stylistiques, la sonate qui nous est parvenue peut difficilement dater d'avant 1745], je rêvai que j'avais fait un pacte et que le diable était à mon service. Tout réussissait au gré de mes désirs et mes volontés étaient toujours prévenues par mon nouveau domestique. J'imaginai de lui donner mon violon, pour voir s'il parviendrait à me jouer quelques beaux airs.

Quel fut mon étonnement lorsque j'entendis une sonate si singulière et si belle, exécutée avec tant de supériorité et d'intelligence, que je n'avais même rien conçu qui pût lui être comparé! J'éprouvai tant de surprise, de ravissement et de plaisir, que j'en perdis la respiration. Je fus réveillé par cette violente sensation et je pris à l'instant mon violon dans l'espoir de retrouver une partie de ce que je venais d'entendre: ce fut en vain. La pièce que je composai alors est, à la vérité, la meilleure que j'aie jamais faite et je l'appelle encore la Sonate du diable. Mais elle est si fort au-dessous de ce qui m'avait frappé que j'eusse brisé mon violon et abandonné la musique, si j'avais été en état de m'en passer."

Il n'existe pas de manuscrit autographe de la sonate, mais Jean-Baptiste Cartier, dans une note introduisant la première édition de l'œuvre dans son traité L'Art du violon (1798), rajoute à la légende en rapportant que l'école italienne du violon donnait à la sonate le titre qu'on lui connaît "d'après le rêve du Maître, qui disait avoir vu le diable au pied de son lit exécutant le trille écrit dans le morceau final de cette sonate." Nous l'entendons ici dans un brillant arrangement pour cordes et piano de Louise-Andrée Baril.

Nicolò Paganini (1782-1840) avait eu semble-t-il non moins maille à partir avec le démon: il se prétendait fils d'incube, aurait confié à l'écrivain allemand Heinrich Heine que le diable le menait par la main et l'Église lui refusa des obsèques religieuses le considérant comme un renégat impénitent. Et pourtant, il fut un dieu du violon, repoussant toujours plus loin les limites techniques de l'instrument; ses œuvres sont redoutables, d'une difficulté diabolique — mais séduisent immanquablement. Le Caprice no 24 tiré de son opus 1 (v. 1805), à l'origine pour violon seul, constitue l'un des exemples les plus éloquents de son art étincelant. Cette pièce proprement ahurissante a su par son caractère virtuose subjuguer certains des plus grands compositeurs, tels Brahms et Rachmaninov, qui lui ont rendu l'hommage de s'en inspirer. Le présent arrangement pour 4 violons et 2 violoncelles se fonde sur celui pour violon et piano réalisé en 1918 par le compositeur polonais Karol Szymanowski (1882-1937). On y retrouve au violon Angèle Dubeau, Julie Triquet, Véronica Thomas et Noémie Racine, et au violoncelle Thérèse Motard et Carole Bogenez.

Quant au fameux Reel du diable, quelle autre pièce s'attendrait-on à entendre jouée par un mystérieux violoneux vêtu de noir, juste après le coup de minuit, lors d'une fête du Mardi-Gras à la campagne?


Le Diable et la danse


La danse, apparemment, réjouit le diable autant que ceux et celles qui s'y adonnent, mais pas nécessairement pour les mêmes raisons. "Partout où l'on danse lascivement, le diable se trouve", mettait en garde saint Jean Chrysostome… Nous savons par ailleurs que les suppôts de Satan de tout acabit ont une forte prédilection pour la danse: pensons à toutes ces danses macabres, ces rondes funestes de monstres et de démons, comme celle qui nous effraya tant dans notre jeunesse à la fin du film Fantasia de Disney, sur la musique d'Une Nuit sur le Mont Chauve de Moussorgski. Or, comme dans le film, les enfers finissent toujours par ravaler ces diables, les squelettes regagnent tous leurs tombes et le jour naissant paraît d'autant plus prometteur.

C'est ainsi que dans El Amor Brujo (L'Amour sorcier) du compositeur espagnol Manuel de Falla (1876-1946), après une nuit de sortilèges, d'incantations et de danses invocatoires, les amants séparés par la mort se retrouvent, réconciliés, au petit matin. Les extraits entendus ici ont été arrangés pour cordes et piano par le compositeur lui-même, d'abord en 1915, peu après la création de la gitanería, puis révisé en 1926, l'année suivant la première du ballet définitif.

Camille Saint-Saëns (1835-1921) évoque un semblable monde infernal et tourbillonnant dans son magnifique poème symphonique Danse macabre, op. 40 (1874). Mais, comme pour dissiper ici aussi les flammes des géhennes, il en réalisa une version grotesque sous le titre Fossiles dans son populaire Carnaval des animaux (1886), une farce privée dont le sérieux homme était assez embarrassé. Notez ici le cliquetis des ossements, rendu par la technique du col legno, qui consiste à frapper la corde avec le bois de l'archet.


Le Diable à l'opéra


Le diable a toujours su faire une entrée remarquée sur la scène lyrique, depuis Haendel jusqu'à Busoni. Son incarnation privilégiée y a certainement été sous les traits de Méphistophélès, mais on le retrouve, lui, ses acolytes et ses apôtres, presque partout où les machinistes de l'opéra ont eu l'occasion de faire surgir flammes et fumée. Ici, cependant, il a été décidé d'évacuer toute odeur de souffre pour faire place non plus à l'enfer, mais à une parodie des enfers mythologiques. Et c'est avec un "galop infernal" — un cancan — que le spirituel Jacques Offenbach (1819-1880) nous présente le monde des divinités antiques.

Bien que cette célèbre Ouverture pour l'opéra-bouffe Orphée aux enfers ne soit pas d'Offenbach — elle fut vraisemblablement composée par href="http://www.analekta.com/fr/artistes/Carl-Binder.58.html"> Carl Binder (1816-1860) pour une production à Vienne en 1860 — les mélodies inoubliables sont bien du facétieux et génial Français d'adoption.

Le Diable classique


La musique instrumentale classique a aussi fait une large place au diable, qui y a acquis ses lettres de noblesse, pour ainsi dire. Boccherini, Berlioz, Schumann, Liszt , Smetana, Dukas, tous se sont frottés au ténébreux personnage et nous ont livré des chefs-d'œuvre.

Du compositeur et violoncelliste italien Luigi Boccherini (1743-1805) nous vient cette œuvre captivante mais peu connue, la symphonie op. 12, no 4 sous-titrée Nella casa del diavolo (Dans la maison du diable), dont on présente ici le troisième et dernier mouvement. Celui-ci s'ouvre sur une introduction lente, identique à celle du premier mouvement, qui s'enchaîne avec un Allegro con molto plein de rebondissements. Cet allegro a ceci de remarquable qu'il est une parodie d'un mouvement du ballet Don Juan de Gluck, mieux connu comme la " Danse des furies " tirée de son opéra Orphée.

Franz Liszt (1811-1886) nous livre avec sa Valse Mephisto no 1 l'une de ses plus impressionnantes moutures sur le thème de Faust. Écrite à l'origine pour grand orchestre en 1861, il en a réalisé deux transcriptions, l'une pour piano seul, l'autre pour piano quatre mains.

Le Diable au 20e siècle


On s'en doute, le diable n'a pas pris congé au 20e siècle. Il s'y est d'ailleurs particulièrement distingué… mais oublions les sujets graves et tournons-nous vers la musique, où le diable a connu au 20e siècle une vie bien féconde, notamment dans le rock'n'roll.

On a souvent cherché à établir des liens entre le rock'n'roll et le satanisme, mais la plupart du temps, Lucifer y tient le même rôle qu'il a toujours habituellement tenu dans les arts: celui d'exutoire ou d'archétype. C'est le cas, à notre avis, des chansons du groupe britannique les Rolling Stones qui lui accordent une place.

De ce groupe formé à Londres en 1962, et qui est toujours actif (!), on présente ici un savant amalgame des chansons Paint it Black (1966) et Sympathy for the Devil (1968).

François Dompierre, quant à lui, nous parle du diable à sa façon: il le voit, au cinéma, sous les traits d'un chat dans sa musique pour Le Matou (1990), d'après l'œuvre d'Yves Beauchemin, puis dans les tournures et les atmosphères inquiétantes de la musique d' Ennio Morricone pour Il était une fois dans l'ouest (1968). Et il nous fait découvrir enfin sa singulière et provocante beauté dans une œuvre dont le thème le hante depuis longtemps, et qu'il composa spécialement pour La Pietà: Les Beautés du diable.


© Jacques-André Houle
Date de sortie:
21 octobre 2003
Numéro d'album:
AN 2 8723
Téléchargez l'album
Achetez l'album

Violons d'enfer (+bonus DVD)

Saint-Saëns, Camille (1835 - 1921)
Danse Macabre
1
Danse Macabre
1,99 $
6:56
Binder, Carl (1816 - 1860)
Ouverture "Orphée aux enfers" (Jacques Offenbach)
2
Allegro confuoco - Lento - Allegro vivace - Andante
1,99 $
7:37
3
Allegro
0,99 $
2:00
Tartini, Giuseppe (1692 - 1770)
Le Trille du diable
4
I. Larghetto affettuoso
0,99 $
2:51
5
II. Allegro energico; III. Grave - Allegro assai
1,99 $
9:21
Dompierre, François (1943 - )
Les Beautés du diable
6
Les Beautés du diable
0,99 $
3:11
de Falla, Manuel (1876 - 1946)
El Amor Brujo
7
Pantomima
0,99 $
4:21
8
Danza ritual del fuego
0,99 $
3:44
Liszt, Franz (1811 - 1886)
Valse Mephisto no1
9
Valse Mephisto no1
1,99 $
8:53
Dompierre, François (1943 - )
Le Diable matou
10
Le Diable matou
0,99 $
4:14
Paganini, Nicolò (1782 - 1840)
Caprice no24
11
Caprice no24
1,99 $
5:37
Anonyme/Anonymous,
Le Reel du diable
12
Le Reel du diable
0,99 $
2:42
Boccherini, Luigi (1743 - 1805)
Sinfonia op.12 no4 "Nella casa del diavolo"
13
Andante sostenuto
0,99 $
1:52
14
Allegro con molto
0,99 $
3:58
Rolling Stones, The
Sympathy for a Devil Painted in Black
15
Sympathy for a Devil Painted in Black
0,99 $
3:55
Morricone, Ennio (1928 - )
Il était une fois... le diable
16
Il était une fois... le diable
0,99 $
4:33
*Tous les prix sont en devise canadienne.

Achat sécurisé, sans tracas et téléchargement facile.

Nous acceptons les cartes de crédit Visa et Mastercard. Vos données ne sont pas partagées et leur stockage répond aux normes de sécurité les plus elevées.

Téléchargement légal, directement du producteur, sans DRM.

En téléchargeant la musique sur le site d’Analekta, vous évitez les intermédiaires et vous vous assurez d’avoir la meilleure qualité sonore possible.

Des questions? Notre service à la clientèle est là!

Notre page d’aide pratique est consacrée au magasinage sur Analekta.com et notre FAQ répond à la plupart des questions courantes. Sinon, contactez-nous par courriel.
Réponse dans les 24 heures (sauf durant les weekends et les jours fériés).

Violons d'enfer (+bonus DVD)

Numéro d'album: AN 2 8723
Date de sortie: 21 octobre 2003

Période(s): ClassiqueRomantiqueContemporainAutresDivers

Genre(s): Musique de chambreViolon

Compositeurs:
Divers / Misc., | Binder, Carl | Boccherini, Luigi | de Falla, Manuel | Dompierre, François | Liszt, Franz | Morricone, Ennio | Paganini, Nicolò | Rolling Stones, The | Saint-Saëns, Camille | Tartini, Giuseppe

Interprètes:
Angèle Dubeau & La Pietà, | Dubeau, Angèle | Baril , Louise-Andrée



Vendu à plus de 50 000 exemplaires, cet album d'Angèle Dubeau et La Pietà vous fera découvrir une sélection d'oeuvres classiques et populaires sur le thème du diable...

L'ensemble interprète de façon magistrale l'harmonieuse combinaison d'un programme des plus virtuoses à un répertoire populaire. Un album qui saura plaire à tous.


"Pour lors que je vais vous raconter une rôdeuse d'histoire, dans le fin fil; mais s'il y a parmi vous autres des lurons qui auraient envie de courir la chasse-galerie ou le loup-garou, je vous avertis qu'ils font mieux d'aller voir dehors si les chats-huants font le sabbat, car je vais commencer mon histoire en faisant un grand signe de croix pour chasser le diable et ses diablotins. J'en ai eu assez de ces maudits-là dans mon jeune temps."
Honoré Beaugrand, La Chasse-galerie, 1891.


Depuis la nuit des temps, la musique entretient avec le monde des ténèbres et la magie noire des rapports fascinants et singuliers. L'homme préhistorique cherchait déjà à se rendre favorables les puissances telluriques par l'appel obsédant des tambours et des chants incantatoires. Au Moyen Âge, les forces maléfiques et le Prince des Ténèbres lui-même étaient souventes fois conjurés, voire ridiculisés, sur le parvis des églises lors de la présentation de mystères et de faux sabbats, accompagnés de musique. Si, aux époques baroque et classique, le diable avait pris en musique les traits d'une figure presque mythologique, le mouvement romantique chez certains de ses adeptes en a fait un confident et un intime, l'élevant presque au rang de muse.

Mais l'imagination, les légendes et les contes populaires ont de tout temps eu du démon une vision plus sympathique; il est toujours l'ennemi de Dieu, mais on lui trouve plutôt des allures de mauvais garçon; il est fêtard, violoneux, gigueux, presque bon diable… On lui tire la queue, on le plonge dans le bénitier, on le voit battre sa femme et marier sa fille, on le trouve beau, grand ou pauvre…


Au Québec, nos Aubert de Gaspé père et fils, Fréchette, Beaugrand — grands conteurs devant l'Éternel — lui ont réservé leurs pages les plus divertissantes. "Divertissant", le mot est lancé. La grande variété de musiques présentée sur ce disque vise moins à exorciser comme tel que de se jouer du Malin. Ces pièces, pour la plupart de haute voltige, virtuoses — de véritables diableries —, se rient de lui ou tirent de son évocation des sonorités envoûtantes, ensorceleuses.

La thématique du disque est loin d'être un hommage au diable en personne; il s'agit plutôt d'un hommage, par ces dames de La Pietà (qui ne sont en rien des diablesses), à l'invention de tous ces merveilleux musiciens — ces diables d'hommes — qui ont su s'inspirer d'un thème si riche, un thème qui a alimenté l'imaginaire et suscité le génie dans un registre à la fois spectaculaire et magique.


Le Diable et le violon


De tous les instruments, le violon est sans doute celui qui a le plus souvent été associé au diable. Que de gravures nous sont parvenues nous montrant le violon au service des forces occultes, tantôt aux mains du diable lui-même jouant en songe pour Tartini ou encore animant aux accents d'un reel quelque nuit de Walpurgis campagnarde, tantôt manié par un Paganini démentiel accompagnant une ronde de sorcières, pour ne citer que quelques exemples.

La genèse de la sonate pour violon et continuo de Giuseppe Tartini (1692-1770) connue sous le nom de Trille du diable est entourée d'une légende assez fantastique, qu'il vaut la peine de reprendre ici en entier. L'astronome français Jérôme de Lalande cite une lettre de Tartini dans son ouvrage Voyage d'un François en Italie (1769): "Une nuit, c'était en 1713 [date assurément erronée: pour des raisons stylistiques, la sonate qui nous est parvenue peut difficilement dater d'avant 1745], je rêvai que j'avais fait un pacte et que le diable était à mon service. Tout réussissait au gré de mes désirs et mes volontés étaient toujours prévenues par mon nouveau domestique. J'imaginai de lui donner mon violon, pour voir s'il parviendrait à me jouer quelques beaux airs.

Quel fut mon étonnement lorsque j'entendis une sonate si singulière et si belle, exécutée avec tant de supériorité et d'intelligence, que je n'avais même rien conçu qui pût lui être comparé! J'éprouvai tant de surprise, de ravissement et de plaisir, que j'en perdis la respiration. Je fus réveillé par cette violente sensation et je pris à l'instant mon violon dans l'espoir de retrouver une partie de ce que je venais d'entendre: ce fut en vain. La pièce que je composai alors est, à la vérité, la meilleure que j'aie jamais faite et je l'appelle encore la Sonate du diable. Mais elle est si fort au-dessous de ce qui m'avait frappé que j'eusse brisé mon violon et abandonné la musique, si j'avais été en état de m'en passer."

Il n'existe pas de manuscrit autographe de la sonate, mais Jean-Baptiste Cartier, dans une note introduisant la première édition de l'œuvre dans son traité L'Art du violon (1798), rajoute à la légende en rapportant que l'école italienne du violon donnait à la sonate le titre qu'on lui connaît "d'après le rêve du Maître, qui disait avoir vu le diable au pied de son lit exécutant le trille écrit dans le morceau final de cette sonate." Nous l'entendons ici dans un brillant arrangement pour cordes et piano de Louise-Andrée Baril.

Nicolò Paganini (1782-1840) avait eu semble-t-il non moins maille à partir avec le démon: il se prétendait fils d'incube, aurait confié à l'écrivain allemand Heinrich Heine que le diable le menait par la main et l'Église lui refusa des obsèques religieuses le considérant comme un renégat impénitent. Et pourtant, il fut un dieu du violon, repoussant toujours plus loin les limites techniques de l'instrument; ses œuvres sont redoutables, d'une difficulté diabolique — mais séduisent immanquablement. Le Caprice no 24 tiré de son opus 1 (v. 1805), à l'origine pour violon seul, constitue l'un des exemples les plus éloquents de son art étincelant. Cette pièce proprement ahurissante a su par son caractère virtuose subjuguer certains des plus grands compositeurs, tels Brahms et Rachmaninov, qui lui ont rendu l'hommage de s'en inspirer. Le présent arrangement pour 4 violons et 2 violoncelles se fonde sur celui pour violon et piano réalisé en 1918 par le compositeur polonais Karol Szymanowski (1882-1937). On y retrouve au violon Angèle Dubeau, Julie Triquet, Véronica Thomas et Noémie Racine, et au violoncelle Thérèse Motard et Carole Bogenez.

Quant au fameux Reel du diable, quelle autre pièce s'attendrait-on à entendre jouée par un mystérieux violoneux vêtu de noir, juste après le coup de minuit, lors d'une fête du Mardi-Gras à la campagne?


Le Diable et la danse


La danse, apparemment, réjouit le diable autant que ceux et celles qui s'y adonnent, mais pas nécessairement pour les mêmes raisons. "Partout où l'on danse lascivement, le diable se trouve", mettait en garde saint Jean Chrysostome… Nous savons par ailleurs que les suppôts de Satan de tout acabit ont une forte prédilection pour la danse: pensons à toutes ces danses macabres, ces rondes funestes de monstres et de démons, comme celle qui nous effraya tant dans notre jeunesse à la fin du film Fantasia de Disney, sur la musique d'Une Nuit sur le Mont Chauve de Moussorgski. Or, comme dans le film, les enfers finissent toujours par ravaler ces diables, les squelettes regagnent tous leurs tombes et le jour naissant paraît d'autant plus prometteur.

C'est ainsi que dans El Amor Brujo (L'Amour sorcier) du compositeur espagnol Manuel de Falla (1876-1946), après une nuit de sortilèges, d'incantations et de danses invocatoires, les amants séparés par la mort se retrouvent, réconciliés, au petit matin. Les extraits entendus ici ont été arrangés pour cordes et piano par le compositeur lui-même, d'abord en 1915, peu après la création de la gitanería, puis révisé en 1926, l'année suivant la première du ballet définitif.

Camille Saint-Saëns (1835-1921) évoque un semblable monde infernal et tourbillonnant dans son magnifique poème symphonique Danse macabre, op. 40 (1874). Mais, comme pour dissiper ici aussi les flammes des géhennes, il en réalisa une version grotesque sous le titre Fossiles dans son populaire Carnaval des animaux (1886), une farce privée dont le sérieux homme était assez embarrassé. Notez ici le cliquetis des ossements, rendu par la technique du col legno, qui consiste à frapper la corde avec le bois de l'archet.


Le Diable à l'opéra


Le diable a toujours su faire une entrée remarquée sur la scène lyrique, depuis Haendel jusqu'à Busoni. Son incarnation privilégiée y a certainement été sous les traits de Méphistophélès, mais on le retrouve, lui, ses acolytes et ses apôtres, presque partout où les machinistes de l'opéra ont eu l'occasion de faire surgir flammes et fumée. Ici, cependant, il a été décidé d'évacuer toute odeur de souffre pour faire place non plus à l'enfer, mais à une parodie des enfers mythologiques. Et c'est avec un "galop infernal" — un cancan — que le spirituel Jacques Offenbach (1819-1880) nous présente le monde des divinités antiques.

Bien que cette célèbre Ouverture pour l'opéra-bouffe Orphée aux enfers ne soit pas d'Offenbach — elle fut vraisemblablement composée par href="http://www.analekta.com/fr/artistes/Carl-Binder.58.html"> Carl Binder (1816-1860) pour une production à Vienne en 1860 — les mélodies inoubliables sont bien du facétieux et génial Français d'adoption.

Le Diable classique


La musique instrumentale classique a aussi fait une large place au diable, qui y a acquis ses lettres de noblesse, pour ainsi dire. Boccherini, Berlioz, Schumann, Liszt , Smetana, Dukas, tous se sont frottés au ténébreux personnage et nous ont livré des chefs-d'œuvre.

Du compositeur et violoncelliste italien Luigi Boccherini (1743-1805) nous vient cette œuvre captivante mais peu connue, la symphonie op. 12, no 4 sous-titrée Nella casa del diavolo (Dans la maison du diable), dont on présente ici le troisième et dernier mouvement. Celui-ci s'ouvre sur une introduction lente, identique à celle du premier mouvement, qui s'enchaîne avec un Allegro con molto plein de rebondissements. Cet allegro a ceci de remarquable qu'il est une parodie d'un mouvement du ballet Don Juan de Gluck, mieux connu comme la " Danse des furies " tirée de son opéra Orphée.

Franz Liszt (1811-1886) nous livre avec sa Valse Mephisto no 1 l'une de ses plus impressionnantes moutures sur le thème de Faust. Écrite à l'origine pour grand orchestre en 1861, il en a réalisé deux transcriptions, l'une pour piano seul, l'autre pour piano quatre mains.

Le Diable au 20e siècle


On s'en doute, le diable n'a pas pris congé au 20e siècle. Il s'y est d'ailleurs particulièrement distingué… mais oublions les sujets graves et tournons-nous vers la musique, où le diable a connu au 20e siècle une vie bien féconde, notamment dans le rock'n'roll.

On a souvent cherché à établir des liens entre le rock'n'roll et le satanisme, mais la plupart du temps, Lucifer y tient le même rôle qu'il a toujours habituellement tenu dans les arts: celui d'exutoire ou d'archétype. C'est le cas, à notre avis, des chansons du groupe britannique les Rolling Stones qui lui accordent une place.

De ce groupe formé à Londres en 1962, et qui est toujours actif (!), on présente ici un savant amalgame des chansons Paint it Black (1966) et Sympathy for the Devil (1968).

François Dompierre, quant à lui, nous parle du diable à sa façon: il le voit, au cinéma, sous les traits d'un chat dans sa musique pour Le Matou (1990), d'après l'œuvre d'Yves Beauchemin, puis dans les tournures et les atmosphères inquiétantes de la musique d' Ennio Morricone pour Il était une fois dans l'ouest (1968). Et il nous fait découvrir enfin sa singulière et provocante beauté dans une œuvre dont le thème le hante depuis longtemps, et qu'il composa spécialement pour La Pietà: Les Beautés du diable.


© Jacques-André Houle
1
Divers / Misc.,
Saint-Saëns, Camille (1835 - 1921)
Danse Macabre
6:56
2
Divers / Misc.,
Rolling Stones, The
Sympathy for a Devil Painted in Black
3:55
3
Divers / Misc.,
Boccherini, Luigi (1743 - 1805)
Sinfonia op.12 no4 "Nella casa del diavolo"
1:52
4
Divers / Misc.,
Boccherini, Luigi (1743 - 1805)
Sinfonia op.12 no4 "Nella casa del diavolo"
3:58
5
Divers / Misc.,
Anonyme/Anonymous,
Le Reel du diable
2:42
6
Divers / Misc.,
Paganini, Nicolò (1782 - 1840)
Caprice no24
5:37
7
Divers / Misc.,
Dompierre, François (1943 - )
Le Diable matou
4:14
8
Divers / Misc.,
Liszt, Franz (1811 - 1886)
Valse Mephisto no1
8:53
9
Divers / Misc.,
de Falla, Manuel (1876 - 1946)
El Amor Brujo
4:21
10
Divers / Misc.,
de Falla, Manuel (1876 - 1946)
El Amor Brujo
3:44
11
Divers / Misc.,
Dompierre, François (1943 - )
Les Beautés du diable
3:11
12
Divers / Misc.,
Tartini, Giuseppe (1692 - 1770)
Le Trille du diable
2:51
13
Divers / Misc.,
Tartini, Giuseppe (1692 - 1770)
Le Trille du diable
9:21
14
Divers / Misc.,
Binder, Carl (1816 - 1860)
Ouverture "Orphée aux enfers" (Jacques Offenbach)
7:37
15
Divers / Misc.,
Binder, Carl (1816 - 1860)
Ouverture "Orphée aux enfers" (Jacques Offenbach)
2:00
16
Divers / Misc.,
Morricone, Ennio (1928 - )
Il était une fois... le diable
4:33