Adagio

ADAGIO


A CONSIDERATION OF A SERIOUS MATTER
Charles Ives a donné deux titres à sa plus célèbre composition. La pièce connue en général sous le nom de The Unanswered Question, qui comprend un appel de trompette réitérant la même question sérieuse sept fois, a été également inscrite au catalogue par le compositeur sous le titre A Consideration of a Serious Matter (Une réflexion de nature sérieuse).

Ce merveilleux titre est rapidement devenu le fil conducteur de notre enregistrement d’adagios à travers les siècles. Articulé autour de la triste, pourtant mystérieusement joyeuse, aria Ich habe genug, un tableau coloré formé d’oeuvres chorales et orchestrales s’est dessiné, possédant un dénominateur commun : elles se veulent toutes des méditations sur les questions fondamentales de la vie et de la mort et expriment quelque chose qu’il serait impossible de transmettre en mots.

Alors que nous enregistrions cet album, nous avions l’impression que les diverses pièces « réagissaient » les unes aux autres, un peu comme si les compositeurs avaient entretenu une intense conversation à travers les siècles, faisant fi des obstacles temporels.

Explosion de désespoir absolu, le Miserere de 1738 de Jan Dismas Zelenka trouve un écho lointain deux siècles plus tard dans The Unanswered Question de Charles Ives. Selon le compositeur américain, le quatuor d’instruments à vent révèle l’agitation croissante d’êtres humains devenant de plus en plus troublés alors qu’ils doivent faire face à l’inexorabilité du destin, constat restitué par les sonorités éthérées des cordes.

À travers l’histoire, les compositeurs ont tenté d’exprimer en musique la souffrance humaine apparemment sans fin. Les exemples contenus ici comptent parmi les plus puissantes explorations de cet espace affectif.

Sepulto Dominum de Jan Dismas Zelenka et le dramatique tollé Plorate Israel nous transportent dans un monde dans lequel, devant la mort, des paroles ultimes sont prononcées. Le célèbre Miserere de Gregorio Allegri, partition tenue secrète par le Vatican dans un effort de détenir le contrôle exclusif de cette intense page musicale, marie le chant grégorien médiéval à une écriture particulièrement expressive de style madrigal. Terminant sur un glorieux do aigu, la partie de soprano se veut le symbole d’un monde au-delà de celui en trois dimensions perceptible par les sens, que nous considérons (à tort !) la seule réalité.

Dans une fascinante tentative de comprendre la musique d’un point de vue mathématique, le compositeur et théoricien Dmitri Tymoczko a réussi à prouver très récemment que les harmonies du Prélude en mi mineur de Frédéric Chopin se mouvaient déjà dans un espace quadridimensionnel à une époque (le 19e siècle) où les mathématiciens commençaient à peine à contempler l’existence d’autres dimensions. La physique moderne pense que notre univers pourrait contenir pas moins de 11 dimensions cachées et il reste profondément inspirant de réaliser qu’un compositeur comme Chopin était à l’avant-garde artistique et scientifique alors qu’il explorait la beauté d’une dimension existant au-delà de notre monde sensible. Selon ses instructions, la pièce a été jouée lors de ses funérailles, ainsi que le Requiem de Mozart.

Dans une volonté de ramener l’« Adagio d’Albinoni » à ses origines baroques, nous nous sommes permis de recomposer la version du 20e siècle de Giazotto en nous appuyant sur la ligne de basse originale du compositeur baroque.

Bien sûr, la notion de musique baroque de Giazotto diffère complètement de celle que nous adoptons aujourd’hui et l’attention que nous avons portée aux éléments essentiels du style baroque, juxtaposée à une volonté de préserver autant de romantisme de Giazotto que possible, s’est révélée un défi intéressant.

Qu’aurait pensé Erik Satie de notre utilisation d’instruments baroques tout au long de l’enregistrement, peu importe la période de composition des pièces interprétées ? Ce compositeur énigmatique et plein d’esprit, qui habitait dans une petite chambre d’hôtel tenue secrète jusqu’à ce que sa mort la dévoile au public, aurait sans doute apprécié les harmonies pures rendues possibles par le jeu avec moins de vibrato que celui produit par les instruments modernes (et leur technique). Dans le cas de sa Gymnopédie, tout comme dans The Unanswered Question d’Ives ou le Prélude de Chopin, la puissance des harmonies pures basées sur les tierces majeures et mineures naturelles permet d’esquisser un paysage magnifique et émouvant.

Nous dédions cet enregistrement à la mémoire de Bruce Haynes ; sa mort prématurée nous a privés d’un ami et collègue cher. Pendant plusieurs années, il a été à l’avant-plan du mouvement de la musique ancienne en tant que hautboïste baroque visionnaire, avant d’inspirer toute une génération de musiciens avec des livres suscitant la réflexion tels The Eloquent Oboe (Le hautbois éloquent) ou The End of Early Music (La fin de la musique ancienne).

Nous espérons qu’ayant franchi les frontières du temps et de la mort, Bruce entretient une conversation amicale quelque part avec Erik Satie, qu’il échange avec lui sur les mérites de cet enregistrement, en fumant son habituelle pipe, amusé et touché par nos efforts de faire naître la musique.

En effet, il peut sembler grave d’envisager la fin de la musique ancienne, comme celle de la vie même, mais en assumant qu’un lieu au-delà du temps et de l’espace existe, la musique de cet album offre un aperçu de la façon dont les compositeurs inspirés ont réussi à percer des dimensions en deçà et au-delà de notre banale réalité, dans la mesure où cela est humainement possible.

© Matthias Maute
Traduction de Lucie Renaud
Date de sortie:
22 octobre 2013
Numéro d'album:
AN 2 9848
Périodes:
Genres:
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Adagio

Zelenka, Jan Dismas (1679 - 1745)
Miserere ZWV 57
1
Miserere ZWV 57
0,99 $
2:18
Albinoni, Tomaso (1671 - 1751)
Adagio en sol mineur
2
Adagio en sol mineur
0,99 $
5:24
Barber, Samuel (1910 - 1981)
Agnus Dei
3
Agnus Dei
1,99 $
6:05
Maute, Matthias
Prélude
4
Prélude
0,99 $
2:06
Satie, Erik (1866 - 1925)
3 Gymnopédies
5
Gymnopédie no 1
0,99 $
2:46
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Ich habe genug, Cantate BWV 82, pour voix d'alto, hautbois, deux violons, alto et basse continue (manus., Leipzig, 1727)
6
Ich habe genug, Cantate BWV 82, pour voix d'alto, hautbois, deux violons, alto et basse continue (manus., Leipzig, 1727)
1,99 $
6:43
Carissimi, Giacomo (1674)
Jephté
7
Jephté
0,99 $
3:44
Chopin, Frédéric (1810 - 1849)
Prélude op.28 No.4
8
Prélude op.28 No.4
0,99 $
2:01
Allegri, Gregorio (1582 - 1652)
Miserere
9
Miserere
2,99 $
11:13
Pärt, Arvo (1935 - )
Da pacem Domine
10
Da pacem Domine
0,99 $
5:08
Zelenka, Jan Dismas (1679 - 1745)
Sepulto Dominum
11
Sepulto Dominum
0,99 $
2:50
Ives, Charles (1874 - 1954)
The unanswered question
12
The unanswered question
0,99 $
5:00
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Adagio

Numéro d'album: AN 2 9848
Date de sortie: 22 octobre 2013

Période(s): Divers

Genre(s):

Compositeurs:
Zelenka, Jan Dismas | Albinoni, Tomaso | Satie, Erik | Bach, Johann Sebastian | Maute, Matthias | Chopin, Frédéric | Pärt, Arvo | Ives, Charles | Allegri, Gregorio | Carissimi, Giacomo | Barber, Samuel

Interprètes:
Ensemble Caprice, | Maute, Matthias | Mercer, Shannon



ADAGIO


A CONSIDERATION OF A SERIOUS MATTER
Charles Ives a donné deux titres à sa plus célèbre composition. La pièce connue en général sous le nom de The Unanswered Question, qui comprend un appel de trompette réitérant la même question sérieuse sept fois, a été également inscrite au catalogue par le compositeur sous le titre A Consideration of a Serious Matter (Une réflexion de nature sérieuse).

Ce merveilleux titre est rapidement devenu le fil conducteur de notre enregistrement d’adagios à travers les siècles. Articulé autour de la triste, pourtant mystérieusement joyeuse, aria Ich habe genug, un tableau coloré formé d’oeuvres chorales et orchestrales s’est dessiné, possédant un dénominateur commun : elles se veulent toutes des méditations sur les questions fondamentales de la vie et de la mort et expriment quelque chose qu’il serait impossible de transmettre en mots.

Alors que nous enregistrions cet album, nous avions l’impression que les diverses pièces « réagissaient » les unes aux autres, un peu comme si les compositeurs avaient entretenu une intense conversation à travers les siècles, faisant fi des obstacles temporels.

Explosion de désespoir absolu, le Miserere de 1738 de Jan Dismas Zelenka trouve un écho lointain deux siècles plus tard dans The Unanswered Question de Charles Ives. Selon le compositeur américain, le quatuor d’instruments à vent révèle l’agitation croissante d’êtres humains devenant de plus en plus troublés alors qu’ils doivent faire face à l’inexorabilité du destin, constat restitué par les sonorités éthérées des cordes.

À travers l’histoire, les compositeurs ont tenté d’exprimer en musique la souffrance humaine apparemment sans fin. Les exemples contenus ici comptent parmi les plus puissantes explorations de cet espace affectif.

Sepulto Dominum de Jan Dismas Zelenka et le dramatique tollé Plorate Israel nous transportent dans un monde dans lequel, devant la mort, des paroles ultimes sont prononcées. Le célèbre Miserere de Gregorio Allegri, partition tenue secrète par le Vatican dans un effort de détenir le contrôle exclusif de cette intense page musicale, marie le chant grégorien médiéval à une écriture particulièrement expressive de style madrigal. Terminant sur un glorieux do aigu, la partie de soprano se veut le symbole d’un monde au-delà de celui en trois dimensions perceptible par les sens, que nous considérons (à tort !) la seule réalité.

Dans une fascinante tentative de comprendre la musique d’un point de vue mathématique, le compositeur et théoricien Dmitri Tymoczko a réussi à prouver très récemment que les harmonies du Prélude en mi mineur de Frédéric Chopin se mouvaient déjà dans un espace quadridimensionnel à une époque (le 19e siècle) où les mathématiciens commençaient à peine à contempler l’existence d’autres dimensions. La physique moderne pense que notre univers pourrait contenir pas moins de 11 dimensions cachées et il reste profondément inspirant de réaliser qu’un compositeur comme Chopin était à l’avant-garde artistique et scientifique alors qu’il explorait la beauté d’une dimension existant au-delà de notre monde sensible. Selon ses instructions, la pièce a été jouée lors de ses funérailles, ainsi que le Requiem de Mozart.

Dans une volonté de ramener l’« Adagio d’Albinoni » à ses origines baroques, nous nous sommes permis de recomposer la version du 20e siècle de Giazotto en nous appuyant sur la ligne de basse originale du compositeur baroque.

Bien sûr, la notion de musique baroque de Giazotto diffère complètement de celle que nous adoptons aujourd’hui et l’attention que nous avons portée aux éléments essentiels du style baroque, juxtaposée à une volonté de préserver autant de romantisme de Giazotto que possible, s’est révélée un défi intéressant.

Qu’aurait pensé Erik Satie de notre utilisation d’instruments baroques tout au long de l’enregistrement, peu importe la période de composition des pièces interprétées ? Ce compositeur énigmatique et plein d’esprit, qui habitait dans une petite chambre d’hôtel tenue secrète jusqu’à ce que sa mort la dévoile au public, aurait sans doute apprécié les harmonies pures rendues possibles par le jeu avec moins de vibrato que celui produit par les instruments modernes (et leur technique). Dans le cas de sa Gymnopédie, tout comme dans The Unanswered Question d’Ives ou le Prélude de Chopin, la puissance des harmonies pures basées sur les tierces majeures et mineures naturelles permet d’esquisser un paysage magnifique et émouvant.

Nous dédions cet enregistrement à la mémoire de Bruce Haynes ; sa mort prématurée nous a privés d’un ami et collègue cher. Pendant plusieurs années, il a été à l’avant-plan du mouvement de la musique ancienne en tant que hautboïste baroque visionnaire, avant d’inspirer toute une génération de musiciens avec des livres suscitant la réflexion tels The Eloquent Oboe (Le hautbois éloquent) ou The End of Early Music (La fin de la musique ancienne).

Nous espérons qu’ayant franchi les frontières du temps et de la mort, Bruce entretient une conversation amicale quelque part avec Erik Satie, qu’il échange avec lui sur les mérites de cet enregistrement, en fumant son habituelle pipe, amusé et touché par nos efforts de faire naître la musique.

En effet, il peut sembler grave d’envisager la fin de la musique ancienne, comme celle de la vie même, mais en assumant qu’un lieu au-delà du temps et de l’espace existe, la musique de cet album offre un aperçu de la façon dont les compositeurs inspirés ont réussi à percer des dimensions en deçà et au-delà de notre banale réalité, dans la mesure où cela est humainement possible.

© Matthias Maute
Traduction de Lucie Renaud
1
Zelenka, Jan Dismas
Zelenka, Jan Dismas (1679 - 1745)
Miserere ZWV 57
2:18
2
Zelenka, Jan Dismas
Albinoni, Tomaso (1671 - 1751)
Adagio en sol mineur
5:24
3
Zelenka, Jan Dismas
Barber, Samuel (1910 - 1981)
Agnus Dei
6:05
4
Zelenka, Jan Dismas
Maute, Matthias
Prélude
2:06
5
Zelenka, Jan Dismas
Satie, Erik (1866 - 1925)
3 Gymnopédies
2:46
6
Zelenka, Jan Dismas
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Ich habe genug, Cantate BWV 82, pour voix d'alto, hautbois, deux violons, alto et basse continue (manus., Leipzig, 1727)
6:43
7
Zelenka, Jan Dismas
Carissimi, Giacomo (1674)
Jephté
3:44
8
Zelenka, Jan Dismas
Chopin, Frédéric (1810 - 1849)
Prélude op.28 No.4
2:01
9
Zelenka, Jan Dismas
Allegri, Gregorio (1582 - 1652)
Miserere
11:13
10
Zelenka, Jan Dismas
Pärt, Arvo (1935 - )
Da pacem Domine
5:08
11
Zelenka, Jan Dismas
Zelenka, Jan Dismas (1679 - 1745)
Sepulto Dominum
2:50
12
Zelenka, Jan Dismas
Ives, Charles (1874 - 1954)
The unanswered question
5:00