Autour de Chostakovitch
" Les œuvres de cet enregistrement ont toutes trois été composées en 1946, l'une des années les plus sombres de la culture russe. Il existait cette année-là en littérature soviétique un véritable pogrom, lequel allait servir de modèle au pogrom qui frapperait la musique soviétique deux années plus tard, alors que Chostakovitch, Prokofiev, Miaskovsky, Khatchatourian et plusieurs autres compositeurs parmi les plus célèbres, allaient être officiellement et publiquement rabroués pour avoir écrit une musique ‘formaliste'."
―Yuli Turovsky

Galinin: Concerto pour piano no 1


Ne cherchez pas le nom German Germanovich Galinin (1922-1966) de ce compositeur russe dans les ouvrages habituels de référence tel le Baker's Biographical Dictionary of Musicians, publié par cette source intarissable de connaissances musicales qu'est Nicolas Slonimsky (lui-même de descendance russe).

Galynin n'y figure pas. Pas plus que son nom n'apparaît dans les études de musique russe publiées par Boris Schwarz, Gerald Abraham, Francis Maes ou Amy Nelson (ces deux dernières parues au 21e siècle). Stanley D. Krebs lui accorde un court chapitre dans son survol de l'histoire des compositeurs soviétiques paru en 1970, et Galynin ne mérite qu'un petit paragraphe dans le New Grove Dictionary of Music and Musicians. C'est peu.

German (ou Hermann) Galynin (aussi épelé " Galinin " : accent tonique sur la deuxième syllabe) a eu la malchance de vivre sous la sombre férule de la politique culturelle suffocante de Staline, et son nom demeure à toute fin pratique inconnu hors la Russie. En fouillant ses souvenirs d'avoir joué certaines pièces de Galynin avant de quitter Moscou en 1976, et grâce à l'assistance de certains de ses collègues qui y sont encore, Yuli Turovsky s'est donné pour mission de faire connaître la musique de ce compositeur en occident.

Orphelin dès sa plus tendre enfance, Galynin perd ses parents probablement lors de la famine qui balaie la Russie durant les années 1920. Il est recueilli par un detcom (orphelinat) lequel, à l'instar de la célèbre Pietà vénitienne de Vivaldi, accordait une grande importance à la formation musicale. Les talents musicaux de Galynin sont rapidement évidents et il apprend à jouer la balalaïka, la domra et le piano. En 1941, il opte pour le service militaire et en 1943, il entre au Conservatoire de Moscou où Dmitri Chostakovitch est un de ses professeurs.

Bien qu'il sente de près le souffle glacial de la réprobation officielle dont Chostakovitch fait l'objet en 1948, lors de la répression parrainée par Zhdanov, Galynin remporte néanmoins en 1951 le Prix Staline pour son Poème épique sur des thèmes folkloriques pour orchestre. Toutefois, ce prix se révèle une arme à double tranchant – pouvant être retiré à tout moment. Le compositeur passe le reste de sa courte vie dans une crainte voisine de la paranoïa, souvent interné dans des hôpitaux et des cliniques psychiatriques. Sa mort prématurée à l'âge de 44 ans est passée tout à fait inaperçue dans l'Ouest.

Le premier des deux concertos pour piano de Galynin date de 1946, mais ne sera pas joué publiquement avant 1955, l'année de sa publication (le second paraîtra en 1956). Il en existe deux enregistrements soviétiques : l'un datant de 1946, l'autre de 1955. Cet enregistrement Analekta est fort probablement la première parution en Occident.

Yuli Turovsky nous parle de sa connaissance du concerto depuis son enfance, alors qu'il étudiait à l'École centrale de musique de Moscou (une filiale de Conservatoire de la même ville):
" Nous devions tous apprendre le piano et j'ai même essayé de jouer ce concerto, sans succès. Malgré cela, je m'en suis toujours souvenu. Il est significatif qu'un demi-siècle plus tard, je lui trouve encore une fraîcheur et une spontanéité étonnantes. Ses thèmes, presque mozartiens dans leur simplicité et leur naïveté, sont imbus d'humour et de vivacité. Le lent mouvement central, qui, à son apothéose, véhicule une aura de tragédie et de pathos, de colère même, est comparable aux résultats obtenus par Chostakovitch dans plusieurs de ses mouvements. Et bien qu'on y décèle les influences de Chostakovitch et de Prokofiev, on y trouve aussi la marque d'une individualité remarquable pour un compositeur qui n'était alors qu'au début de la vingtaine. "

Le premier mouvement de forme sonate est construit sur trois thèmes. Le deuxième mouvement développe de façon exhaustive deux thèmes tour à tour, le second thème rêveur culminant en une puissante apothéose annonçant le retour du premier en guise de conclusion. L'étincelant finale est un rondo par sa forme.

Chostakovitch: Symphonie de chambre en fa majeur, opus 73a pour cordes, vents et harpe (transcription de Rudolf Barshai du Quatuor no 3, opus 73)


Dmitri Chostakovitch (1906-1975) ne se tournera vers le quatuor à cordes qu'assez tard en carrière. Sa première œuvre du genre ne paraîtra qu'en 1938, soit après qu'il eut composé sa Cinquième Symphonie. Il allait s'écouler encore six ans avant que le compositeur ne renoue avec la forme du quatuor à cordes, et il avait alors composé huit symphonies, certaines d'entre elles de proportions mahlériennes. Nous sommes donc en présence du compositeur le plus important de quatuors à cordes depuis Beethoven (il en produisit quinze), sans œuvres " de jeunesse " dans le genre.

Le Troisième Quatuor fut composé en 1946, trois ans après la Huitième Symphonie, partie de la trilogie des symphonies " de guerre " de Chostakovitch (nos 7, 8 et 9). Le Troisième Quatuor ressemble énormément à cette dernière : les deux œuvres sont en cinq mouvements, sont des déclarations artistiques issues de la tragédie et de la souffrance, et bien que le Quatuor, d'une durée de 35 minutes, soit plus court que la Symphonie qui en compte 60, les deux œuvres sont en outre composées sur une grande échelle. En outre, chacune contient un deuxième mouvement brutal, en mode de marche, un troisième mouvement décrivant tout le pouvoir destructif de la guerre et un quatrième mouvement en forme de passacaille, " un requiem dans la profondeur de son chagrin intérieur ", pour citer Yoritoyo Inouye. Le premier mouvement du quatuor s'amorce avec un thème d'une apparente légèreté sur un rythme de polka, mais on y décèle en trame de fond une intelligence grinçante et une grotesquerie sans relâche. On est loin de la musique joyeuse, bien qu'un rayon d'espoir, comme un sourire au travers les larmes, apparaisse au finale.

À l'origine, Chostakovitch avait fourni des titres individuels pour chaque mouvement, qu'il allait supprimer lors de la publication : 1. Calme ignorance à l'approche du cataclysme; 2. Grondements d'insatisfaction et d'anticipation; 3. Les forces de la guerre déchaînées; 4. Hommage aux morts; 5. L'Éternelle question : pourquoi ?

Le Troisième Quatuor fut dédicacé au Quatuor à cordes Beethoven qui en assura la création le 16 décembre (anniversaire de naissance de Beethoven) 1946 au Conservatoire de Moscou. Le chef d'orchestre et altiste Rudolf Barshai en signa l'arrangement pour orchestre à cordes et bois (opus 73a) en 1990. (La partition a fait l'objet d'une révision en 2003). Selon le compositeur Edison Denisov, Chostakovitch considérait le Troisième Quatuor comme l'une de ses meilleures compositions.


Ustvolskaya: Concerto pour piano


Galina Ustvolskaya (née en 1919) est l'un des nombreux compositeurs russes dont le nom commence à peine à circuler hors sa patrie natale. Native de Saint-Pétersbourg alors que cette ville s'appelait Petrograd, elle y vécut pendant sa réincarnation en Leningrad et y demeure encore aujourd'hui après que la ville ait retrouvé son nom d'origine, Saint-Pétersbourg. Ustvolskaya étudie à l'école de musique associée au Conservatoire de Leningrad de 1937 à 1939, avant d'entrer au Conservatoire lui-même où elle complète sa formation de 1940 à 1950, à l'exception d'un hiatus de quatre ans durant la guerre. Parmi ses professeurs, mentionnons Maximilian Steinberg, Dmitri Chostakovitch (qui lui demanda même de l'épouser) et Georgi Rimski-Korsakov (le neveu du célèbre compositeur Nicolai). De 1948 à 1977, Ustvolskaya a enseigné dans cette prestigieuse institution. De nos jours, elle vit retirée du monde, n'accordant aucune entrevue, refusant d'être photographiée (la photo qui circule actuellement date d'au moins trente ans). Elle évite même les premières de ses œuvres.

Bien qu'elle ait échappé à la condamnation officielle que Chostakovitch et Prokofiev, notamment, allaient subir, sa musique, très rarement jouée sous le règne de Staline, allait néanmoins se voir affubler les étiquettes " étroite d'esprit " et " obstinée ". Chostakovitch avait tant de considération pour elle qu'il lui demandait son opinion sur ses manuscrits, et il allait même par deux fois citer quelques-uns de ses passages musicaux dans ses propres compositions (son Quatuor no 5 et la Suite sur des versets de Michel-Ange). Des artistes du calibre du violoncelliste Mstislav Rostropovich, du chef d'orchestre Evgeny Mravinsky et du pianiste Anatoly Ugorski sont devenus les défenseurs de sa musique.

Plusieurs des œuvres d'Ustvolskaya ont une direction progressiste, et sont souvent écrites pour les combinaisons d'instruments les plus farfelues. Notamment Composition no 1 (piccolo, tuba, piano), Composition no 3 (4 flûtes, 4 bassons, piano) et l'Octuor (2 hautbois, 4 violons, timbales et piano). Presque toutes ses compositions requièrent le piano, notamment quatre de ses cinq symphonies. Parmi ses œuvres marquantes, mentionnons le Concerto pour piano, les six Sonates pour piano, le Grand Duo pour violoncelle et piano et le Trio pour clarinette, violon et piano.

Le seul concerto d'Ustvolskaya date de 1946, la seule de ses premières œuvres qui existe encore. Au moment de sa composition (à 27 ans), elle étudiait encore au Conservatoire, et le concerto possède une plus grande qualité romantique – et une orientation tonale (do majeur / mineur) – que plusieurs de ses compositions ultérieures. On y trouve déjà révélées les qualités qui allaient par la suite définir son style, notamment un niveau exceptionnel d'intensité émotive, une sonorité nettement délimitée, même percussive et l'usage de violents contrastes de registre et de dynamique. Le pianiste Alexeï Lubimov trouve dans cette œuvre " une agression née du désespoir et la prostration d'une prière silencieuse ". Le concerto fut créé à Moscou en 1969, avec son dédicataire Pavel Serebryakov au piano. Pour citer Yuli Turovsky : " Le seul fait que la première de l'œuvre ait dû attendre 23 ans offre un éloquent témoignage au sort tragique réservé à grand nombre d'artistes soviétiques talentueux, ceux qui ne furent pas tout simplement détruits c'est-à-dire. "

Le concerto qui dure 17 minutes comporte un seul mouvement formé de plusieurs épisodes liés. Une figure rythmique (court-long, court-long) d'abord annoncée par le soliste, puis reprise par les cordes dès les premières mesures (Lento assai), devient le motif unificateur dont l'œuvre entière est pénétrée. Un changement soudain de rythme introduit l'Andante cantabile, lequel commence dolce et va s'élevant en apothéose d'intensité qui précède le passage marqué " Cadenza ", sûrement l'une des plus étranges du répertoire en ce qu'elle n'offre aucune possibilité au soliste d'étaler sa virtuosité ou son tempérament.

Vient ensuite l'interlude Largo, qui accroît lentement son élan jusqu'à ce que la musique atteigne un rythme allegro décisif. Le concerto se termine sur un développement quasi obsessif de la cellule rythmique court-long du début, culminant en une grandiose péroraison en do majeur.


© Robert Markow
Traduction : © 2005 Les beaux écrits
Date de sortie:
21 février 2006
Numéro d'album:
AN 2 9898
Périodes:
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Autour de Chostakovitch

Galynin , German (1922 - 1966)
Concerto pour piano no 1
1
I. Allegro
1,99 $
7:23
2
II. Andante
2,99 $
10:54
3
III. Allegro vivo
1,99 $
5:06
Shostakovich, Dmitri (1906 - 1975)
Symphonie de chambre en fa majeur, op. 73a pour cordes, vents et harpe
4
I. Allegretto
1,99 $
7:13
5
II. Moderato con moto
1,99 $
5:44
6
III. Allegro non troppo
0,99 $
4:21
7
IV. Adagio
1,99 $
5:39
8
V. Moderato
2,99 $
10:44
Ustvolskaya, Galina (1919 - )
Concerto pour piano
9
Concerto pour piano
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Autour de Chostakovitch

Numéro d'album: AN 2 9898
Date de sortie: 21 février 2006

Période(s): XXe siècle

Genre(s): ConcertoPianoMusique orchestrale

Compositeurs:
Galynin , German | Shostakovich, Dmitri | Ustvolskaya, Galina

Interprètes:
I Musici de Montréal, | Turovsky, Yuli | Salov, Serhiy



" Les œuvres de cet enregistrement ont toutes trois été composées en 1946, l'une des années les plus sombres de la culture russe. Il existait cette année-là en littérature soviétique un véritable pogrom, lequel allait servir de modèle au pogrom qui frapperait la musique soviétique deux années plus tard, alors que Chostakovitch, Prokofiev, Miaskovsky, Khatchatourian et plusieurs autres compositeurs parmi les plus célèbres, allaient être officiellement et publiquement rabroués pour avoir écrit une musique ‘formaliste'."
―Yuli Turovsky

Galinin: Concerto pour piano no 1


Ne cherchez pas le nom German Germanovich Galinin (1922-1966) de ce compositeur russe dans les ouvrages habituels de référence tel le Baker's Biographical Dictionary of Musicians, publié par cette source intarissable de connaissances musicales qu'est Nicolas Slonimsky (lui-même de descendance russe).

Galynin n'y figure pas. Pas plus que son nom n'apparaît dans les études de musique russe publiées par Boris Schwarz, Gerald Abraham, Francis Maes ou Amy Nelson (ces deux dernières parues au 21e siècle). Stanley D. Krebs lui accorde un court chapitre dans son survol de l'histoire des compositeurs soviétiques paru en 1970, et Galynin ne mérite qu'un petit paragraphe dans le New Grove Dictionary of Music and Musicians. C'est peu.

German (ou Hermann) Galynin (aussi épelé " Galinin " : accent tonique sur la deuxième syllabe) a eu la malchance de vivre sous la sombre férule de la politique culturelle suffocante de Staline, et son nom demeure à toute fin pratique inconnu hors la Russie. En fouillant ses souvenirs d'avoir joué certaines pièces de Galynin avant de quitter Moscou en 1976, et grâce à l'assistance de certains de ses collègues qui y sont encore, Yuli Turovsky s'est donné pour mission de faire connaître la musique de ce compositeur en occident.

Orphelin dès sa plus tendre enfance, Galynin perd ses parents probablement lors de la famine qui balaie la Russie durant les années 1920. Il est recueilli par un detcom (orphelinat) lequel, à l'instar de la célèbre Pietà vénitienne de Vivaldi, accordait une grande importance à la formation musicale. Les talents musicaux de Galynin sont rapidement évidents et il apprend à jouer la balalaïka, la domra et le piano. En 1941, il opte pour le service militaire et en 1943, il entre au Conservatoire de Moscou où Dmitri Chostakovitch est un de ses professeurs.

Bien qu'il sente de près le souffle glacial de la réprobation officielle dont Chostakovitch fait l'objet en 1948, lors de la répression parrainée par Zhdanov, Galynin remporte néanmoins en 1951 le Prix Staline pour son Poème épique sur des thèmes folkloriques pour orchestre. Toutefois, ce prix se révèle une arme à double tranchant – pouvant être retiré à tout moment. Le compositeur passe le reste de sa courte vie dans une crainte voisine de la paranoïa, souvent interné dans des hôpitaux et des cliniques psychiatriques. Sa mort prématurée à l'âge de 44 ans est passée tout à fait inaperçue dans l'Ouest.

Le premier des deux concertos pour piano de Galynin date de 1946, mais ne sera pas joué publiquement avant 1955, l'année de sa publication (le second paraîtra en 1956). Il en existe deux enregistrements soviétiques : l'un datant de 1946, l'autre de 1955. Cet enregistrement Analekta est fort probablement la première parution en Occident.

Yuli Turovsky nous parle de sa connaissance du concerto depuis son enfance, alors qu'il étudiait à l'École centrale de musique de Moscou (une filiale de Conservatoire de la même ville):
" Nous devions tous apprendre le piano et j'ai même essayé de jouer ce concerto, sans succès. Malgré cela, je m'en suis toujours souvenu. Il est significatif qu'un demi-siècle plus tard, je lui trouve encore une fraîcheur et une spontanéité étonnantes. Ses thèmes, presque mozartiens dans leur simplicité et leur naïveté, sont imbus d'humour et de vivacité. Le lent mouvement central, qui, à son apothéose, véhicule une aura de tragédie et de pathos, de colère même, est comparable aux résultats obtenus par Chostakovitch dans plusieurs de ses mouvements. Et bien qu'on y décèle les influences de Chostakovitch et de Prokofiev, on y trouve aussi la marque d'une individualité remarquable pour un compositeur qui n'était alors qu'au début de la vingtaine. "

Le premier mouvement de forme sonate est construit sur trois thèmes. Le deuxième mouvement développe de façon exhaustive deux thèmes tour à tour, le second thème rêveur culminant en une puissante apothéose annonçant le retour du premier en guise de conclusion. L'étincelant finale est un rondo par sa forme.

Chostakovitch: Symphonie de chambre en fa majeur, opus 73a pour cordes, vents et harpe (transcription de Rudolf Barshai du Quatuor no 3, opus 73)


Dmitri Chostakovitch (1906-1975) ne se tournera vers le quatuor à cordes qu'assez tard en carrière. Sa première œuvre du genre ne paraîtra qu'en 1938, soit après qu'il eut composé sa Cinquième Symphonie. Il allait s'écouler encore six ans avant que le compositeur ne renoue avec la forme du quatuor à cordes, et il avait alors composé huit symphonies, certaines d'entre elles de proportions mahlériennes. Nous sommes donc en présence du compositeur le plus important de quatuors à cordes depuis Beethoven (il en produisit quinze), sans œuvres " de jeunesse " dans le genre.

Le Troisième Quatuor fut composé en 1946, trois ans après la Huitième Symphonie, partie de la trilogie des symphonies " de guerre " de Chostakovitch (nos 7, 8 et 9). Le Troisième Quatuor ressemble énormément à cette dernière : les deux œuvres sont en cinq mouvements, sont des déclarations artistiques issues de la tragédie et de la souffrance, et bien que le Quatuor, d'une durée de 35 minutes, soit plus court que la Symphonie qui en compte 60, les deux œuvres sont en outre composées sur une grande échelle. En outre, chacune contient un deuxième mouvement brutal, en mode de marche, un troisième mouvement décrivant tout le pouvoir destructif de la guerre et un quatrième mouvement en forme de passacaille, " un requiem dans la profondeur de son chagrin intérieur ", pour citer Yoritoyo Inouye. Le premier mouvement du quatuor s'amorce avec un thème d'une apparente légèreté sur un rythme de polka, mais on y décèle en trame de fond une intelligence grinçante et une grotesquerie sans relâche. On est loin de la musique joyeuse, bien qu'un rayon d'espoir, comme un sourire au travers les larmes, apparaisse au finale.

À l'origine, Chostakovitch avait fourni des titres individuels pour chaque mouvement, qu'il allait supprimer lors de la publication : 1. Calme ignorance à l'approche du cataclysme; 2. Grondements d'insatisfaction et d'anticipation; 3. Les forces de la guerre déchaînées; 4. Hommage aux morts; 5. L'Éternelle question : pourquoi ?

Le Troisième Quatuor fut dédicacé au Quatuor à cordes Beethoven qui en assura la création le 16 décembre (anniversaire de naissance de Beethoven) 1946 au Conservatoire de Moscou. Le chef d'orchestre et altiste Rudolf Barshai en signa l'arrangement pour orchestre à cordes et bois (opus 73a) en 1990. (La partition a fait l'objet d'une révision en 2003). Selon le compositeur Edison Denisov, Chostakovitch considérait le Troisième Quatuor comme l'une de ses meilleures compositions.


Ustvolskaya: Concerto pour piano


Galina Ustvolskaya (née en 1919) est l'un des nombreux compositeurs russes dont le nom commence à peine à circuler hors sa patrie natale. Native de Saint-Pétersbourg alors que cette ville s'appelait Petrograd, elle y vécut pendant sa réincarnation en Leningrad et y demeure encore aujourd'hui après que la ville ait retrouvé son nom d'origine, Saint-Pétersbourg. Ustvolskaya étudie à l'école de musique associée au Conservatoire de Leningrad de 1937 à 1939, avant d'entrer au Conservatoire lui-même où elle complète sa formation de 1940 à 1950, à l'exception d'un hiatus de quatre ans durant la guerre. Parmi ses professeurs, mentionnons Maximilian Steinberg, Dmitri Chostakovitch (qui lui demanda même de l'épouser) et Georgi Rimski-Korsakov (le neveu du célèbre compositeur Nicolai). De 1948 à 1977, Ustvolskaya a enseigné dans cette prestigieuse institution. De nos jours, elle vit retirée du monde, n'accordant aucune entrevue, refusant d'être photographiée (la photo qui circule actuellement date d'au moins trente ans). Elle évite même les premières de ses œuvres.

Bien qu'elle ait échappé à la condamnation officielle que Chostakovitch et Prokofiev, notamment, allaient subir, sa musique, très rarement jouée sous le règne de Staline, allait néanmoins se voir affubler les étiquettes " étroite d'esprit " et " obstinée ". Chostakovitch avait tant de considération pour elle qu'il lui demandait son opinion sur ses manuscrits, et il allait même par deux fois citer quelques-uns de ses passages musicaux dans ses propres compositions (son Quatuor no 5 et la Suite sur des versets de Michel-Ange). Des artistes du calibre du violoncelliste Mstislav Rostropovich, du chef d'orchestre Evgeny Mravinsky et du pianiste Anatoly Ugorski sont devenus les défenseurs de sa musique.

Plusieurs des œuvres d'Ustvolskaya ont une direction progressiste, et sont souvent écrites pour les combinaisons d'instruments les plus farfelues. Notamment Composition no 1 (piccolo, tuba, piano), Composition no 3 (4 flûtes, 4 bassons, piano) et l'Octuor (2 hautbois, 4 violons, timbales et piano). Presque toutes ses compositions requièrent le piano, notamment quatre de ses cinq symphonies. Parmi ses œuvres marquantes, mentionnons le Concerto pour piano, les six Sonates pour piano, le Grand Duo pour violoncelle et piano et le Trio pour clarinette, violon et piano.

Le seul concerto d'Ustvolskaya date de 1946, la seule de ses premières œuvres qui existe encore. Au moment de sa composition (à 27 ans), elle étudiait encore au Conservatoire, et le concerto possède une plus grande qualité romantique – et une orientation tonale (do majeur / mineur) – que plusieurs de ses compositions ultérieures. On y trouve déjà révélées les qualités qui allaient par la suite définir son style, notamment un niveau exceptionnel d'intensité émotive, une sonorité nettement délimitée, même percussive et l'usage de violents contrastes de registre et de dynamique. Le pianiste Alexeï Lubimov trouve dans cette œuvre " une agression née du désespoir et la prostration d'une prière silencieuse ". Le concerto fut créé à Moscou en 1969, avec son dédicataire Pavel Serebryakov au piano. Pour citer Yuli Turovsky : " Le seul fait que la première de l'œuvre ait dû attendre 23 ans offre un éloquent témoignage au sort tragique réservé à grand nombre d'artistes soviétiques talentueux, ceux qui ne furent pas tout simplement détruits c'est-à-dire. "

Le concerto qui dure 17 minutes comporte un seul mouvement formé de plusieurs épisodes liés. Une figure rythmique (court-long, court-long) d'abord annoncée par le soliste, puis reprise par les cordes dès les premières mesures (Lento assai), devient le motif unificateur dont l'œuvre entière est pénétrée. Un changement soudain de rythme introduit l'Andante cantabile, lequel commence dolce et va s'élevant en apothéose d'intensité qui précède le passage marqué " Cadenza ", sûrement l'une des plus étranges du répertoire en ce qu'elle n'offre aucune possibilité au soliste d'étaler sa virtuosité ou son tempérament.

Vient ensuite l'interlude Largo, qui accroît lentement son élan jusqu'à ce que la musique atteigne un rythme allegro décisif. Le concerto se termine sur un développement quasi obsessif de la cellule rythmique court-long du début, culminant en une grandiose péroraison en do majeur.


© Robert Markow
Traduction : © 2005 Les beaux écrits
1
Galynin , German
Galynin , German (1922 - 1966)
Concerto pour piano no 1
7:23
2
Galynin , German
Galynin , German (1922 - 1966)
Concerto pour piano no 1
10:54
3
Galynin , German
Galynin , German (1922 - 1966)
Concerto pour piano no 1
5:06
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Galynin , German
Shostakovich, Dmitri (1906 - 1975)
Symphonie de chambre en fa majeur, op. 73a pour cordes, vents et harpe
7:13
5
Galynin , German
Shostakovich, Dmitri (1906 - 1975)
Symphonie de chambre en fa majeur, op. 73a pour cordes, vents et harpe
5:44
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Galynin , German
Shostakovich, Dmitri (1906 - 1975)
Symphonie de chambre en fa majeur, op. 73a pour cordes, vents et harpe
4:21
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Galynin , German
Shostakovich, Dmitri (1906 - 1975)
Symphonie de chambre en fa majeur, op. 73a pour cordes, vents et harpe
5:39
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Galynin , German
Shostakovich, Dmitri (1906 - 1975)
Symphonie de chambre en fa majeur, op. 73a pour cordes, vents et harpe
10:44
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Galynin , German
Ustvolskaya, Galina (1919 - )
Concerto pour piano
17:39