Beethoven: Concertos pour piano no. 1 & 2
La pianiste Mari Kodama a acquis une réputation internationale pour sa sensibilité musicale et sa remarquable virtuosité. Elle a toujours su montrer la profondeur esthétique de son style tout à fait unique, comme le confirme cet enregistrement des deux premiers concertos pour piano de Beethoven avec le Deutsches Symphonie-Orchester Berlin dirigé par Kent Nagano.

Concerto pour piano no 2 en si bémol majeur


En novembre 1792, tout juste avant ses 22 ans, Ludwig van Beethoven quitte Bonn pour s'établir à Vienne afin de recevoir " des mains de Haydn l'esprit de Mozart. " Dans ses cartons se trouvait un Concerto pour piano en si bémol majeur dont la version révisée servit à s'introduire à la fin mars 1795 dans ses capacités de compositeur et de virtuose — dans la plus pure tradition mozartienne — auprès du public de cette cité musicalement plus prometteuse. Le premier mouvement est demeuré sensiblement le même, alors que le mouvement lent a été révisé en profondeur et le finale a été nouvellement composé en 1795. Le finale original, le rondo WoO 6, nous est quand même parvenu. Même après la création réussie du concerto, Beethoven y a apporté des correctifs à au moins trois occasions : en 1798, lors d'une exécution à Prague, en 1801 au moment de sa publication et en 1809, à quel moment il ajouta une cadence solo au premier mouvement à l'intention de son élève, l'archiduc Rodolphe d'Autriche. Aucune autre œuvre de Beethoven ne nous permet de suivre si clairement les étapes successives de son évolution.

L'écho de la brillance pianistique de Mozart se retrouve tout particulièrement dans les mouvements extrêmes, alors que le modelé des thèmes et le contour formel se sentent avant tout dans le passage du début. Dans les deux premiers mouvements, on perçoit clairement la filiation avec l'opéra grâce à une écriture tout à la fois de bravoure et d'une grande expressivité. " Réciproquement, nous dit Harry Goldschmidt, les fioritures — la traduction instrumentale d'une technique vocale — apparaît comme l'intrusion d'une prima donna dans les passages pour piano. C'est à ce même modèle vocal, à ce même type de réappropriation, que le style de Chopin a toujours été redevable pour sa virtuosité toute particulière. "

Les cadences solistes sont les principaux moments de brillance et d'éloquence instrumentale, annoncées comme de coutume par l'accord d'invite caractéristique. Elles sont du ressort seul du soliste, qui doit décider ce qu'il jouera, s'il improvisera, ou encore s'il prendra ou retravaillera un cadence préexistante. Avec la cadence du premier mouvement écrite en 1809 pour l'archiduc Rodolphe, Beethoven a fourni un exemple sans pour autant l'imposer à tous. C'est quand même la version que choisissent la plupart des solistes car elle se rattache de près au matériau et à la progression du mouvement, et accorde même un poids nouveau à ses divers événements. En particulier, le compositeur y aborde le thème principal d'une manière très élaborée et lui confère de nouvelles potentialités inattendues. Cette cadence est " une pièce dans une pièce ", une sorte d'autocommentaire que permettent l'expérience et le détachement historique. Elle introduit un élément de réflexion dont peu de personnes qui la connaissent voudraient se passer. Beethoven y transforme un moment de liberté improvisée en un théâtre obligé où chaque détail compte, arrivant ainsi à la même conclusion qu'ailleurs dans la version de 1795, notamment dans le deuxième mouvement, qui comprend aussi une cadence.

Cette dernière aussi est annoncée par l'accord traditionnel, mais qu'est-ce qui s'ensuit ? Des passages à une seule voix au piano, avec des interpolations de l'orchestre sur le thème principal du mouvement — en somme un récitatif senti comme on en retrouve avant nombre de grands airs d'opéra, mais sans paroles. L'adagio se présente d'ailleurs comme une grande scène vocale dont la cadence serait la quintessence, l'expression la plus concentrée, très proche du monde de la parole. Ce type d'expression virtuose, cette brillance animée qui caractérise les grands airs bel canto a été adopté plus tard par Chopin comme modèle pour ses œuvres concertantes.

La danse enlevée du finale, en 6/8, sort de l'ordinaire grâce à ses accents déplacés qui se jouent de la continuité rythmique. Ils deviennent la matière première du mouvement en entier, lui donnant l'allure d'une danse folle où le thème principal et le thème secondaire d'allure hongroise se retrouvent intimement reliés.

Concerto pour piano no 1 en do majeur


Le Concerto pour piano no 1 de Beethoven se trouve être chronologiquement son deuxième, mais reflète l'ordre de publication et aurait peut-être une signification programmatique. Il renferme déjà ce qui allait caractériser les concertos et les symphonies du compositeur viennois classique, c'est-à-dire le travail thématique soutenu, les liens subliminaux entre les mouvements, mais avant tout le principe de contraste entre les différents niveaux de la composition. Les premier et dernier mouvements sont vifs et décidés alors que le deuxième est résolument lent et cantabile, dans une tonalité éthérée.

Le premier mouvement, con brio, s'ouvre à la manière d'une énergique marche révolutionnaire française. Beethoven fait d'abord glisser le thème secondaire dans une tonalité éloignée, présageant ainsi l'atmosphère et la région harmonique du mouvement lent. Il y a là une rencontre d'élan vital et d'expression intime dont les contrastes dans la philosophie de vie de Beethoven étaient les pôles essentiels et qu'il a mis à nu dans l'opéra Fidelio. Dans le finale, il réunit trois thèmes à la manière d'une ronde. Chacun des thèmes comporte sa spécificité culturelle. S'il faut en croire certains, le deuxième serait la parodie d'une vieille chanson estudiantine. Le troisième cependant a certainement des résonances est-européennes, alors que les métamorphoses qui affectent le premier sont proches de la musique dite " turque ", qui à l'époque était non seulement populaire, mais politiquement à propos : les confrontations militaires entre les empires des Habsbourg et Ottoman n'ont pris fin qu'en 1791. Beethoven a complété en 1795 la première version de ce concerto qu'il devait remanier plusieurs fois par la suite. C'est en quelque sorte la traduction sonore de cette époque sous des cieux européens.

© Habakuk Traber
Traduit par Jacques-André Houle d'après la traduction anglaise de Michael Scuffil
Date de sortie:
27 janvier 2009
Numéro d'album:
AN 2 9955
Périodes:
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Beethoven: Concertos pour piano no. 1 & 2

Beethoven, Ludwig van (1770 - 1827)
Concerto pour piano no2 en si bémol majeur, op.19
1
I. Allegro con brio
2,99 $
14:16
2
II. Adagio
1,99 $
9:29
3
III. Rondo, molto allegro
1,99 $
6:18
Beethoven, Ludwig van (1770 - 1827)
Concerto pour piano no1 en do majeur, op.15
4
I. Allegro on brio
3,99 $
17:33
5
II. Largo
2,99 $
10:59
6
III. Rondo. Allegro scherzando
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Beethoven: Concertos pour piano no. 1 & 2

Numéro d'album: AN 2 9955
Date de sortie: 27 janvier 2009

Période(s): Romantique

Genre(s): ConcertoMusique orchestralePiano

Compositeurs:
Beethoven, Ludwig van

Interprètes:
Kodama, Mari | Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, | Nagano, Kent



La pianiste Mari Kodama a acquis une réputation internationale pour sa sensibilité musicale et sa remarquable virtuosité. Elle a toujours su montrer la profondeur esthétique de son style tout à fait unique, comme le confirme cet enregistrement des deux premiers concertos pour piano de Beethoven avec le Deutsches Symphonie-Orchester Berlin dirigé par Kent Nagano.

Concerto pour piano no 2 en si bémol majeur


En novembre 1792, tout juste avant ses 22 ans, Ludwig van Beethoven quitte Bonn pour s'établir à Vienne afin de recevoir " des mains de Haydn l'esprit de Mozart. " Dans ses cartons se trouvait un Concerto pour piano en si bémol majeur dont la version révisée servit à s'introduire à la fin mars 1795 dans ses capacités de compositeur et de virtuose — dans la plus pure tradition mozartienne — auprès du public de cette cité musicalement plus prometteuse. Le premier mouvement est demeuré sensiblement le même, alors que le mouvement lent a été révisé en profondeur et le finale a été nouvellement composé en 1795. Le finale original, le rondo WoO 6, nous est quand même parvenu. Même après la création réussie du concerto, Beethoven y a apporté des correctifs à au moins trois occasions : en 1798, lors d'une exécution à Prague, en 1801 au moment de sa publication et en 1809, à quel moment il ajouta une cadence solo au premier mouvement à l'intention de son élève, l'archiduc Rodolphe d'Autriche. Aucune autre œuvre de Beethoven ne nous permet de suivre si clairement les étapes successives de son évolution.

L'écho de la brillance pianistique de Mozart se retrouve tout particulièrement dans les mouvements extrêmes, alors que le modelé des thèmes et le contour formel se sentent avant tout dans le passage du début. Dans les deux premiers mouvements, on perçoit clairement la filiation avec l'opéra grâce à une écriture tout à la fois de bravoure et d'une grande expressivité. " Réciproquement, nous dit Harry Goldschmidt, les fioritures — la traduction instrumentale d'une technique vocale — apparaît comme l'intrusion d'une prima donna dans les passages pour piano. C'est à ce même modèle vocal, à ce même type de réappropriation, que le style de Chopin a toujours été redevable pour sa virtuosité toute particulière. "

Les cadences solistes sont les principaux moments de brillance et d'éloquence instrumentale, annoncées comme de coutume par l'accord d'invite caractéristique. Elles sont du ressort seul du soliste, qui doit décider ce qu'il jouera, s'il improvisera, ou encore s'il prendra ou retravaillera un cadence préexistante. Avec la cadence du premier mouvement écrite en 1809 pour l'archiduc Rodolphe, Beethoven a fourni un exemple sans pour autant l'imposer à tous. C'est quand même la version que choisissent la plupart des solistes car elle se rattache de près au matériau et à la progression du mouvement, et accorde même un poids nouveau à ses divers événements. En particulier, le compositeur y aborde le thème principal d'une manière très élaborée et lui confère de nouvelles potentialités inattendues. Cette cadence est " une pièce dans une pièce ", une sorte d'autocommentaire que permettent l'expérience et le détachement historique. Elle introduit un élément de réflexion dont peu de personnes qui la connaissent voudraient se passer. Beethoven y transforme un moment de liberté improvisée en un théâtre obligé où chaque détail compte, arrivant ainsi à la même conclusion qu'ailleurs dans la version de 1795, notamment dans le deuxième mouvement, qui comprend aussi une cadence.

Cette dernière aussi est annoncée par l'accord traditionnel, mais qu'est-ce qui s'ensuit ? Des passages à une seule voix au piano, avec des interpolations de l'orchestre sur le thème principal du mouvement — en somme un récitatif senti comme on en retrouve avant nombre de grands airs d'opéra, mais sans paroles. L'adagio se présente d'ailleurs comme une grande scène vocale dont la cadence serait la quintessence, l'expression la plus concentrée, très proche du monde de la parole. Ce type d'expression virtuose, cette brillance animée qui caractérise les grands airs bel canto a été adopté plus tard par Chopin comme modèle pour ses œuvres concertantes.

La danse enlevée du finale, en 6/8, sort de l'ordinaire grâce à ses accents déplacés qui se jouent de la continuité rythmique. Ils deviennent la matière première du mouvement en entier, lui donnant l'allure d'une danse folle où le thème principal et le thème secondaire d'allure hongroise se retrouvent intimement reliés.

Concerto pour piano no 1 en do majeur


Le Concerto pour piano no 1 de Beethoven se trouve être chronologiquement son deuxième, mais reflète l'ordre de publication et aurait peut-être une signification programmatique. Il renferme déjà ce qui allait caractériser les concertos et les symphonies du compositeur viennois classique, c'est-à-dire le travail thématique soutenu, les liens subliminaux entre les mouvements, mais avant tout le principe de contraste entre les différents niveaux de la composition. Les premier et dernier mouvements sont vifs et décidés alors que le deuxième est résolument lent et cantabile, dans une tonalité éthérée.

Le premier mouvement, con brio, s'ouvre à la manière d'une énergique marche révolutionnaire française. Beethoven fait d'abord glisser le thème secondaire dans une tonalité éloignée, présageant ainsi l'atmosphère et la région harmonique du mouvement lent. Il y a là une rencontre d'élan vital et d'expression intime dont les contrastes dans la philosophie de vie de Beethoven étaient les pôles essentiels et qu'il a mis à nu dans l'opéra Fidelio. Dans le finale, il réunit trois thèmes à la manière d'une ronde. Chacun des thèmes comporte sa spécificité culturelle. S'il faut en croire certains, le deuxième serait la parodie d'une vieille chanson estudiantine. Le troisième cependant a certainement des résonances est-européennes, alors que les métamorphoses qui affectent le premier sont proches de la musique dite " turque ", qui à l'époque était non seulement populaire, mais politiquement à propos : les confrontations militaires entre les empires des Habsbourg et Ottoman n'ont pris fin qu'en 1791. Beethoven a complété en 1795 la première version de ce concerto qu'il devait remanier plusieurs fois par la suite. C'est en quelque sorte la traduction sonore de cette époque sous des cieux européens.

© Habakuk Traber
Traduit par Jacques-André Houle d'après la traduction anglaise de Michael Scuffil
1
Beethoven, Ludwig van
Beethoven, Ludwig van (1770 - 1827)
Concerto pour piano no2 en si bémol majeur, op.19
14:16
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Beethoven, Ludwig van
Beethoven, Ludwig van (1770 - 1827)
Concerto pour piano no2 en si bémol majeur, op.19
9:29
3
Beethoven, Ludwig van
Beethoven, Ludwig van (1770 - 1827)
Concerto pour piano no2 en si bémol majeur, op.19
6:18
4
Beethoven, Ludwig van
Beethoven, Ludwig van (1770 - 1827)
Concerto pour piano no1 en do majeur, op.15
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5
Beethoven, Ludwig van
Beethoven, Ludwig van (1770 - 1827)
Concerto pour piano no1 en do majeur, op.15
10:59
6
Beethoven, Ludwig van
Beethoven, Ludwig van (1770 - 1827)
Concerto pour piano no1 en do majeur, op.15
8:57