Ave Maria

AVE MARIA


« Je vous salue Marie, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus le fruit de vos entrailles est béni… » Chaque jour, un peu partout sur le globe, dans un lieu de culte ou dans l’intimité de leur maison, dans langues et dialectes divers, des millions de gens reprennent cette salutation. Certains égrèneront entre leurs doigts un chapelet lors de chaque répétition; d’autres se laisseront bercer par le son de leur voix, la rythmique des versets, le souffle du propos. Apaisement, force, juxtaposition de textes bibliques et de prières initiées par les chrétiens, il n’est pas surprenant que, dès le Ve siècle, l’Ave Maria s’intègre aux offices liturgiques. Deux siècles plus tard, cette salutation de l’ange à la Vierge lors de l’Annonciation (Luc 1, 28), à laquelle s’appose celle d’Élisabeth lors de la Visitation deviendra formule privilégiée de prière personnelle. Si, au départ, les prélats avaient souhaité que les fidèles se concentrent sur leurs Credo et Pater, l’Ave Maria fera partie de l’instruction religieuse des enfants à partir du Concile de Béziers en 1246. Sa forme définitive sera promulguée par le pape Pie V en 1568.

L’Ave Maria figurait dans l’antiphonaire grégorien primitif et sa mélodie a souvent servi de teneur de motet dans l’Ars antiqua et de thème de messe au XVIe siècle. Pourtant, les compositeurs le traiteront le plus souvent comme élément constitutif de la liturgie, en antienne ou en offertoire. L’Ave Maria de Josquin des Prés est fondé sur une séquence (pièce chantée après l’alléluia lors de certaines fêtes), et en développe un trope en particulier. (Cette amplification non officielle de textes liturgiques visait à leur offrir un caractère plus solennel ; un des plus connus reste l’Ave verum, issu du Sanctus, relu sur cet enregistrement par William Byrd.) Celui de Jacques Arcadelt est en fait un faux du XIXe siècle, écrit par Pierre-Louis Dietsch, maître de chapelle de la Madeleine à Paris, librement adapté d’un madrigal à trois voix du compositeur du XVIe siècle, Nous voyons que les hommes. Anton Bruckner reviendra à trois reprises à l’Ave Maria au cours de sa carrière. La deuxième version, à sept voix a capella, la plus chantée aujourd’hui, a été créée en 1861, après ses cinq ans d’études formelles à Vienne, pour souligner la fondation d’un chœur, le Liedertagel Frohsinn, dont il était alors directeur musical.

Les trois plus célèbres Ave Marias restent sans doute ceux signés Schubert, Gounod et Caccini. Celui de Franz Schubert, écrit d’abord sur une poésie allemande, réadaptée en latin, reprenait l’un des trois chants d’Ellen tiré de La Dame du lac de Walter Scott. Charles Gounod a ajouté, de façon plus ou moins arbitraire, une mélodie complémentaire au premier prélude du Clavier bien tempéré de Bach, improvisation que transcrira son beau-père Pierre Zimmermann. Là aussi, les paroles latines chéries supplanteraient le texte original, un poème de Lamartine, Le Livre de la vie. Celui attribué à Giulio Caccini a en fait été composé par Vladimir Vavilov il y a une quarantaine d’années. (Un premier enregistrement l’intégrant a été réalisé par le chanteur sous étiquette Melodiya en 1970.) Après sa mort, l’organiste Mark Shakhin a transmis la « nouvellement découverte » partition à d’autres musiciens, assurant sa renommée.

« Je crois qu’il n’y a personne parmi nous qui n’abandonnerait sa mère pour être fils de Marie », avançait Martin Luther dans son sermon de Noël 1523. Quand celle-ci apprend de l’Ange qu’elle enfantera le Sauveur, les premiers mots qu’elle prononce, selon l’Évangile selon saint Luc, seront en louange à Dieu : Magnificat anima mea Dominum (Mon âme magnifie le Seigneur). Ce cantique, transposé dans la liturgie des Vêpres, qui en deviendrait élément constitutif, susciterait lui aussi plusieurs relectures musicales.

Claudio Monteverdi en tirera deux versions, publiées en 1610 dans le recueil des Vêpres de la Vierge, dédié au pape Paul V. La première, à sept voix, soutenue par six instruments et une basse continue, se déclinait comme une page d’apparat. La seconde, entendue ici, à six voix, avec accompagnement de basse chiffrée, joue la carte de l’intériorité, mais reste l’une des pièces les plus inspirées du répertoire choral de tous les temps. Peu d’œuvres ont su d’une façon aussi magistrale unir l’austérité du chant grégorien et la virtuosité du style choral festif.

En 1989, Arvo Pärt se servira du même texte pour en tirer une partition pour soprano solo et chœur a capella, subdivisée en sections versets (l’ancrage de la voix soliste se juxtaposant à une ligne mélodique inférieure) et tutti (mettant en lumière trois, quatre ou six voix différentes). Le Magnificat demeure un remarquable exemple du « tintinnabulum », style initié par le compositeur estonien, dans lequel les trois notes de l’accord parfait sont traitées comme autant de cloches, la répétition des gestes musicaux établit une sensation d’intemporalité ou de présent continu.

© Lucie Renaud
Date de sortie:
13 novembre 2012
Numéro d'album:
AN 2 9841
Téléchargez l'album
Achetez l'album

Ave Maria

Caccini, Giulio
Ave Maria
1
Ave Maria
0,99 $
5:13
Schubert, Franz (1797 - 1828)
Ave Maria
2
Ave Maria
0,99 $
5:47
Byrd, William (1543 - 1623)
Ave Verum
3
Ave Verum
2,99 $
13:16
Desprez, Josquin (1521)
Ave Maria
4
Ave Maria
0,99 $
5:24
Von Bingen, Hildegard
Ave, Generosa
5
Ave, Generosa
0,99 $
3:59
Monteverdi, Claudio (1567 - 1643)
Magnificat
6
Magnificat
0,99 $
2:23
Arcadelt, Jacques
Ave Maria
7
Ave Maria
0,99 $
3:37
Bruckner, Anton (1824 - 1896)
Ave Maria
8
Ave Maria
1,99 $
7:19
Pärt, Arvo (1935 - )
Magnificat
9
Magnificat
0,99 $
3:05
Gounod, Charles (1818 - 1893)
Ave Maria
10
Ave Maria
0,99 $
4:01
*Tous les prix sont en devise canadienne.

Achat sécurisé, sans tracas et téléchargement facile.

Nous acceptons les cartes de crédit Visa et Mastercard. Vos données ne sont pas partagées et leur stockage répond aux normes de sécurité les plus elevées.

Téléchargement légal, directement du producteur, sans DRM.

En téléchargeant la musique sur le site d’Analekta, vous évitez les intermédiaires et vous vous assurez d’avoir la meilleure qualité sonore possible.

Des questions? Notre service à la clientèle est là!

Notre page d’aide pratique est consacrée au magasinage sur Analekta.com et notre FAQ répond à la plupart des questions courantes. Sinon, contactez-nous par courriel.
Réponse dans les 24 heures (sauf durant les weekends et les jours fériés).

Ave Maria

Numéro d'album: AN 2 9841
Date de sortie: 13 novembre 2012

Période(s): DiversMédiévaleBaroqueClassiqueXXe siècle

Genre(s): Chant sacréRécital vocal

Compositeurs:
Divers / Misc., | Caccini, Giulio | Gounod, Charles | Bach, Johann Sebastian | Schubert, Franz | Desprez, Josquin | Arcadelt, Jacques | Bruckner, Anton | Von Bingen, Hildegard | Byrd, William | Monteverdi, Claudio | Pärt, Arvo

Interprètes:
Taylor, Daniel | Theatre of Early Music, | Petits Chanteurs du Mont-Royal, Les | Patenaude, Gilbert | Lefèvre, Alain | Beauséjour, Luc | Keesmaat, Amanda



AVE MARIA


« Je vous salue Marie, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus le fruit de vos entrailles est béni… » Chaque jour, un peu partout sur le globe, dans un lieu de culte ou dans l’intimité de leur maison, dans langues et dialectes divers, des millions de gens reprennent cette salutation. Certains égrèneront entre leurs doigts un chapelet lors de chaque répétition; d’autres se laisseront bercer par le son de leur voix, la rythmique des versets, le souffle du propos. Apaisement, force, juxtaposition de textes bibliques et de prières initiées par les chrétiens, il n’est pas surprenant que, dès le Ve siècle, l’Ave Maria s’intègre aux offices liturgiques. Deux siècles plus tard, cette salutation de l’ange à la Vierge lors de l’Annonciation (Luc 1, 28), à laquelle s’appose celle d’Élisabeth lors de la Visitation deviendra formule privilégiée de prière personnelle. Si, au départ, les prélats avaient souhaité que les fidèles se concentrent sur leurs Credo et Pater, l’Ave Maria fera partie de l’instruction religieuse des enfants à partir du Concile de Béziers en 1246. Sa forme définitive sera promulguée par le pape Pie V en 1568.

L’Ave Maria figurait dans l’antiphonaire grégorien primitif et sa mélodie a souvent servi de teneur de motet dans l’Ars antiqua et de thème de messe au XVIe siècle. Pourtant, les compositeurs le traiteront le plus souvent comme élément constitutif de la liturgie, en antienne ou en offertoire. L’Ave Maria de Josquin des Prés est fondé sur une séquence (pièce chantée après l’alléluia lors de certaines fêtes), et en développe un trope en particulier. (Cette amplification non officielle de textes liturgiques visait à leur offrir un caractère plus solennel ; un des plus connus reste l’Ave verum, issu du Sanctus, relu sur cet enregistrement par William Byrd.) Celui de Jacques Arcadelt est en fait un faux du XIXe siècle, écrit par Pierre-Louis Dietsch, maître de chapelle de la Madeleine à Paris, librement adapté d’un madrigal à trois voix du compositeur du XVIe siècle, Nous voyons que les hommes. Anton Bruckner reviendra à trois reprises à l’Ave Maria au cours de sa carrière. La deuxième version, à sept voix a capella, la plus chantée aujourd’hui, a été créée en 1861, après ses cinq ans d’études formelles à Vienne, pour souligner la fondation d’un chœur, le Liedertagel Frohsinn, dont il était alors directeur musical.

Les trois plus célèbres Ave Marias restent sans doute ceux signés Schubert, Gounod et Caccini. Celui de Franz Schubert, écrit d’abord sur une poésie allemande, réadaptée en latin, reprenait l’un des trois chants d’Ellen tiré de La Dame du lac de Walter Scott. Charles Gounod a ajouté, de façon plus ou moins arbitraire, une mélodie complémentaire au premier prélude du Clavier bien tempéré de Bach, improvisation que transcrira son beau-père Pierre Zimmermann. Là aussi, les paroles latines chéries supplanteraient le texte original, un poème de Lamartine, Le Livre de la vie. Celui attribué à Giulio Caccini a en fait été composé par Vladimir Vavilov il y a une quarantaine d’années. (Un premier enregistrement l’intégrant a été réalisé par le chanteur sous étiquette Melodiya en 1970.) Après sa mort, l’organiste Mark Shakhin a transmis la « nouvellement découverte » partition à d’autres musiciens, assurant sa renommée.

« Je crois qu’il n’y a personne parmi nous qui n’abandonnerait sa mère pour être fils de Marie », avançait Martin Luther dans son sermon de Noël 1523. Quand celle-ci apprend de l’Ange qu’elle enfantera le Sauveur, les premiers mots qu’elle prononce, selon l’Évangile selon saint Luc, seront en louange à Dieu : Magnificat anima mea Dominum (Mon âme magnifie le Seigneur). Ce cantique, transposé dans la liturgie des Vêpres, qui en deviendrait élément constitutif, susciterait lui aussi plusieurs relectures musicales.

Claudio Monteverdi en tirera deux versions, publiées en 1610 dans le recueil des Vêpres de la Vierge, dédié au pape Paul V. La première, à sept voix, soutenue par six instruments et une basse continue, se déclinait comme une page d’apparat. La seconde, entendue ici, à six voix, avec accompagnement de basse chiffrée, joue la carte de l’intériorité, mais reste l’une des pièces les plus inspirées du répertoire choral de tous les temps. Peu d’œuvres ont su d’une façon aussi magistrale unir l’austérité du chant grégorien et la virtuosité du style choral festif.

En 1989, Arvo Pärt se servira du même texte pour en tirer une partition pour soprano solo et chœur a capella, subdivisée en sections versets (l’ancrage de la voix soliste se juxtaposant à une ligne mélodique inférieure) et tutti (mettant en lumière trois, quatre ou six voix différentes). Le Magnificat demeure un remarquable exemple du « tintinnabulum », style initié par le compositeur estonien, dans lequel les trois notes de l’accord parfait sont traitées comme autant de cloches, la répétition des gestes musicaux établit une sensation d’intemporalité ou de présent continu.

© Lucie Renaud
1
Divers / Misc.,
Caccini, Giulio
Ave Maria
5:13
2
Divers / Misc.,
Von Bingen, Hildegard
Ave, Generosa
3:59
3
Divers / Misc.,
Desprez, Josquin (1521)
Ave Maria
5:24
4
Divers / Misc.,
Byrd, William (1543 - 1623)
Ave Verum
13:16
5
Divers / Misc.,
Monteverdi, Claudio (1567 - 1643)
Magnificat
2:23
6
Divers / Misc.,
Arcadelt, Jacques
Ave Maria
3:37
7
Divers / Misc.,
Bruckner, Anton (1824 - 1896)
Ave Maria
7:19
8
Divers / Misc.,
Pärt, Arvo (1935 - )
Magnificat
3:05
9
Divers / Misc.,
Gounod, Charles (1818 - 1893)
Ave Maria
4:01
10
Divers / Misc.,
Schubert, Franz (1797 - 1828)
Ave Maria
5:47