Le pianiste accompagnateur: bien plus qu’un faire-valoir (1e partie)
Le métier de pianiste accompagnateur est relativement nouveau dans le domaine de la musique classique. En effet, au départ, les accompagnements étaient plutôt joués sur des instruments à cordes de la famille du luth. À l’époque baroque, le claveciniste devient toutefois essentiel à la réalisation de la basse continue. Il improvise des accompagnements élaborés, qui doivent demeurer dans les limites harmoniques prescrites par le compositeur.
Évolution à travers les siècles
Dans l’opéra italien du XVIIIe siècle, les récitatifs restent toujours soutenus au continuo mais l’accompagnement commence à prendre une place plus importante dans les arias. Les meilleurs compositeurs de l’époque élaborent ainsi des parties instrumentales beaucoup plus denses qui transforment les arias en duos pour voix et instrument. À la fin du XVIIIe siècle, le piano détrône définitivement le clavecin et devient l’instrument de prédilection pour l’accompagnement et la musique de chambre. La basse d’Alberti est d’abord privilégiée par les compositeurs, son motif d’accords brisés soutenant le soliste. Peu à peu, la texture des parties de piano se métamorphose et atteint un premier sommet avec Schubert. Celles-ci contribuent autant que la voix à dépeindre les paysages sonores et les émotions sous-jacentes au texte du poème choisi. On n’a qu’à penser à l’effet de rouet obtenu au piano dans Gretchen am Spinnrade (Marguerite au rouet) ou aux figures d’accompagnement bondissantes de Die Forelle (La Truite).
Schumann et Brahms renforcent l’importance du piano dans leur lieder, mais ne vont pas au-delà de la relation de base proposée par Schubert. Dans les lieder de Liszt, de Wolf et de Mahler, l’accompagnement joue un rôle psychologique : il complète, prolonge le sens des paroles et traduit l’émotion. Au XXe siècle, le pianiste devient ainsi le collaborateur essentiel et constant du soliste, en imposant un rythme, en enveloppant le texte d’une harmonie subtile, en créant une atmosphère.
Le rôle de l’accompagnateur a été particulièrement dénigré à la fin du XIXe siècle. Le public ne le considérait souvent que comme un mal nécessaire et les solistes, particulièrement les chanteurs, traitaient leurs partenaires avec condescendance et dédain. Au cours des années qui ont suivi, toutefois, un lent revirement a été observé. Des accompagnateurs de haut calibre ont su redorer le blason de la profession. Parmi ceux-ci, Gerald Moore a été une figure de proue. Dietrich Fischer-Dieskau, Victoria de Los Angeles, Elisabeth Schwarzkopf, Pablo Casals, Yehudi Menuhin, pour n’en nommer que quelques-uns, ont tous profité de sa sensibilité et de son immense expérience. Il a enfin redonné au métier ses lettres de noblesse. Malgré tous ces efforts, Michael McMahon, un des pianistes collaborateurs les plus en demande, déplore le fait que, malgré le chemin parcouru au cours des dernières décennies, les producteurs de concerts choisissent encore d’ignorer le nom de l’accompagnateur sur les affiches et, parfois même sur le programme de concert : « Ils ne réalisent pas la profondeur du partenariat que nous entretenons avec le chanteur. Sans la partie du piano, on ne peut comprendre que la moitié de l’œuvre entendue. »
Pour écouter:
Lieder de Brahms (Marie-Nicole Lemieux, Nicolo Eugelmi, Michael McMahon)
Wintereisse (Voyage d’hiver) de Schubert (Daniel Lichti, Leslie De’Ath)
Verlaine: poètes maudits (Jean-François Lapointe, Louise-Andrée Baril)


18 mai 2009 at 10:21
[...] à deux têtes, tout aussi apte à guider son maître qu’à le suivre? En prolongement de notre série sur le pianiste collaborateur, voici le point de vue de Marie Muller, qui accompagne nombre de jeunes musiciens. À lire [...]