Pour devenir un bon pianiste accompagnateur, il ne suffit pas de jouer correctement et d’avoir une lecture à vue supérieure. La production du son doit être pensée pour se fondre avec celle du soliste, qu’il soit chanteur ou instrumentiste. Les nuances doivent être savamment dosées, les respirations contrôlées mais non artificielles, la direction de chaque phrase étudiée méticuleusement. Accompagner requiert une écoute attentive de soi, et de l’autre, une vigilance de chaque instant, une connaissance parfaite de sa partie, mais aussi de celle de l’autre, une compréhension de la pièce, de sa structure, de ses respirations, une analyse de la répartition des rôles, des plans sonores, et, surtout, une grande souplesse d’adaptation devant l’imprévu.
Un des grands défis du pianiste demeure le contrôle de l’équilibre sonore. Celui-ci ne peut pas décider, de façon permanente, de l’intensité d’une nuance. Par exemple, le piano (son doux) d’un lied de Brahms n’aura pas la même intensité que celui d’une mélodie de Debussy. Il faut aussi considérer la tessiture de la voix ou de l’instrument, les forces et les faiblesses du soliste, l’acoustique de la salle et la qualité de l’instrument mis à la disposition du pianiste. L’accompagnateur doit aussi atteindre le degré de legato qui se rapprochera le plus possible de la voix humaine ou d’un instrument à cordes, tout en réalisant que le piano restera toujours un instrument à percussion, donc par essence inapte à produire un vrai legato.
De plus, avec un chanteur, l’accompagnateur assume presque seul la responsabilité de l’équilibre entre la voix et le piano, tâche particulièrement difficile quand on a un nombre très limité de répétitions. « Mon travail consiste à rendre leur expérience la plus confortable possible, explique Michael McMahon. Je dois faire de mon mieux pour que le chanteur puisse briller. »
Le cauchemar du pianiste accompagnant des chanteurs restait sans contredit jusqu’à tout récemment la transposition (maintenant, les logiciels appropriés permettent la transposition quasi-instantanée de la partition). Pour le chanteur, peu de différences – à part son confort vocal – sont perceptibles entre le même lied chanté en fa majeur ou en mi majeur. Pour le pianiste, l’histoire est tout autre. Les altérations accidentelles et les modulations doivent être adaptées d’une tonalité à l’autre et, bien souvent, un passage qui tombait parfaitement sous la main dans la tonalité originale devient réellement problématique dans une autre tonalité.
Pour écouter
Ravel – Shéhérazade; Debussy – Proses lyriques: Marianne Fiset, Marie-Ève Scarfone
Chausson-Duparc: Jean-François Lapointe, Louise-Andrée Baril