NĂ© Ă Rimouski, AndrĂ© Laplante poursuit d’abord ses Ă©tudes musicales Ă MontrĂ©al, notamment avec la rĂ©putĂ©e Yvonne Hubert, avant de s’établir Ă New York (oĂą il a Ă©tudiĂ© avec Sascha Gorodnitzki) et Ă Paris (avec Yvonne LefĂ©bure). Comme nombre de jeunes musiciens ambitieux, il court les concours internationaux. Il se fait la main au Concours Jacques-Thibaud en 1973, rĂ©itère Ă celui de Sydney en Australie en 1977 pour finalement arracher devant 91 pianistes la convoitĂ©e mĂ©daille d’argent au Concours TchaĂŻkovski de Moscou l’annĂ©e suivante.
Lors de la dernière épreuve du Concours Tchaïkovski, Laplante avait interprété un époustouflant Troisième Concerto de Rachmaninov qui connut un tel succès auprès du public qu’un enregistrement en fut tiré, qui continue encore de circuler en Russie. Comme l’enregistrement réalisé par CBC a été rapidement épuisé en Amérique du Nord et en Amérique, Analekta a décidé de le rééditer en 1999.
Dans une entrevue exclusive, André Laplante avait alors évoqué ce moment-charnière de son existence de musicien. « Ce que le concours m’a apporté, c’est surtout une véritable prise de conscience de quels étaient mes points forts et mes points faibles, et aussi quelle impression mon jeu pouvait laisser sur les gens », souligne-t-il.
Dès la première épreuve, il reçoit un accueil des plus chaleureux de la part du public : « J’étais très content, parce que je sentais que le public appréciait, qu’il réagissait merveilleusement, au niveau expressif, à ce que je donnais. C’était un public qui voulait être touché, ému. On sait à quel point la vie des Russes, à ce moment là , était différente de la nôtre. Mais autant ils pouvaient ne pas être libres dans leur vie quotidienne, autant je pense que là , dans la salle, ils pouvaient être libres de s’abandonner à ce qui les touchait, et être libres de l’exprimer. »
Après une deuxième épreuve explosive, d’une maturité exceptionnelle, les gens l’ont applaudi pendant 15 minutes. Comme il n’était permis que de ne revenir saluer qu’une seule fois, il a donc dû se contenter de recevoir l’amour du public des coulisses. « Ensuite les gens sont venus, et je n’étais plus «Monsieur Laplante», mais «André». Du jour au lendemain ils m’ont adopté comme un fils. »
Pour la troisième épreuve, il frappe encore plus fort, en présentant le Troisième Concerto de Rachmaninov, une œuvre particulièrement proche du public russe : « Pour moi c’était un concerto qui était musicalement satisfaisant, mais aussi pianistiquement satisfaisant — j’ai un immense plaisir physique à pétrir la grosse «pâte» Rachmaninov. C’était aussi un concerto que je jouais depuis l’âge de 15-16 ans, qui était devenu un peu une «seconde nature» pour moi. Et ce fut un moment unique, exceptionnel et que je n’oublierai jamais parce que j’ai senti, justement, que j’avais réussi à exprimer tout ce qui était possible pour moi d’exprimer à ce moment là de ma vie. En revenant à la maison, j’ai eu quelques jours pour penser à tout ça. Une fois la poussière retombée, j’ai pris conscience de la responsabilité qu’un tel honneur incombe au lauréat. La responsabilité d’apprendre à trouver sa voix et de devenir un meilleur musicien, explorer un nouveau répertoire et découvrir de nouvelles perspectives musicales, tout en composant avec un horaire fort chargé. »
Pour retrouver l’entrevue complète et Ă©couter son interprĂ©tation du Troisième de Rachmaninov…