Conseils aux jeunes musiciens (2/2)
Schumann aurait souhaité illustrer chacun de ces préceptes par un exemple musical particulier mais il n’a malheureusement pas eu le temps de mener à bien ce projet. Néanmoins, elles restent d’une troublante actualité.
« Ne recherchez pas cette brillante exécution qu’on appelle la bravoure. Tâchez de produire de l’impression en rendant l’idée que le compositeur avait en vue d’exprimer; vouloir davantage serait ridicule.
Considérez comme quelque chose d’odieux de changer quoi que ce soit aux œuvres des maîtres,d’y rien omettre ou d’y rien ajouter de nouveau. Ce serait la plus grande injure que puissiez faire à l’art.
Reposez-vous souvent de vos études musicales par la lecture des bons poètes. Promenez-vous assidûment dans la campagne, dans les champs.
Mais qu’appelle-t-on bon musicien? Vous ne l’êtes pas si, tenant vos yeux attachés sur les notes avec anxiété, vous ne venez à bout de faire votre tâche qu’avec peine; vous ne l’êtes pas si quelqu’un ayant tourné deux pages à la fois, vous restez court et ne pouvez continuer. Mais vous l’êtes si vous pressentez ce qui va suivre ou si vous vous en souvenez dans les morceaux que vous connaissez déjà; en un mot, si vous avez la musique non seulement dans les doigts, mais dans la tête et dans le cœur.
Respectez l’ancien mais intéressez-vous au nouveau. N’ayez pas de préjugés contre les noms qui ne sont pas encore renommés.
Ne jugez pas du mérite d’une composition après l’avoir entendue une seule fois; ce qui vous plaît au premier aperçu peut n’être pas le meilleur. Les maîtres veulent être étudiés. Bien des choses ne vous paraîtront claires que dans l’âge mûr.
Ne négligez pas l’étude de la vie, aussi bien que celle des autres arts et sciences.
Vous vous élèverez toujours plus haut par le travail et la persévérance.
Rien de grand ne s’accomplit dans l’art sans enthousiasme.
L’art n’est point là pour procurer la richesse. Soyez un noble artiste et le reste vous sera donné par surcroît.
Vous ne comprendrez l’esprit que lorsque vous serez maîtres de la forme.
Peut-être le génie est-il seul à comprendre le génie.
ON N’A JAMAIS FINI D’APPRENDRE. »
Pour écouter: les Davidsbündlertänze interprétées par Anton Kuerti


24 janvier 2011 at 15:45
Merci