Archive pour juillet, 2009

La musique classique au cinéma

31 juillet 2009

Plutôt que de collaborer avec des compositeurs actuels, certains réalisateurs préféreront puiser dans le répertoire classique pour habiller leurs images.  Impossible d’oublier la scène déchirante de Mort à Venise de Luchino Visconti quand on entend l’« Adagietto » de la Cinquième Symphonie de Mahler.

Pensons aussi à la scène follement romantique d’Elvira Madigan du réalisateur suédois Bo Widerberg quand on entend le Concerto pour piano K. 467 de Mozart.

Une des pièces peut-être les plus reprises par de nombreux cinéastes au fil des ans est l’Adagio pour cordes du compositeur américain Samuel Barber, une œuvre qui, dès sa création en 1938, a rallié l’opinion des mélomanes, émus par sa puissance. On peut notamment l’entendre sur les trames sonores de l’oscarisé Platoon d’Oliver Stone, d’Elephant Man de David Lynch et du Fabuleux destin d’Amélie Poulain de Jean-Claude Jeunet.

Il ne faudrait pas non plus la scène d’anthologie tirĂ©e d’Apocalypse Now, mettant en vedette la « ChevauchĂ©e des Walkyries » de Wagner.

Et, en terminant, classique des classiques, l’ouverture de 2001: L’OdyssĂ©e de l’espace de Stanley Kubrick (rĂ©alisateur qui a toujours portĂ© une attention particulièrement soutenue Ă  ses choix musicaux classiques), sur Ainsi parlait Zarathoustra de Strauss. Bon cinĂ©ma!

Musique de films

29 juillet 2009

Le 28 décembre 1895, date symbolique dans l’aventure artistique humaine, un public subjugué découvre les images projetées par le cinématographe des frères Lumière. Cette première expérience cinématographique ne se tient pas dans un silence total. En effet, un pianiste improvise sur les images présentées à l’écran, d’abord pour couvrir le bruit envahissant du projecteur alors sans paroi isolante, mais également pour plonger le spectateur dans un univers qui lui permettrait de s’évader de son quotidien.

Avec l’avènement du parlant, les improvisateurs seront mis au rencart et la bande son deviendra part intrinsèque et immuable de la narration de l’histoire. Il est donc essentiel pour un compositeur d’établir un dialogue serré avec le réalisateur avant même de sommer l’inspiration et surtout de comprendre la place que la musique occupera dans telle ou telle séquence. La trame pourra ainsi tour à tour souligner l’action, marquer le mouvement, anticiper un geste subséquent, représenter le lieu (en plongeant l’auditoire dans des environnements culturels, sociaux ou historiques particuliers), commenter l’action en contrepoint (résumé musical aussi bien que contradiction de la connotation d’un plan), exprimer les émotions des acteurs ou encore jouer le rôle de guide émotif ou de symbole (selon le principe du leitmotiv cher à Wagner, alors qu’un motif musical devient associé à un héros ou une émotion).

Le monde de la musique de film reste en pleine évolution. Quand les musiciens classiques « sérieux » l’évoquaient il y a 30 ou 40 ans, ils ne cachaient pas un certain mépris, considérant celle-ci comme de troisième ordre. Aujourd’hui, sa qualité n’a plus besoin d’être démontrée et on peut maintenant parler d’une forme d’art à part entière. Il n’est donc pas surprenant que plusieurs compositeurs de renom y trouvent un défi à la hauteur de leurs attentes.

La musique parlant avant tout à l’inconscient, les meilleures trames sont souvent les moins envahissantes et ajoutent une profondeur à l’image sans l’écraser. Pourtant, il reste toujours ces grands airs que le public continue d’entendre, mais surtout de ressentir des années durant, bien après que les souvenirs précis du film aient disparu. Comment ne pas penser aux trames sonores de John Williams (lauréat de cinq oscars pour des films tels E.T., Star Wars, Harry Potter, Jaws et tant d’autres)?

Dans le prochain billet, quelques « emprunts » classiques célèbres.

Une entrevue avec Matthias Maute

28 juillet 2009

On peut retrouver une entrevue fort intĂ©ressante avec le flĂ»tiste Matthias Maute, sur Espace classique. Ă€ Ă©couter ici…

Pour Ă©couter Vivaldi et les gitans baroques, avant-dernier enregistrement du flĂ»tiste et de l’Ensemble Caprice, c’est par lĂ …

Décès de Merce Cunnigham

27 juillet 2009

Le chorĂ©graphe amĂ©ricain Merce Cunningham, une des figures les plus mythiques du 20e siècle, s’est Ă©teint hier Ă  l’âge de 90 ans. Partenaire de vie et de crĂ©ation de John Cage, il a dansĂ© jusqu’en 1989 dans chacun des spectacles de sa compagnie. Le Figaro lui consacre un article ici…

Deux nouvelles oeuvres de Mozart retrouvées

25 juillet 2009

Selon l’Associated Press, deux nouvelles partitions inĂ©dites de Mozart ont Ă©tĂ© dĂ©couvertes, a annoncĂ© jeudi la Fondation internationale Mozarteum, basĂ©e Ă  Salzbourg en Autriche. Ils s’agit de deux pièces pour piano composĂ© par Mozart dans sa jeunesse, a-t-elle prĂ©cisĂ© dans un bref communiquĂ©.

Le site internet de la fondation affirme que les deux partitions, qui Ă©taient en sa possession depuis longtemps, ont Ă©tĂ© identifiĂ©s comme des oeuvres de Mozart. La fondation n’a pas souhaitĂ© donner plus de dĂ©tails sur les deux partitions, qui feront l’objet d’une prĂ©sentation au public le 2 aoĂ»t Ă  Salzbourg. Le pianiste autrichien Florian Birsak interprĂ©tera les deux oeuvres sur un piano de Mozart.

Concerts du Verbier Festival en ligne

24 juillet 2009

Encore une fois, medici.tv renouvelle son partenariat avec le prestigieux Verbier Festival et offre aux internautes des concerts remarquables, diffusĂ©s en direct, mais aussi accessibles en diffĂ©rĂ© pendant quelques semaines. La qualitĂ© de la vidĂ©o donne l’impression de s’ĂŞtre glissĂ© dans la salle, dans la première rangĂ©e. La brochette d’artistes plus qu’impressionnantes comprend notamment des concerts de Martha Argerich, Vadim Repin, Evgeny Kissin, David Fray, Bryn Terfer et Thomas Quasthoff. Ă€ dĂ©couvrir ici…

Les dix commandements du chef d’orchestre selon Richard Strauss

22 juillet 2009

Ces maximes se retrouvent dans le Livre d’or d’un jeune chef d’orchestre, publiĂ© par Strauss en 1925.

  1. Souviens-toi que tu ne fais pas de la musique pour ton plaisir, mais pour celui de tes auditeurs.
  2. Ne transpire pas en dirigeant, seul le public a le droit de s’Ă©chauffer.
  3. Dirige SalomĂ© et Elektra comme s’ils Ă©taient de Mendelssohn: de la musique de fĂ©es.
  4. N’encourage pas les cuivres du regard, mais donne-leur les entrĂ©es les plus importantes sans y toucher, d’un clignement d’Ĺ“il.
  5. Par contre, ne quitte pas des yeux les cors et les bois: si tu les perçois, c’est qu’ils sont dĂ©jĂ  trop forts.
  6. Lorsque tu crois que les cuivres ne jouent pas assez fort, il faut encore les refréner.
  7. Il ne suffit pas que tu entendes toi-mĂŞme chaque mot du livret, que tu sais par cĹ“ur, il faut qu’il soit compris sans peine, du public. Si celui-ci n’entend rien, il ronfle.
  8. Accompagne le chanteur toujours de telle sorte qu’il puisse chanter sans effort.
  9. Lorsque tu penses avoir atteint le prestissimo le plus inouĂŻ, reprends le mouvement encore une fois aussi vite.
  10. Si tu te souviens de tous ces conseils amicaux, tu seras toujours, grâce Ă  tes dons indĂ©niables et Ă  ton talent, l’idole de tes auditeurs.

Pour Ă©couter le poème symphonique Don Juan de Richard Strauss, interprĂ©tĂ© par l’Orchestre de la francophonie sous la direction de Jean-Philippe Tremblay…

André Mathieu: le film

20 juillet 2009

Plus de 40 ans après sa disparition, le compositeur AndrĂ© Mathieu s’apprĂŞte Ă  revivre sur grand Ă©cran grâce au cinĂ©aste Luc Dionne, inspirĂ© par la fièvre du pianiste Alain Lefèvre. Le tournage s’est terminĂ© il y a quelques jours Ă  Sofia et La Presse consacrait un dossier important au projet samedi. Pour lire les articles…

Le classique, c’est buck

18 juillet 2009

Les chanteurs de hip-hop et les rappeurs ont toujours Ă©tĂ© des maĂ®tres de l’Ă©chantillonage, bidouillant des loops ou dĂ©tournant des sections rythmiques d’autres chansons pour servir de trame Ă  leurs textes. Il n’est donc pas surprenant que certains aient choisi de remonter plus loin dans le temps et de s’inspirer de pages classiques.

Ludacris, à la fois rappeur et acteur, signait en 2001 son troisième CD Word of Mouf. On y retrouvait notamment Coming 2 America qui reprend (en version légèrement accélérée) le « Dies Irae » du Requiem de Mozart.

Young Buck, qui a commencé à rapper à 12 ans (il en a maintenant 28) a aussi bidouillé le Requiem (le « Confutatis ») dans son Say it to my Face.

Mozart et le cĂ©lèbre air de la Reine de Nuit de La flĂ»te enchantĂ©e a aussi Ă©tĂ© dĂ©tournĂ© dans Like You de Kelis (une chanteuse plus R’n'B et femme de Nas – voir billet prĂ©cĂ©dent) qui va jusqu’Ă  faire rĂ©fĂ©rence Ă  des plumes dans son refrain (« You can fluff my feathers »), clin d’oeil Ă  Papageno et Paganena.

Le Canon de Pachelbel, repris ad nauseam sur nombre de compilations new age, sert de trame Ă  I’ll C U When U Get There de Coolio, rappeur de la Old School qui se consacre maintenant principalement au cinĂ©ma.

Beethoven et la pop

16 juillet 2009

Selon toute vraisemblance, Beethoven entrerait dans l’une de ses cĂ©lèbres colères s’il rĂ©alisait comment certains artistes de la pop ont « recyclĂ© » ses pages les plus cĂ©lèbres. En mĂŞme temps, en as de la variation et du dĂ©veloppement Ă  grande Ă©chelle d’une minuscule idĂ©e (difficile de trouver plus simple que l’ouverture du premier mouvement de la Cinquième ou le dĂ©but de la Sonate « Ă  la lune »), il aurait peut-ĂŞtre apprĂ©ciĂ© l’originalitĂ© de certains traitements.

Le cĂ©lèbre motif de FĂĽr Elise (qui, soit dit en passant, aurait peut-ĂŞtre bien dĂ» s’appeler FĂĽr Therese, si on en croit certaines analyses de graphologie) n’a pas qu’Ă©tĂ© utilisĂ© comme sonnerie (horripilante) de tĂ©lĂ©phone cellulaire.

Prenons par exemple ce duo assez bien ficelé de Whitney Houston et Deborah Cox, Same Script, Different Cast

Same Script, Different Cast – Whitney Houston & Deborah cox

L’utilisation peut-ĂŞtre la plus connue du motif est la chanson du B-Boy Nas, I Can, Ă©crit pour servir d’inspiration Ă  la jeune gĂ©nĂ©ration. (Beethoven aurait sans doute apprĂ©ciĂ© le message.)

Le premier mouvement de la Sonate opus 27 no 1, « Ă  la lune » (CD 4 du coffret Kuerti) semble elle aussi, une source presque intarissable d’inspiration.

On a ainsi l’Ă©vocateur Piano & I d’Alicia Keys, tirĂ© du classique Songs in A Minor.

On a aussi une utilisation plus dĂ©tournĂ©e, dans Because des Beatles, l’accompagnement de la chanson ayant Ă©tĂ© directement inspirĂ© par Yoko Ono travaillant la cĂ©lèbre pièce.

The Beatles (1969) – Abbey Road – 08 – Because – Sep 30, 2003 21.57.22.mp3 –

Il ne faudrait pas oublier le classique des classiques, le hit disco de Walter Murphy, A Fifth of Beethoven.

A Fifth of Beethoven – Walter Murphy

Au QuĂ©bec, Ă  la mĂŞme Ă©poque, AndrĂ© Gagnon avait commis son propre Dedethoven sur l’album Neiges.

La sĂ©rie de variations du deuxième mouvement de la Septième Symphonie aura servi d’inspiration Ă  certaines pages assez Ă©tonnantes. On a ainsi Symphonie de Norma Ray.

Mais il y aussi le très exalté Poème sur la Septième dans lequel Johnny Halliday se révèle sous un jour tout à fait nouveau.

Dans mon prochain billet, musique classique et hip-hop cohabitent.