Archive pour octobre, 2009

Musique de peur

30 octobre 2009

Eh oui, c’est l’Halloween demain! Que vient faire la musique lĂ -dedans? Pourtant… vous admettrez que la musique  mĂ©riterait d’être inscrite en première position au gĂ©nĂ©rique des films qui font peur. Vous ĂŞtes sceptiques? Pendant un instant, visualisez une poupĂ©e aux grands yeux bleus, assise sur un oreiller. Imaginons maintenant une musique lĂ©gère, très gaie, peut-ĂŞtre une petite valse. Vous penserez peut-ĂŞtre que l’enfant reviendra bientĂ´t et qu’il passera de longues heures Ă  jouer et Ă  s’inventer de jolies histoires. Maintenant, changeons instantanĂ©ment l’atmosphère avec une musique lancinante, peut-ĂŞtre une chorale d’enfants dont le son serait Ă©touffĂ© (comme s’ils se trouvaient prisonniers dans le sous-sol) sur fond de violons grinçants et très discordants. Vous croirez alors que la poupĂ©e est en rĂ©alitĂ© un jouet malfaisant qui n’attend que la nuit pour terroriser les habitants de la maison. Pourtant, l’image n’a pas changĂ©, simplement la musique qui l’accompagne.

Comment les compositeurs s’y prennent-ils pour écrire de la musique qui évoque mystère et peur? Certaines mélodies nous rendent nerveux avant même qu’on remarque le danger à l’écran. Une des musiques de films les plus réussies dans le genre reste celle de Jaws (Les Dents de la mer) du célèbre John Williams. On devine tout de suite en l’entendant qu’un grave danger attend le héros.

Une autre façon de créer un sentiment de mystère est l’utilisation de rythmes ou de notes répétées. Soudain, on entend un accord sur lequel l’orchestre fait un crescendo suivi d’un diminuendo et voilà, la peur s’installe, comme dans le début de la Nuit sur le mont Chauve.

La musique la plus sonore n’est pas nécessairement la plus effrayante. Parfois, il s’agit que la musique s’arrête ou devienne soudain très douce pour que le suspense devienne insupportable. On peut alors entendre le moindre bruit, la moindre respiration, le souffle du monstre. Les staccatos peuvent être utilisés à ce moment-là pour souligner ces faibles bruits. Des pianissimos de violons dans l’aigu pourront aussi suggérer cette même intensité.

Vous ne souhaitez pas Ă©couter pour la Ă©nième fois Thriller de Michael Jackson pour cĂ©lĂ©brer Halloween? RedĂ©couvrez plutĂ´t Violons d’enfer, disque d’Angèle Dubeau & La PietĂ . Frissons garantis…

La harpiste Valérie Milot aux Soirées classiques

28 octobre 2009

Ce soir, 20 h, au 100,7 FM Ă  MontrĂ©al (ou sur Internet), Michel Keable accueille la harpiste ValĂ©rie Milot, RĂ©vĂ©lation Radio-Canada Musique 2009, qui lançait son tout premier disque, sous Ă©tiquette Analekta, hier. Au programme: des extraits de ce disque mais aussi l’illustration en musique de certains musiciens qu’elle apprĂ©cie, dont Zubin Mehta, Isabelle Moretti et Xavier de Maistre.

Demain, Ă  la mĂŞme Ă©mission, on pourra entendre des extraits des enregistrements classiques primĂ©s Ă  L’Autre Gala de l’ADISQ le 26 octobre 2009.

analekta.com remporte un Félix!

27 octobre 2009

On l’espĂ©rait très fort mais, surtout, il ne fallait pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tuĂ©, mais le analekta.com, « classique Ă  emporter », s’est mĂ©ritĂ© un FĂ©lix hier au Gala de l’industrie, tenu en après-midi au Club Soda! Entièrement redessinĂ© et programmĂ© par la dynamique Ă©quipe de Motion in Design, le site souhaite bien sĂ»r devenir le rendez-vous des amateurs de musique classique et ce blogue n’en est qu’une antenne. De nouveaux dĂ©veloppements particulièrement importants seront annoncĂ©s très bientĂ´t, qui maintiendront sans aucun doute analekta.com Ă  l’avant-garde de l’industrie musicale canadienne.

Trois enregistrements Analekta ont Ă©galement Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©s lors de l’Autre Gala, hier soir, au MĂ©tropolis: Philip Glass : Portrait, disque d’Angèle Dubeau & La Pietà  (dansla catĂ©gorie « Album classique de l’annĂ©e – orchestre et grand ensemble »), la première collaboration au disque des frères Alain et David Lefèvre (dans la catĂ©gorie « Album de l’annĂ©e – Soliste et petit ensemble ») et Lorraine Desmarais – Big Band (dans la catĂ©gorie « Album de l’annĂ©e – jazz crĂ©ation »).

Rappelons qu’Analekta Ă©tait nominĂ©e Ă  onze reprises dans sept catĂ©gories.

Pas de premier prix au Long-Thibaud

26 octobre 2009

Le concert des laurĂ©ats de la dernière Ă©dition du prestigieux concours de piano Long-Thibaud, s’est tenu samedi soir Ă  la Salle Olivier-Messiaen Ă  Paris. Aucun premier prix n’a Ă©tĂ© dĂ©cernĂ© cette annĂ©e et la Russe Maria Masycheva, 26 ans, a dĂ» se contenter du 2e grand prix (15,200 euros) et du Prix SAS du Prince Albert II de Monaco, pour la meilleure interprĂ©tation du rĂ©cital. Vingt candidats de huit nationalitĂ©s diffĂ©rentes avaient pris part aux finales de ce concours mythique, fondĂ© par la pianiste Marguerite Long et le violoniste Jacques Thibaud.

Une entrevue avec Alain Lefèvre (2/2)

24 octobre 2009

Si on cherche à l’enflammer, l’étincelle n’est jamais bien loin quand Alain Lefèvre parle des mélomanes de demain : « Nous avons une lutte très intense à mener, ce sera de plus en plus difficile. Nous n’avons pas fait nos devoirs et nos leçons auprès du jeune public! Les gens connaissent un peu mes batailles. Je vais dans les écoles depuis maintenant 20 ans, je rencontre les jeunes à travers le monde. La bataille doit être livrée avec énormément de clairvoyance. On n’a qu’à regarder les émissions de télé, la tradition québécoise d’une certaine époque, ce que l’émission Les beaux dimanches apportait au Québec. À l’époque, on avait une heure de musique classique par semaine. Maintenant, on a une présence de musique classique de moins de sept minutes par mois. Il faut se demander pourquoi et réaliser que cela fait partie de notre culture.

De manière très sereine, je poursuis la lutte et je dis à mes collègues de musique classique : “Si vous ne descendez pas dans la rue, si vous n’allez pas aux émissions de télé, aux émissions de radio, si vous ne faites pas le travail, la musique sera pour un petit groupe de gens et est destinée à disparaître. ” Je réalise que, souvent, en tant que pianiste, on se met en avant de la musique, qu’on la sert moins bien qu’on ne devrait le faire. Le rôle d’un artiste n’est pas uniquement de monter sur scène, de dire : “Je suis beau, je suis grand. ” C’est de descendre dans la rue et de se relever les manches. Pollini a commencé sa carrière en jouant dans les usines Fiat. Ce n’est pas de la démagogie, c’est un travail réel. Une société qui fabrique de bons citoyens, des gens qui peuvent bien voter, est une société où l’on donne une grande place aux arts parce que l’art donne le recul nécessaire à la pensée. Le recul, c’est d’avoir le maximum d’information culturelle pour pouvoir juger d’une situation.  »

Il cite sans broncher nombre d’études sérieuses relatant l’impact de la musique classique sur le cerveau des enfants : « La vie d’un enfant qui écoute de la musique classique régulièrement sera forcément différente. La richesse que la musique classique apporte dans une vie est extraordinaire. Comment les jeunes peuvent-ils choisir la musique classique si on ne leur offre plus une minute de musique classique? Une fois qu’on l’a entendue, on y reviendra. Quand je reçois des petites lettres d’enfants qui me disent : “Maintenant, j’aime la musique classique”, c’est ce dont je suis le plus fier. »

On peut entendre ici le tout dernier enregistrement d’Alain Lefèvre, qui comprend des oeuvres de Mathieu, Chostakovitch et Mendelssohn.

Une entrevue avec Alain Lefèvre (1/2)

23 octobre 2009

Dégaine de rock star, vestons de cuir et lunettes branchées, le pianiste Alain Lefèvre semble à mille lieues de l’image policée qu’on associe au monde du classique. Il est avant tout un artiste intègre – qui défend André Mathieu avec une conviction inébranlable – mais aussi un activiste convaincu quand vient le temps de rejoindre les mélomanes de demain. Il nous parle ici de quelques-uns de ses coups de cœur – et coups de gueule.

Alain Lefèvre aime souvent traiter les pages du répertoire pianistique en songeant aux couleurs orchestrales. On ne sera donc pas surpris d’apprendre qu’il se dit avant tout interpellé par le répertoire symphonique, même s’il voue une affection particulière au pianiste d’origine roumaine Dinu Lipatti. « J’aime Bruckner, Richard Strauss, Wagner. C’est une partie de ma vie, explique-t-il. Il n’y a rien de plus beau que les Quatre derniers lieder et je considère les Métamorphoses et la Symphonie alpestre comme des chefs-d’œuvre. Je suis pianiste mais je préfère écouter de l’opéra. J’aime les œuvres instrumentales, les concertos pour violon particulièrement. Le Concerto pour violon de Sibelius est pour moi le sommet des concertos. J’aime aussi le Concertino pour clarinette et basson de Strauss, qui n’est jamais joué.  Je suis fou de Brahms, j’aime Bach, j’aime tous les compositeurs mais c’est très difficile pour moi d’en parler, surtout quand il s’agit de répertoire pour piano. Ne me posez pas la question à savoir ce que je pense de tel ou tel pianiste. Qu’y a-t-il de plus malhonnête que l’opinion d’un pianiste envers un autre pianiste. C’est tellement incestueux! »

Demain, il nous parle de la nouvelle gĂ©nĂ©ration de mĂ©lomanes…

L’OSM et Tafelmusik au Festival international Cervantino de Guanajuato

21 octobre 2009

Deux orchestres canadiens qui enregistrent sous étiquette Analekta participent au 37e Festival international Cervantino de Guanajuato: l’Orchestre symphonique de Montréal (la semaine dernière) et Tafelmusik (ce soir). Ce festival qui met en lumière plus de 2000 artistes de 30 pays différents est généralement considéré le festival pluridisciplinaire le plus important d’Amérique latine. Le thème de cette édition est Galileo Y El Telescopo : 400 AÑOS (Galilée et le télescope : 400 ans), choisi en l’honneur de l’année internationale de l’astronomie.

Sous la direction de Jean-François Rivest, l’OSM a jouĂ© Orion de Claude Vivier, le Concerto pour piano no 2 de Liszt (avec Marc-AndrĂ© Hamelin) et Les Planètes de Holst. Tafelmusik interprète quant Ă  lui son programme Projet GalilĂ©e : musique des sphères, un Ă©vĂ©nement pluridisciplinaire mettant en lumière l’orchestre, des astronomes, un metteur en scène, un responsable des dĂ©cors et Ă©clairages, ainsi que des photographes astronomiques. Mario Iván MartĂ­nez, l’un des acteurs classiques mexicains les plus accomplis (qu’on a pu voir dans Como agua para chocolate), qui fait Ă©galement une carrière parallèle en chant baroque, sera le narrateur.

Le Festival se termine le 1er novembre. Les détails de la programmation sont ici.

Telemann et les gitans baroques

19 octobre 2009

Telemann et les gitans baroques se veut le prolongement naturel de l’avant-dernier enregistrement de l’Ensemble Caprice, Vivaldi et et les gitans baroques, album mis en nomination en Allemagne pour un Prix Echo Klassik dans les catĂ©gories « Ensemble/Orchestre de l’annĂ©e » et « Musique classique sans frontière ».

« Les improvisations des joueurs de cornemuses et de violons Ă©taient pleines d’une imagination extraordinaire. En seulement une semaine, un compositeur pouvait trouver inspiration pour une vie musicale durant. Depuis ce temps, j’ai conçu de nombreux concertos et trios dans ce style. » Comme il le mentionne dans son autobiographie, les rencontres avec la musique des gitans d’Europe de l’Est ont marquĂ© l’œuvre de Telemann.  Le prolifique compositeur a probablement absorbĂ© avec enthousiasme l’esprit d’invention de cette musique, comme le dĂ©montrent certaines des Ĺ“uvres prĂ©sentĂ©es sur cet enregistrement.

Comme dans l’enregistrement Vivaldi et les gitans baroques, des mĂ©lodies et des danses gitanes faisant partie de la spectaculaire Collection Uhrovska (1730), qui regroupe environ 350 mĂ©lodies, arrangĂ©es par Mathias Maute, sont intercalĂ©es entre les pièces de Telemann. Avec cet enregistrement, les musiciens offrent une reconstitution musicale de la rencontre du compositeur avec les gitans d’Europe de l’Est, le dialogue entre les Ĺ“uvres mettant clairement en Ă©vidence les caractĂ©ristiques communes ainsi que les diffĂ©rences de ces musiques.

On peut entendre ici l’Ensemble Caprice en rĂ©pĂ©tition, juste avant un concert donnĂ© Ă  l’UniversitĂ© McGill.

Pour Ă©couter l’album…

Le chef interprète

16 octobre 2009

Après 1850, l’apparition du chef interprète (qui n’est plus le compositeur) donne un nouveau visage au monde de la direction d’orchestre. Le compositeur n’étant plus là pour se défendre, certains choix interprétatifs « douteux » voient le jour, surtout si l’on considère qu’avant la Deuxième guerre mondiale, les classes de direction d’orchestre dans les écoles de musique n’existent pas.

Les aspirants chefs d’orchestre apprennent d’abord un instrument et reçoivent une formation théorique solide. Ils entrent ensuite dans un orchestre (comme répétiteurs s’ils sont pianistes) et peuvent observer le travail du chef. Si le chef a besoin d’un assistant lors d’une répétition (par exemple, s’il veut entendre l’effet obtenu de la salle), il ne lui reste plus qu’à saisir sa chance pour pouvoir se hisser éventuellement au sommet du podium.

Le chef d’aujourd’hui

En ce début de XXIe siècle, les chefs sont d’abord reconnus pour leur perfection technique, tout comme on juge la limpidité des gammes d’un pianiste ou la justesse et la tenue d’archet d’un instrumentiste à cordes. Cette qualité, en grande partie en raison des heures de répétitions limitées et des percées importantes de la radio et du disque, devient d’une importance capitale. Pour y parvenir et accéder au statut de « super-maestro », héros auquel le public s’identifie volontiers, il faudra compter d’innombrables heures de pratique, l’art de la direction restant beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît à prime abord.

Virtuose

14 octobre 2009

Après nous avoir envoûtés dans son Portait de Philip Glass l’automne dernier, puis fait sourire avec Gargantua et autres plaisirs, Angèle Dubeau a lancé hier une compilation qui reprend des extraits de certains de ses disques les plus salués et offre ainsi un panorama représentatif de sa longue et fructueuse carrière. Cet enregistrement permettra aux mélomanes d’apprécier les talents multiples de Mme Dubeau, que ce soit comme soliste invitée des grands orchestres, chambriste convaincue, membre et directrice artistique de son ensemble La Pietà  ou seule avec son violon.

On l’entendra notamment dans des extraits de concertos de Mendelssohn, Sibelius et Glazounov, en solo dans le Caprice no 9 de Locatelli tiré de son Arte del violino, dans trois extraits d’albums enregistrés avec La Pietà, dans la Madrigal-Sonata pour flûte, violon et piano de Martinú et dans une transcription de « L’ho perduta » des Nozze di Figaro de Mozart, en compagnie de son ami, le regretté flûtiste Alain Marion et dans la Sonate en ré majeur de Schubert, avec le renommé pianiste Anton Kuerti.

Une compilation Ă  dĂ©couvrir dès aujourd’hui…