Les grands violons démystifiés (3/3)

Les vernis

Transparence, couleur et élasticité des vernis utilisés par les maîtres de Crémone suscitent encore, trois siècles plus tard, l’admiration des amateurs de lutherie. Pourtant, la croyance selon laquelle le vernis constitue l’un des principaux facteurs des qualités sonores de ces instruments est relativement moderne. « On a beau consulter les livres, les manuscrits, fouiller les archives, on ne trouve pas un mot dans les écrits des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, qui en fasse mention comme d’une produit particulier; au contraire, les rares documents qui en parlent semblent prouver que les maîtres luthiers et leurs contemporains n’y attachaient aucune importance et le considéraient comme une chose ordinaire. » (Lucien Greilsame, Vernis de Crémone, étude historique et critique).

En 1819, Savart soutient dans son mémoire Sur la construction des instruments à cordes et à archet : « Le vernis sert à la beauté en même temps qu’il rend la qualité du son permanente. Lorsqu’on néglige de vernir la table, l’instrument perd de son moelleux et de sa force. » Il poursuit plus loin : « Les violons ne se détériorent pas, quoique très chargés par leurs cordes, tandis que les guitares, qui ne sont guère plus chargées mais qui ne sont pas vernies, se détériorent très promptement. »

Des chimistes ont pu analyser les différents composants du vernis utilisés à l’époque et se sont inspirés de recettes existantes dans l’espoir de le reproduire. Cependant, ils n’ont jamais réussi à saisir dans quel ordre Stradivarius (ou ses assistants) mélangeait les produits et ignorent comment il réalisait la couche de préparation du bois.

Une part du mystère réside peut-être dans le fait que Stradivari ait toujours refusé de révéler les ingrédients de cet élixir. Un vernis de qualité ne peut pourtant pas compenser pour une construction bâclée ou un matériau de base de moindre qualité. La sonorité d’un excellent violon, enduit de trop de vernis, deviendra étouffée ou métallique. La sélection se devait donc d’être soigneuse et le traitement très méticuleux. De plus, après la pose du vernis, le bois ne devait sécher qu’au soleil. Histoire d’alimenter l’imaginaire, il semblerait qu’une herbe mystérieuse, qui poussait exclusivement sur les bords du Pô, était réputée inimitable pour le polissage de l’instrument.

Pour entendre la sonorité de l’instrument, Angèle Dubeau dans Solo…

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