Suggestions lecture (1/2)

Vous êtes déjà harassés par vos séances de magasinage du temps des fêtes et ne savez plus ce que vous pourriez bien offrir aux mélomanes sur votre liste? Bien sûr, des albums Analekta! Mais encore? Si cette personne aime aussi la lecture, pourquoi ne pas lui offrir un roman à trame musicale? Voici quelques suggestions.

Peter Hoeg, La petite fille silencieuse. Peter Hoeg (qui a notamment écrit Smilla et l’amour de la neige,  qui a inspiré le film du réalisteur Billie August) possède une rare maîtrise de l’écriture polyphonique. Roman d’aventures, profondément musical (les pages dédiées à la Chaconne en mineur de Bach sont parmi les plus touchantes que j’aie lues), réflexion sur notre société de consommation qui s’essouffle à vouloir courir après un impossible assouvissement, réflexion philosophique sur le monde de l’enfance et du spectacle, La petite fille silencieuse est tout cela à la fois. Tout au long des 455 pages, j’ai été confrontée à ce que je croyais juste, ai hésité à savoir où se dressait la frontière (bien mince) entre rêve et réalité, entre angoisse et sérénité, entre indifférence et violence, entre cohérence et délire.

Nicolas Gilbert, Le récital et Le joueur de triangle. Multiples prix pour ces compositions dont le Prix Opus de « compositeur de l’année » en 2009, reconnaissance publique, Nicolas Gilbert est également romancier et a publié depuis un peu plus d’un an deux romans. Dans son premier, Le récital, il relève avec succès le pari audacieux de transposer une architecture musicale en un geste littéraire convaincant, à la fois déstabilisant et maîtrisé. Le regard que Gilbert pose sur le milieu de la musique contemporaine peut sembler décapant, mais jamais dépourvu d’une certaine tendresse. Quiconque a déjà vécu de l’intérieur l’angoisse pré-représentation s’y retrouvera entre chaque ligne. L’auteur s’inspire de la galerie de personnages qui gravitent autour de cette sphère inutilement raréfiée, les magnifie, les caricature, pour ultimement révéler la fragilité qui se tapit au cœur de chacun d’eux, de chacun de nous.

Dans Le joueur de triangle, Louis, jeune percussionniste qui a de la difficulté à se faire un nom, a l’impression de voir sa vie lui échapper. Célibataire depuis que Véronique l’a laissé six mois auparavant, locataire d’un appartement des plus exigus, incapable de gagner sa vie correctement, il voit sa vie basculer un soir, alors que l’attend sur son répondeur un message de l’Orchestre Symphonique. En effet, on lui offre un contrat qu’il n’espérait plus, pour jouer une seule note de triangle, lors de la création d’une œuvre du compositeur coréen Park In Won. Ce qui aurait pu s’avérer un jeu d’enfant devient bientôt un cauchemar pour Louis, dès qu’il évoque cette dite note, que ce soit chez lui, en répétition, ou dans les instants précédant le concert. Cherchant par tous les moyens à vaincre cette angoisse, il rencontrera d’autres protagonistes qui, l’un après l’autre, dévoileront un nouveau pan d’une histoire contrapuntique. On s’attache aux personnages croisés par Louis, que ce soit le chef d’orchestre Pierre Delambre (un composite savoureux des archétypes rencontrés dans le milieu), la mystérieuse Justine (qui doit faire face à certains choix existentiels douloureux elle aussi), Serge Cardinal, chef de la section des percussions qui tente de colmater l’angoisse de Louis en lui faisant rencontrer Deléglise, percussionniste à la retraite (et sacré numéro) ou même le proprio de Louis (qui tient un salon de coiffure au rez-de-chaussée). On tourne les pages, avec plaisir, réalisant parfaitement que l’auteur tisse les fils d’une histoire dont le dénouement n’est peut-être pas celui que l’on attendait.

Pour écouter la Chaconne de Bach jouée par James Ehnes, c’est ici…

1 reponse de “Suggestions lecture (1/2)”

  1. Diagnostic immobilier dit:

    Merci pour toutes ces recommandations… Ces descriptions nous donnent vraiment envie d’ourvrir ces pages. Un grand merci !

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