Suggestions lectures (2/2)

Si, comme moi, votre cœur balance entre musique et littérature, vous avez probablement déjà été interpellé par certains romans (trop rares) mettant en lumière des musiciens. Au nombre des lectures mémorables au fil des ans, je devrais inclure, outre l’incontournable La vie de Liszt est un roman de Zsolt Harsanyi (entre biographie et littérature de fiction), La voix des anges d’Anne Rice (sur le monde des castrats), Quatuor de Vikram Seth (une histoire d’amour improbable au sein d’un quatuor à cordes), Franz et Clara de Philippe Labro (parsemé de réflexions d’une grande poésie sur la transmission et la réception des oeuvres musicales). En voici deux autres…

Ketil Björnstad,La société des jeunes pianistes. Artiste norvégien particulièrement prolifique (il a écrit de nombreux ouvrages de poésie, des romans, du théâtre mais aussi des musiques de film en plus de voir enregistrées nombre de ses œuvres), il signe ici un roman très personnel qui rejoint d’une certaine façon son propre parcours de jeune pianiste (il a fait ses débuts avec l’Orchestre philharmonique d’Oslo en janvier 1969, période du récit). Portrait d’une certaine jeunesse à la fois désabusée et exaltée qui vit en marge de la société, le roman m’a avant tout séduite par sa réflexion sur la pertinence du langage musical et sur les choix qu’on doit poser pour devenir interprète (Rebecca abandonnera au lendemain de ses débuts, la musique ne pourra pas sauver Anja de ses démons, Selma Lynge entretient une relation à la limite du malsain avec ses étudiants). Quand on a eu à poser ces même choix jadis, même s’ils étaient moins déchirants, on ne peut que se sentir interpellé par certaines des affirmations. « Rien n’est anormal quand il s’agit de musique classique, mon cher. Nous évoluons dans une arène destinée aux infirmes comme aux génies », souligne d’ailleurs Selma Lynge, pianiste étoile devenue pédagogue, ayant abandonné sa carrière par amour. Le livre foisonne d’histoires parallèles, de destins entrecroisés qui s’entrechoquent parfois, évoqués en demi-teintes malgré l’intensité des émotions sous-jacentes.

Richard Powers, Le Temps où nous chantions reste mon grand coup de cœur des dernières années. Il est l’un de ces trop rares livres que l’on voudrait ne jamais voir se terminer et que, pourtant, on se sent forcé de lire de façon compulsive. David, jeune scientifique juif fuyant le nazisme et spécialiste de la relativité, rencontre Delia, chanteuse noire issue de la bourgeoisie de Philadelphie, au légendaire concert extérieur de Marian Anderson à Washington. Malgré les différences d’éducation, les tensions raciales qui imprègnent tout le livre et l’incompréhension des gens qui les entourent, ils fondent une famille, élevée dans la tradition de la musique classique. Les soirées en famille sont passées à chanter, à jouer au jeu des citations musicales (les mélomanes ferrés se délecteront), à partager cet amour qui les définit de façon plus juste que leur couleur de peau. Jonah, l’aîné, deviendra chanteur classique puis un des premiers « baroqueux », Joey (le narrateur) pianiste tandis que Ruth choisira la voie de l’activisme politique avant de retrouver la musique, plus tard dans sa vie. La musique ne sert pas seulement de toile de fond à cette grande fresque américaine qui couvre une soixantaine d’année, elle en est le cœur vibrant. Richard Powers (qui a suivi des cours de chant pendant de nombreuses années) décrit avec une rare finesse les airs musicaux qu’il évoque et les émotions qu’ils suscitent, rend presque simple la physique quantique (il a étudié en physique et a travaillé en informatique avant de se consacrer à la littérature) mais sait surtout peindre les soubresauts de la vie qui comble autant qu’elle déchire.

En prolongement du livre sur Liszt, écouter sa Sonate par Nareh Arghamanyan

En prolongement de celui d’Anne Rice, Here Let my Life, pages de Purcell (dont on soulignait l’anniversaire en 2009) chantées par Daniel Taylor

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