Archive pour décembre, 2009

L’Ensemble Caprice en couverture de La Scena Musicale

6 décembre 2009

Le vent dans les voiles grâce à des concerts et des enregistrements salués, l’Ensemble Caprice et son directeur musical Matthias Maute ont droit à un article de fond, qui se retrouve en couverture du plus numéro courant (décembre 2009-janvier 2010) de La Scena Musicale. On peut lire l’article en ligne ici (il débute à la page 24).

Pour entendre le dernier enregistrement de l’Ensemble…

Les grands violons démystifiés (3/3)

5 décembre 2009

Les vernis

Transparence, couleur et élasticité des vernis utilisés par les maîtres de Crémone suscitent encore, trois siècles plus tard, l’admiration des amateurs de lutherie. Pourtant, la croyance selon laquelle le vernis constitue l’un des principaux facteurs des qualités sonores de ces instruments est relativement moderne. « On a beau consulter les livres, les manuscrits, fouiller les archives, on ne trouve pas un mot dans les écrits des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, qui en fasse mention comme d’une produit particulier; au contraire, les rares documents qui en parlent semblent prouver que les maîtres luthiers et leurs contemporains n’y attachaient aucune importance et le considéraient comme une chose ordinaire. » (Lucien Greilsame, Vernis de Crémone, étude historique et critique).

En 1819, Savart soutient dans son mémoire Sur la construction des instruments à cordes et à archet : « Le vernis sert à la beauté en même temps qu’il rend la qualité du son permanente. Lorsqu’on néglige de vernir la table, l’instrument perd de son moelleux et de sa force. » Il poursuit plus loin : « Les violons ne se détériorent pas, quoique très chargés par leurs cordes, tandis que les guitares, qui ne sont guère plus chargées mais qui ne sont pas vernies, se détériorent très promptement. »
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Les grands violons démystifiés (2/3)

3 décembre 2009

Les essences de bois utilisées

Les premiers luthiers italiens de Brescia privilégiaient le peuplier ou des bois de même densité tels que ceux du poirier ou même du cèdre pour le fond, les éclisses et la tête de leurs instruments et le pin pour la table. Ces essences furent bientôt remplacées par l’érable (fond, éclisses et tête) qui garantissait à l’instrument une plus grande résistance, une sonorité plus brillante et un coup d’œil nettement plus attirant. Stradivarius optait le plus souvent pour l’épicéa, à la veine régulière et serrée, pour la table et l’érable pour le fond et les éclisses (bois apparemment coupés à la lune descendante, vers la fin du mois de janvier).

Des chercheurs de l’Université Columbia ont présenté une théorie qui soutient que la densité du bois serait responsable de la sonorité unique de ces violons. Ils ont réussi à établir qu’une période de grand froid dans tout l’ouest de l’Europe, de 1645 à 1715, causée par une baisse de l’activité solaire (appelée minimum de Maunder), aurait ralenti la croissance végétale et produit des arbres au bois plus dense. Grâce à la dendrochonologie, une science permettant de remonter le cours de l’histoire en lisant dans les anneaux des arbres, les anneaux correspondant aux années 1625 à 1720 se sont avéré les plus rapprochés dans cette région.

Dans notre prochain billet, les vernis

James Ehnes jouant du 2e Stradivarius « Marsick » (1715) dans les Partitats et sonates pour violon solo de Bach

Les grands violons démystifiés (1/3)

1 décembre 2009

Les grands violonistes de l’histoire ont de tout temps transmis l’émotion des œuvres qu’ils interprétaient à travers des violons conçus par Antonio Stradivari ou Giuseppe Guarnerius. On peut ici penser au Guarnerius de Paganini et au Stradivarius daté de 1721 qui aurait appartenu à Joseph Joachim (violoniste célèbre et grand ami de Brahms) et à Mischa Elman, au « Marsick » (1706) de David Oistrakh, mais aussi au célèbre « Des Rosiers »,  un Stradivarius datant de 1733 et ayant appartenu à Arthur Leblanc, joué maintenant par Angèle Dubeau.  Aujourd’hui, on estime à 650 le nombre de Stradivarius et à 135 les Guarnerius qui ont survécu à l’outrage du temps.

Prestige de toucher les instruments qui ont inspiré plus d’un luthier et émotion ressentie quand on évoque les siècles que ces instruments ont traversés sans prendre une seule ride sont deux facteurs qui ont contribué à entretenir le mythe du violon parfait. De plus, la plupart de ces instruments possèdent une sonorité somptueuse et depuis rarement atteinte, assez subtile pour énoncer les plus délicats pianissimo mais suffisamment puissante pour transpercer la masse orchestrale. « Le Stradivarius est géant, la passion même, évoque avec poésie l’écrivain André Suarès. Un son si puissant, si ardent qu’il vous brûle et vous emplit. »

L’unicité de ces instruments est aujourd’hui difficilement explicable, même si des équipes de chimistes et de physiciens continuent de se pencher avec ferveur sur les proportions mathématiques des instruments, l’essence des bois desquels ils sont issus ou la teneur du vernis utilisé. Le secret reste quasi entier et nous ne pouvons qu’émettre une série d’hypothèses sur ce qui transforme ces instruments en apex de la lutherie.
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