Archive pour janvier, 2010

La Neuvième

31 janvier 2010

An die Freude (À la joie) de Friedrich Schiller (1759-1805), poème publié pour la première fois en 1785, a habité l’imaginaire de Beethoven pendant plus de 30 ans avant qu’il ne décide de l’immortaliser dans le dernier mouvement. Les écrits du poète et dramaturge allemand ne pouvaient que connaître une telle résonance chez le compositeur. En effet, l’œuvre de Schiller abonde en références à la liberté chèrement acquise et la première version du texte était, de fait, une ode à la liberté, écrite dans une perspective démocratique. Plutôt que de mettre le poème en musique, Beethoven se sert des strophes de Schiller, en omettant plus de la moitié, les permutant, en répétant certaines, allant jusqu’à intégrer quatre nouveaux vers de sa propre main, afin d’exprimer avec le plus de précision possible ses  intentions musicales.

Lorsque le dernier mouvement de la symphonie s’amorce, Beethoven suspend l’adagio précédant, comme s’il voulait le prolonger dans l’éternité. Le contraste avec le récitatif instrumental qui suit reste saisissant. Le matériel est d’abord présenté sous sa forme instrumentale avant que n’éclate enfin, d’abord à l’unisson des basses, puis varié sous de multiples formes, ce célèbre thème de la joie. En s’adjoignant les voix, Beethoven ne souhaite pas simplement créer un effet (si spectaculaire soit-il) mais prolonger dans un geste essentiel ce que les instruments seuls ne sont plus à même d’exprimer. Le chœur devient ainsi couleur orchestrale, joignant sa voix à celle des autres instruments. « Seuls l’art et la science élèvent l’homme jusqu’à la divinité. » (Beethoven)

Pour écouter le mouvement, interprété par l’Orchestre la Francophonie, sous la direction de Jean-Philippe Tremblay… (CD 5)

L’« HĂ©roĂŻque » de Beethoven

29 janvier 2010

Dans les prochains billets, nous évoquerons trois des neuf symphonies de Beethoven: la Troisième, « Héroïque » (son premier mouvement particulièrement), la Neuvième (et son célèbre dernier mouvement) et la Sixième, « Pastorale ».

Première symphonie réellement romantique de Beethoven, « monument musical » selon Berlioz, la Troisième Symphonie, terminée en 1804,  devait faire basculer irrémédiablement le genre dans une nouvelle ère. Elle « apparaît un miracle, dans l’œuvre même de Beethoven, soutient Romain Rolland. Si, par la suite, il a été plus loin, il n’a jamais fait, d’un coup, un aussi large pas. »

D’abord dédiée à Napoléon, avant que celui-ci ne se proclame empereur et que Beethoven n’arrache sa dédicace avec rage, la Symphonie n’évoque pas tant les batailles que les « pensers graves et profonds, de mélancoliques souvenirs, de cérémonies imposantes par leur grandeur et leur tristesse », selon Berlioz. Comme l’explique quant à lui Wagner dans un écrit daté de 1851, le terme « héroïque » doit être pris dans son sens le plus large, de « l’Homme tout entier, l’Homme complet, qui possède en propre, dans leur absolue plénitude et leur intensité, tous les sentiments purement humains de l’amour, de la douleur et de la force ».

Bâti sur un simple accord de mi bémol, le thème principal du premier mouvement se dévoile peu à peu, désespéré et presque rageur selon Berlioz dans le développement, abattement qui se résorbe pourtant rapidement. Tout au long du mouvement, « plaisir et douleur, joie et souffrance, tendresse et mélancolie, recueillement et désir ardent, langueur et exaltation, hardiesse, bravade et indépendance indomptable alternent et se pénètrent » selon Wagner.

Pour Ă©couter le mouvement, interprĂ©tĂ© par l’Orchestre la Francophonie, sous la direction de Jean-Philippe Tremblay… (CD 1)

Mozart: la jeunesse de ses 254 ans

27 janvier 2010

Anniversaire de Mozart aujourd’hui, toujours aussi prĂ©sent dans l’imaginaire des mĂ©lomanes, qu’ils soient amateurs Ă©clairĂ©s ou spĂ©cialistes.

Je vous propose donc cette relecture picturale de sa cĂ©lèbre sonate « facile » (pas si facile que ça, croyez-en les jeunes interprètes qui l’ont « massacrĂ©e » au fil des ans), K. 545.

Pour Ă©couter ses deux dernières symphonies, interprĂ©tĂ©es par Tafelmusik, c’est par lĂ …

IntĂ©grale Beethoven par l’Orchestre de la francophonie

26 janvier 2010

C’est ce soir que sera lancĂ© le tout nouvel enregistrement de l’Orchestre de la Francophonie, Beethoven Live, première commercialisation de l’intĂ©grale des symphonies de Beethoven par un orchestre canadien.

Cette intĂ©grale a Ă©tĂ© captĂ©e en concert Ă  QuĂ©bec, lors d’une sĂ©rie de quatre soirĂ©es reprise quelques jours après Ă  MontrĂ©al. Ce projet a Ă©tĂ© initiĂ© par l’effervescent Jean-Philippe Tremblay, 31 ans, directeur musical de l’Orchestre de la Francophonie depuis sa crĂ©ation en 2001 et chef invitĂ© de nombreux orchestres europĂ©ens et nord-amĂ©ricains.

« L’œuvre de Beethoven est porteuse d’émotions et d’un idéal humaniste qui appelle le dépassement de soi pour faire place à une énergie universelle et généreuse. Beethoven est pour moi le plus grand parmi les grands: le libérateur, le guide. Interpréter sa musique est une des plus incroyables expériences données à un musicien. C’est dans cet esprit que mes collègues de l’Orchestre de la Francophonie et moi-même avons abordé sa musique », explique le jeune chef dans sa note de programme.

La rĂ©alisation du projet Beethoven Live a Ă©tĂ© rendue possible grâce Ă  la participation d’Espace musique et on peut tĂ©lĂ©charger gratuitement le dernier mouvement de la Septième Symphonie sur le blogue d’Espace classique ici.

Nous reviendrons Ă  certaines des symphonies de Beethoven sous peu.

Une musique inquiétante

25 janvier 2010

Non, je ne suis pas quelques mois en retard pour vous parler de musique d’horreur. Une musique inquiĂ©tante (traduction de Old Wicked Songs) est le titre d’une pièce de théâtre, qui sera prĂ©sentĂ©e dès mercredi au Théâtre du Rideau Vert et qui, fait suffisamment rare pour qu’on s’y attarde, met la musique au premier plan, non pas comme le font les comĂ©dies musicales mais bien dont la musique devient personnage, celle de Schumann ici, et son cycle les Dichterliebe.

Cette pièce de l’auteur américain Jon Marans, finaliste en 1996 du Prix Pulitzer et lauréate du L.A. Drama Logue Award, a été depuis reprise dans une douzaine de pays. Son propos? Le jeune pianiste prodige Stephen Hoffman (Émile Proulx-Cloutier) débarque à Vienne en 1986 pour étudier avec le grand Schiller, mais il se retrouve plutôt dans la classe du déclinant Mashkan, professeur de chant sentimental (Jean Marchand). Il lui donne à travailler les Dichterliebe de Schumann, ce qui révolte d’abord le jeune pianiste. Ces deux hommes que tout semble opposer (âge, race, culture, façon d’aborder la vie) finiront pourtant par aller à la rencontre l’un de l’autre, non pas tant à travers leur dialogue qu’à travers la musique.

Ayant lui-même poursuivi une formation en musique en Autriche, le dramaturge américain trace ici un portrait caustique de son dégoût face au déni du passé nazi du pays mais cède aussi à l’émerveillement ressenti lors de la découverte de l’œuvre de Schumann.

On peut entendre sa Première Sonate ici, interprĂ©tĂ©e par Anton Kuerti…

Pax Caelestis

24 janvier 2010

Dimanche matin calme… et la puretĂ© des voix des Petits Chanteurs du Mont-Royal…

DĂ©couvrez ici les dessous de l’album Pax Caelestis.

Pour Ă©couter l’album…

ApĂ©ro Ă  l’opĂ©ra: la sĂ©rie commence mardi

22 janvier 2010

Vous vous rappellerez peut-ĂŞtre que je vous avais parlĂ© d’ApĂ©ro Ă  l’opĂ©ra, cette initiative de l’OpĂ©ra de MontrĂ©al pour cĂ©lĂ©brer ses 30 ans, qui a permis Ă  plusieurs chanteurs du dimanche de croire une seconde au rĂŞve de se produire dans I Pagliacci ou Tosca ? Le but admis par l’organisation: une dĂ©mocratisation pure et simple de l’opĂ©ra « pour que les gens disent que l’opĂ©ra, c’est aussi hot que le hockey », a expliquĂ© Pierre Vachon, directeur des communications Ă  l’OpĂ©ra de MontrĂ©al, lors de la confĂ©rence de presse tenue mercredi. Sur les six finalistes retenus, nous avons appris le nom de la grande gagnante du concours, Annie Sanschagrin, 36 ans, maman de 5 enfants, qui a dĂ©jĂ  chantĂ© dans des groupes de heavy metal, et qui se joindra Ă  la distribution de Tosca les 26 janvier et 13 fĂ©vrier prochains.

ARTV nous propose d’aller dans les coulisses de l’Ă©vĂ©nement et de suivre auditions, cours de pose de voix, de mise en scène, de diction, pendant sept mardis, dès le 26 janvier 19 h. Je programme de ce pas mon enregistreur…

Un article paru dans La Presse Ă  ce sujet…

Danses slaves

20 janvier 2010

Quand Johannes Brahms entend parler des dons du jeune Antonin Dvořák, il Ă©crit ces quelques lignes Ă  son Ă©diteur berlinois Fritz Simrock, lui recommandant les Chants moraves : « Si vous les jouez, vous Ă©prouverez un grand plaisir; en tant qu’éditeur, vous aurez une grande joie en publiant ces choses très fines. Dvořák Ă©crit tout : opĂ©ras, symphonies, quatuors, pièces pour piano. C’est, sans aucun doute, un homme de grand talent. Et pauvre! Je vous prie de penser Ă  tout cela. » C’est le dĂ©but d’un succès international qui ne sera jamais dĂ©menti et d’une amitiĂ© fidèle qui unira les compositeurs jusqu’à la mort de Brahms. (Lire la suite…)

Alain Lefèvre personnalitĂ© de l’annĂ©e

18 janvier 2010

C’est hier, lors de la soirĂ©e Excellence La Presse / Radio-Canada, que le pianiste Alain Lefèvre a remportĂ© le titre de personnalitĂ© de l’annĂ©e dans la catĂ©gorie Art, lettres et spectacle. Le jury, composĂ© des recteurs des principales universitĂ©s quĂ©bĂ©coises, a voulu souligner la persĂ©vĂ©rance de M. Lefèvre, qui travaille depuis 25 ans Ă  rĂ©tablir la rĂ©putation du compositeur quĂ©bĂ©cois AndrĂ© Mathieu.  « Vingt ans de lutte… Au dĂ©but, les gens riaient. Et aujourd’hui, je suis Ă©mu. C’est Ă  lui que revient le prix », a dĂ©clarĂ© Alain Lefèvre.

On peut l’entendre ici dans le Concertino d’AndrĂ© Mathieu…

Rappelons que la sortie du film et la biographie consacrĂ©s au compositeur sont prĂ©vus au printemps. Analekta commercialisera d’ailleurs la bande originale du film, dès la sortie de celui-ci.

Neuf: un chiffre malchanceux?

17 janvier 2010

Beethoven, Schubert, Vaughan Williams et Dvorák ont écrit neuf symphonies avant de mourir. Mahler, superstitieux, s’était empressé d’en composer une dixième, malheureusement jamais complétée avant sa mort. Bruckner, même s’il avait numéroté ses deux premières symphonies 00 et 0, a également rendu l’âme en composant sa neuvième symphonie. Sibelius, quant à lui, s’est arrêté après huit… et a vécu 33 ans de plus !

On peut écouter le 1er mouvement du Concerto pour violon de Sibelius, interprété par Angèle Dubeau, sur Virtuose