La Neuvième
An die Freude (À la joie) de Friedrich Schiller (1759-1805), poème publié pour la première fois en 1785, a habité l’imaginaire de Beethoven pendant plus de 30 ans avant qu’il ne décide de l’immortaliser dans le dernier mouvement. Les écrits du poète et dramaturge allemand ne pouvaient que connaître une telle résonance chez le compositeur. En effet, l’œuvre de Schiller abonde en références à la liberté chèrement acquise et la première version du texte était, de fait, une ode à la liberté, écrite dans une perspective démocratique. Plutôt que de mettre le poème en musique, Beethoven se sert des strophes de Schiller, en omettant plus de la moitié, les permutant, en répétant certaines, allant jusqu’à intégrer quatre nouveaux vers de sa propre main, afin d’exprimer avec le plus de précision possible ses intentions musicales.
Lorsque le dernier mouvement de la symphonie s’amorce, Beethoven suspend l’adagio précédant, comme s’il voulait le prolonger dans l’éternité. Le contraste avec le récitatif instrumental qui suit reste saisissant. Le matériel est d’abord présenté sous sa forme instrumentale avant que n’éclate enfin, d’abord à l’unisson des basses, puis varié sous de multiples formes, ce célèbre thème de la joie. En s’adjoignant les voix, Beethoven ne souhaite pas simplement créer un effet (si spectaculaire soit-il) mais prolonger dans un geste essentiel ce que les instruments seuls ne sont plus à même d’exprimer. Le chœur devient ainsi couleur orchestrale, joignant sa voix à celle des autres instruments. « Seuls l’art et la science élèvent l’homme jusqu’à la divinité. » (Beethoven)
Pour écouter le mouvement, interprété par l’Orchestre la Francophonie, sous la direction de Jean-Philippe Tremblay… (CD 5)

