Archive pour août, 2010

Le nombre d’or en musique

30 août 2010

Papageno proposait il y a quelque temps un fort intéressant billet sur le nombre d’or dans la musique de Jean-Sébastien Bach. Si les multiples recherches sur le sujet sont il faut l’admettre assez fascinantes et qu’il ne fait aucun doute que Bach particulièrement aimait beaucoup « jouer » avec ce genre de concept, dans une volonté de s’élever toujours plus près de Dieu, est-il nécessaire de pouvoir décoder tous ces messages « cachés » pour apprécier une pièce musicale?

Poser la question, c’est y répondre. Bien sûr, avant toute chose, la musique parle au cÅ“ur, à l’âme, au corps à la rigueur, bien avant de parler au cerveau. Ce qui nous pousse à écouter, encore et encore, une Å“uvre musicale, ce n’est généralement pas parce que nous souhaitons en connaître les moindres rouages. Bien sûr, en tant qu’interprète, la question est toute autre. De comprendre la structure d’une pièce, d’un mouvement, d’une phrase musicale, d’une modulation, est souvent essentiel pour en transmettre les subtilités et il n’y a rien que j’aime autant que de découvrir de nouveaux « secrets » (ou clins d’Å“il, si vous préférez) dans une pièce que je croyais avoir totalement maîtrisée. Mais a-t-on besoin de clés pour aimer? Moi, en tout cas, je n’en ai besoin d’aucune pour apprécier par exemple Gestillte Sehnsucht (Nostalgie apaisée) de Brahms, chanté par Marie-Nicole Lemieux…

Lucie

Se doper à la musique

27 août 2010

Il y a quelques années déjà, l’effet Mozart faisait rage un peu partout, effet qui relevait plus de l’habile marketing si vous voulez mon avis que de « vérités » scientifiques. D’ailleurs, saviez-vous qu’on a récemment prouvé que l’effet Mozart n’existait pas? (Surprise dans la foule!) Pour ma part, si je ne crois pas à ce supposé « effet », je reste convaincue qu’on peut trouver à tout moment la musique qui nous fera du bien. Qu’elle soit signée Mozart, Tchaïkovski ou Debussy, peu importe au fond…

Le dernier truc qui fait des ravages? Les adolescents qui, semblent-ils, se gèlent à la musique. Pardon? Eh bien, il semblent que le truc in ces temps-ci pour les jeunes est d’écouter des mp3 qui mènent à un état d’extase. Pour prouver cette information (!), un vidéo Youtube nous montre une adolescente étendue sur son lit qui flippe en écoutant de la musique – un bourdonnement plutôt. À la fin de son article, après avoir fait le tour de la question, le journaliste du pourtant respecté Wired avertit le lecteur que « le vidéo qui suit est uniquement proposé à des fins informatives et devrait être uniquement visionné par des adultes responsables ». Quelle est cette si « dangereuse » Å“uvre musicale? Eight Lines de Steve Reich! J’espère que le lecteur est supposé prendre l’information au second degré parce que, sinon, c’est vraiment n’importe quoi…

Vous m’excuserez, j’ai rendez-vous… Je dois aller me geler au Philip Glass et au Arvo Pärt, joués par Angèle Dubeau & La Pietà…

L’article en question est ici…

Lucie

Entendre la différence

25 août 2010

Je vous parlais il y a quelques mois du clavecin à pédalier conçu par le facteur d’instruments Yves Beaupré, tout nouvel instrument sur lequel joue maintenant régulièrement Luc Beauséjour. On peut entendre l’instrument ici dans la célèbre Toccate et fugue en ré mineur de Bach, qui prend tout à coup une toute autre couleur.

Célébrons Barber

23 août 2010

Nous avons beaucoup entendu parler du bicentenaire de Chopin, moins de l’anniversaire Mahler, beaucoup moins de celui de Schumann, mais 2010 marque aussi le centenaire de naissance du compositeur américain Samuel Barber. Si son Adagio pour cordes (utilisé dans nombre de films au cours des dernières années) reste son Å“uvre la plus célèbre, il ne faut pas oublier qu’il a également écrit, entre autres choses, un opéra (Vanessa), plusieurs concertos (ceux pour piano et violon sont de véritables joyaux du 20e siècle) et un ballet (Medea). Une de mes Å“uvres préférées du compositeurs demeure Knoxville, Summer of 1915, pour voix et orchestre, écrit en 1947. Le texte est tiré d’un court texte en prose de James Agee, daté de 1938.

Nous parlons ici de soirées d’été à Knoxville, Tennessee, à l’époque où j’y habitais, si adroitement déguisé en enfant. Le groupe d’habitants était légèrement hétérogène, plutôt de la basse classe moyenne, un ou deux groupes faisant saillie de chaque côté de cette masse. Les maisons étaient en harmonie avec ce portrait: en bois entrelacé, de format moyen, construites à la fin du 19e et au tout début du 20e siècles, avec des devants et des côtés étroits et de spacieuses cours arrières remplies d’arbres. (James Agee, Knoxville)

Barber a réussi à peindre un portrait idyllique et nostalgique de la ville natale d’Agee, telle que vue par les yeux d’un enfant qui semble, à certains moments, se transformer en adulte. Très rhapsodique, comme le poème d’Agee, l’Å“uvre nous fait osciller admirablement du rêve à la réalité

Knoxville est considérée l’Å“uvre la plus « américaine » de Barber, tant au niveau du texte choisi que de son traitement musical.

Lucie

Votre vote compte

20 août 2010

En prévision des Prix Gramophone qui seront annoncés le 1er octobre, les lecteurs sont invités à voter pour leur artiste de l’année. Deux chefs sur cette liste très sélecte sont bien connus des Québécois: Kent Nagano, directeur musical de l’Orchestre symphonique de Montréal et Yannick Nézet-Séguin, directeur musical de l’Orchestre métropolitain et futur directeur musical du Philadelphia Orchestra.

Vous avez jusqu’au 31 août pour jeter un coup d’Å“il à la liste de nominés, écouter les extraits proposer et choisir l’artiste qui vous a le plus impressionné au cours de la dernière année. Tous les détails ici…

Le critique est-il libre?

18 août 2010

Bien sûr, le poste de critique musical d’un quotidien n’est pas considéré « dangereux ». On est loin des correspondants de guerre qui risquent leur vie afin de rapporter une image, une nouvelle, une histoire qui sauront toucher le lecteur droit au cÅ“ur. Pourtant, il y a une dizaine de jours, on a plus ou moins bâillonné Donald Rosenberg, le critique du Plain Dealer, plus ancien et plus respecté quotidien de Cleveland.

Rappelons qu’à la fin 2008, on l’avait poliment « réassigné » et celui qui avait couvert les concerts du mythique Cleveland Orchestra depuis 16 ans (et avait même écrit un livre sur l’orchestre) s’est vu « offrir » l’opéra et le ballet. Les critiques virulentes de Rosenberg – particulièrement destinée à Franz Welzer-Möst, directeur musical de l’orchestre, dont le talent ne fait pas l’unanimité sur la scène internationale – ont déclenché l’ire et l’éditrice du quotidien a considéré Rosenberg incapable de fournir un compte rendu objectif.

Le journaliste a poursuivi son journal et l’orchestre pour atteinte à sa réputation et discrimination en vertu de son âge (il a été remplacé par Zachary Lewis, de 25 ans son cadet). Après quatre semaines de procès et avoir entendu les dépositions et témoignages de Welser-Möst, de Christoph von Dohnányi et du critique musical Tim Page, le jury de huit membres a donné tort à Rosenberg à l’unanimité le 6 août.

Jusqu’où doit-on protéger la liberté de presse? La question devient brûlante d’actualité.

Nathalie Petrowski de La Presse y consacre son billet aujourd’hui…

Rions un peu…

16 août 2010

C’est bien connu, les divas sont absolument insupportables et font constamment des crises, non? Mais non, pas tout à fait, j’en connais quelques-unes qui sont très professionnelles et surtout très sympa. Mais il faut bien admettre que j’aime bien les anecdotes qui permettent de rigoler en douce de leurs (si légers soient-ils) travers. Quand, en plus, on parle d’histoires vraies, qui sont arrivées à des vedettes! Je ne suis pas chiche et je partage…

  • Presque à la toute fin d’un concert au Albert Hall un soir, la célèbre soprano Luisa Tetrazzini manqua une de ses notes aiguës. Très perturbée, elle s’enfuit vers les coulisses, se tordant littéralement les mains. Soudainement, elle arrêta, courut de nouveau sur scène et sans dire un mot, chanta la note manquante. Le public l’ovationna avec ravissement.
  • Stella Roman interprétait Tosca et elle devait se donner la mort en plongeant du parapet de la prison pour atterrir en tout sécurité en coulisses sur un matelas. Se sentant incertaine un soir, elle demanda qu’on rajoute deux matelas supplémentaires. Elle sauta et les matelas la propulsèrent de nouveau sur scène. Elle eut donc à reprendre son suicide.
  • Lors d’une représentation de Rigoletto au Chili, le public était hypnotisé par une plume qui tombait doucement, en flottant, des cintres. Au moment critique, Louis Quilico rejeta la tête vers l’arrière alors qu’il chantait, avala la plume et s’évanouit sur le champ.
  • La concentration de Tito Gobbi et Maria Callas était si intense alors qu’ils campaient leurs rôles que lors d’une répétition générale en costume, trois jours avant la première, la perruque de Maria s’enflamma au contact d’une chandelle. Imperturbable, elle continua à chanter, malgré le fait que de la fumée jaillissait du derrière de sa tête et Gobbi se dépêcha de courir vers elle pour éteindre le feu.

Alborada del gracioso

14 août 2010

Alborada del gracioso est reconnue des pianistes pour les difficultés qu’elle représente, que ce soit au niveau des glissandi ou des notes répétées. Alborada est un terme espagnol qui signifie aube ou aurore et qui réfère à la musique qui était jouée à ce moment de la journée, surtout lors d’occasions heureuses comme les mariages.

Manuel de Falla parle de la musique espagnole de Ravel en disant: « L’Espagne de Ravel était l’Espagne idéalisée de sa mère. » Il n’est donc pas surprenant que le caractère espagnol de l’Alborada del gracioso soit à ce point réaliste, que ce soit les rythmes effrénés dans les sections extérieures ou la section centrale, guitare solitaire.

André Laplante l’interpréte ici avec une finesse remarquable. Pour entendre le reste des Miroirs

Karaoké opéra

12 août 2010

Vous ne vous couchez jamais sans avoir chanté E lucevan le stelle ou entonnez en catimini l’Habanera de Carmen toutes les fois que vous rencontrez un nouvel homme? Vos amis vous rappellent constamment que vous auriez dû vous inscrire en concentration musique au Cégep? Vous préférez les airs de Broadway? Peu importe! On vous attend demain soir, 19 h, place Émilie-Gamelin pour Karaoké Opéra, événement tenu en marge des Célébrations de la fierté Montréal 2010, organisé par l’Opéra de Montréal et The KARAOKE Channel.

Le communiqué précise: « Le grand public pourra chanter en solo ou entre amis et il pourra choisir parmi quelques-uns des plus grands succès de Verdi, Bizet, Puccini, Mozart, Saint-Saëns et Rossini puisés dans des oeuvres telles Carmen, Aida, La bohème, Tosca et plusieurs autres. Aussi, plusieurs hits de Broadway provenant de comédies musicales comme West Side Story, Rent, My Fair Lady seront également offerts en formule karaoké. »

Alors, je vous y retrouve? Ne comptez pas sur moi pour pousser la chansonnette (je serais parfaite dans le rôle de l’accompagnatrice discrète, le cas échéant, mais la technologie se chargera de tout ça demain) mais je n’hésiterai pas à vous applaudir à tout rompre!

Lucie


Le Concert

10 août 2010

Le film avait beaucoup fait parler de lui lors de sa sortie européenne et j’avais très hâte de découvrir si les vivats étaient mérités. (Je me méfie parfois des engouements massifs.) J’ai donc saisi la première occasion possible au retour de mes vacances pour me glisser en salle pour voir Le Concert, film de Radu Mihaileanu.

L’histoire est aussi rocambolesque (côté vraisemblance, on repassera, mais ne va-t-on pas au cinéma pour s’évader de la réalité?) que délicieuse. À l’époque de Brejnev, le jeune chef Andrei Filipov dirigeait le célèbre Orchestre du Bolchoï. Après avoir refusé de se séparer de ses musiciens juifs, dont son meilleur ami Sacha (attachant Dmitri Nazarov), il voit sa carrière brutalement interrompue, en pleine représentation du Concerto pour violon de Tchaïkovski. Trente ans plus tard, il perçoit toujours un salaire du Bolchoï: celui d’homme de ménage, alors que sa femme gère une déjantée agence de figurants qui se déplacent, contre maigre rémunération, sur les lieux de manifestations communistes ou de mariages de mafieux.

Un soir, Andrei (Alexei Guskov, particulièrement expressif au niveau du regard et des mains) tombe sur un fax adressé au directeur : une invitation du Théâtre du Châtelet conviant l’orchestre du Bolchoï à venir jouer à Paris, en remplacement du Los Angeles Philharmonic. Une idée folle germe en quelques instants : pourquoi ne pas réunir les anciens membres de son orchestre, vivotant de petits boulots, et les faire passer pour le Bolchoï ? Le chef pourra-t-il cette fois diriger le Concerto de Tchaïkovski en entier, grâce à la jeune Anne-Marie Jacquet?

Le périple donnera lieu à une série de moments particulièrement contagieux, dont l’appel de l’agent de la troupe, Ivan Gavrilov, communiste pur et dur (celui-là même qui a interrompu la carrière de Filipov) qui téléphone au directeur du Châtelet Olivier Morne Duplessis (désopilant François Berléand qui surjoue le personnage avec un plaisir manifeste) ou la séance de tamponnade de faux passeports à l’aéroport ou encore l’arrivée plus que bruyante de la troupe à l’hôtel. Au milieu des rires, le réalisateur nous fait tout de même réfléchir sur la pertinence et les dommages collatéraux du communisme et inscrit au cÅ“ur même du texte un plaidoyer sur la nécessité de pouvoir assumer une filiation (la jeune violoniste n’ayant pas connu ses parents) et surtout l’importance de la musique. La scène au restaurant, alors que Filipov explique à Jacquet  (convaincante Mélanie Laurent) sa vision du concerto et de la musique, reste magnifique.

Si on ne sort pas du cinéma aussi troublé qu’après Le pianiste de Polanski (qui aborde un tout autre registre) ou même le regard aussi tendrement embué qu’après Les choristes, Le Concert reste un film qui réconcilie avec le musicien en nous, qu’on soit professionnel ou simple mélomane.

Lucie


LE CONCERT – BANDE-ANNONCE HD
envoyé par baryla. – Regardez des web séries et des films.