Le critique est-il libre?
Bien sûr, le poste de critique musical d’un quotidien n’est pas considéré « dangereux ». On est loin des correspondants de guerre qui risquent leur vie afin de rapporter une image, une nouvelle, une histoire qui sauront toucher le lecteur droit au cœur. Pourtant, il y a une dizaine de jours, on a plus ou moins bâillonné Donald Rosenberg, le critique du Plain Dealer, plus ancien et plus respecté quotidien de Cleveland.
Rappelons qu’à la fin 2008, on l’avait poliment « réassigné » et celui qui avait couvert les concerts du mythique Cleveland Orchestra depuis 16 ans (et avait même écrit un livre sur l’orchestre) s’est vu « offrir » l’opéra et le ballet. Les critiques virulentes de Rosenberg – particulièrement destinée à Franz Welzer-Möst, directeur musical de l’orchestre, dont le talent ne fait pas l’unanimité sur la scène internationale – ont déclenché l’ire et l’éditrice du quotidien a considéré Rosenberg incapable de fournir un compte rendu objectif.
Le journaliste a poursuivi son journal et l’orchestre pour atteinte à sa réputation et discrimination en vertu de son âge (il a été remplacé par Zachary Lewis, de 25 ans son cadet). Après quatre semaines de procès et avoir entendu les dépositions et témoignages de Welser-Möst, de Christoph von Dohnányi et du critique musical Tim Page, le jury de huit membres a donné tort à Rosenberg à l’unanimité le 6 août.
Jusqu’où doit-on protéger la liberté de presse? La question devient brûlante d’actualité.
Nathalie Petrowski de La Presse y consacre son billet aujourd’hui…

