Ah! ces critiques…

Parfois, les critiques font preuve d’une rare clairvoyance. Comment ne pas citer celle de Schumann qui a salué, au tout début de leurs carrières, le génie de Chopin et de Brahms? À d’autres moments, ils sont férocement méchants et/ou complètement dans le champ. Lors d’un récent arrêt en librairie universitaire, je me suis procuré le délicieusement délinquant – parce que 100 % vrai – Lexicon of Musical Invective. Criticical Assaults on Composers Since Beethoven’s Time de Nicolas Slonimsky, un florilège de critiques acerbes, souvent fabuleusement drôles en rétrospective. Quelques exemples?

« Beethoven, souvent bizarre et baroque… tantôt prend le vol majestueux de l’aigle; tantôr rampe dans les sentiers rocailleux, Après avoir pénétré l’âme d’une douce mélancolie, il la déchire aussitôt par un amas d’accords barbares. Il me semble voir renfermer ensemble des colombes et des crocodiles. » (Tablettes de Polymnie, Paris, 1810)

« Quand on est Beethoven, on fait tout ce qu’on peut faire, mais encore faudra-t-il que deux et deux fassent quatre… Mettez deux scorpions et un pigeon à la clef si c’est votre opinion, mais n’y mettez pas ce qu’il n’y aura plus dans les mesures… Vous tous qui comprenez cela, expliquez-nous à nous, comment dans la seconde variation en 6/16, peut-il avoir six double-croches, à chaque mesure, plus six triples croches? … La démence du génie intéresse; le spectacle de toute autre, fréquente malheureusement, en musique de piano, n’est que déplorable. » (W. de Lenz évoquant la Sonate opus 111 dans Beethoven et ses trois styles, Paris, 1855)

Pour écouter la Sonate opus 111, par Anton Kuerti…

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