Archive pour octobre, 2010

Musique pour l’Halloween

31 octobre 2010

31 octobre, fĂŞte de l’Halloween. Qu’Ă©couterez-vous aujourd’hui, histoire de vous mettre dans l’ambiance? Plusieurs compositeurs ont Ă©crit des Ĺ“uvres inspirĂ©es par l’horreur. On peut mentionner : La Nuit sur le mont Chauve de Moussorgski (1867), Hallowe’en de Charles Ives (1906), Nuits de Iannis Xenakis (1967) ou Hallucinations de John Corigliano (1981). Thrène Ă  la mĂ©moire des victimes d’Hiroshima de Krzysztov Penderecki (1959) reste une Ĺ“uvre particulièrement prenante. « Puisse le Thrène exprimer ma ferme conviction que les sacrifices d’Hiroshima ne soient jamais oubliĂ©s et perdus », notait le compositeur. Dark Angels de George Crumb (1970), Ă©crite pendant la guerre du Vietnam, se veut une reprĂ©sentation musicale de l’opposition entre Dieu et le diable. Musica Ricercata (II) de György Ligeti, utilisĂ©e il y a quelques annĂ©es dans le film Eyes Wide Shut, nous plonge dans l’angoisse avec sa seconde mineure lancinante.

Dans un registre plus atmosphérique que terrifiant, je vous propose également Sympathy for a Devil Painted in Black, dans un enregistrement pour cordes, interprété par Angèle Dubeau & La Pietà.

Danse macabre

29 octobre 2010

Deux jours avant l’Halloween, occasion rĂŞvĂ©e de revisiter un classique du genre. La Danse macabre a Ă©tĂ© composĂ©e en 1874 par Camille Saint-SaĂ«ns et s’inspire d’un poème d’Henri Cazalis. La première fois qu’elle a Ă©tĂ© jouĂ©e, le public l’a franchement dĂ©testĂ©e, la trouvant trop avant-gardiste. Pourtant, aujourd’hui, qui ne connait pas cette pièce du rĂ©pertoire (que Saint-SaĂ«ns lui-mĂŞme cite dans son Carnaval des animaux)?

L’histoire est simple. Minuit sonne. Satan ouvre le bal. La Mort apparaît, accorde son violon. Les violons marquent le rythme de danse sur des quintes ouvertes, qui donnent presque l’impression que les instruments sont désaccordés. Par leur côté dépouillé, ils rappellent aussi le vent d’hiver. Saint-Saëns utilise la quinte diminuée, longtemps considérée l’« intervalle du diable » pour que l’on comprenne bien que ce n’est pas un bal ordinaire. La ronde commence, doucement au début, comme si les squelettes sortaient doucement de leurs tombeaux. Elle s’anime ensuite, semble s’apaiser puis repart de plus belle jusqu’au chant du coq. Tout le monde retourne se coucher… jusqu’au lendemain.

En partage, le poème de Cazalis qui a inspirĂ© l’oeuvre.

Zig et zig et zag, la mort en cadence
Frappant une tombe avec son talon,
La mort Ă  minuit joue un air de danse,
Zig et zig et zag, sur son violon.

Le vent d’hiver souffle, et la nuit est sombre,
Des gémissements sortent des tilleuls ;
Les squelettes blancs vont Ă  travers l’ombre
Courant et sautant sous leurs grands linceuls,

Zig et zig et zag, chacun se trémousse,
On entend claquer les os des danseurs,
Mais psit ! tout Ă  coup on quitte la ronde,
On se pousse, on fuit, le coq a chanté

Pour l’Ă©couter, interprĂ©tĂ©e par Angèle Dubeau & La PietĂ …

Le joueur de triangle

27 octobre 2010

Louis, jeune percussionniste qui a de la difficultĂ© Ă  se faire un nom, a l’impression de voir sa vie lui Ă©chapper. CĂ©libataire depuis que VĂ©ronique l’a laissĂ© six mois auparavant, locataire d’un appartement des plus exigus, incapable de gagner sa vie correctement, il voit sa vie basculer un soir, alors que l’attend sur son rĂ©pondeur un message de l’Orchestre Symphonique. En effet, on lui offre un contrat qu’il n’espĂ©rait plus, pour jouer une seule note de triangle, lors de la crĂ©ation d’une Ĺ“uvre du compositeur corĂ©en Park In Won. Ce qui aurait pu s’avĂ©rer un jeu d’enfant devient bientĂ´t un cauchemar pour Louis, dès qu’il Ă©voque cette dite note, que ce soit chez lui, en rĂ©pĂ©tition, ou dans les instants prĂ©cĂ©dant le concert. Cherchant par tous les moyens Ă  vaincre cette angoisse, il rencontrera d’autres protagonistes qui, l’un après l’autre, dĂ©voileront un nouveau pan d’une histoire contrapuntique.

Dans ce deuxième roman, paru chez LemĂ©ac l’annĂ©e dernière, Nicolas Gilbert privilĂ©gie une langue fluide, sans aspĂ©ritĂ©s, mais le compositeur n’a pas rĂ©sistĂ© Ă  intĂ©grer juste assez de clins d’oeil pour que les spĂ©cialistes sourient (parfois jaune) en catimini. La grande forme offre une stabilitĂ© Ă  l’Ă©difice mais s’efface derrière la vivacitĂ© de la narration. On s’attache aux personnages croisĂ©s par Louis, que ce soit le chef d’orchestre Pierre Delambre (un composite savoureux des archĂ©types rencontrĂ©s dans le milieu), la mystĂ©rieuse Justine (qui doit faire face Ă  certains choix existentiels douloureux elle aussi), Serge Cardinal, chef de la section des percussions qui tente de colmater l’angoisse de Louis en lui faisant rencontrer DelĂ©glise, percussionniste Ă  la retraite (et sacrĂ© numĂ©ro) ou mĂŞme le proprio de Louis (qui tient un salon de coiffure au rez-de-chaussĂ©e). On tourne les pages, avec plaisir, rĂ©alisant parfaitement que l’auteur tisse les fils d’une histoire dont le dĂ©nouement n’est peut-ĂŞtre pas celui que l’on attendait. On rĂ©alise surtout que, en quelques centaines de pages, l’auteur a su trouver sa voix.

Jardins d’Espagne

25 octobre 2010

Lyne Fortin nous offre une arme redoutable pour combattre la grisaille très novembre que nous subissons depuis quelque temps: Jardins d’Espagne. La soprano aime concevoir des thèmes de concert avec des thĂ©matiques sortant de l’ordinaire. Elle  a souhaitĂ© ici offrir un rĂ©pertoire moins connu, mais brillant du feu si caractĂ©ristique de l’Espagne. « On se couche tard, on danse, il fait chaud, souligne-t-elle en parlant de l’exotisme liĂ© Ă  la rĂ©gion. Toutes ces pièces me font vibrer! »

Elle admet que son engouement pour le chant espagnol n’est pas Ă©tranger au charmant Joselito, l’« enfant Ă  la voix d’or » qui, jadis, la faisait rĂŞver et a peut-ĂŞtre bien contribuĂ© en partie Ă  son choix de carrière: « Sa vie changeait parce qu’il Ă©tait chanteur. »

On retrouve aussi bien sur l’album des chants traditionnels arrangĂ©s par Nin et Obradors que des relectures françaises des idiomes hispaniques et des lieder de Wolf (extraits de son Spanisches Liederbuch) et Strauss (ses dĂ©licates Mädchenblumen, qui tracent le portrait de jeunes filles en fleur, littĂ©ralement).

Ă€ dĂ©couvrir ici…

Musique électronique

23 octobre 2010

J’admets volontiers ne possĂ©der qu’un bagage rudimentaire pour apprĂ©cier la musique Ă©lectronique. Si j’ai moi-mĂŞme bidouillĂ© des circuits dans un studio de musique Ă©lectro-acoustique jadis et apprĂ©cie toujours la dĂ©couverte de nouvelles sonoritĂ©s, j’Ă©tais perplexe face aux manipulations elles-mĂŞmes. Le compositeur Patrick Loiseleur consacre un billet rĂ©cent de son blogue Ă  l’explication de celles-ci. Ă€ apprĂ©cier ici…

Rappel

21 octobre 2010

C’est cet après-midi, 15 h 15 et samedi soir, 19 h, que les heureux cinĂ©philes montrĂ©alais pourront voir et entendre Notes From the Kuerti Keyboard au Festival du nouveau cinĂ©ma… Je vous en parlais plus en dĂ©tails ici…

Vous pouvez aussi accĂ©der Ă  la page Facebook du film lĂ …

Regards sur l’Espagne

19 octobre 2010

La pianiste Louise Bessette lançait il y a une dizaine de jours son tout dernier album, Regards sur l’Espagne. Le point de dĂ©part de ce projet a Ă©tĂ© la suite Andalucia de Lecuona,  qui remporte toujours un grand succès quand elle l’interprète en concert. « La partition est très bien Ă©crite et comprend de nombreux grands thème espagnols », explique-t-elle. Ce constat l’a donc conduit Ă  vouloir prĂ©senter un album qui offrirait un portrait riche du rĂ©pertoire de la pĂ©ninsule ibĂ©rique ou qui s’en inspire.

Un segment contemporain Ă©tant essentiel pour cette artiste qui a créé de nombreuses Ĺ“uvres, elle a dĂ©cidĂ© de se tourner vers la musique de JosĂ© Evangelista, dont elle avait dĂ©jĂ  enregistrĂ© les MonodĂ­as españolas pour Salabert. Écrits Ă  l’unisson, de façon modale, regorgeant de thèmes folkloriques espagnols, les Nuevas monodias españolas font la part belle aux ornements, qu’ils soient appogiatures, trilles ou autres. « Chacune des 21 monodies de cet ensemble de 13 minutes possède une atmosphère qui les diffĂ©rencie. Certaines sont des chansons d’amour, d’autres des berceuses, des danses. »

En totale opposition de ces pièces Ă  l’atmosphère plutĂ´t Ă©thĂ©rĂ©e, elle a choisi d’y juxtaposer les Danzas gitanas de Turina, entièrement incarnĂ©es, « très rythmĂ©es, dansantes, pleines de couleurs » ainsi que l’hommage de Tomás Marco Ă©crit pour le centenaire de naissance de Turina. Une aĂ©rienne, quasi-hypnotique pièce de Mompou – peut-ĂŞtre bien ma prĂ©fĂ©rĂ©e de tout l’album – et un tango d’Albeniz complètent le programme.

Lucie

Un rĂ©pertoire Ă  s’approprier ici…

Concert Ă©clatĂ© de l’OSM: mission accomplie

17 octobre 2010

J’assistais hier soir Ă  l’Ă©vĂ©nement de la saison pour l’OSM, du moins Ă  en croire la surenchère des revendeurs qui n’hĂ©sitaient pas semble-t-il Ă  proposer des billets pour ce concert Ă©clatĂ©, donnĂ© Ă  la Brasserie Molson, au prix unitaire de 125 $ (prix rĂ©gulier du billet: 28 $!).

Si vous souhaitez savoir ce que j’en ai pensĂ©…

Concert Ă©clatĂ© de l’OSM demain soir

15 octobre 2010

J’aime les initiatives un peu dĂ©jantĂ©es et je ne pouvais passer celle-ci sous silence. Demain soir, l’Orchestre symphonique de MontrĂ©al prĂ©sentera en collaboration avec MUTEK  un concert Ă  la Brasserie Molson. Le concert commencera Ă  22 h (heure de clĂ´ture du concert en tant normal) et le programme, sous la direction du directeur musical Kent Nagano, comprendra Messagesquisse de Pierre Boulez (pour violoncelle solo accompagnĂ© de six autres violoncelles) et la Symphonie no 1 « Titan » de Gustav Mahler.

Après cette première partie « classique », une Ă©quipe s’occupera de ramasser toutes les choses pendant que les invitĂ©s pourront boire quelques gorgĂ©es de bière M. Le public sera alors rappelĂ© en « salle » (dans l’entrepĂ´t mĂŞme de la brasserie) et le  producteur Thomas Fehlman proposera une variation sur le thème de la Symphonie « Titan » qui sera suivie d’une performance solo. Le duo berlinois Substance & Vainqueur prĂ©sentera ensuite Scion Versions Live, histoire de faire danser les passionnĂ©s d’Ă©lectro jusqu’Ă  3 h du matin.  ÉclatĂ©, vous avez dit?

Lucie

Portrait de François-Mario Labbé dans Le Devoir

13 octobre 2010

Enfant, il souhaitait ĂŞtre « morning man », histoire sans doute de partager ses coups de cĹ“ur musicaux entre deux interventions. Entrepreneur nĂ©, il met sur pied Ă  25 ans une compagnie de tournĂ©e, avant de fonder, en 1982, Gestion artistique mondiale, l’un des plus importants bureaux imprĂ©sarios au Canada, dont il acquiert deux ans plus tard la totalitĂ© des actions. Le rĂŞve n’Ă©tait pourtant pas complet et, en 1988, Analekta voit le jour, Ă©tiquette Ă  la personnalitĂ© distincte qui continue de se dĂ©marquer, plus de 20 ans après. Le Devoir trace un portrait de l’homme d’affaires dans son Ă©dition d’hier. Et l’avenir de la musique classique, devrait-on s’inquiĂ©ter?

« Je crois à la dématérialisation. Il y aura de multiples façons de consommer de la musique. Nous serons les derniers à vendre des CD dans environ 10 ou 15 ans. Le numérique va entraîner un retour à la gratuité de la musique, comme l’écrivait Jacques Attali, il y a quatre ans. La rémunération passera par un abonnement au câble, ce qui est déjà commencé. Il restera des ventes à la pièce sur Internet. Et puis, il y aura aussi la publicité. Un fournisseur offrira un MP3 gratuitement, à la condition que le client écoute une publicité pendant le chargement. Ce sera un client captif, content qu’on lui donne un cadeau, de la musique par exemple. »

Ă€ lire ici…