Archive pour la catégorie ‘biographies de compositeurs’

Chopin pédagogue

1 mars 2010

Aujourd’hui, 1er mars, on célèbre l’anniversaire de Chopin. (En fait, les musicologues ne sont même pas tous d’accord au sujet de cette fameuse date du 1er mars, certains proposant deux dates antérieures.) Si on connait bien Chopin le compositeur ou Chopin l’amant de George Sand, on oublie souvent que Chopin était un pédagogue exceptionnel. Pourtant, les faits sont là : Chopin, pourtant autodidacte (son seul professeur de piano, Zywny, était violoniste!) a passé près du quart de son existence à l’enseignement, ce qui démontre éloquemment l’importance qu’il accordait à la profession. Comme le soulignent les divers témoignages de ses élèves, rassemblés dans l’incontournable livre de référence signé Jean-Jacques Eigeldinger, Chopin n’enseignait pas uniquement pour arrondir ses fins de mois mais par une authentique passion pour l’enseignement.

« Dans ses leçons, Chopin agissait à la fois par la musique et par la parole. Il ne se contentait pas de jouer quelques fragments par-dessus les épaules de l’élève mais il lui exécutait souvent le morceau d’un bout à l’autre, voire à plusieurs reprises, en variant son interprétation, toujours à la recherche de la perfection dans le fini. Il ne négligeait pas pour autant de faire analyser la structure formelle des œuvres étudiées et recourait volontiers à l’image ou à la comparaison pour rendre sensible le climat d’un morceau comme pour susciter chez l’élève l’impulsion musicale juste. Là où Liszt jeune (1832) tente, mettant à profit une culture fraîchement acquise, de stimuler l’imagination d’une élève par la lecture d’une page de Chateaubriand ou d’un poème de Hugo, il suffit à Chopin d’une formule imagée, d’allure volontiers lapidaire, parce qu’il est intensément pénétré de la réalité de sa vision dans le moment même qu’il la traduit en mots. Ces créations spontanées qui faisaient surgir devant ses yeux ici une légion d’esprits fantasques, là une maison des morts, ailleurs le dialogue d’un oppresseur et de sa victime, ne témoignent pas tant d’un tempérament littéraire que d’une imagination visionnaire et d’un sentiment poétique plongeant racine dans les légendes populaires slaves. » ( Jean-Jacques Eigeldinger, Chopin vu par ses élèves)

On peut écouter ici sa Troisième Sonate, interprétée par Anton Kuerti…

Paul Hindemith (1895-1963)

14 janvier 2010

Violoniste, puis altiste, fervent militant de la musique d’avant-garde, Paul Hindemith reste pourtant largement méconnu du grand public. Il est professeur de composition au conservatoire de Berlin dès 1927, puis en Suisse où il émigre en 1938, bien que n’étant pas juif, en raison de son opposition au nazisme. Il s’établira ensuite aux États-Unis (et deviendra citoyen américain en 1948) et enseignera à la prestigieuse université Yale la composition, de 1940 à 1953, notamment à Lukas Foss, Norman Dello Joio, Mel Powell, Harold Shapero, Hans Otte, Ruth Schonthal et à l’Oscarisé George Roy Hill. Il finira néanmoins sa vie en Europe et s’établira en Suisse où il tiendra la chaire de musicologie de l’Université de Zurich de 1951 à 1953.

Son œuvre est particulièrement vaste (plus d’une centaine de compositions) et touche tous les genres. Il a écrit également plusieurs ouvrages théoriques mais il serait réducteur de le considérer uniquement comme un théoricien.

Je partage ici quelques citations particulièrement inspirées du compositeur.

« Les gens qui font de la musique ensemble ne peuvent pas être ennemis, au moins pas pendant que la musique se fait entendre. »

« Le silence, un des plus doux cadeaux du ciel dans ce monde tapageur! Le silence, l’horizon contre lequel seule la musique assume le contour et la signification. »

« La création artistique est personnelle parce qu’elle est aussi privée que vos rêves; personne ne peut intervenir dans vos fantaisies artistiques, et cependant si des forces physiques peuvent empêcher une œuvre d’art de se réaliser, l’acte personnel de création dans l’esprit de l’artiste ne peut jamais être touché. »

« Les créateurs artistiques sont inépuisables parce que la pensée humaine est inépuisable. »

Je vous invite à découvrir sa magnifique Sonate pour harpe sur l’album Révélation de Valérie Milot, ici…

Schumann le magnifique

11 janvier 2010

Dès l’enfance, j’ai plongé dans la musique de Schumann tête première, bien avant de connaître Eusebius, Florestan, Raro, les Compagnons de David, les Philistins, Clara. L’Album pour la jeunesse a succédé, dès ma deuxième année d’apprentissage, à ma méthode de débutants. Plus tard dans mon apprentissage, j’ai découvert la Romance en fa dièse majeur (fallait-il que je trouve l’oeuvre belle pour me persuader de jouer une oeuvre avec six dièses à la clé et toutes ces altérations accidentelles!) puis de nombreuses Novelettes. À 17 ans, ce sera la révélation du Quintette. Il ne faut pas non plus oublier les Dichterliebe (L’amour du poète), un sommet inatteignable, les Papillons, la Fantaisie, le Carnaval, qui contient l’essence même de son langage.

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Telemann: une esquisse biographique (2/2)

12 novembre 2009

Au cours des années suivantes, on le retrouve correspondant diplomatique, Kapellmeister pour les cours du Duc Ernst de Gotha and finalement Cantor du Johanneum de Hambourg, emploi qui exigeait qu’il compose deux cantates par semaine, qu’il produise une nouvelle Passion à chaque année, en plus d’écrire des œuvres occasionnelles pour les cérémonies civiles et religieuses. Mais cela n’était pas suffisant pour Telemann, qui souhaitait aussi pouvoir produire des opéras, en dépit de la résistance des pères de la cité. Épuisé par leurs réticences, il menaça de démissionner et postula pour le poste de Cantor de la Thomaskirche de Leipzig, poste qu’on lui proposa en 1722, devant Bach, Graupner et trois autres candidats. Les dirigeants de la ville de Hambourg refusant de rompre son contrat, ils choisirent plutôt d’augmenter ses émoluments et de d’accepter son association avec l’Opéra de Hambourg. Telemann devait demeurer à Hambourg jusqu’à sa mort, en 1767. Carl Philip Emanuel Bach, fils de Johann Sebastian, son filleul, devait l’y remplacer dans ces mêmes fonctions.

Considéré le musicien allemand le plus célèbre de son époque, Telemann était un compositeur extrêmement prolifique et a écrit plus de 3000 œuvres (certaines sources en mentionnent 3600), dont 1500 cantates d’église, 600 suites pour orchestres et 46 Passions différentes! Handel, un ami de longue date du compositeur, racontait à la blague que Telemann « pouvait écrire une pièce de musique religieuse en huit parties aussi rapidement que d’autres écrivent une lettre ».

Découvrir le dernier album de l’Ensemble Caprice, Telemann et les gitans baroques…

Telemann: une esquisse biographique (1/2)

11 novembre 2009

Né à Magdebourg en 1681, Georg Philipp Telemann était un enfant au talent musical remarquable, qui jouait aussi bien du violon, de la flûte, de la cithare que des instruments à clavier. À 12 ans, il avait déjà composé un opéra (Sigismundus), au désarroi de sa famille, qui désapprouvait fortement la pratique musicale. Georg Philipp n’avait aucune intention de se laisser abattre toutefois et, sans relâche, continua à travailler son jeu et à explorer la composition, notamment en transcrivant des œuvres d’Agostino Steffani, Johann Rosenmüller, Corelli et Antonio Caldara.

Cédant aux pressions maternelles, Telemann s’inscrivit à l’Université de Leipzig en droit mais réalisa rapidement que seule une carrière musicale saurait être envisagée. Après un an d’études, il avait déjà fondé le Collegium Musicum, un ensemble étudiant avec lequel il s’était produit à de nombreuses reprises, groupe qui serait dirigé éventuellement par Johann Sebastian Bach. Il avait également déjà commis des opéras pour le Théâtre de Leipzig et, en 1703, était devenu directeur musical de l’Opéra de Leipzig.

Deux ans plus tard, il était nommé  Kapellmeister par le comte Erdmann II de Promnitz à Sorau (maintenant Zary). La proximité de la vie musicale berlinoise et les contacts avec le folklore polonais étaient autant d’éléments particulièrement inspirants pour le jeune compositeur mais l’imminente invasion du territoire par l’armée suédoise devait couper court à ces fonctions.

Il déménagea ensuite à Eisenach et y croisa Bach. Après la mort soudaine de sa femme en 1711, il accepta les postes de directeur musical municipal et de Kapellmeister de la Barfüßerkirche à Frankfort-sur-Maine. Dans le cadre de ses fonctions, il composait aussi bien des musiques pour des cérémonies civiles que des cantates d’église, des oratorios, de la musique orchestrale et une multitude d’œuvres de musique de chambre.

Pour écouter Telemann…

Hommage à André Prévost

30 septembre 2009

Né à Hawkesbury, Ontario, en 1934 et décédé en 2001, André Prévost étudia la composition avec Clermont Pépin et l’écriture avec Jean Papineau-Couture et Isabelle Delorme, avant d’aller poursuivre ses études à Paris avec Messiaen et Dutilleux, puis de se perfectionner en musique électroaccoustique auprès de Michel Philoppot. De retour sur le continent américain, il travailla aussi au Berkshire Music Center de Tanglewood, Massachusetts avec Copland, Kodaly, Schuller et Carter.

Professeur titulaire à l’Université de Montréal, il y enseigne la composition et l’analyse. On lui doit notamment Terre des Hommes, imposante composition pour double orchestre, trois chœurs et deux récitants, écrite sur un poème de Michèle Lalonde, choisie pour marquer l’inauguration d’Expo 67. On lui doit aussi plus de 60 œuvres, dont Cosmophonie, Variations et thème, Mobiles et nombre de sonates et improvisations. On peut écouter son Improvisation pour violon seul ici, jouée par Angèle Dubeau.

On lui rendra un hommage tout particulier dans les prochains jours. En effet, ce soir 17 h, à la Chapelle historique du Bon-Pasteur, on soulignera la parution de La musique que je suis, livre rédigé sous la direction de Lyse Richer. L’événement est ouvert à tous. Pour plus de renseignements, composez le (514) 872-5338.

On pourra également voir ou revoir le fascinant documentaire de James Dormeyer, Journal d’une création, dans lequel on suit le compositeur pendant les deux années précédant la première de son Concerto pour violon et orchestre, en avril 1998. Il sera projeté les 4, 6 et 7 octobre à 13 h au Cinéma Parallèle.

André Mathieu: une esquisse biographique (2/2)

19 septembre 2009

Une fois la guerre terminée, André retournera étudier un an à Paris, seul cette fois. Il suit des cours de composition avec Arthur Honegger et de piano avec Jules Gentil. Simone Beaulieu, la peintre, qui séjournait à Paris au même moment, avait pourtant déjà pressenti l’instabilité émotive du jeune garçon : « C’était un garçon taciturne. Il n’était pas heureux. Sa sensibilité était très grande, à fleur de peau. J’ai découvert un garçon d’une grande droiture, d’une grande honnêteté intellectuelle. Il avait besoin d’être aimé, et il était aimable. Il était beau, avec des mains extraordinaires. Il possédait un don d’une gentillesse rare. Je ne lui ai pas connu d’amis à Paris. »

L’année suivante, il compose sa Symphonie romantique sous-titrée « Concerto de Québec », dont le deuxième mouvement sera intégré à la trame sonore du film canadien La Forteresse. Mathieu aurait également composé un quatrième concerto, dont il reste le troisième mouvement, une Fantaisie brésilienne, pour violon et piano et des œuvres vocales, dont « Le Ciel est si bleu », « Hymne du Bloc populaire », « Les Chères Mains », et harmonisa quelques folklores canadiens-français. (more…)

André Mathieu: une esquisse biographique (1/2)

17 septembre 2009

Né le 18 février 1929 d’un père compositeur, Rodolphe (notamment élève de Vincent d’Indy), et d’une mère violoniste, Wilhelmine Gagnon-Mathieu, André Mathieu révèle très tôt un talent exceptionnel pour le piano et la composition. Il signe dès l’âge de quatre ans une série de pièces évocatrices de son quotidien dont Les Abeilles piquantes, Les Gros Chars (inspiré par le train que son père prend le soir pour les rejoindre à Saint-Constant), Danse sauvage (écrite après un spectacle de danse amérindienne), Procession d’éléphants (composée après un passage d’un cirque américain à Montréal). Il faut également mentionner ses Trois études pour piano, particulièrement achevées et qui nous renseignent éloquemment sur la main gigantesque de l’enfant. Déjà, pourtant, cette exubérance est teintée d’une certaine tristesse, comme l’évoque la pièce du même titre, Dans la nuit et la Marche funéraire. (more…)