Archive pour la catégorie ‘biographies de compositeurs’

Claude Debussy: ouvrir la brèche

1 février 2012

Compositeur, pianiste accompli mais aussi critique musical (sous le pseudonyme de Monsieur Croche), Claude Debussy a bousculé les traditions du romantisme du XIXe siècle et a ouvert la voie aux explorations sonores qui devaient caractériser le XXe  siècle.

Tout jeune pourtant, il pensait consacrer sa vie Ă  la peinture alors que lors d’un sĂ©jour prolongĂ© chez son parrain Achille Arosa, courtier en tableaux et collectionneur, il tombe sous le charme de Camille Corot, Eugène Delacroix, Gustave Courbet, HonorĂ© Daumier, Robert Turner et de tous les impressionnistes (voir encadrĂ©). Ă€ l’âge de neuf ans, il dĂ©couvre la musique et commence des leçons avec Madame MautĂ©, ancienne Ă©lève de FrĂ©dĂ©ric Chopin. L’annĂ©e suivante, il entre au Conservatoire de Paris, institution qu’il frĂ©quentera pendant dix ans. Étudiant brillant mais rebelle, il a maille Ă  partir avec l’acadĂ©misme de plusieurs de ses professeurs. En classe d’improvisation avec le compositeur CĂ©sar Frank, alors que celui-ci s’exclame : « Modulez! Modulez! », Debussy rĂ©pond avec aplomb : « Pourquoi? Je suis parfaitement heureux oĂą je suis! » Ă€ Ernest Guiraud, son professeur de composition, qui lui dit : « Je ne dis pas que ce que vous faites n’est pas joli, seulement que c’est thĂ©oriquement absurde », il rĂ©torque : « Il n’existe pas de thĂ©orie. Vous n’avez qu’Ă  Ă©couter. Le plaisir est la loi. » (Lire la suite…)

Hindemith

16 novembre 2011

C’est le 16 novembre 1895 que naissait Ă  Hanau (près de Francfort-sur-le-Main) le compositeur Paul Hindemith. Compositeur et chef d’orchestre, il est Ă©galement altiste et jouera Ă  l’opĂ©ra de Francfort et, de 1921 Ă  1929, sera l’altiste du cĂ©lèbre quatuor Amar, au sein duquel il milite activement en faveur de la musique d’avant-garde. Il enseignera dès 1927 la composition au Conservatoire de Berlin, puis en Suisse, oĂą il Ă©migrera en 1938, suite Ă  des conflits avec les autoritĂ©s nazies. En 1940, il part aux États-Unis oĂą il enseigne Ă  l’universitĂ© Yale, comme professeur de composition. En 1951, il retrouve l’Europe et occupe la chaire de musicologie Ă  l’universitĂ© de Zurich. Il mourra le 23 dĂ©cembre 1963 Ă  Francfort.

Sa rythmique, dĂ©signĂ©e sous le nom de Motorik (motorisme), souhaite reprĂ©senter l’ère industrielle en musique. On qualifie d’ailleurs rĂ©gulièrement sa musique de Gebrauchsmusik, musique utilitaire. Hindemith a Ă©crit plus de 100 Ĺ“uvres, consacrant notamment nombre de sonates et de concertos Ă  certains instruments gĂ©nĂ©ralement oubliĂ©s. On peut dĂ©couvrir sa très belle Sonate pour harpe sur RĂ©vĂ©lation, rĂ©cital de ValĂ©rie Milot.

Je partage ici quelques citations du compositeur.

« Le silence, un des plus doux cadeaux du ciel dans ce monde tapageur! Le silence, l’horizon contre lequel seule la musique assume le contour et la signification. »

« La création artistique est personnelle parce qu’elle est aussi privée que vos rêves; personne ne peut intervenir dans vos fantaisies artistiques, et cependant si des forces physiques peuvent empêcher une œuvre d’art de se réaliser, l’acte personnel de création dans l’esprit de l’artiste ne peut jamais être touché. »

« Les créateurs artistiques sont inépuisables parce que la pensée humaine est inépuisable. »

Zum Geburstag Fanny

14 novembre 2011

Si je vous dis Mendelssohn, vous penserez automatiquement Ă  Felix, enfant prodige, compositeur prolifique, qui a laissĂ© nombre d’œuvres intĂ©ressantes avant d’ĂŞtre fauchĂ© trop tĂ´t par la mort. Mais il y a aussi sa sĹ“ur aĂ®nĂ©e, Fanny Hensel-Mendelssohn, nĂ©e le 14 novembre 1805 Ă  Hambourg.

ÉlevĂ©e comme son frère au milieu d’une famille extrĂŞmement cultivĂ©e (son grand-père est le philosophe Moses Mendelsssohn), elle reçoit la mĂŞme Ă©ducation que son cadet et prend donc elle aussi des cours de piano et de composition. MalgrĂ© ses dons Ă©vidents, on l’empĂŞchera nĂ©anmoins de se consacrer entièrement Ă  sa passion. Comme l’Ă©crit le banquier Abraham Mendelssohn Ă  sa fille le 16 juillet 1820 : « La musique sera peut-ĂŞtre pour lui (Felix) une profession mais pour toi elle ne peut et ne doit ĂŞtre qu’un agrĂ©ment. »

Elle Ă©pouse en 1829 le peintre Wilhelm Hensel, organise Ă  partir de 1843, elle supervise les concerts du dimanche matin Ă  l’Elternhaus de Berlin, mais continuera toujours de composer. On lui doit plus de 450 pièces, donc un trio avec piano et nombre de mĂ©lodies et de pièces pour piano. Six des Lieder de jeunesse attribuĂ©s son frère Felix seraient en fait d’elle, comme l’a reconnu plus tard Felix.

Elle mourra Ă  Berlin d’une crise d’apoplexie le 14 mai 1847. On peut en apprendre plus sur la compositrice ici…

Joyeux anniversaire Ralph

12 octobre 2011

Ralph Vaughan Williams, nĂ© le 12 octobre 1872 Ă  Down Ampney, est un compositeur britannique qui s’est aussi bien illustrĂ© dans le domaine symphonique que dans celui de la musique de chambre, l’opĂ©ra, la musique chorale et la musique de film. Très influencĂ© par la musique folklorique, il devait publier en 1906 le cĂ©lèbre English Hymnal qui regroupe, outre des compositions personnelles, un grand nombre d’arrangements de chansons traditionnelles dont il fait des airs Ă  part entière.

En 1897, il visite l’Allemagne, notamment pour suivre des cours avec le compositeur Max Bruch avant que de passer son doctorat en musique Ă  Cambridge en 1901. Pendant un sĂ©jour en France en 1909, il rencontrera Ă©galement Maurice Ravel, ce qui contribuera fortement Ă  faire gagner en maturitĂ© son style orchestral.

Sa découverte de la musique traditionnelle anglaise n’a cessé d’influencer son œuvre musicale à laquelle il a incorporé des éléments des chansons du folklore qui le fascinent.

On peut écouter ici sa Fantaisie sur le populaire Greensleeves.

Joyeux anniversaire Dmitri

25 septembre 2011

Il y a 105 ans aujourd’hui, Dmitri Chostakovitch naissait. Souvent considĂ©rĂ© aujourd’hui comme le « Beethoven du XXe siècle », il est l’auteur de 15 symphonies monumentales, vĂ©ritables chants du peuple soviĂ©tique, dans lesquelles il loue en apparence le rĂ©gime (en utilisant par exemple des chants ou des rythmes militaires) mais le dĂ©crie de façon dĂ©guisĂ©e (juxtaposant par exemple Ă  ces chants des dissonances). Il en dit: « La plupart de mes symphonies sont des monuments funĂ©raires, a affirmĂ© Chostakovitch. Trop de gens, chez nous, ont pĂ©ri on ne sait oĂą. Et nul ne sait oĂą ils sont enterrĂ©s. MĂŞme leurs proches ne le savent pas. OĂą peut-on leur Ă©riger un monument ? Seule la musique peut le faire. Je leur dĂ©die donc toute ma musique »

Même s’il s’est mérité à plusieurs reprises le Prix d’État et le Prix Lénine (en 1954, il sera même nommé « Artiste du peuple soviétique »), il se sentira constamment déchiré entre son œuvre « officielle », louangée par les dirigeants (et les pressions qu’il devra subir pour la réaliser) et son œuvre intime, d’une grande liberté, magnifiquement transmise notamment dans ses 15 quatuors à cordes et deux trios à cordes. « En écoutant ma musique, vous découvrirez la vérité sur moi, l’homme et l’artiste ».

Pour Ă©couter ses trios avec piano, interprĂ©tĂ©s par le Gryphon Trio…

On peut aussi écouter son Concerto pour piano no 1 et sa symphonie de chambre, interprétés par Serhiy Salov et I Musici de Montréal

Bonne fĂŞte Alessandro

24 août 2011

Aujourd’hui, 24 aoĂ»t, naissait Ă  Venise en 1684, le compositeur Alessandro Marcello, fils de sĂ©nateur qui, mĂŞme s’il avait fait de sĂ©rieuses Ă©tudes musicales, n’aurait jamais Ă  en faire un mĂ©tier. Il donnait nĂ©anmoins une sĂ©rie de concerts hebdomadaires chez lui et l’art occupait la majeure partie de ses journĂ©es. En effet, en plus de composer, il jouait du violon, chantait, peignait, Ă©crivait de la poĂ©sie, en plus de s’adonner aux mathĂ©matiques et Ă  la philosophie.

Alessandro a longtemps Ă©tĂ© dans l’ombre de son frère Benedetto, impliquĂ© de plus près dans les intrigues politiques de la ville. On le connait maintenant surtout pour son concerto pour hautbois, cordes et basse continue en rĂ© mineur qui servit, avec les concertos de Vivaldi, de modèle Ă  Bach. Le concerto a Ă©tĂ© publiĂ© en 1718, chez Jeanne Roger, dans un recueil de Concert a cinque signĂ©s par divers auteurs, dont Vivaldi et Albinoni. Les recoupements ont pris un certain temps Ă  se faire, puisque le manuscrit du concerto pour clavier BWV 974 de Bach mentionne qu’il est tirĂ© d’un certain Eterico Stinfalico… pseudonyme d’Alessandro Marcello dans l’acadĂ©mie romaine d’Arcadie, cercle d’intellectuels rĂ©unis Ă  Rome autour de la reine Christine de Suède!

On peut Ă©couter sur l’album Festin baroque de Tafelmusik ici…

Messiaen et le Canada

13 août 2011

livier Messiaen, le compositeur français contemporain le plus admirĂ©, Ă  dĂ©faut d’ĂŞtre entièrement compris, occupe une place unique au panthĂ©on des artistes du XXe siècle. PĂ©dagogue incomparable dont la classe très courue d’analyse et d’esthĂ©tique musicale a rĂ©vĂ©lĂ© Ă  eux-mĂŞmes les Boulez, Xenakis ou Stockausen, son influence sur plusieurs gĂ©nĂ©rations de compositeurs reste perceptible encore aujourd’hui, près de 20 ans après son dĂ©cès, en avril 1992.

De nombreux musiciens, français bien sûr mais aussi étrangers, ont pu trouver leur propre voix grâce à l’ouverture d’esprit, la curiosité, le respect de la liberté de chacun et l’humanisme que tous reconnaissent en Messiaen. L’impact de Messiaen au Canada, et plus particulièrement au Québec, est indéniable. À une époque où le pays commence à peine à véritablement organiser sa vie musicale, plusieurs jeunes compositeurs et interprètes canadiens parmi les plus importants aujourd’hui – Gilles Tremblay, Serge Garant, André Prévost, Jacques Hétu, Steven Gellman, etc. – séjourneront en France et bénéficieront de l’enseignement du maître. À leur retour chez nous, ils auront les atouts et l’enthousiasme nécessaire pour participer aux premiers concerts de la scène musicale contemporaine, mettre sur pied ensembles et festivals, et obtenir des postes de professeur de composition dans les principales institutions canadiennes.

La pianiste Louise Bessette reste l’une des interprètes les plus saluĂ©es dans Messiaen. On peut l’entendre dans l’album Les oiseaux…

Joyeux anniversaire Telemann

14 mars 2011

C’est le 14 mars 1681 que naissait Georg Philipp Telemann, certes l’un des compositeurs les plus prolifiques de l’histoire de la musique occidentale. (Il a Ă©crit plus d’Ĺ“uvres que Bach et Handel rĂ©unis.) Il Ă©tait certes le plus apprĂ©ciĂ© des compositeurs allemands de son Ă©poque, Ă©clipsant mĂŞme Bach cĂ´tĂ© prestige (rappelons que Telemann Ă©tait le premier choix du conseil de la ville de Leipzig pour occuper le poste de cantor mais, comme il n’était pas disponible, on proposa l’emploi Ă  Bach plutĂ´t) et salaire (le salaire de Telemann Ă©tait trois fois plus Ă©levĂ© que celui de Bach). Telemann a Ă©crit plus de 1000 cantates, sans compter passions, oratorios, messes, opĂ©ras, sonates, chants, Ĺ“uvres pour clavier, suites orchestrales et concertos.

Il a aussi fondé en 1704, le Collegium Musicum qui, quelques années plus tard (de 1729 à 1739), sera placé sous la direction de Bach. Les membres de ce groupe informel de musiciens amateurs se rencontraient chaque semaine en plein air ou dans un des cafés de la ville, notamment au Café Zimmermann, à Leipzig.

On peut entendre sa sonate pour deux flĂ»tes (l’une Ă  bec, l’autre traversière, les deux Ă©tant en bois nĂ©anmoins Ă  l’Ă©poque de Telemann) sur l’enregistrement Telemann et les gitans baroques de l’Ensemble Caprice.

2010… c’Ă©tait aussi une annĂ©e Graupner

10 décembre 2010

Vous avez fait une overdose de Chopin, avez dĂ©couvert avec plaisir les symphonies de Schumann et vous prĂ©parez Ă  remballer pour une deuxième annĂ©e Mahler consĂ©cutive? Mais, au milieu de ces anniversaires, n’auriez-vous pas oubliĂ© que 2010 Ă©tait aussi l’annĂ©e du 250e anniversaire de la mort de Christoph Graupner?

Très prolifique, le compositeur a Ă©crit 1418 cantates d’Ă©glise, 24 cantates profanes, 113 symphonies, environ 50 concertos, 86 ouvertures-suites, 36 sonates pour des ensemble instrumentaux, et un important corpus de musique pour claviers. Saviez-vous qu’il a briguĂ© en 1722-23 le mĂŞme poste que Jean Sebastian Bach, celui de successeur du cĂ©lèbre Telemann? Il a d’ailleurs remportĂ© le concours (Bach ne pouvait pas enseigner le latin), mais le landgrave de Darmstadt refusant son dĂ©part, il le gratifia plutĂ´t d’une augmentation substantielle.

Jean-Jacques Walther propose ici un Ă©vocateur dialogue imaginĂ© entre le maĂ®tre de chapelle Graupner et le vice-maĂ®tre de chapelle Johann Samuel Endler.  Ă€ lire ici…

Nous vous proposons aussi un extrait de la Cantate pour le dimanche après NoĂ«l de Graupner, interprĂ©tĂ© par les IdĂ©es heureuses et l’alto Claudine Ledoux.

Chopin pédagogue

1 mars 2010

Aujourd’hui, 1er mars, on cĂ©lèbre l’anniversaire de Chopin. (En fait, les musicologues ne sont mĂŞme pas tous d’accord au sujet de cette fameuse date du 1er mars, certains proposant deux dates antĂ©rieures.) Si on connait bien Chopin le compositeur ou Chopin l’amant de George Sand, on oublie souvent que Chopin Ă©tait un pĂ©dagogue exceptionnel. Pourtant, les faits sont lĂ  : Chopin, pourtant autodidacte (son seul professeur de piano, Zywny, Ă©tait violoniste!) a passĂ© près du quart de son existence Ă  l’enseignement, ce qui dĂ©montre Ă©loquemment l’importance qu’il accordait Ă  la profession. Comme le soulignent les divers tĂ©moignages de ses Ă©lèves, rassemblĂ©s dans l’incontournable livre de rĂ©fĂ©rence signĂ© Jean-Jacques Eigeldinger, Chopin n’enseignait pas uniquement pour arrondir ses fins de mois mais par une authentique passion pour l’enseignement.

« Dans ses leçons, Chopin agissait à la fois par la musique et par la parole. Il ne se contentait pas de jouer quelques fragments par-dessus les épaules de l’élève mais il lui exécutait souvent le morceau d’un bout à l’autre, voire à plusieurs reprises, en variant son interprétation, toujours à la recherche de la perfection dans le fini. Il ne négligeait pas pour autant de faire analyser la structure formelle des œuvres étudiées et recourait volontiers à l’image ou à la comparaison pour rendre sensible le climat d’un morceau comme pour susciter chez l’élève l’impulsion musicale juste. Là où Liszt jeune (1832) tente, mettant à profit une culture fraîchement acquise, de stimuler l’imagination d’une élève par la lecture d’une page de Chateaubriand ou d’un poème de Hugo, il suffit à Chopin d’une formule imagée, d’allure volontiers lapidaire, parce qu’il est intensément pénétré de la réalité de sa vision dans le moment même qu’il la traduit en mots. Ces créations spontanées qui faisaient surgir devant ses yeux ici une légion d’esprits fantasques, là une maison des morts, ailleurs le dialogue d’un oppresseur et de sa victime, ne témoignent pas tant d’un tempérament littéraire que d’une imagination visionnaire et d’un sentiment poétique plongeant racine dans les légendes populaires slaves. » ( Jean-Jacques Eigeldinger, Chopin vu par ses élèves)

On peut Ă©couter ici sa Troisième Sonate, interprĂ©tĂ©e par Anton Kuerti…