Archive pour la catégorie ‘Catalogue Analekta’

Ah! ces critiques…

1 septembre 2010

Parfois, les critiques font preuve d’une rare clairvoyance. Comment ne pas citer celle de Schumann qui a saluĂ©, au tout dĂ©but de leurs carrières, le gĂ©nie de Chopin et de Brahms? Ă€ d’autres moments, ils sont fĂ©rocement mĂ©chants et/ou complètement dans le champ. Lors d’un rĂ©cent arrĂŞt en librairie universitaire, je me suis procurĂ© le dĂ©licieusement dĂ©linquant - parce que 100 % vrai - Lexicon of Musical Invective. Criticical Assaults on Composers Since Beethoven’s Time de Nicolas Slonimsky, un florilège de critiques acerbes, souvent fabuleusement drĂ´les en rĂ©trospective. Quelques exemples?

« Beethoven, souvent bizarre et baroque… tantĂ´t prend le vol majestueux de l’aigle; tantĂ´r rampe dans les sentiers rocailleux, Après avoir pĂ©nĂ©trĂ© l’âme d’une douce mĂ©lancolie, il la dĂ©chire aussitĂ´t par un amas d’accords barbares. Il me semble voir renfermer ensemble des colombes et des crocodiles. » (Tablettes de Polymnie, Paris, 1810)

« Quand on est Beethoven, on fait tout ce qu’on peut faire, mais encore faudra-t-il que deux et deux fassent quatre… Mettez deux scorpions et un pigeon Ă  la clef si c’est votre opinion, mais n’y mettez pas ce qu’il n’y aura plus dans les mesures… Vous tous qui comprenez cela, expliquez-nous Ă  nous, comment dans la seconde variation en 6/16, peut-il avoir six double-croches, Ă  chaque mesure, plus six triples croches? … La dĂ©mence du gĂ©nie intĂ©resse; le spectacle de toute autre, frĂ©quente malheureusement, en musique de piano, n’est que dĂ©plorable. » (W. de Lenz Ă©voquant la Sonate opus 111 dans Beethoven et ses trois styles, Paris, 1855)

Pour Ă©couter la Sonate opus 111, par Anton Kuerti…

Le nombre d’or en musique

30 août 2010

Papageno proposait il y a quelque temps un fort intĂ©ressant billet sur le nombre d’or dans la musique de Jean-SĂ©bastien Bach. Si les multiples recherches sur le sujet sont il faut l’admettre assez fascinantes et qu’il ne fait aucun doute que Bach particulièrement aimait beaucoup « jouer » avec ce genre de concept, dans une volontĂ© de s’Ă©lever toujours plus près de Dieu, est-il nĂ©cessaire de pouvoir dĂ©coder tous ces messages « cachĂ©s » pour apprĂ©cier une pièce musicale?

Poser la question, c’est y rĂ©pondre. Bien sĂ»r, avant toute chose, la musique parle au cĹ“ur, Ă  l’âme, au corps Ă  la rigueur, bien avant de parler au cerveau. Ce qui nous pousse Ă  Ă©couter, encore et encore, une Ĺ“uvre musicale, ce n’est gĂ©nĂ©ralement pas parce que nous souhaitons en connaĂ®tre les moindres rouages. Bien sĂ»r, en tant qu’interprète, la question est toute autre. De comprendre la structure d’une pièce, d’un mouvement, d’une phrase musicale, d’une modulation, est souvent essentiel pour en transmettre les subtilitĂ©s et il n’y a rien que j’aime autant que de dĂ©couvrir de nouveaux « secrets » (ou clins d’Ĺ“il, si vous prĂ©fĂ©rez) dans une pièce que je croyais avoir totalement maĂ®trisĂ©e. Mais a-t-on besoin de clĂ©s pour aimer? Moi, en tout cas, je n’en ai besoin d’aucune pour apprĂ©cier par exemple Gestillte Sehnsucht (Nostalgie apaisĂ©e) de Brahms, chantĂ© par Marie-Nicole Lemieux…

Lucie

Se doper Ă  la musique

27 août 2010

Il y a quelques annĂ©es dĂ©jĂ , l’effet Mozart faisait rage un peu partout, effet qui relevait plus de l’habile marketing si vous voulez mon avis que de « vĂ©ritĂ©s » scientifiques. D’ailleurs, saviez-vous qu’on a rĂ©cemment prouvĂ© que l’effet Mozart n’existait pas? (Surprise dans la foule!) Pour ma part, si je ne crois pas Ă  ce supposĂ© « effet », je reste convaincue qu’on peut trouver Ă  tout moment la musique qui nous fera du bien. Qu’elle soit signĂ©e Mozart, TchaĂŻkovski ou Debussy, peu importe au fond…

Le dernier truc qui fait des ravages? Les adolescents qui, semblent-ils, se gèlent Ă  la musique. Pardon? Eh bien, il semblent que le truc in ces temps-ci pour les jeunes est d’Ă©couter des mp3 qui mènent Ă  un Ă©tat d’extase. Pour prouver cette information (!), un vidĂ©o Youtube nous montre une adolescente Ă©tendue sur son lit qui flippe en Ă©coutant de la musique - un bourdonnement plutĂ´t. Ă€ la fin de son article, après avoir fait le tour de la question, le journaliste du pourtant respectĂ© Wired avertit le lecteur que « le vidĂ©o qui suit est uniquement proposĂ© Ă  des fins informatives et devrait ĂŞtre uniquement visionnĂ© par des adultes responsables ». Quelle est cette si « dangereuse » Ĺ“uvre musicale? Eight Lines de Steve Reich! J’espère que le lecteur est supposĂ© prendre l’information au second degrĂ© parce que, sinon, c’est vraiment n’importe quoi…

Vous m’excuserez, j’ai rendez-vous… Je dois aller me geler au Philip Glass et au Arvo Pärt, jouĂ©s par Angèle Dubeau & La Pietà…

L’article en question est ici…

Lucie

Alborada del gracioso

14 août 2010

Alborada del gracioso est reconnue des pianistes pour les difficultĂ©s qu’elle reprĂ©sente, que ce soit au niveau des glissandi ou des notes rĂ©pĂ©tĂ©es. Alborada est un terme espagnol qui signifie aube ou aurore et qui rĂ©fère Ă  la musique qui Ă©tait jouĂ©e Ă  ce moment de la journĂ©e, surtout lors d’occasions heureuses comme les mariages.

Manuel de Falla parle de la musique espagnole de Ravel en disant: « L’Espagne de Ravel Ă©tait l’Espagne idĂ©alisĂ©e de sa mère. » Il n’est donc pas surprenant que le caractère espagnol de l’Alborada del gracioso soit Ă  ce point rĂ©aliste, que ce soit les rythmes effrĂ©nĂ©s dans les sections extĂ©rieures ou la section centrale, guitare solitaire.

AndrĂ© Laplante l’interprĂ©te ici avec une finesse remarquable. Pour entendre le reste des Miroirs

PrĂ©lude Ă  l’après-midi d’un faune

31 juillet 2010

Avec son PrĂ©lude Ă  l’après-midi d’un faune, Debussy invente un langage nouveau, qui fera basculer la musique de plain-pied dans le 20e siècle.

L’Ĺ“uvre fut jouĂ©e pour la première fois le samedi 22 dĂ©cembre 1894. Dans une lettre, probablement datĂ©e du lendemain, MallarmĂ© Ă©crivait:

« Je sors du concert, très Ă©mu: la merveille! votre illustration de l’Après-midi d’un faune, qui ne prĂ©senterait de dissonance avec mon texte, sinon qu’aller plus loin, vraiment, dans la nostalgie et dans la lumière, avec finesse, avec malaise, avec richesse. Je vous presse les mains admirativement, Debussy. »

Alain Marion en propose une très jolie relecture pour flĂ»te et piano ici…

Chaconne de Bach

29 juillet 2010

Quand Bach Ă©crit pour cordes seules, que ce soit violon ou violoncelle, il atteint des sommets rarement Ă©galĂ©s depuis. L’un des mouvements peut-ĂŞtre les plus spectaculaires de ses suites pour violon solo reste pour moi sa Chaconne, dernier mouvement de sa Suite en rĂ© mineur.

Vous pouvez l’entendre ici (sur le CD2), interprĂ©tĂ©e par James Ehnes.

Sonnet de Pétrarque 104

27 juillet 2010

Quand on évoque Liszt, on pense spontanément pyrotechnie mais on oublie trop souvent son côté lyrique, magnifique transmis dans son « Sonnet de Pétrarque no 104 », tiré de ses Années de pèlerinage.

AndrĂ© Laplante l’offre souvent en rappel, au grand plaisir des mĂ©lomanes.

La traduction du texte est la suivante:

« La vertu invoquée qui fleurissait en vous, quand Amour commença à vous livrer bataille, produit maintenant des fruits qui égalent ces fleurs, et qui me montrent mon espoir arrivé à bon terme.
Aussi le cĹ“ur me dit d’Ă©crire sur le papier des choses qui fassent ressortir la gloire de votre nom ; car nulle part, fĂ»t-ce dans le marbre, on ne taille aussi solidement l’image oĂą un hĂ©ros se vivifie.
Croyez-vous que CĂ©sar, ou Marcellus, ou Paul, ou l’Africain, eussent jamais Ă©tĂ© rendus tels qu’ils sont ni par le ciseau ni par le marteau ?
Mon Pandolfe, ce sont lĂ  des Ĺ“uvres fragiles pour aller loin ; mais nos travaux sont ceux qui donnent aux hommes l’immortelle renommĂ©e. »

Pour l’Ă©couter…

Sonate de Lekeu

25 juillet 2010

Je connais  et adore - la Sonate de Franck depuis des lustres mais n’avais jamais entendu la sonate pour violon de Guillaume Lekeu avant de me glisser en studio d’enregistrement avec les frères Alain et David Lefèvre. J’ai ressenti dès la première Ă©coute, un vĂ©ritable coup de cĹ“ur ou, plus rĂ©alistement, un coup au cĹ“ur.

Pour l’Ă©couter…

Summertime

23 juillet 2010

Je vous quitte pendant une dizaine de jours mais ne vous abandonne pas pour autant puisque vous pourrez dĂ©couvrir en mon absence quelques-uns de mes albums « coups de cĹ“ur ». Pour vous mettre dans l’Ă©tat d’esprit, pourquoi pas une relecture du classique Summertime par Tiger Okoshi et Lorraine Desmarais? Vous pouvez retrouver les deux artistes sur un album live, ici…

Les Baricades mistérieuses

21 juillet 2010

« C’est Ă  l’Ă©coute des musiques de Bach, Couperin, Rameau et Scarlatti que ma fascination et mon amour pour le clavecin se sont dĂ©veloppĂ©s. Depuis quelques annĂ©es, je rĂŞvais de rĂ©unir plusieurs Ĺ“uvres qui m’ont particulièrement touchĂ© ou suivi tout au long de ma carrière de musicien », explique le claveciniste Luc BeausĂ©jour.Il l’a fait sur son album Ĺ’uvres cĂ©lèbres pour clavecin, qui prĂ©sente notamment cette pièce cĂ©lèbre de Couperin, jouĂ©e en vidĂ©o ici…