Archive pour la catégorie ‘Catalogue Analekta’

Claude Debussy: ouvrir la brèche

1 février 2012

Compositeur, pianiste accompli mais aussi critique musical (sous le pseudonyme de Monsieur Croche), Claude Debussy a bousculé les traditions du romantisme du XIXe siècle et a ouvert la voie aux explorations sonores qui devaient caractériser le XXe  siècle.

Tout jeune pourtant, il pensait consacrer sa vie Ă  la peinture alors que lors d’un sĂ©jour prolongĂ© chez son parrain Achille Arosa, courtier en tableaux et collectionneur, il tombe sous le charme de Camille Corot, Eugène Delacroix, Gustave Courbet, HonorĂ© Daumier, Robert Turner et de tous les impressionnistes (voir encadrĂ©). Ă€ l’âge de neuf ans, il dĂ©couvre la musique et commence des leçons avec Madame MautĂ©, ancienne Ă©lève de FrĂ©dĂ©ric Chopin. L’annĂ©e suivante, il entre au Conservatoire de Paris, institution qu’il frĂ©quentera pendant dix ans. Étudiant brillant mais rebelle, il a maille Ă  partir avec l’acadĂ©misme de plusieurs de ses professeurs. En classe d’improvisation avec le compositeur CĂ©sar Frank, alors que celui-ci s’exclame : « Modulez! Modulez! », Debussy rĂ©pond avec aplomb : « Pourquoi? Je suis parfaitement heureux oĂą je suis! » Ă€ Ernest Guiraud, son professeur de composition, qui lui dit : « Je ne dis pas que ce que vous faites n’est pas joli, seulement que c’est thĂ©oriquement absurde », il rĂ©torque : « Il n’existe pas de thĂ©orie. Vous n’avez qu’Ă  Ă©couter. Le plaisir est la loi. » (Lire la suite…)

Élégie

12 décembre 2011

On n’associe pas spontanĂ©ment contrebasse et lyrisme, croyant Ă  tort que si l’instrument peut dĂ©montrer son agilitĂ© en jazz, il reste un tantinet pataud. Pourtant, quand on Ă©coute les pages qu’a consacrĂ© Ă  l’instrument Giovanni Bottesini (1821-1889), on ne peut que rĂ©viser ses positions. VĂ©ritable star de la scène Ă  son Ă©poque, il a participĂ© Ă  nombre de tournĂ©es et ensorcelait le public avec sa sonoritĂ© riche et son style bel canto. La façon acrobatique dont il maniait la touche de l’instrument lui vaudra bientĂ´t le surnom de « Paganini de la contrebasse ».  Un critique se serait mĂŞme exclamĂ© : « Comme il nous a dĂ©concertĂ©s en jouant toutes sortes de mĂ©lodies avec ses harmoniques flĂ»tĂ©es, comme si des centaines de rossignols Ă©taient emprisonnĂ©s dans sa contrebasse!  »

On peut entendre ici son ÉlĂ©gie en rĂ©, l’une de ses Ĺ“uvres les plus populaires, magnifiquement interprĂ©tĂ©e par Joel Quarrington, extrait de son album Garden Scene.

Joyeux anniversaire Franz!

22 octobre 2011

C’est le 22 octobre 1811 que naissait Franz Liszt, celui qui allait transformer irrĂ©vocablement le monde du concert, du moins pour les pianistes. Premier interprète Ă  tabler sur le cĂ´tĂ© pyrotechnique de l’instrument, il devait modifier l’angle de jeu (de cĂ´tĂ© par rapport au public plutĂ´t que de dos), privilĂ©gier les interprĂ©tations sans partition, se prĂŞter Ă  quelques duels de pianistes et surtout affirmer, l’air de rien: « Le concert, c’est moi! » Rock star avant l’heure, adulĂ© par comtesses et duchesses, il s’assagirait bientĂ´t, plus enclin Ă  repousser les limites de la tonalitĂ© qu’Ă  faire surgir des flammes de son instrument. Il dit lui-mĂŞme:

« La musique est prĂ©cisĂ©ment d’entre tous les arts celui qui exprime les sentiments sans leur donner d’application directe, sans les revĂŞtir de l’allĂ©gorie des faits narrĂ©s par le poème. Elle fait briller et chatoyer les passions dans leur essence mĂŞme, sans s’astreindre Ă  les reprĂ©senter par des personnifications rĂ©elles ou imaginaires. … Elle est aussi de tous les arts le plus apte Ă  dĂ©gager les passions de leurs scories, pour ne leur donner d’autre manifestation que celle de leur Ă©clat intrinsèque, et les faire couler du cĹ“ur. »

On peut écouter ici la première de ses Années de pélerinage, « Suisse », interprétée par André Laplante ou encore sa titanesque Sonate en si mineur, avec Nareh Arghamanyan.

Joyeux anniversaire Dmitri

25 septembre 2011

Il y a 105 ans aujourd’hui, Dmitri Chostakovitch naissait. Souvent considĂ©rĂ© aujourd’hui comme le « Beethoven du XXe siècle », il est l’auteur de 15 symphonies monumentales, vĂ©ritables chants du peuple soviĂ©tique, dans lesquelles il loue en apparence le rĂ©gime (en utilisant par exemple des chants ou des rythmes militaires) mais le dĂ©crie de façon dĂ©guisĂ©e (juxtaposant par exemple Ă  ces chants des dissonances). Il en dit: « La plupart de mes symphonies sont des monuments funĂ©raires, a affirmĂ© Chostakovitch. Trop de gens, chez nous, ont pĂ©ri on ne sait oĂą. Et nul ne sait oĂą ils sont enterrĂ©s. MĂŞme leurs proches ne le savent pas. OĂą peut-on leur Ă©riger un monument ? Seule la musique peut le faire. Je leur dĂ©die donc toute ma musique »

Même s’il s’est mérité à plusieurs reprises le Prix d’État et le Prix Lénine (en 1954, il sera même nommé « Artiste du peuple soviétique »), il se sentira constamment déchiré entre son œuvre « officielle », louangée par les dirigeants (et les pressions qu’il devra subir pour la réaliser) et son œuvre intime, d’une grande liberté, magnifiquement transmise notamment dans ses 15 quatuors à cordes et deux trios à cordes. « En écoutant ma musique, vous découvrirez la vérité sur moi, l’homme et l’artiste ».

Pour Ă©couter ses trios avec piano, interprĂ©tĂ©s par le Gryphon Trio…

On peut aussi écouter son Concerto pour piano no 1 et sa symphonie de chambre, interprétés par Serhiy Salov et I Musici de Montréal

Trio « Archiduc »

29 août 2011

L’annĂ©e 2011 est une annĂ©e anniversaire et nombre d’organisations de concert multiplient les programmes Mahler ou Liszt. D’autres anniversaires sont passĂ©s un peu plus inaperçus et c’est dommage… Ainsi, il y a 200 ans, en un mois, Beethoven composait le trio « Archiduc ».

L’archiduc auquel le titre fait rĂ©fĂ©rence est l’archiduc Rodolphe, talentueux musicien amateur et jeune frère de l’empereur d’Autriche et Beethoven devait lui dĂ©dier Ă©galement ses Quatrième et Cinquième Concertos pour piano et plusieurs autres Ĺ“uvres importantes. Son dernier trio lui est dĂ©diĂ© car, en 1809, l’archiduc avais mis sur pied un consortium d’aristocrates qui financeraient une rente Ă  vie pour le compositeur.

Depuis son premier trio, opus 1, Beethoven a bien évidemment mûri. On assiste ici à un équilibre parfaitement calibré entre le piano et les cordes, ces dernières devenant souvent des voix intérieures, ce qui permet une sonorité étonnamment fondue, très proche de l’homogénéité du quatuor à cordes.

Le Trio ” Archiduc ” a Ă©tĂ© Ă©crit pendant une pĂ©riode remarquablement productive, pendant laquelle il a Ă©crit une multitude de chefs-d’Ĺ“uvre, dont l’opĂ©ra Fidelio et les Cinquième, Sixième et Septième Symphonies. L’œuvre sera créée trois ans plus tard, Beethoven assurant la partie de piano, malgrĂ© une surditĂ© alors presque complète.

On peut l’Ă©couter ici, interprĂ©tĂ© par le Gryphon Trio…

Bonne fĂŞte Alessandro

24 août 2011

Aujourd’hui, 24 aoĂ»t, naissait Ă  Venise en 1684, le compositeur Alessandro Marcello, fils de sĂ©nateur qui, mĂŞme s’il avait fait de sĂ©rieuses Ă©tudes musicales, n’aurait jamais Ă  en faire un mĂ©tier. Il donnait nĂ©anmoins une sĂ©rie de concerts hebdomadaires chez lui et l’art occupait la majeure partie de ses journĂ©es. En effet, en plus de composer, il jouait du violon, chantait, peignait, Ă©crivait de la poĂ©sie, en plus de s’adonner aux mathĂ©matiques et Ă  la philosophie.

Alessandro a longtemps Ă©tĂ© dans l’ombre de son frère Benedetto, impliquĂ© de plus près dans les intrigues politiques de la ville. On le connait maintenant surtout pour son concerto pour hautbois, cordes et basse continue en rĂ© mineur qui servit, avec les concertos de Vivaldi, de modèle Ă  Bach. Le concerto a Ă©tĂ© publiĂ© en 1718, chez Jeanne Roger, dans un recueil de Concert a cinque signĂ©s par divers auteurs, dont Vivaldi et Albinoni. Les recoupements ont pris un certain temps Ă  se faire, puisque le manuscrit du concerto pour clavier BWV 974 de Bach mentionne qu’il est tirĂ© d’un certain Eterico Stinfalico… pseudonyme d’Alessandro Marcello dans l’acadĂ©mie romaine d’Arcadie, cercle d’intellectuels rĂ©unis Ă  Rome autour de la reine Christine de Suède!

On peut Ă©couter sur l’album Festin baroque de Tafelmusik ici…

Le Gryphon Trio en concert Ă  Midland demain

13 juillet 2011

Le Gryphon Trio n’a pas le temps de souffler. Il reprenait sont encensĂ© projet Constantinople en France il y a quelques jours et demain propose plutĂ´t un rĂ©cital Ă  Midland demain, avant de participer au Festival of the Sound mardi prochain!

Les musiciens du trio sont surtout particulièrement impliquĂ©s dans les communautĂ©s qui les accueillent. Lors de la saison 2010-11, les chanceux Ă©taient les habitants de la petite ville ontarienne d’Almonte, premiers collaborateurs du projet Listen Up! (Écoutez!), conçu par le Gryphon Trio afin de permettre Ă  des communautĂ©s entières de dĂ©velopper une Ă©coute active et une structure de crĂ©ation artistique collaborative. Pour ce projet-pilote, des participants de la Naismith Memorial Public School d’Almonte se sont joints au Gryphon Trio, Ă  Rob Kapilow et au compositeur Andrew Staniland, collaboration pluridisciplinaire qui a menĂ© en avril Ă  la première d’une nouvelle Ĺ“uvre pour chĹ“ur Ă©tudiant et trio pour piano, dont le titre est The Seasons of Almonte, basĂ©e sur le travail en poĂ©sie et en fragments musicaux des Ă©lèves. Qui oserait insinuer après cela que la musique de chambre est ringarde? Le projet se poursuit l’annĂ©e prochaine Ă  Hamilton et… Midland.

Pour écouter le Gryphon Trio dans Constantinople

Jean-Philippe Tremblay et l’Orchestre la francophonie: 10 ans dĂ©jĂ 

11 juillet 2011

Quand il a cofondĂ© l’Orchestre de la Francophonie il y a 10 ans, Jean-Philippe Tremblay n’Ă©tait peut-ĂŞtre qu’un jeune chef parmi tant d’autres. Aujourd’hui, il dirige un peu partout dans le monde et est reprĂ©sentĂ© par Columbia, l’une des plus prestigieuses agences d’artistes. En une dĂ©cennie, l’orchestre a fait ses preuves et, le week-end prochain, il se produira au Festival de Lanaudière et accompagnera notamment Alain Lefèvre, ambassadeur du Festival, dans le Quatrième Concerto d’AndrĂ© Mathieu.

« Il y a quelques annĂ©es, j’avais trouvĂ© un message d’Alain Lefèvre dans ma boĂ®te vocale, explique Tremblay Ă  Caroline Rodgers dans La Presse. Il disait avoir aimĂ© notre enregistrement de la Septième de Bruckner et voulait travailler avec nous. C’est comme ça que ça a commencĂ©. Ce concerto de Mathieu est une Ĺ“uvre exigeante, et Alain est un grand poète du clavier, alors c’est beaucoup de travail pour tout le monde. »

Le programme sera complété par des œuvres de Liszt, bicentenaire oblige.

Pour lire l’article…

Pour entendre Alain Lefèvre dans le Quatrième Concerto de Mathieu…

Lorraine Desmarais Ă  Orford ce soir

8 juillet 2011

Il fait soleil, l’air est chaud, mais sans excès, pourquoi ne pas prendre la route et dĂ©couvrir quelques festivals? Vous pourriez par exemple aller Ă©couter la jazzwoman Lorraine Desmarais dans la toute nouvelle salle du Centre d’arts Orford ce soir mĂŞme. Elle propose, en trio, un programme de standards de jazz du remarquable Bill Evans, que certains considèrent le « Mozart du jazz », sa musique se rĂ©vĂ©lant parfaite et inspirĂ©e. Les dĂ©tails ici…

On peut l’Ă©couter, live au Club Soda

Opus Québec

23 juin 2011

La violoniste Angèle Dubeau et la pianiste Louise-AndrĂ©e Baril lançaient, il y a un peu plus de 10 ans dĂ©jĂ , Opus QuĂ©bec, un album consacrĂ© aux compositeurs d’ici. On y retrouve aussi bien Claude Champagne qu’AndrĂ© PrĂ©vost, Jacques HĂ©tu (qui nous a quittĂ©s en janvier 2010) ou François Dompierre.

« Ce disque, je le dĂ©die aux compositeurs de chez nous, du QuĂ©bec. Depuis toujours, ces compositeurs font partie de mon univers musical. RĂ©alisĂ© avec mon amie, la pianiste Louise-AndrĂ©e Baril, j’ai choisi de vous prĂ©senter des Ĺ“uvres Ă©crites pour mon instrument. Mais, aussi et surtout, des Ĺ“uvres que j’aime. C’est le seul critère qui a prĂ©sidĂ© Ă  la sĂ©lection des pièces sur ce disque, dont je suis très fière, » explique Angèle Dubeau.

Pour l’Ă©couter…