Le jury et le public ont semblĂ© d’accord pour cette très forte Ă©dition 2011 du Concours Musical International de MontrĂ©al et l’Italienne Beatrice Rana a Ă©tĂ© sacrĂ©e grande gagnante. La deuxième place a Ă©tĂ© dĂ©cernĂ©e Ă l’AmĂ©ricaine Lindsay Garritson et la troisième Ă son compatriote Henry Kramer.
Si la deuxième soirĂ©e de finale aura Ă©tĂ© moins fertile en Ă©motion, elle a nĂ©anmoins rĂ©vĂ©lĂ© des candidats solides, soutenus cette fois par un Orchestre mĂ©tropolitain gĂ©nĂ©ralement en forme (Ă part un glissement de justesse assez fâcheux des cordes dans le Rachmaninov et une propension Ă envahir l’espace sonore en tout temps).
Lindsay Garritson a optĂ© d’entrĂ©e de jeu pour un tempo très assis dans son Prokofiev, qui lui a permis d’articuler sa pensĂ©e de façon quasi architecturale et de faire ressortir les voix intĂ©rieures. Le perpetuum mobile du deuxième mouvement a Ă©tĂ© rendu de façon ahurissante mais sans jamais tomber dans le purement mĂ©canique, certes piège inhĂ©rent Ă ce mouvement. L’intermezzo ne manquait pas d’une certaine finesse mais on aurait peut-ĂŞtre souhaitĂ© qu’elle puisse se dĂ©tacher un peu du texte, tout comme dans le dernier mouvement, et respirer! Tout au long de son interprĂ©tation, elle semblait dans une bulle, voutĂ©e sur le clavier, comme si elle avait peur d’Ă©chapper des notes (ce qu’elle a d’ailleurs fait dans la cadence du premier mouvement, dans laquelle elle a bafouillĂ© avant de retomber sur ses pieds).
Grande dĂ©ception de la soirĂ©e, la Russe Yulia Chaplina nous a offert un Deuxième de Rachmaninov insipide, la sonoritĂ© mĂ©tallique qui m’avait dĂ©jĂ heurtĂ©e en demi-finale dans son Liszt se trouvant ici magnifiĂ©e, ainsi qu’une fâcheuse tendance Ă ne pas laisser « vivre » chaque accord. L’adagio est devenu une interminable succession de notes, Ă©grenĂ©es plutĂ´t que regroupĂ©es, oscillant au grĂ© de rubatos et de changements de tempo vaguement erratiques. Interminable.
Le CorĂ©en Jong Ho Won, qui avait sĂ©duit le public en demi-finale, n’a pas su lui non plus convaincre. On peut blâmer ici en partie son choix de concerto, le Premier de Liszt, qui ne laisse que bien peu de place Ă autre chose qu’Ă la virtuositĂ© pure. On a encore pu apprĂ©cier une sonoritĂ© très travaillĂ©e dans les pianissimos, des accords bien timbrĂ©s, un sens du phrasĂ©, mais des doubles octaves et des rĂ©citatifs qui manquaient de direction et un taux de prĂ©cision qui n’avait malheureusement rien d’exceptionnel.
JournĂ©e de rĂ©pit aujourd’hui avant le concert-gala de demain soir, qui permettra Ă©galement de connaĂ®tre les laurĂ©ats du prix du public (très probablement Rana) et de la meilleure interprĂ©tation de l’œuvre imposĂ©e (n’ayant pas entendu les 24 versions, je ne me prononcerai pas, mais rĂ©entendrai nĂ©anmoins la pièce avec plaisir).