Des surprises
28 mai 2011Première séance de demi-finale au CMIM hier soir, devant une salle bondée (et chaude!), centre Pierre-Péladeau.
J’attendais beaucoup, cĂ´tĂ© structure et subtilitĂ©, de l’AmĂ©ricain Henry Kramer, mais dois malheureusement admettre que son rĂ©cital de demi-finale n’aura pas Ă©tĂ© Ă la hauteur des promesses de son Haydn et Chopin. Si son Troisième Scherzo Ă©tait convaincant (je ne peux que saluer la clartĂ© d’Ă©locution de sa main gauche), il nous a donnĂ© un Beethoven vaguement Ă©chevelĂ© et un Gaspard de la nuit statique, qui semblait s’Ă©terniser. Dommage…
Par un cruel sort du destin, l’Italienne Beatrice Rana jouait deux des trois mĂŞmes pièces. Son Ravel Ă©tait d’une fluiditĂ© remarquable, respirait, ondoyait, sans jamais tomber dans l’imprĂ©cision rythmique. J’aurais aimĂ© qu’elle phrase plus ses doubles octaves dans le scherzo de Chopin et que le son soit toujours plein, mais son interprĂ©tation Ă©tait nĂ©anmoins convaincante. Avec sa suite de Bartok, elle a adoptĂ© un tout autre registre, habitant littĂ©ralement le moindre silence et misant sur les contrastes de sonoritĂ©s. On la rĂ©entendra sans aucun doute dans les prochains jours.
La Sud-CorĂ©enne Zheeyoung Moon a optĂ© pour un programme presque kamikaze, en choisissant d’interprĂ©ter l’Humoresque de Schumann, une Ĺ“uvre fragmentĂ©e difficile Ă tenir au niveau de la concentration du public. NĂ©anmoins, elle a su y dĂ©montrer un phrasĂ© ample, un rĂ©el travail sur le son, mais on aurait peut-ĂŞtre souhaiter un peu plus de variĂ©tĂ© d’intention dans les reprises de matĂ©riel. Si sa Septième Sonate de Prokofiev Ă©tait certes en place, elle manquait de cette folie et de cĂ´tĂ© sardonique qui fait l’essence mĂŞme de l’œuvre. Peut-ĂŞtre…
Le jeune Canadien Lucas Porter, joker de ce Concours (s’Ă©tant glissĂ© dans la mĂŞlĂ©e quelques jours avant le dĂ©but des hostilitĂ©s), a dĂ©montrĂ© qu’il possĂ©dait une conscience architecturale souveraine. Après avoir
sculptĂ© les voix de son Bach-Petri (le choix d’une transcription lui nuira-t-il?), il a dĂ©montĂ© avec adresse les moindres ressorts de la Sonate Hob XVI.24 de Haydn, devenu sous ses doigts un pur bijou (quelle grâce dans le mouvement lent!). Comme plusieurs, il avait inscrit la Sonate de Liszt Ă son programme. Quelques maladresses au niveau des doubles octaves et une sonoritĂ© Ă l’occasion arrachĂ©e pourrait malheureusement l’empĂŞcher de donner son Troisième de Prokofiev en finale. J’ai nĂ©anmoins eu la conviction d’avoir affaire Ă un musicien vĂ©ritable, cohĂ©rent, possĂ©dant une rĂ©elle vision des Ĺ“uvres qu’il interprète (peut-ĂŞtre parce qu’il est lui-mĂŞme compositeur). Une carrière Ă suivre…

