Archive pour la catégorie ‘Démystifier la musique classique’

La perfection Stradivarius: un mythe?

18 janvier 2012

Il n’y a pas à dire, les Stradivarii restent un sujet de discussion perpétuel. Aurait-on enfin décrypté le fameux « secret » de leur conception exceptionnelle? Pas tout à fait… En effet, une étude à l’aveugle menée par une chercheuse française, Claudia Fritz, acousticienne à l’Université Paris-VI, vient de semer le doute sur leur apparente suprématie. Elle a profité de l’édition 2010 du Concours international d’Indianapolis  pour faire tester à l’aveugle des instruments par 21 violonistes de très haut niveau : des candidats au concours bien sûr, mais aussi quelques experts et d’autres violonistes d’expérience. Lors du processus, les participants portaient des lunettes de soudeur pour ne pas voir les caractéristiques de l’instrument et la pièce était parfumée pour éviter que l’odeur propre au bois vieilli ne donne des indices aux interprètes.

L’étude se déroulait en deux temps. Dans le premier, les participants étaient invités à jouer dans un ordre aléatoire sur trois violons modernes provenant de lutheries réputées, deux Stradivarii et un Guarnerius del Gesu. Ils devaient ensuite indiquer quel violon il aimerait faire le leur. Dans le deuxième, deux violons leur étaient présentés et ils devaient simplement distinguer l’instrument d’époque. Ici, la grande majorité a échoué et, alors qu’ils devaient choisir le « leur », seuls 8 des 21 ont choisi un violon du 18e siècle. L’instrument ayant remporté le plus de suffrage venait d’un atelier contemporain, celui le moins souvent cité était… un Strad circa 1700.

Les détracteurs de l’étude insinuent déjà qu’il est ridicule de songer « apprivoiser » un instrument dans une chambre d’hôtel, en quelques minutes à peine et que les qualités d’un instrument se révèlent plus tard. Je me suis entretenue récemment avec l’altiste Antoine Tamestit qui me confiait que sa rencontre avec son Strad n’avait aucunement relevé de l’évidence, qu’il avait considéré à plusieurs reprises le rendre à la Fondation Habisreutinger et qu’il n’avait été convaincu des qualités supérieures de l’instrument qu’après plus d’un an! À n’en point douter, ces instruments mythiques n’ont pas fini de faire parler d’eux…

Le compositeur Patrick Loiseleur, lui-même altiste, propose un point de vue très intéressant sur le sujet. On peut le lire ici…

Vers une année catastrophique?

16 janvier 2012

Depuis quelques années,  les commentateurs s’inquiètent régulièrement au sujet de l’avenir de la musique classique, du disque, de la dématérialisation du support, des publics qui blanchissent… Y a-t-il une solution? S’entête-t-on à voir un verre à moitié plein à moitié vide? La semaine dernière, Christophe Huss du Devoir s’est penché sur la question et proposait au lectorat un article étoffé, qui faisait le tour de la question. Il explique notamment en ouverture:

« Les institutions musicales en Amérique du Nord ont subi de plein fouet, entre 2009 et 2011, les conséquences du krach de 2008. Certains orchestres ont licencié la moitié de leur personnel administratif, coupé les salaires de leurs musiciens, voire de leurs directeurs musicaux. L’existence même de certaines petites formations a été mise en péril.

Les plaies de ce traumatisme commencent à cicatriser, mais l’année 2011 risque de créer à court et moyen terme un ressac financier majeur. On rappellera en effet que le budget des grands orchestres américains est largement nourri par les rendements financiers de leurs fonds de dotation. Non seulement ces fonds et leurs rendements sont érodés par les bourrasques boursières à répétition, mais les institutions souffrent aussi d’un autre facteur: l’incertitude qui plane. »

Vous pouvez lire l’article ici…

Comment écrire une mélodie accrocheuse

21 octobre 2011

Qu’est-ce qui fait qu’une mélodie reste dans l’esprit, hante la mémoire, peut même devenir ver d’oreille? Est-ce la succession d’intervalles, un respect de règles millénaires – ou du moins centenaires? Pourquoi chantonne-t-on certaines arias d’opéra comme si nous les connaissions de tout temps? Quel est le secret du fameux thème de quelques notes de la Cinquième Symphonie de Beethoven? Autant de questions – insolubles? – que les compositeurs se posent sur une base régulière.

Patrick Loiseleur nous propose un billet qui fait le tour de la question.

« D’ailleurs, un musicien qui est en train de trouver un air génial, le sait-il vraiment au moment où il le couche sur le papier ? A-t-il conscience qu’il est en train de faire quelque chose de différent ? Sans doute Mozart, en écrivant le thème qui ouvre sa 40e symphonie en sol mineur, le trouvait plutôt réussi, mais en quoi se distingue-t-il vraiment des thèmes utilisés dans les autres symphonies ? L’analyse est impuissante à l’expliquer. »

Pour lire l’article…

Concours international d’orgue du Canada

5 octobre 2011

C’est ce soir 19 h, Église Immaculée-Conception, qu’un jury prestigieux entendra les quatre premiers des vingt participants au Concours international d’orgue du Canada. Se tenant à tous les trois ans, le CIOC vise à récompenser les meilleurs organistes sur la scène internationale. Il élabore également une programmation annuelle qui comprend activités musicales et éducatives qui s’adressent à un large public. Un don de 10 $ est suggéré au public qui souhaite assister aux événements.

On pourra entendre ce soir Jean-Willy Kunz (France), David Baskeyfield (Royaume-Uni), Jens Korndörfer (Allemagne) et Ryan Enright (Canada).

Détails ici…

Le diapason

27 septembre 2011

Au milieu de tous les anniversaires, il y en a un qui sera certainement passé sous silence et pourtant, c’est il y a 300 ans que le trompettiste et luthiste anglais John Shore aurait inventé l’outil en question.

Constitué de deux branches épaisses parallèles, soudées en forme de U et prolongées par une tige, le diapason vibre en émettent un son à une fréquence étalonnée, aujourd’hui en général, le em>la, qui a varié au fil des ans. Ce son est amplifié si l’on pose la base du diapason sur une cavité ésonnante, que ce soit un e table ou le bois d’un instrument.

La Conférence internationale de Londres en 1953 a fixé la hauteur absolue du la3 à 440 Hz. Cette norme est généralement adoptée par tous les instrumentistes, exception faite de beaucoup d’ensembles spécialisés dans la musique baroque, qui utilisent des diapasons allant de 392 à 415 Hz (norme baroque généralement adoptée), qui mettent moins de pression sur les instruments anciens, plus sensibles.

La musique ancienne: en danger?

15 juin 2011

Après une période fertile pendant laquelle les « baroqueux » ont régné en maître sur enregistrements et pratiques, serait-on d’assister au retour du balancier? Jean-Christophe Pucek du blogue Passée des arts se pose sérieusement la question. Il explique ainsi:

« Dès ses balbutiements, la démarche consistant à interpréter la musique de façon « historiquement informée » s’est inscrite, de façon consciente et parfois même revendiquée, en marge des institutions. On imagine sans doute mal aujourd’hui ce que des pionniers comme Gustav Leonhardt ou Nikolaus Harnoncourt ont dû déployer de ténacité pour imposer leur travail et d’intuition pour le diffuser en profitant, entre autres, de l’expansion de l’industrie discographique, avant que leurs principes connaissent le succès européen que l’on sait. Cette réussite, dont il faut bien dire qu’elle s’est parfois accompagnée d’arrogance de la part de ceux qui furent alors surnommés « baroqueux », a sérieusement remis en question nombre d’habitudes, reléguant, pour un temps, certaines pratiques au rang de vieilleries d’un goût douteux : qu’ils l’avouent ou non, combien de musiciens ont alors dû se sentir frustrés de se voir interdits qui de Bach au piano, qui de Vivaldi à grand orchestre, sous le prétexte d’un manque d’authenticité ? »

Pour lire le reste de ce très intéressant article…

Amitiés musicales

12 mai 2011

Si la pratique d’un instrument se conjugue généralement au singulier (que ce soit dans le local de pratique ou sur la scène), le plaisir musical se décline plutôt au pluriel. Il n’est donc pas étonnant que plusieurs musiciens ou compositeurs aient ainsi développé des liens privilégiés. Certains compositeurs se côtoyaient sur une base régulière, notamment Joseph Haydn et Wolfgang Amadeus Mozart qui, en dépit de leur différence d’âge, ont entretenu des liens d’amitié profonds. Le flamboyant Franz Liszt et le plus réservé Frédéric Chopin ont quant à eux conversé pendant de nombreuses années. Liszt deviendra aussi un fervent défenseur de la musique de Richard Wagner (et son beau-père), qu’il fréquentera également en tant qu’ami. Les deux compositeurs sont d’ailleurs enterrés côte à côte.

Parfois, l’amitié mène à l’amour, comme ce sera le cas pour le couple formé par Robert et Clara Schumann. Parmi le cercle d’amis qui gravitent autour du couple, on trouve également les compositeurs Félix Mendelssohn (qui sera parrain d’un des enfants Schumann et Johannes Brahms. Ce dernier rendra la pareille à Antonín Dvořák quelques années plus tard et une amitié fidèle unira les compositeurs jusqu’à la mort de Brahms. Ce dernier corrigera d’ailleurs les épreuves de la Neuvième Symphonie de Dvořák. (Lire la suite…)

Période romantique

17 janvier 2011

Porté par les idéaux propagés par la révolution française, le Romantisme touche tous les domaines artistiques: peinture (Delacroix, Turner, Goya), littérature (Lamartine, Chateaubriand, Stendhal) et bien sûr musique. L’Homme (à travers ses actes) et la société se retrouvent au cÅ“ur même de l’époque.

On assouplit les formes de l’époque classique et de nouvelles formes (nocturnes, impromptus, études) plus flexibles sont mises de l’avant. Les compositeurs continuent de rester largement tributaires du système tonal. Le retour à la tonique se fait moins systématique, des notes étrangères à la tonalité principale sont introduites et les cadences sont assouplies. On s’épanche dans les développements (partie centrale des Å“uvres) aux dépens des thèmes de base, l’opposition entre récitatifs et arias s’estompe dans l’opéra (comme le consacre Wagner). L’orchestre (mené par un chef pour la première fois de l’histoire) explose à la fois dans les aigus et les graves, chaque instrument (et son timbre) représente une émotion, une atmosphère. La musique doit être capable de tout exprimer.

Quelques repères…
1808        Symphonie no 5 de Beethoven
1824        Symphonie no 9 de Beethoven
1830        Symphonie fantastique de Berlioz
1833        Études opus 10 de Chopin
1865        Tristan et Isolde de Wagner
1871        Aïda de Verdi
1875        Carmen de Bizet

La musique comme drogue

11 janvier 2011

J’ai toujours su que la musique était une drogue puissante, qui permettait de transcender les périodes sombres aussi bien que d’exalter les spleens assumés. Voilà qu’une étude très sérieuse complétée par des chercheurs de l’Université McGill vient de prouver que le plaisir ressenti en écoutant de la musique entraîne la sécrétion dans le cerveau d’une drogue « naturelle », la dopamine.

Une dizaine de volontaires âgés de 19 à 24 ans ont été retenus parmi les 217 ayant soumis leur candidature, ayant affirmé avoir déjà éprouvé des « frissons » en écoutant de la musique. À l’aide de différents appareils d’imagerie, on a pu mesurer la sécrétion de dopamine et l’activité du cerveau.

Les résultats publiés dans la revue scientifique Nature Neuroscience démontrent, de façon assez étonnante, que la dopamine est secrétée à la fois en anticipation du plaisir lié à la musique écoutée (par exemple, quand vous « attendez » un passage qui vous fait chavirer à chaque fois) et lors du pic émotionnel ressenti (par exemple, quand la soprano ou le ténor vous fait vibrer dans le registre aigu), deux processus physiologiques distincts impliquant des zones différentes du cerveau.

« Nos résultats contribuent à expliquer pourquoi la musique a une si grande valeur dans toutes les sociétés humaines », concluent les chercheurs. Ils permettent de comprendre « pourquoi la musique peut être efficacement utilisée dans des rituels, par le marketing ou dans des films pour induire des états hédoniques. »

Le chroniqueur de La Presse Marc Cassivi s’est entretenu avec le professeur Robert Zatorre à ce sujet. À lire ici…

La musique classique: mais qu’est-ce donc?

16 juillet 2010

Voilà une bien grande question. Certains ont essayé de la renommer « musique de concert » pour simplifier, d’autres essaient de la surclassifier selon les périodes musicales. Le pianiste, compositeur, auteur et comédien français Damien Luce tente une réponse dans le dernier numéro en ligne de BSC News.

À lire en pages 30-31

ou dans cette capture d’écran de l’article le-coin-des-maudits