Archive pour la catégorie ‘Démystifier la musique classique’

Amitiés musicales

12 mai 2011

Si la pratique d’un instrument se conjugue généralement au singulier (que ce soit dans le local de pratique ou sur la scène), le plaisir musical se décline plutôt au pluriel. Il n’est donc pas étonnant que plusieurs musiciens ou compositeurs aient ainsi développé des liens privilégiés. Certains compositeurs se côtoyaient sur une base régulière, notamment Joseph Haydn et Wolfgang Amadeus Mozart qui, en dépit de leur différence d’âge, ont entretenu des liens d’amitié profonds. Le flamboyant Franz Liszt et le plus réservé Frédéric Chopin ont quant à eux conversé pendant de nombreuses années. Liszt deviendra aussi un fervent défenseur de la musique de Richard Wagner (et son beau-père), qu’il fréquentera également en tant qu’ami. Les deux compositeurs sont d’ailleurs enterrés côte à côte.

Parfois, l’amitié mène à l’amour, comme ce sera le cas pour le couple formé par Robert et Clara Schumann. Parmi le cercle d’amis qui gravitent autour du couple, on trouve également les compositeurs Félix Mendelssohn (qui sera parrain d’un des enfants Schumann et Johannes Brahms. Ce dernier rendra la pareille à Antonín Dvořák quelques années plus tard et une amitié fidèle unira les compositeurs jusqu’à la mort de Brahms. Ce dernier corrigera d’ailleurs les épreuves de la Neuvième Symphonie de Dvořák. (Lire la suite…)

Période romantique

17 janvier 2011

Porté par les idéaux propagés par la révolution française, le Romantisme touche tous les domaines artistiques: peinture (Delacroix, Turner, Goya), littérature (Lamartine, Chateaubriand, Stendhal) et bien sûr musique. L’Homme (à travers ses actes) et la société se retrouvent au cÅ“ur même de l’époque.

On assouplit les formes de l’époque classique et de nouvelles formes (nocturnes, impromptus, études) plus flexibles sont mises de l’avant. Les compositeurs continuent de rester largement tributaires du système tonal. Le retour à la tonique se fait moins systématique, des notes étrangères à la tonalité principale sont introduites et les cadences sont assouplies. On s’épanche dans les développements (partie centrale des Å“uvres) aux dépens des thèmes de base, l’opposition entre récitatifs et arias s’estompe dans l’opéra (comme le consacre Wagner). L’orchestre (mené par un chef pour la première fois de l’histoire) explose à la fois dans les aigus et les graves, chaque instrument (et son timbre) représente une émotion, une atmosphère. La musique doit être capable de tout exprimer.

Quelques repères…
1808        Symphonie no 5 de Beethoven
1824        Symphonie no 9 de Beethoven
1830        Symphonie fantastique de Berlioz
1833        Études opus 10 de Chopin
1865        Tristan et Isolde de Wagner
1871        Aïda de Verdi
1875        Carmen de Bizet

La musique comme drogue

11 janvier 2011

J’ai toujours su que la musique était une drogue puissante, qui permettait de transcender les périodes sombres aussi bien que d’exalter les spleens assumés. Voilà qu’une étude très sérieuse complétée par des chercheurs de l’Université McGill vient de prouver que le plaisir ressenti en écoutant de la musique entraîne la sécrétion dans le cerveau d’une drogue « naturelle », la dopamine.

Une dizaine de volontaires âgés de 19 à 24 ans ont été retenus parmi les 217 ayant soumis leur candidature, ayant affirmé avoir déjà éprouvé des « frissons » en écoutant de la musique. À l’aide de différents appareils d’imagerie, on a pu mesurer la sécrétion de dopamine et l’activité du cerveau.

Les résultats publiés dans la revue scientifique Nature Neuroscience démontrent, de façon assez étonnante, que la dopamine est secrétée à la fois en anticipation du plaisir lié à la musique écoutée (par exemple, quand vous « attendez » un passage qui vous fait chavirer à chaque fois) et lors du pic émotionnel ressenti (par exemple, quand la soprano ou le ténor vous fait vibrer dans le registre aigu), deux processus physiologiques distincts impliquant des zones différentes du cerveau.

« Nos résultats contribuent à expliquer pourquoi la musique a une si grande valeur dans toutes les sociétés humaines », concluent les chercheurs. Ils permettent de comprendre « pourquoi la musique peut être efficacement utilisée dans des rituels, par le marketing ou dans des films pour induire des états hédoniques. »

Le chroniqueur de La Presse Marc Cassivi s’est entretenu avec le professeur Robert Zatorre à ce sujet. À lire ici…

La musique classique: mais qu’est-ce donc?

16 juillet 2010

Voilà une bien grande question. Certains ont essayé de la renommer « musique de concert » pour simplifier, d’autres essaient de la surclassifier selon les périodes musicales. Le pianiste, compositeur, auteur et comédien français Damien Luce tente une réponse dans le dernier numéro en ligne de BSC News.

À lire en pages 30-31

ou dans cette capture d’écran de l’article le-coin-des-maudits

Le clavier occidental

9 juin 2010

Tout le monde connaît la disposition bien définie du clavier du piano et sa succession bien particulière de touches noires et blanches? Mais pourquoi les avoir positionnées comme cela et, surtout, de quand date cette invention que nous jugeons aujourd’hui des plus communes?

Le compositeur Patrick Loiseleur propose un article très détaillé ici…

Comment concevoir un concert

17 avril 2010

Le week-end dernier, le Kitchener-Waterloo Symphony proposait pour la deuxième année consécutive son programme Concevez votre propre concert. Le programme, inspiré d’une initiative similaire du Pittsburgh Symphony, a permis à 30 élèves du secondaire (de 6 écoles différentes) de développer avec le personnel thème, programme, marketing, collecte de fonds et production d’un concert orchestral.

Les élèves doivent dégager du temps de leurs occupations scolaires habituelles pour participer  à ces six sessions de travail, d’une heure et demie chacune. Les élèves choisissent un groupe de travail particulier : marketing, département artistique, développement et opération (production). Chaque groupe de travail est guidé par au moins un membre du personnel administratif du KWS en tout temps. Nous offrons aux élèves la salle de concert, l’orchestre, un chef et un (ou des) soliste(s). Le reste des opérations est conçu et géré par eux, du thème qui mènera à la programmation qui influencera ensuite le marketing, la collecte de fonds et la production du projet.

Les élèves travaillent à un plan d’entente avec le personnel du KWS, qui détermine budget et prix des billets. La règle d’or est que les passifs ne doivent pas dépasser les actifs, ce qui permet aux élèves de comprendre rapidement comment des décisions en apparence simples peuvent avoir une incidence majeure sur le budget.

Le personnel a été stimulé et inspiré par ce projet. Ils n’ont pas tous été préparés à endosser le rôle de professeur, mais tous apprécient leur travail avec les élèves. Ils ont semble-t-il de nombreuses histoires à raconter au sujet d’élèves qui ont eu la piqure ou qui utiliseront vraisemblablement cette expérience de travail dans la gestion de leurs futures carrières.

Au programme du concert? Mozart, Vivaldi, Brahms, Tchaïkovski, Dvořák, Bartok et Vaughan Williams. On ne peut pas accuser nos gestionnaires en herbe de manquer de goût! Et si la musique menait à tout?

L’époque classique

6 avril 2010

La musique classique cherche avant tout à émouvoir. Le mouvement littéraire allemand Sturm und drang (qui peut se traduire par « orage et tension »), dont Goethe reste le représentant le plus marquant, traduit le sentiment d’inadéquation de l’homme face à la société. L’écriture musicale s’en inspire en jouant avec la tonalité, renforçant les oppositions entre les mouvements et exagérant les tensions, harmoniques ou mélodiques, et les détentes qui les suivent.

Les formes prennent de l’ampleur. On pose les bases du concerto (Wolfgang Amadeus Mozart en signe 27), de la symphonie (développée à plus de 100 reprises par Joseph Haydn, le « père » de la symphonie mais aussi du quatuor à cordes) et de la sonate (Muzio Clementi en compose une soixantaine). La sonate comporte maintenant quatre mouvements (même si Mozart continue de privilégier la forme en trois mouvements): allegro (de forme sonate, caractérisée par deux thèmes de caractère contrastant et une partie centrale élargie), adagio (particulièrement expressif), menuet (léger, généralement en 3/4) et allegro (souvent un rondo, qui alterne refrain et couplets).

On peut écouter quelques sonates de Haydn, interprétées par Anton Kuerti, ici…

Un compositeur est-il un artiste?

15 février 2010

Question ouverte qui permet de multiples interprétations. Le compositeur Patrick Loiseleur tente une réponse, particulièrement pertinente. « Une oeuvre d’art correspond à un geste et donc à un moment de l’histoire, une rencontre entre l’artiste et son public. C’est ce qui lui donne son caractère unique, personnel, subjectif, inexplicable. C’est ce qui distingue le savoir-faire de l’artiste du savoir scientifique qui se doit d’être objectif, reproductible, explicable. Le savoir de l’artiste ne peut d’ailleurs pas être transmis intégralement: d’où les mots comme talent et génie qu’on utilise pour désigner ce qu’il y a d’unique et d’irremplaçable chez un artiste. »

À lire ici…

Venez divin Messie

23 décembre 2009

La légende veut que la première fois que le roi anglais Georges II l’ait entendu, en 1750, il se soit immédiatement levé, totalement emballé. De nos jours, les spectateurs poursuivent cette tradition partout dans le monde. Quoi donc? Mais l’« Hallelujah » du Messie de Handel, bien sûr!

En juillet 1741, devant le peu de succès remporté par ses deux derniers opéras, Händel décide d’abandonner le genre. Il retourne à l’oratorio. Son ami Charles Jennens lui propose un nouveau texte à mettre en musique, basé sur une traduction de la Bible du roi James. Handel s’emballe pour le projet et il termine la composition en trois semaines. Le Messie est divisé en trois sections: la naissance, la mort et la résurrection de Jésus. Händel, avec tout son talent de compositeur d’opéra, a su mettre en valeur le côté dramatique de chaque texte. Il aurait dit, en composant l’Hallelujah, que c’était « comme si je voyais Dieu sur son trône, avec les anges qui l’entourent ». Toute une fête en perspective si on se fie à la musiquee!

Händel donnera la première de son oratorio à Dublin en Irlande, le 12 avril 1742. Le but de ce concert était d’amasser des fonds pour la prison et deux hôpitaux de la ville. La rumeur de ce concert ayant été judicieusement propagée par les potins des journaux de l’époque, 700 personnes se pressent aux portes de la salle le soir du concert. L’annonce demandait d’ailleurs aux dames de venir sans leurs cerceaux (ceux de leurs robes!) et aux gentilshommes sans leur épée, histoire de permettre à un plus grand nombre de personnes de se masser dans la salle. La soirée s’avère un succès éclatant. Depuis, le Messie a conservé sa cote de popularité et reste une des œuvres du répertoire choral les plus connues.

On retrouve l’« Hallelujah » sur le DVD du concert de Luciano Pavarotti, Noël à Notre-Dame. Détails ici…

Qu’est-ce que la musique tonale?

21 décembre 2009

Voilà une question bien embêtante. Peut-on uniquement définir la tonalité en opposition à l’atonalité? Doit-on essentiellement privilégier une mise en contexte harmonique de la chose? Le compositeur Patrick Loiseleur propose quelques pistes de réponse sur son blogue. À lire ici…