Archive pour la catégorie ‘Ils ont dit’

Joyeux anniversaire Franz!

22 octobre 2011

C’est le 22 octobre 1811 que naissait Franz Liszt, celui qui allait transformer irrĂ©vocablement le monde du concert, du moins pour les pianistes. Premier interprète Ă  tabler sur le cĂ´tĂ© pyrotechnique de l’instrument, il devait modifier l’angle de jeu (de cĂ´tĂ© par rapport au public plutĂ´t que de dos), privilĂ©gier les interprĂ©tations sans partition, se prĂŞter Ă  quelques duels de pianistes et surtout affirmer, l’air de rien: « Le concert, c’est moi! » Rock star avant l’heure, adulĂ© par comtesses et duchesses, il s’assagirait bientĂ´t, plus enclin Ă  repousser les limites de la tonalitĂ© qu’Ă  faire surgir des flammes de son instrument. Il dit lui-mĂŞme:

« La musique est prĂ©cisĂ©ment d’entre tous les arts celui qui exprime les sentiments sans leur donner d’application directe, sans les revĂŞtir de l’allĂ©gorie des faits narrĂ©s par le poème. Elle fait briller et chatoyer les passions dans leur essence mĂŞme, sans s’astreindre Ă  les reprĂ©senter par des personnifications rĂ©elles ou imaginaires. … Elle est aussi de tous les arts le plus apte Ă  dĂ©gager les passions de leurs scories, pour ne leur donner d’autre manifestation que celle de leur Ă©clat intrinsèque, et les faire couler du cĹ“ur. »

On peut écouter ici la première de ses Années de pélerinage, « Suisse », interprétée par André Laplante ou encore sa titanesque Sonate en si mineur, avec Nareh Arghamanyan.

Le pouvoir de la musique

22 août 2011

On vient d’annoncer le dĂ©cès de Jack Layton, quelques jours Ă  peine après celui du journaliste et auteur Gil Courtemanche. Sentant le besoin de me replonger dans les mots de ce dernier pendant le week-end, je suis tombĂ©e sur cette phrase, tirĂ©e de son dernier roman, au titre prophĂ©tique peut-ĂŞtre, Je ne veux pas mourir seul.

« Quand on n’aime plus, les musiques perdent leur mystères et redeviennent musiques, seulement chansons ou symphonies, jamais émotions et rêves partagés. »

C’est vrai que les musiques se parent souvent des teintes du souvenir, de l’Ă©motion ressentie alors qu’on partageait un mouvement de concerto, de symphonie, de quatuor Ă  cordes, avec un ami. Les pages classiques sont peut-ĂŞtre plus difficiles Ă  dater (on n’associera pas nĂ©cessairement une sonate de Beethoven Ă  un Ă©tĂ© particulier, comme on peut le faire avec des chansons populaires, puisqu’on en aura vraisemblablement fait plusieurs lectures complĂ©mentaires), mais quand on prolonge l’Ă©coute dans l’Ă©change, elles semblent rester plus longtemps en nous. La musique, après tout, ne prend vie, qu’une fois que les interprètes l’ont transmise et que les auditeurs l’ont reçue.

Beethoven et Schmitt

17 juin 2011

J’ai rĂ©cemment lu le dernier opus « musical pĂ©dagogique » de l’auteur Ă  succès Eric-Emmanuel Schmitt,  Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crĂ©tins vivent… (tout un programme que ce titre seul!) C’est Ă©dulcorĂ©, franchement gentil, et j’ai assez peu accrochĂ© Ă  cette histoire un peu quand mĂŞme « arrangĂ©e avec le gars des vues ». Par contre, certaines phrases m’ont fait rĂ©flĂ©chir et j’ai dĂ» les noter. Par exemple,  « Beethoven m’a fait croire en l’homme, en sa capacitĂ© de dominer la matière » ou encore « Mozart entend. Beethoven fabrique. » Tout de mĂŞme…

Il y aussi celle-ci, inoffensive en apparence, mais tellement véridique:

« Écouter une musique quarante ans, cinquante ans après la première fois, c’est plus cruel que de se dévisager dans un miroir à côté d’une photo de jeunesse; on mesure à quel point on a changé, mais intérieurement. »

Beethoven vous inspire? Écoutez-le ici…

Berlioz évoque Beethoven

18 novembre 2010

J‘aime beaucoup quand un compositeur se penche sur l’Ĺ“uvre d’un autre et nous en transmet une version, sinon autre, du moins complĂ©mentaire. Les pages que Berlioz a consacrĂ©es aux symphonies de Beethoven sont remarquables Ă  plusieurs Ă©gards car elles s’attardent plutĂ´t aux Ă©motions ressenties plutĂ´t qu’aux aspects compositionnels proprement dits. J’ai pensĂ© partagĂ© ici avec vous certains passages de sa lecture de la Huitième Symphonie, souvent oubliĂ©e au milieu des Cinquième, Sixième, Septième et Neuvième.

Pendant la lecture de ces mots, je vous recommande l’Ă©coute de la Symphonie, interprĂ©tĂ©e ici par l’Orchestre de la Francophonie, sous la direction de Jean-Philippe Tremblay (CD numĂ©ro 4).

« Celle-ci est en fa comme la Pastorale, mais conçue dans des proportions moins vastes que les symphonies précédentes. Pourtant si elle ne dépasse guère, quant à l’ampleur des formes, la première symphonie (en ut majeur), elle lui est au moins de beaucoup supérieure sous le triple rapport de l’instrumentation, du rythme et du style mélodique.

… L’andante scherzando est une de ces productions auxquelles on ne peut trouver ni modèle ni pendant: cela tombe du ciel tout entier dans la pensĂ©e de l’artiste; il l’écrit tout d’un trait, et nous nous Ă©bahissons Ă  l’entendre. Les instruments Ă  vent jouent ici le rĂ´le opposĂ© de celui qu’ils remplissent ordinairement: ils accompagnent d’accords plaquĂ©s, frappĂ©s huit fois pianissimo dans chaque mesure, le lĂ©ger dialogue a punta d’arco des violons et des basses. C’est doux, ingĂ©nu et d’une indolence toute gracieuse, comme la chanson de deux enfants cueillant des fleurs dans une prairie par une belle matinĂ©e de printemps. La phrase principale se compose de deux membres, de trois mesures chacun, dont la disposition symĂ©trique se trouve dĂ©rangĂ©e par le silence qui succède Ă  la rĂ©ponse des basses; le premier membre finit ainsi sur le temps faible, et le second sur le temps fort. Les rĂ©percussions harmoniques des hautbois, des clarinettes, des cors et des bassons, intĂ©ressent si fort, que l’auditeur ne prend pas garde, en les Ă©coutant, au dĂ©faut de symĂ©trie produit dans le chant des instruments Ă  cordes par la mesure de silence surajoutĂ©e.

Cette mesure elle-même n’existe évidemment que pour laisser plus longtemps à découvert le délicieux accord sur lequel va voltiger la fraîche mélodie. On voit encore, par cet exemple, que la loi de la carrure peut être quelquefois enfreinte avec bonheur. Croirait-on que cette ravissante idylle finit par celui de tous les lieux communs pour lequel Beethoven avait le plus d’aversion: par la cadence italienne? Au moment où la conversation instrumentale des deux petits orchestres, à vent et à cordes, attache le plus, l’auteur, comme s’il eût été subitement obligé de finir, fait se succéder en trémolo, dans les violons, les quatre notes, sol, fa, la, si bémol (sixte, dominante, sensible et tonique), les répète plusieurs fois précipitamment, ni plus ni moins que les Italiens quand ils chantent Felicità, et s’arrête court. Je n’ai jamais pu m’expliquer cette boutade. »

Pour lire l’analyse de Berlioz des neuf symphonies…


Citations

4 octobre 2010

En prolongement de la Journée internationale de la musique, je partage avec vous quelques citations de compositeurs qui me parlent beaucoup.

« Il me semble que la musique doit toucher avant tout le cœur. »
CPE Bach

« La musique doit faire jaillir le feu de l’esprit des hommes. La musique est une révélation plus haute que toute sagesse et toute philosophie. »
Beethoven

« Le plus beau pont pour exalter l’humanité : la musique. »
Berg

« La musique est le plus poétique, le plus puissant, le plus vivant de tous les arts. Elle devrait aussi en être le plus libre. »
Berlioz

« L’intérêt n’est pas de comparer deux visages d’une œuvre, mais bien de savoir que cette œuvre n’aura jamais un visage définitivement fixé. »
Boulez

Ah! ces critiques…

1 septembre 2010

Parfois, les critiques font preuve d’une rare clairvoyance. Comment ne pas citer celle de Schumann qui a saluĂ©, au tout dĂ©but de leurs carrières, le gĂ©nie de Chopin et de Brahms? Ă€ d’autres moments, ils sont fĂ©rocement mĂ©chants et/ou complètement dans le champ. Lors d’un rĂ©cent arrĂŞt en librairie universitaire, je me suis procurĂ© le dĂ©licieusement dĂ©linquant – parce que 100 % vrai – Lexicon of Musical Invective. Criticical Assaults on Composers Since Beethoven’s Time de Nicolas Slonimsky, un florilège de critiques acerbes, souvent fabuleusement drĂ´les en rĂ©trospective. Quelques exemples?

« Beethoven, souvent bizarre et baroque… tantĂ´t prend le vol majestueux de l’aigle; tantĂ´r rampe dans les sentiers rocailleux, Après avoir pĂ©nĂ©trĂ© l’âme d’une douce mĂ©lancolie, il la dĂ©chire aussitĂ´t par un amas d’accords barbares. Il me semble voir renfermer ensemble des colombes et des crocodiles. » (Tablettes de Polymnie, Paris, 1810)

« Quand on est Beethoven, on fait tout ce qu’on peut faire, mais encore faudra-t-il que deux et deux fassent quatre… Mettez deux scorpions et un pigeon Ă  la clef si c’est votre opinion, mais n’y mettez pas ce qu’il n’y aura plus dans les mesures… Vous tous qui comprenez cela, expliquez-nous Ă  nous, comment dans la seconde variation en 6/16, peut-il avoir six double-croches, Ă  chaque mesure, plus six triples croches? … La dĂ©mence du gĂ©nie intĂ©resse; le spectacle de toute autre, frĂ©quente malheureusement, en musique de piano, n’est que dĂ©plorable. » (W. de Lenz Ă©voquant la Sonate opus 111 dans Beethoven et ses trois styles, Paris, 1855)

Pour Ă©couter la Sonate opus 111, par Anton Kuerti…

Paul Hindemith (1895-1963)

14 janvier 2010

Violoniste, puis altiste, fervent militant de la musique d’avant-garde, Paul Hindemith reste pourtant largement mĂ©connu du grand public. Il est professeur de composition au conservatoire de Berlin dès 1927, puis en Suisse oĂą il Ă©migre en 1938, bien que n’Ă©tant pas juif, en raison de son opposition au nazisme. Il s’Ă©tablira ensuite aux États-Unis (et deviendra citoyen amĂ©ricain en 1948) et enseignera Ă  la prestigieuse universitĂ© Yale la composition, de 1940 Ă  1953, notamment Ă  Lukas Foss, Norman Dello Joio, Mel Powell, Harold Shapero, Hans Otte, Ruth Schonthal et Ă  l’OscarisĂ© George Roy Hill. Il finira nĂ©anmoins sa vie en Europe et s’Ă©tablira en Suisse oĂą il tiendra la chaire de musicologie de l’UniversitĂ© de Zurich de 1951 Ă  1953.

Son Ĺ“uvre est particulièrement vaste (plus d’une centaine de compositions) et touche tous les genres. Il a Ă©crit Ă©galement plusieurs ouvrages thĂ©oriques mais il serait rĂ©ducteur de le considĂ©rer uniquement comme un thĂ©oricien.

Je partage ici quelques citations particulièrement inspirées du compositeur.

« Les gens qui font de la musique ensemble ne peuvent pas être ennemis, au moins pas pendant que la musique se fait entendre. »

« Le silence, un des plus doux cadeaux du ciel dans ce monde tapageur! Le silence, l’horizon contre lequel seule la musique assume le contour et la signification. »

« La création artistique est personnelle parce qu’elle est aussi privée que vos rêves; personne ne peut intervenir dans vos fantaisies artistiques, et cependant si des forces physiques peuvent empêcher une œuvre d’art de se réaliser, l’acte personnel de création dans l’esprit de l’artiste ne peut jamais être touché. »

« Les créateurs artistiques sont inépuisables parce que la pensée humaine est inépuisable. »

Je vous invite Ă  dĂ©couvrir sa magnifique Sonate pour harpe sur l’album RĂ©vĂ©lation de ValĂ©rie Milot, ici…

Alain Lefèvre compositeur

5 novembre 2009

L’univers d’Alain Lefèvre ne saurait être complet sans évoquer toute la dimension du compositeur qu’il est devenu au fil des ans. Son quatrième album de compositions, Jardin d’Images a été lancé cette semaine et se veut une suite attendue à Fidèles Insomnies, lauréat d’un Félix en 2006 au Gala de l’ADISQ.

« J’avais quatre ans quand j’ai pris place au piano, raconte le pianiste-compositeur. J’y suis encore. Mes rendez-vous quotidiens, je les partage avec Bach, Brahms, Chopin, Rachmaninov, Schubert et tous les autres. Inlassablement, ils sont lĂ , exigeants, Ă  Ă©couter chaque jour la gymnastique de mes doigts et Ă  demander une certaine perfection. Sans cesse, je dois me dĂ©passer et transcender leurs rĂ©cits au piano sur les scènes du monde entier, seul ou avec orchestre. Je tente toujours de livrer l’essence la plus pure de ces grands compositeurs. Lourde responsabilitĂ©. Je suffoquerais si Ă  travers cette discipline et cette rigueur que commande la musique classique, je ne pouvais trouver ma propre respiration, mon exutoire.

C’est en composant que j’ai pu donner du leste Ă  toute mes angoisses, mes joies, mes chagrins, mes dĂ©ceptions, mes attentes, mes bonheurs et mes dĂ©sillusions. Captives, mes Ă©motions ont pu trouver un souffle nouveau. J’avais quinze ans quand un thème s’est imposĂ© Ă  moi pour la première fois. Depuis, une trentaine d’Ĺ“uvres reposent dans mon banc de piano et dans les tiroirs de ma tĂŞte. Une rencontre, un rire, un soupir, un sourire, un dĂ©sespoir, une victoire, tout me parle, tout est parfum, impression, couleur, note. J’ai eu envie de rompre le silence, pour donner une autre voix que les mots, aux images de ma vie. »

Pour Ă©couter l’album…

Souvenir de Florence

21 septembre 2009

L’automne Analekta sera bien rempli. Parmi les titres qui seront annoncĂ©s lors du lancement de saison demain, un prolongera certainement l’Ă©tĂ©. En effet, il comprendra Souvenir de Florence, un sextuor pour cordes de TchaĂŻkovski, qui sera prĂ©sentĂ© en version augmentĂ©e pour orchestre Ă  cordes par I Musici, sous la direction de Yuli Turovsky.

Tchaïkovski porte un amour inconditionnel à Florence. Je partage ici quelques extraits de lettres écrites lors de ses passages dans sa « ville de rêve ».

« Comme Florence est une ville chère à mon cœur. Plus vous y habitez et plus vous vous y attachez. Elle n’est pas une capitale bruyante dans laquelle vos yeux ne savent plus où se poser et qui vous épuise par son agitation. En même temps, il y a tant de choses d’intérêt artistique et historique qu’il n’y a aucune chance de s’y ennuyer. »

« Je ne peux pas commencer à vous dire combien glorieuse est la paix parfaite des soirées, quand tout ce que vous pouvez entendre est l’écho lointain des eaux de l’Arno se bousculent ou coulent selon une pente. On ne pourrait imaginer un lien plus confortable ou plus propice au travail. »

« Cette quinzaine à Florence restera dans ma mémoire comme un doux rêve merveilleux. J’ai eu tant d’expériences merveilleuses ici – la ville elle-même, ses environs, ses images, la merveilleuse température printanières, les chants folkloriques, les fleurs – que j’en suis las. »

Je ne sais pas pourquoi mais une envie folle de prendre un aller simple pour revoir le Duomo, I Uffizi et les collines de Fiesole me tenaille tout à coup. « La vie est trop injuste », comme aurait dit jadis Caliméro.

Les dix commandements du chef d’orchestre selon Richard Strauss

22 juillet 2009

Ces maximes se retrouvent dans le Livre d’or d’un jeune chef d’orchestre, publiĂ© par Strauss en 1925.

  1. Souviens-toi que tu ne fais pas de la musique pour ton plaisir, mais pour celui de tes auditeurs.
  2. Ne transpire pas en dirigeant, seul le public a le droit de s’Ă©chauffer.
  3. Dirige SalomĂ© et Elektra comme s’ils Ă©taient de Mendelssohn: de la musique de fĂ©es.
  4. N’encourage pas les cuivres du regard, mais donne-leur les entrĂ©es les plus importantes sans y toucher, d’un clignement d’Ĺ“il.
  5. Par contre, ne quitte pas des yeux les cors et les bois: si tu les perçois, c’est qu’ils sont dĂ©jĂ  trop forts.
  6. Lorsque tu crois que les cuivres ne jouent pas assez fort, il faut encore les refréner.
  7. Il ne suffit pas que tu entendes toi-mĂŞme chaque mot du livret, que tu sais par cĹ“ur, il faut qu’il soit compris sans peine, du public. Si celui-ci n’entend rien, il ronfle.
  8. Accompagne le chanteur toujours de telle sorte qu’il puisse chanter sans effort.
  9. Lorsque tu penses avoir atteint le prestissimo le plus inouĂŻ, reprends le mouvement encore une fois aussi vite.
  10. Si tu te souviens de tous ces conseils amicaux, tu seras toujours, grâce Ă  tes dons indĂ©niables et Ă  ton talent, l’idole de tes auditeurs.

Pour Ă©couter le poème symphonique Don Juan de Richard Strauss, interprĂ©tĂ© par l’Orchestre de la francophonie sous la direction de Jean-Philippe Tremblay…