Pendant sa vie extrêmement créative, Mozart aura composé près de 700 oeuvres. Ardent au travail, il a néanmoins pris le temps de s’adonner à la rédaction de plus de 1200 lettres, ce qui en fait l’un sinon le plus prolifique compositeur de ce côté-là.
Dans les lettres de Mozart, on y retrouve aussi bien des informations sur les œuvres qu’il compose que des descriptions savoureuses de concerts auxquels il a assisté ou des précisions sur les réactions du public à ses œuvres. Il aimait aussi beaucoup raconter des menus détails qui ponctuaient son quotidien, ce qui nous permet de mieux saisir certains éléments importants de sa personnalité, notamment son indéniable sens de l’humour et son sens de la répartie. On compte aussi de nombreuses lettres d’amour à son épouse Constanze ainsi que des lettres à son père Leopold, à sa sœur Nannerl ou à Joseph Haydn, compositeur et ami. Ces écrits révèlent un visage méconnu d’un être extraordinaire qui nous amuse souvent, nous surprend parfois et nous émeut à chaque fois.
Sur son quotidien
Vienne ce 13 février 1782
Ma très chère sœur !
[...] J’ai déjà décrit à mon père, récemment, l’emploi de mon temps, et je vais le répéter pour toi. À 6 heures du matin, je suis toujours coiffé, à 7 heures, complètement habillé. Alors je compose jusqu’à 9 heures. De 9 heures à 1 heure, j’ai mes leçons. Ensuite je mange, quand je ne suis pas invité, là où l’on mange à 2 ou 3 heures, comme aujourd’hui et demain chez la Comtesse Zichy et la Comtesse Thun. Avant 5 ou 6 heures du soir, je ne peux travailler – et souvent j’en suis empêché par une académie ; sinon, je compose jusqu’à 9 heures. Ensuite je me rends chez ma chère Constanze – mais où le plaisir de nous voir nous est plus d’une fois gâché par les propos aigres de sa mère – ce que j’expliquerai à mon père dans ma prochaine lettre – d’où le désir que j’éprouve de pouvoir la délivrer et sauver le plus tôt possible. À 10 heures et demie ou 11 heures, je rentre chez moi ; cela dépend de l’humeur de sa mère, ou de ma capacité à la supporter. Comme je ne puis être sûr de composer le soir, du fait des académies qui peuvent intervenir ou de l’incertitude où je suis d’être appelé ici ou là, j’ai coutume (surtout quand je rentre tôt) de composer encore un peu avant de dormir – et souvent j’y reste plongé jusqu’à 1 heure – et je me lève à 6 heures. Très chère sœur ! Si tu crois que je pourrais jamais vous oublier, mon très cher et excellent père et toi, je – mais silence ! Dieu le sait, et cela suffit à me tranquilliser ; qu’il me châtie, si j’en étais capable !
Adieu !
Je suis à jamais
Sincèrement ton frère
W. A. Mozart
P.-S. : De mon très cher père, s’il est déjà à Salzbourg, je baise 1000 fois les mains.
Pour écouter Opéras pour deux (avec Angèle Dubeau et Alain Marion)…
Sur les six quatuors qu’il dédie à Haydn
Vienne 1er septembre 1785
À mon cher ami Haydn,
Un père, ayant résolu d’envoyer ses fils [ses six quatuors dédiés à Haydn] dans le vaste monde, estima qu’il devait les confier à la protection et la direction d’un homme, très célèbre alors, qui, par une heureuse fortune, était, de plus, son meilleur ami.
C’est ainsi, homme célèbre et ami très cher, que je te présente mes six fils. Ils sont, il est vrai, le fruit d’un long et laborieux effort, mais l’espérance que plusieurs amis m’ont donné de le voir, au moins en partie, récompensé, m’encourage, me persuadant que ces enfantements me seront un jour de quelque consolation.
Toi-même, ami très cher, au dernier séjour que tu as fait dans cette capitale, tu m’as manifesté ta satisfaction… Ce suffrage de ta part est ce qui m’anime le plus; et c’est pourquoi je te les recommande avec l’espoir qu’ils ne te sembleront pas indignes de ta faveur… Qu’il te plaise donc de les accueillir avec bienveillance et d’être leur père, leur guide, leur ami! De cet instant, je te cède mes droits sur eux, et te supplie en conséquence de regarder avec indulgence les défauts que l’œil partial de leur père peut m’avoir cachés, et de conserver, malgré eux, ta généreuse amitié à celui qui tant l’apprécie. Car je suis, de tout cœur, ami très cher.
Ton sincère ami,
W.A. Mozart
Pour écouter les Quatuors dédiés à Haydn (Quatuor Alcan)…