Archive pour la catégorie ‘La science de la musique’

Les neurosciences au service de la musique

27 février 2010

Jean-Paul Despins enseigne la musique et les moyens de la transmettre depuis maintenant 50 ans. Il a formĂ© des gĂ©nĂ©rations d’Ă©tudiants Ă  l’Ă©cole Le Plateau, Ă  l’UniversitĂ© Laval et maintenant Ă  l’UniversitĂ© du QuĂ©bec Ă  MontrĂ©al (UQAM). Il incarne de manière vibrante l’enseignant qui reste jeune : Ĺ“il pĂ©tillant et volontiers taquin, rire franc et communicatif. Depuis 20 ans, il milite haut et fort pour l’intĂ©gration des neurosciences dans l’enseignement musical et dĂ©nonce les lacunes du système d’Ă©ducation.

L’Ă©motion, maĂ®tresse de la raison

Il met l’accent en premier lieu sur l’urgence de se rĂ©approprier l’Ă©motion : « On enseigne trop cognitivement sans faire appel Ă  l’Ă©motion, alors qu’on sait qu’elle est la maĂ®tresse de la raison. On n’apprend pas Ă  partir d’un comportement nĂ©gatif, donc d’Ă©motions nĂ©gatives. Si je vous demande de jouer au piano un mouvement de sonate que vous avez appris, vous allez jouer celui que vous aimez le plus. Celui que vous n’avez pas aimĂ©, vous l’aurez oubliĂ©. Il faut sortir de cette contrainte de tout intellectualiser sans l’apport de l’Ă©motion. »

Pour M. Despins, le professeur a pour première mission de transmettre cette Ă©motion: « Les enfants sont un peu comme des animaux. Ils saisissent le professeur par les yeux. Si le professeur ne transmet pas d’Ă©motion, il aura toujours des problèmes. » En mĂŞme temps, l’apprentissage n’est pas fait pour tous les enfants. Le professeur peut les aider Ă  apprendre mais ne doit pas les forcer. Entre ici en ligne de compte la capacitĂ© de lire les comportements afin d’anticiper les rĂ©actions des Ă©lèves, plutĂ´t que seulement y rĂ©agir. (more…)

Le mystère du vernis des Stradivarius révélé

20 février 2010

Comment les si cĂ©lèbres violons ont-ils bien pu se conserver au-delĂ  des siècles et surtout, que contenait donc le mystĂ©rieux vernis de Stradivarius? Le fameux « sang de dragon » venait-il des abeilles, des esturgeons, de la peau, des os ? Une vague impression de lire le scĂ©nario d’un Ă©pisode de la sĂ©rie CSI

Des scientifiques français et allemands ont menĂ© l’enquĂŞte et percĂ© le secret de leur vernis. La rĂ©ponse vous surprendra. Ă€ lire ici…

Le cerveau musicien existe-t-il?

10 décembre 2009

Le Professeur Hervé Platel publiait il y a quelques mois un article dans la presse européenne intitulé Comment la musique agit sur la mémoire inconsciente ?. Ses découvertes récentes ont en effet permis de démontrer que des patients atteints à un stade très avancéd’Alzheimer pouvaient encore apprendre et mémoriser des nouveaux airs de musique et de nouvelles chansons. Il semblerait que la mémorisation des pièces mettait en jeu des régions cérébrales plus diffuses que celles du langage. Pour la musique, il n’y a donc pas une seule manière de s’imprimer dans le cerveau. Les savants s’interrogent aussi actuellement pour comprendre s’il existe dans le cerveau un « pré-câblage » musique comme il en existe un pour le langage.

Le 14 janvier, à Paris, le professeur Platel présentera les perspectives de recherches concernant les dimensions neuropsychologiques de la perception et de la mémoire musicale à partir de travaux fondamentaux de « neuroimagerie » cérébrale et de travaux cliniques sur les capacités musicales
préservées chez des patients Alzheimer en institution.

EntrĂ©e libre. Pour s’inscrire…

En complĂ©ment, un fascinant article qui fait le tour de l’approche des neurosciences face aux perceptions musicales. Ă€ lire ici…

Les grands violons démystifiés (3/3)

5 décembre 2009

Les vernis

Transparence, couleur et Ă©lasticitĂ© des vernis utilisĂ©s par les maĂ®tres de CrĂ©mone suscitent encore, trois siècles plus tard, l’admiration des amateurs de lutherie. Pourtant, la croyance selon laquelle le vernis constitue l’un des principaux facteurs des qualitĂ©s sonores de ces instruments est relativement moderne. « On a beau consulter les livres, les manuscrits, fouiller les archives, on ne trouve pas un mot dans les Ă©crits des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, qui en fasse mention comme d’une produit particulier; au contraire, les rares documents qui en parlent semblent prouver que les maĂ®tres luthiers et leurs contemporains n’y attachaient aucune importance et le considĂ©raient comme une chose ordinaire. » (Lucien Greilsame, Vernis de CrĂ©mone, Ă©tude historique et critique).

En 1819, Savart soutient dans son mémoire Sur la construction des instruments à cordes et à archet : « Le vernis sert à la beauté en même temps qu’il rend la qualité du son permanente. Lorsqu’on néglige de vernir la table, l’instrument perd de son moelleux et de sa force. » Il poursuit plus loin : « Les violons ne se détériorent pas, quoique très chargés par leurs cordes, tandis que les guitares, qui ne sont guère plus chargées mais qui ne sont pas vernies, se détériorent très promptement. »
(more…)

Les grands violons démystifiés (2/3)

3 décembre 2009

Les essences de bois utilisées

Les premiers luthiers italiens de Brescia privilégiaient le peuplier ou des bois de même densité tels que ceux du poirier ou même du cèdre pour le fond, les éclisses et la tête de leurs instruments et le pin pour la table. Ces essences furent bientôt remplacées par l’érable (fond, éclisses et tête) qui garantissait à l’instrument une plus grande résistance, une sonorité plus brillante et un coup d’œil nettement plus attirant. Stradivarius optait le plus souvent pour l’épicéa, à la veine régulière et serrée, pour la table et l’érable pour le fond et les éclisses (bois apparemment coupés à la lune descendante, vers la fin du mois de janvier).

Des chercheurs de l’Université Columbia ont présenté une théorie qui soutient que la densité du bois serait responsable de la sonorité unique de ces violons. Ils ont réussi à établir qu’une période de grand froid dans tout l’ouest de l’Europe, de 1645 à 1715, causée par une baisse de l’activité solaire (appelée minimum de Maunder), aurait ralenti la croissance végétale et produit des arbres au bois plus dense. Grâce à la dendrochonologie, une science permettant de remonter le cours de l’histoire en lisant dans les anneaux des arbres, les anneaux correspondant aux années 1625 à 1720 se sont avéré les plus rapprochés dans cette région.

Dans notre prochain billet, les vernis

James Ehnes jouant du 2e Stradivarius « Marsick » (1715) dans les Partitats et sonates pour violon solo de Bach

Les grands violons démystifiés (1/3)

1 décembre 2009

Les grands violonistes de l’histoire ont de tout temps transmis l’émotion des œuvres qu’ils interprétaient à travers des violons conçus par Antonio Stradivari ou Giuseppe Guarnerius. On peut ici penser au Guarnerius de Paganini et au Stradivarius daté de 1721 qui aurait appartenu à Joseph Joachim (violoniste célèbre et grand ami de Brahms) et à Mischa Elman, au « Marsick » (1706) de David Oistrakh, mais aussi au célèbre « Des Rosiers »,  un Stradivarius datant de 1733 et ayant appartenu à Arthur Leblanc, joué maintenant par Angèle Dubeau.  Aujourd’hui, on estime à 650 le nombre de Stradivarius et à 135 les Guarnerius qui ont survécu à l’outrage du temps.

Prestige de toucher les instruments qui ont inspirĂ© plus d’un luthier et Ă©motion ressentie quand on Ă©voque les siècles que ces instruments ont traversĂ©s sans prendre une seule ride sont deux facteurs qui ont contribuĂ© Ă  entretenir le mythe du violon parfait. De plus, la plupart de ces instruments possèdent une sonoritĂ© somptueuse et depuis rarement atteinte, assez subtile pour Ă©noncer les plus dĂ©licats pianissimo mais suffisamment puissante pour transpercer la masse orchestrale. « Le Stradivarius est gĂ©ant, la passion mĂŞme, Ă©voque avec poĂ©sie l’écrivain AndrĂ© Suarès. Un son si puissant, si ardent qu’il vous brĂ»le et vous emplit. »

L’unicité de ces instruments est aujourd’hui difficilement explicable, même si des équipes de chimistes et de physiciens continuent de se pencher avec ferveur sur les proportions mathématiques des instruments, l’essence des bois desquels ils sont issus ou la teneur du vernis utilisé. Le secret reste quasi entier et nous ne pouvons qu’émettre une série d’hypothèses sur ce qui transforme ces instruments en apex de la lutherie.
(more…)

Le ver d’oreille: impossible Ă  combattre?

7 septembre 2009

Nous en avons tous fait l’expĂ©rience un jour ou l’autre: une mĂ©lodie vous trotte dans la tĂŞte pendant des heures, vous empĂŞchant mĂŞme parfois de dormir! Que ce soit le dernier tube pop ou le motif d’ouverture d’une symphonie classique, peu importe: il y a de quoi devenir fou. Peut-on vaincre l’horrible ver d’oreille? Avec difficultĂ©, c’est certain.

Patrick Loiseleur propose quelques remèdes plus ou moins Ă©prouvĂ©s ici…

Plusieurs chercheurs se sont penchĂ©s sur ce « flĂ©au » au cours des dernières annĂ©es. Pour ĂŞtre tenu au courant de leurs travaux, dont ceux d’Oliver Sacks, c’est par ici…

Si rien ne fonctionne, essayez la Radio Analekta, qui pourrait peut-être bien déloger ce vilain intrus.

Musique et mathématiques

22 août 2009

Musique et mathĂ©matiques: deux univers diamĂ©tralement opposĂ©s? Non, en fait, plutĂ´t intimement liĂ©s. Nombre de compositeurs ont travaillĂ© avec des sĂ©ries numĂ©riques au fil des siècles et pas seulement les dodĂ©caphonistes (qui manipulent les 12 demi-tons de la gamme comme s’ils Ă©taient autant de variables mathĂ©matiques) ou ont vu une signification profonde Ă  certains nombres (Bach et les multiples de 3, reprĂ©sentants « parfaits » de la TrinitĂ©, par exemple).

Le jazzman français Yaron Herman, lui, se sert de sĂ©ries mathĂ©matiques pour improviser. Sa mĂ©thode d’improvisation, nommĂ©e « real time composition », s’inspire en effet des patterns mathĂ©matiques imbriquĂ©s les uns dans les autres, chaque Ă©tape influant sur la suivante.

Pour mieux comprendre le processus, c’est Ă  lire ici…

Oliver Sacks publie Musicophilia

27 avril 2009

L’homme ne peut pas vivre sans musique. C’est du moins ce que transmet Musicophilia, dernier ouvrage du neurologue Oliver Sacks, publiĂ© chez Seuil. Il dĂ©cortique ici des cas fascinants, tels celui de Paul Wiggenstein (qui mĂŞme une fois amputĂ© sentait ses doigts de la main droite quand il jouait du piano), de Schumann (et ses hallucinations auditives Ă  la fin de sa vie), de ce compositeur sans souvenir rĂ©cent mais qui peut chanter une de ses pièces composĂ©es des annĂ©es auparavant.

«  L’Ă©merveillement augmente avec le savoir, confie Sacks au journaliste Paul Journet de La Presse. Je rĂ©alise Ă  quel point on en connaĂ®t peu. Pourquoi la musique Ă©meut-elle autant? Après avoir Ă©crit ce livre, je le comprends encore moins. Quand j’Ă©coute la Messe en si mineur de Bach, je fonds parfois en larmes. Pourquoi? Je ne sais pas. »

Pour lire l’entrevue…

Oreille absolue?

24 avril 2009

Vous croyez que vous avez l’oreille absolue et pouvez reconnaĂ®tre n’importe quelle note, jouĂ©e par n’importe quel instrument, sans aucune prĂ©paration? Alors, ce test en ligne est pour vous. Vos rĂ©sultats seront compilĂ©s de façon scientifique et permettront Ă  deux chercheurs, Patricia Vanzella (Professeur de musique, UniversitĂ© du BrĂ©sil) et Glenn Schellenberg (Professeur en psychologie, University of Toronto), de dĂ©montrer ou infirmer la thèse que la prĂ©tendue oreille absolue rĂ©agira de façon fort diffĂ©rente selon les timbres entendus. Le test se compose de 4 blocs de 24 Ă©coutes; des notes (sur trois octaves) vous seront prĂ©sentĂ©es au hasard. Chaque bloc aura un timbre diffĂ©rent. (Vous pourrez prendre une pause entre chaque bloc.)

Toujours intĂ©ressĂ©s? C’est ici (on peut rĂ©pondre au questionnaire en anglais ou en portugais).