Archive pour la catégorie ‘Mieux connaître une oeuvre’

Une nuit sur le mont Chauve

29 octobre 2011

Deux jours avant l’Halloween, alors que les noctambules envahiront la ville déguisés de façon effrayante ou ludique… Le moment parfait donc pour redécouvrir une autre page qui mise sur l’horreur. Une nuit sur le mont Chauve a été composée par Modeste Moussorgski en 1867. Ce poème symphonique s’inspire d’une courte histoire de Nicolas Gogol qui s’appelait Nuit de la Saint-Jean sur le mont Chauve. Le compositeur a retravaillé plusieurs fois cette pièce et en a tiré une version pour chœur et un interlude orchestral pour l’un de ses opéras. D’autres compositeurs ont aussi tellement aimé la pièce qu’ils ont décidé de la réorchestrer. C’est le cas de Nikolaï Rimski-Korsakov mais aussi du chef d’orchestre Leopold Stokowski qui a réalisé la version entendue dans Fantasia de Walt Disney.

Le compositeur a établi un programme. On y entend d’abord des voix souterraines. Apparaissent ensuite les esprits des ténèbres puis Chernobog, le dieu de la nuit et de l’obscurité. Son nom signifie « le noir Dieu » ou « Dieu des ténèbres ». Dans la deuxième section de la pièce, on assiste à l’adoration de Chernobog puis au sabbat des sorcières. Le sabbat est une assemblée nocturne de sorciers et de sorcières, tenue dans un lieu désert souvent élevé, comme ici. À la fin du morceau, on entend sonner les cloches du village, qui permettront l’évanouissement des apparitions et le lever du soleil.

Trio « Archiduc »

29 août 2011

L’année 2011 est une année anniversaire et nombre d’organisations de concert multiplient les programmes Mahler ou Liszt. D’autres anniversaires sont passés un peu plus inaperçus et c’est dommage… Ainsi, il y a 200 ans, en un mois, Beethoven composait le trio « Archiduc ».

L’archiduc auquel le titre fait référence est l’archiduc Rodolphe, talentueux musicien amateur et jeune frère de l’empereur d’Autriche et Beethoven devait lui dédier également ses Quatrième et Cinquième Concertos pour piano et plusieurs autres œuvres importantes. Son dernier trio lui est dédié car, en 1809, l’archiduc avais mis sur pied un consortium d’aristocrates qui financeraient une rente à vie pour le compositeur.

Depuis son premier trio, opus 1, Beethoven a bien évidemment mûri. On assiste ici à un équilibre parfaitement calibré entre le piano et les cordes, ces dernières devenant souvent des voix intérieures, ce qui permet une sonorité étonnamment fondue, très proche de l’homogénéité du quatuor à cordes.

Le Trio ” Archiduc ” a été écrit pendant une période remarquablement productive, pendant laquelle il a écrit une multitude de chefs-d’œuvre, dont l’opéra Fidelio et les Cinquième, Sixième et Septième Symphonies. L’œuvre sera créée trois ans plus tard, Beethoven assurant la partie de piano, malgré une surdité alors presque complète.

On peut l’écouter ici, interprété par le Gryphon Trio…

Les Quatuors dédiés à Haydn de Mozart

10 mai 2011

Ces six quatuors devaient naître d’un dialogue entre l’œuvre de deux amis proches. Plus que l’hommage du jeune compositeur à son ainé ou le gage d’une nouvelle amitié en développement, ces quatuors se veulent une réponse musicale aux quatuors opys 33 de Haydn. On peut parler ici « d’influence », mais il serait plus juste de parler de « correspondance » dans laquelle s’échangent questions de style, de forme et de genre, en un dialogue entre contrepoint baroque, style classique et une texture à la fois plus riche et plus limpide.

Dans sa dédicace de septembre 1785, Mozart reconnaît la part prise par son ami et mentor dans ces nouvelles œuvres, dans ce qui est peut-être l’un des plus beaux témoignages d’amitié.

« À mon cher ami Haydn. Un père, ayant résolu d’envoyer ses fils dans le vaste monde, a estimé devoir les confier à la protection et à la direction d’un homme alors très célèbre, et qui, par une heureuse fortune, était de plus son meilleur ami. Ainsi donc, homme célèbre, et ami très cher, je te présente mes six fils.
Ils sont, c’est vrai, le fruit d’un long et laborieux effort, mais l’espérance que plusieurs amis m’ont donnée, de le voir, en partie du moins, récompensé, m’encourage, et me persuade que ces enfants me seront un jour de quelque consolation.
Toi-même, ami très cher, lors de ton dernier séjour dans cette capitale, tu m’as exprimé ta satisfaction. Ce suffrage de ta part est ce qui m’anima le plus. C’est pourquoi je te les recommande, en espérant qu’ils ne te sembleront pas indignes de ta faveur. Veuille donc les accueillir avec bienveillance, et être leur père, leur guide et leur ami. De ce moment je te cède mes droits sur eux, et te supplie de considérer avec indulgence les défauts que l’œil partial de leur père peut m’avoir cachés, et de conserver malgré eux, ta généreuse amitié à celui qui t’apprécie tant, car je suis de tout cœur, ami très cher, ton très sincère ami.
Vienne, le 1er septembre 1785 »

On peut écouter les Quatuors – dont le visionnaire sixième, « des dissonances » -  ici, interprété par le Quatuor Alcan.

Berlioz évoque Beethoven

18 novembre 2010

J‘aime beaucoup quand un compositeur se penche sur l’œuvre d’un autre et nous en transmet une version, sinon autre, du moins complémentaire. Les pages que Berlioz a consacrées aux symphonies de Beethoven sont remarquables à plusieurs égards car elles s’attardent plutôt aux émotions ressenties plutôt qu’aux aspects compositionnels proprement dits. J’ai pensé partagé ici avec vous certains passages de sa lecture de la Huitième Symphonie, souvent oubliée au milieu des Cinquième, Sixième, Septième et Neuvième.

Pendant la lecture de ces mots, je vous recommande l’écoute de la Symphonie, interprétée ici par l’Orchestre de la Francophonie, sous la direction de Jean-Philippe Tremblay (CD numéro 4).

« Celle-ci est en fa comme la Pastorale, mais conçue dans des proportions moins vastes que les symphonies précédentes. Pourtant si elle ne dépasse guère, quant à l’ampleur des formes, la première symphonie (en ut majeur), elle lui est au moins de beaucoup supérieure sous le triple rapport de l’instrumentation, du rythme et du style mélodique.

… L’andante scherzando est une de ces productions auxquelles on ne peut trouver ni modèle ni pendant: cela tombe du ciel tout entier dans la pensée de l’artiste; il l’écrit tout d’un trait, et nous nous ébahissons à l’entendre. Les instruments à vent jouent ici le rôle opposé de celui qu’ils remplissent ordinairement: ils accompagnent d’accords plaqués, frappés huit fois pianissimo dans chaque mesure, le léger dialogue a punta d’arco des violons et des basses. C’est doux, ingénu et d’une indolence toute gracieuse, comme la chanson de deux enfants cueillant des fleurs dans une prairie par une belle matinée de printemps. La phrase principale se compose de deux membres, de trois mesures chacun, dont la disposition symétrique se trouve dérangée par le silence qui succède à la réponse des basses; le premier membre finit ainsi sur le temps faible, et le second sur le temps fort. Les répercussions harmoniques des hautbois, des clarinettes, des cors et des bassons, intéressent si fort, que l’auditeur ne prend pas garde, en les écoutant, au défaut de symétrie produit dans le chant des instruments à cordes par la mesure de silence surajoutée.

Cette mesure elle-même n’existe évidemment que pour laisser plus longtemps à découvert le délicieux accord sur lequel va voltiger la fraîche mélodie. On voit encore, par cet exemple, que la loi de la carrure peut être quelquefois enfreinte avec bonheur. Croirait-on que cette ravissante idylle finit par celui de tous les lieux communs pour lequel Beethoven avait le plus d’aversion: par la cadence italienne? Au moment où la conversation instrumentale des deux petits orchestres, à vent et à cordes, attache le plus, l’auteur, comme s’il eût été subitement obligé de finir, fait se succéder en trémolo, dans les violons, les quatre notes, sol, fa, la, si bémol (sixte, dominante, sensible et tonique), les répète plusieurs fois précipitamment, ni plus ni moins que les Italiens quand ils chantent Felicità, et s’arrête court. Je n’ai jamais pu m’expliquer cette boutade. »

Pour lire l’analyse de Berlioz des neuf symphonies…


Danse macabre

29 octobre 2010

Deux jours avant l’Halloween, occasion rêvée de revisiter un classique du genre. La Danse macabre a été composée en 1874 par Camille Saint-Saëns et s’inspire d’un poème d’Henri Cazalis. La première fois qu’elle a été jouée, le public l’a franchement détestée, la trouvant trop avant-gardiste. Pourtant, aujourd’hui, qui ne connait pas cette pièce du répertoire (que Saint-Saëns lui-même cite dans son Carnaval des animaux)?

L’histoire est simple. Minuit sonne. Satan ouvre le bal. La Mort apparaît, accorde son violon. Les violons marquent le rythme de danse sur des quintes ouvertes, qui donnent presque l’impression que les instruments sont désaccordés. Par leur côté dépouillé, ils rappellent aussi le vent d’hiver. Saint-Saëns utilise la quinte diminuée, longtemps considérée l’« intervalle du diable » pour que l’on comprenne bien que ce n’est pas un bal ordinaire. La ronde commence, doucement au début, comme si les squelettes sortaient doucement de leurs tombeaux. Elle s’anime ensuite, semble s’apaiser puis repart de plus belle jusqu’au chant du coq. Tout le monde retourne se coucher… jusqu’au lendemain.

En partage, le poème de Cazalis qui a inspiré l’oeuvre.

Zig et zig et zag, la mort en cadence
Frappant une tombe avec son talon,
La mort à minuit joue un air de danse,
Zig et zig et zag, sur son violon.

Le vent d’hiver souffle, et la nuit est sombre,
Des gémissements sortent des tilleuls ;
Les squelettes blancs vont à travers l’ombre
Courant et sautant sous leurs grands linceuls,

Zig et zig et zag, chacun se trémousse,
On entend claquer les os des danseurs,
Mais psit ! tout à coup on quitte la ronde,
On se pousse, on fuit, le coq a chanté

Pour l’écouter, interprétée par Angèle Dubeau & La Pietà…

Festival Beethoven à l’OSM

5 mai 2010

L’OSM amorçait hier soir son Festival Beethoven qui permettra aux auditeurs de s’approprier l’intégrale des symphonies, le Triple Concerto mais aussi le ballet Les Créatures de Prométhée qui prend un tout nouveau visage grâce à un nouveau texte de l’auteur Yann Martel qui traite des changements climatiques.

Ce n’est pas la première fois que Kent Nagano approche un auteur pour qu’ils intègrent un texte à une partition de Beethoven. Il l’avait déjà fait avec la musique d’Egmont et Le Général, un hommage au courage du Général Roméo Dallaire.

Je m’étais alors entretenu avec Paul Griffiths.

Quelle inspiration avez-vous puisée dans la partition d’Egmont et comment avez-vous choisi les autres extraits d’œuvres qui seront interprétés?

Kent Nagano est l’instigateur de cette idée. Il souhaitait libérer l’énergie de la partition de l’Egmont de Beethoven en substituant une nouvelle histoire à la pièce originale de Goethe. Celle-ci relate les événements qui se sont déroulés au Rwanda en 1994 et comment le Général Roméo Dallaire, chef de la mission de maintien de la paix des Nations Unies, sentant la catastrophe approcher, a tenté de l’empêcher mais s’est vu refuser les moyens pour y parvenir.

Quand M. Nagano m’a approché avec ce projet, j’ai d’abord cru que cette tâche s’avérerait impossible à compléter. La musique de Beethoven est puissante, moderne et massivement optimiste. La droiture règne. Malgré les oppositions et les sacrifice auxquelles elle doit faire face, la liberté triomphe. L’histoire du Rwanda, d’un autre côté, est toute en brutalité et en indifférence. Comment alors unir ces deux entités?
Éventuellement, deux principes guides m’ont accompagné. D’abord, cette nouvelle histoire serait narrée sans aucune référence spécifique aux lieux et aux noms. Ensuite, les mots et la musique devraient être unis par un dialogue, ce qui voulait notamment dire lier le narrateur et la musique autant que possible. J’ai aussi puisé confiance dans la croyance que l’espoir – quasiment l’essence de la musique de Beethoven – était impossible à étouffer. (Lire la suite…)

La flûte enchantée

3 mai 2010

Die Zauberflöte (littéralement « La Flûte magique », ou plutôt « ayant un pouvoir d’enchantement ») de Mozart a été composée sur un livret d’Emanuel Schikaneder, acteur, metteur en scène et directeur de théâtre. La Flûte enchantée utilise la forme populaire du Singspiel (œuvre théâtrale parlée et chantée en allemand, proche de l’opéra-comique) et la teinte des caractéristiques du drame philosophique. Le livret est d’ailleurs truffé d’allusions à la franc-maçonnerie, mouvement né quelques décennies plus tôt en Angleterre, auquel appartenait Mozart. La Flûte enchantée sera créé le 30 septembre 1791 sous la direction de Mozart lui-même. Un an plus tard, on compte déjà 100 représentations de l’œuvre. Avant 1800, l’œuvre sera jouée dans une centaine de villes.

L’histoire ressemble à un conte de fées. La Reine de la Nuit confie une mission au jeune prince Tamino et à Papageno, l’homme-oiseau (qui explique dans l’air « Der Vogelfänger bin ich ja » son métier d’oiseleur). Ils devront délivrer la princesse Pamina, enlevée par le diabolique Sarastro. En échange, la Reine offrira au prince la main de la jeune fille. Pour les aider dans leur quête, Tamino et Papageno recevront des objets magiques qui les protégeront : une flûte pour le premier, un glockenspiel pour le second (qui aurait été joué par Mozart lui-même lors des premières représentations). Après de multiples épreuves où il doit démontrer sagesse, courage et force, le prince triomphe finalement et trouve l’amour.

On peut écouter ici des extraits de l’opéra, joués par le flûtiste Alain Marion et la violoniste Angèle Dubeau.

Vallée d’Obermann

13 avril 2010

Vallée d’Obermann, la plus vaste pièce du premier recueil des Années de pélerinage, s’avère également la plus sublime. Inspirée d’Obermann de Senancour, roman français dont l’action se déroule en Suisse, lu, relu et annoté avec ferveur par Liszt et Marie d’Agoult, cette page aux harmonies particulièrement osées anticipe par moments  les bouleversements causés par Wagner. Liszt y cite Byron, mais aussi Senancour : « Que veux-je? Que suis-je? Que demander à la nature? ».

La pièce dure un peu plus de 13 minutes, soit le tiers du recueil entier dédié à la Suisse. Pourtant, contrairement à la Dante-Sonata qui déséquilibre vaguement la deuxième partie des Années de pèlerinage, elle se veut plutôt la somme du recueil. Cette longue méditation métaphysique peut être découpée en quatre parties, même si Liszt y pratique la forme cyclique (développement d’un seul thème principal), tout comme dans sa célèbre Sonate en si mineur.

Commencez pas accéder à la pièce, interprétée par André Laplante, et vous pourrez ensuite en suivre le tracé en lisant les prochaines lignes.

La pièce commence par une évocation très lyrique du thème, déclinée par une main gauche qui tient plus du violoncelle que du clavier, la main droite accompagnant le propos d’accords lancinants, sombres. Un motif caractérisé par un chromatisme déchirant s’y juxtapose, puis une reprise forte du thème, qui s’évanouit bientôt pour laisser la place à une plainte chromatique, marquée par des accords dans l’extrême registre grave. Le thème est ensuite réexposé sous sa forme première, puis varié légèrement, le dièse devenant bécarre créant une impression de lumière diffuse.

La seconde partie (5 min) tend à éclaircir les textures et les ambiances. Le thème, presque scintillant, prend un visage presque serein en do majeur. Après un forte triomphant, il retourne une fois de plus à un chromatisme pianissimo.

Le récitatif (6 min 55) qui suit se veut certainement la partie la plus troublée du morceau, avec ses trémolos quasi-omniprésents. Le thème est exprimé avec force emphase, en mineur, enrichi de nombreux chromatismes, les octaves fortissimo en ébranlant les assises. Un dialogue dramatique entre la main droite et la main gauche sur fond de trémolos s’esquisse. Après un acmé tout en octaves, le matériau semble s’effriter pour laisser place à un énoncé pp au rythme fluide qui rappelle les cadences des concertos.

Le déchaînement précédent laisse place à la sérénité (9 min 32): le thème reprend la forme qu’il avait au début de la seconde partie. D’abord timide, il s’élance bientôt pour laisser place à des accords harmonieux qu’on croirait sortis d’une harpe. La dernière partie du morceau voit la victoire du thème serein, tandis qu’éclatent des accords fff.

La « Pastorale » (2/2)

4 février 2010

Anton Schindler raconte qu’il se promenait en avril 1823 avec Beethoven et que celui-ci « s’arrêtait souvent, tournant ses regards émerveillés, et respirait l’air embaumé de cette délicieuse vallée. Puis s’asseyant sur le gazon et s’adossant à un ormeau, il me demanda si, parmi les chants des oiseaux, j’entendais celui du loriot. Tout était silencieux. Il reprit alors : “ Ici j’ai écrit la ‘Scène au bord du ruisseau’, et là-haut les cailles, les loriots, les rossignols et les coucous, l’ont composée avant moi. ” »

Un orage coupe bientôt court à la « Joyeuse assemblée de paysans », aux sonorités populaires. « Écoutez, écoutez ces rafales de vent chargées de pluie, ces sourds grondements des basses, explique Berlioz, le sifflement aigu des petites flûtes qui nous annoncent une horrible tempête sur le point d’éclater; l’ouragan s’approche, grossit; un immense trait chromatique, parti des hauteurs de l’instrumentation, vient fouiller jusqu’aux dernières profondeurs de l’orchestre, y accroche les basses, les entraîne avec lui et remonte en frémissant comme un tourbillon qui renverse tout sur son passage. »

La Symphonie s’achève dans la joie et la sérénité, les images bucoliques du premier mouvement étant de nouveau conjurées dans cet hymne de gratitude envers la nature.

Pour écouter le mouvement, interprété par l’Orchestre la Francophonie, sous la direction de Jean-Philippe Tremblay… (CD 3)

La « Pastorale » (1/2)

3 février 2010

« J’aime un arbre plus qu’un homme ; les bois, les arbres, les rochers donnent la réponse que l’homme attend » (Beethoven)

Selon ses contemporains, Beethoven n’aimait rien tant que s’imprégner des beautés de la nature. Son valet Michael Krenn se souvient qu’il pouvait arpenter les prés de l’aube à la nuit tombée, « carnet de notes à la main, gesticulant, complètement transporté par l’inspiration »  Un de ces carnets, daté de 1803, contient d’ailleurs une esquisse musicale des sonorités du ruisseau courant près de Heiligenstadt (près de Vienne), passage qui sera retravaillé pour être intégré dans l’Andante de la « Pastorale ».

Composées de façon simultanée, la Cinquième Symphonie et la « Pastorale » seront créées le 22 décembre 1808. Si la première dépeint l’Homme aux prises avec le Destin, la seconde le trouve face à la Nature. Plutôt que de dresser un portrait réaliste des scènes évoquées, Beethoven cherche plutôt à en extraire la quintessence. « Symphonie Pastorale, ou souvenir de la vie champêtre (plutôt expression de la sensation que peinture) », inscrit-il d’ailleurs sur la page-titre de la première édition.

Le premier mouvement inspire les images suivantes à Hector Berlioz : « Les pâtres commencent à circuler dans les champs, avec leur allure nonchalante, leurs pipeaux qu’on entend au loin et tout près; de ravissantes phrases vous caressent délicieusement comme la brise parfumée du matin; des vols ou plutôt des essaims d’oiseaux babillards passent en bruissant sur votre tête, et de temps en temps l’atmosphère semble chargée de vapeurs; de grands nuages viennent cacher le soleil, puis tout à coup ils se dissipent et laissent tomber d’aplomb sur les champs et les bois des torrents d’une éblouissante lumière. »

Pour écouter le mouvement, interprété par l’Orchestre la Francophonie, sous la direction de Jean-Philippe Tremblay… (CD 3)