Le critique est-il libre?

18 août 2010

Bien sûr, le poste de critique musical d’un quotidien n’est pas considéré « dangereux ». On est loin des correspondants de guerre qui risquent leur vie afin de rapporter une image, une nouvelle, une histoire qui sauront toucher le lecteur droit au cÅ“ur. Pourtant, il y a une dizaine de jours, on a plus ou moins bâillonné Donald Rosenberg, le critique du Plain Dealer, plus ancien et plus respecté quotidien de Cleveland.

Rappelons qu’à la fin 2008, on l’avait poliment « réassigné » et celui qui avait couvert les concerts du mythique Cleveland Orchestra depuis 16 ans (et avait même écrit un livre sur l’orchestre) s’est vu « offrir » l’opéra et le ballet. Les critiques virulentes de Rosenberg - particulièrement destinée à Franz Welzer-Möst, directeur musical de l’orchestre, dont le talent ne fait pas l’unanimité sur la scène internationale - ont déclenché l’ire et l’éditrice du quotidien a considéré Rosenberg incapable de fournir un compte rendu objectif.

Le journaliste a poursuivi son journal et l’orchestre pour atteinte à sa réputation et discrimination en vertu de son âge (il a été remplacé par Zachary Lewis, de 25 ans son cadet). Après quatre semaines de procès et avoir entendu les dépositions et témoignages de Welser-Möst, de Christoph von Dohnányi et du critique musical Tim Page, le jury de huit membres a donné tort à Rosenberg à l’unanimité le 6 août.

Jusqu’où doit-on protéger la liberté de presse? La question devient brûlante d’actualité.

Nathalie Petrowski de La Presse y consacre son billet aujourd’hui…

Rions un peu…

16 août 2010

C’est bien connu, les divas sont absolument insupportables et font constamment des crises, non? Mais non, pas tout à fait, j’en connais quelques-unes qui sont très professionnelles et surtout très sympa. Mais il faut bien admettre que j’aime bien les anecdotes qui permettent de rigoler en douce de leurs (si légers soient-ils) travers. Quand, en plus, on parle d’histoires vraies, qui sont arrivées à des vedettes! Je ne suis pas chiche et je partage…

  • Presque à la toute fin d’un concert au Albert Hall un soir, la célèbre soprano Luisa Tetrazzini manqua une de ses notes aiguës. Très perturbée, elle s’enfuit vers les coulisses, se tordant littéralement les mains. Soudainement, elle arrêta, courut de nouveau sur scène et sans dire un mot, chanta la note manquante. Le public l’ovationna avec ravissement.
  • Stella Roman interprétait Tosca et elle devait se donner la mort en plongeant du parapet de la prison pour atterrir en tout sécurité en coulisses sur un matelas. Se sentant incertaine un soir, elle demanda qu’on rajoute deux matelas supplémentaires. Elle sauta et les matelas la propulsèrent de nouveau sur scène. Elle eut donc à reprendre son suicide.
  • Lors d’une représentation de Rigoletto au Chili, le public était hypnotisé par une plume qui tombait doucement, en flottant, des cintres. Au moment critique, Louis Quilico rejeta la tête vers l’arrière alors qu’il chantait, avala la plume et s’évanouit sur le champ.
  • La concentration de Tito Gobbi et Maria Callas était si intense alors qu’ils campaient leurs rôles que lors d’une répétition générale en costume, trois jours avant la première, la perruque de Maria s’enflamma au contact d’une chandelle. Imperturbable, elle continua à chanter, malgré le fait que de la fumée jaillissait du derrière de sa tête et Gobbi se dépêcha de courir vers elle pour éteindre le feu.

Alborada del gracioso

14 août 2010

Alborada del gracioso est reconnue des pianistes pour les difficultés qu’elle représente, que ce soit au niveau des glissandi ou des notes répétées. Alborada est un terme espagnol qui signifie aube ou aurore et qui réfère à la musique qui était jouée à ce moment de la journée, surtout lors d’occasions heureuses comme les mariages.

Manuel de Falla parle de la musique espagnole de Ravel en disant: « L’Espagne de Ravel était l’Espagne idéalisée de sa mère. » Il n’est donc pas surprenant que le caractère espagnol de l’Alborada del gracioso soit à ce point réaliste, que ce soit les rythmes effrénés dans les sections extérieures ou la section centrale, guitare solitaire.

André Laplante l’interpréte ici avec une finesse remarquable. Pour entendre le reste des Miroirs

Karaoké opéra

12 août 2010

Vous ne vous couchez jamais sans avoir chanté E lucevan le stelle ou entonnez en catimini l’Habanera de Carmen toutes les fois que vous rencontrez un nouvel homme? Vos amis vous rappellent constamment que vous auriez dû vous inscrire en concentration musique au Cégep? Vous préférez les airs de Broadway? Peu importe! On vous attend demain soir, 19 h, place Émilie-Gamelin pour Karaoké Opéra, événement tenu en marge des Célébrations de la fierté Montréal 2010, organisé par l’Opéra de Montréal et The KARAOKE Channel.

Le communiqué précise: « Le grand public pourra chanter en solo ou entre amis et il pourra choisir parmi quelques-uns des plus grands succès de Verdi, Bizet, Puccini, Mozart, Saint-Saëns et Rossini puisés dans des oeuvres telles Carmen, Aida, La bohème, Tosca et plusieurs autres. Aussi, plusieurs hits de Broadway provenant de comédies musicales comme West Side Story, Rent, My Fair Lady seront également offerts en formule karaoké. »

Alors, je vous y retrouve? Ne comptez pas sur moi pour pousser la chansonnette (je serais parfaite dans le rôle de l’accompagnatrice discrète, le cas échéant, mais la technologie se chargera de tout ça demain) mais je n’hésiterai pas à vous applaudir à tout rompre!

Lucie


Le Concert

10 août 2010

Le film avait beaucoup fait parler de lui lors de sa sortie européenne et j’avais très hâte de découvrir si les vivats étaient mérités. (Je me méfie parfois des engouements massifs.) J’ai donc saisi la première occasion possible au retour de mes vacances pour me glisser en salle pour voir Le Concert, film de Radu Mihaileanu.

L’histoire est aussi rocambolesque (côté vraisemblance, on repassera, mais ne va-t-on pas au cinéma pour s’évader de la réalité?) que délicieuse. À l’époque de Brejnev, le jeune chef Andrei Filipov dirigeait le célèbre Orchestre du Bolchoï. Après avoir refusé de se séparer de ses musiciens juifs, dont son meilleur ami Sacha (attachant Dmitri Nazarov), il voit sa carrière brutalement interrompue, en pleine représentation du Concerto pour violon de Tchaïkovski. Trente ans plus tard, il perçoit toujours un salaire du Bolchoï: celui d’homme de ménage, alors que sa femme gère une déjantée agence de figurants qui se déplacent, contre maigre rémunération, sur les lieux de manifestations communistes ou de mariages de mafieux.

Un soir, Andrei (Alexei Guskov, particulièrement expressif au niveau du regard et des mains) tombe sur un fax adressé au directeur : une invitation du Théâtre du Châtelet conviant l’orchestre du Bolchoï à venir jouer à Paris, en remplacement du Los Angeles Philharmonic. Une idée folle germe en quelques instants : pourquoi ne pas réunir les anciens membres de son orchestre, vivotant de petits boulots, et les faire passer pour le Bolchoï ? Le chef pourra-t-il cette fois diriger le Concerto de Tchaïkovski en entier, grâce à la jeune Anne-Marie Jacquet?

Le périple donnera lieu à une série de moments particulièrement contagieux, dont l’appel de l’agent de la troupe, Ivan Gavrilov, communiste pur et dur (celui-là même qui a interrompu la carrière de Filipov) qui téléphone au directeur du Châtelet Olivier Morne Duplessis (désopilant François Berléand qui surjoue le personnage avec un plaisir manifeste) ou la séance de tamponnade de faux passeports à l’aéroport ou encore l’arrivée plus que bruyante de la troupe à l’hôtel. Au milieu des rires, le réalisateur nous fait tout de même réfléchir sur la pertinence et les dommages collatéraux du communisme et inscrit au cÅ“ur même du texte un plaidoyer sur la nécessité de pouvoir assumer une filiation (la jeune violoniste n’ayant pas connu ses parents) et surtout l’importance de la musique. La scène au restaurant, alors que Filipov explique à Jacquet  (convaincante Mélanie Laurent) sa vision du concerto et de la musique, reste magnifique.

Si on ne sort pas du cinéma aussi troublé qu’après Le pianiste de Polanski (qui aborde un tout autre registre) ou même le regard aussi tendrement embué qu’après Les choristes, Le Concert reste un film qui réconcilie avec le musicien en nous, qu’on soit professionnel ou simple mélomane.

Lucie


LE CONCERT - BANDE-ANNONCE HD
envoyé par baryla. - Regardez des web séries et des films.


Jean-Philippe Tremblay et l’Orchestre de la Francophonie dans Schumann

8 août 2010

Après s’être attaqués l’année dernière à l’intégrale des symphonies de Beethoven, Jean-Philippe Tremblay et les jeunes musiciens de l’Orchestre de la Francophonie ont profité de cette année anniversaire pour donner l’intégrale des quatre symphonies de Schumann, des Å“uvres symphoniques riches, souvent décriées par les puristes, bien à tort selon moi.

No, un musicien blogueur, était dans la salle lors des deux représentations, et en parle avec beaucoup d’enthousiasme ici…

Pour écouter Jean-Philippe Tremblay et l’OF dans l‘intégrale des symphonies de Beethoven…

Paavo Järvi prend les rênes de l’Orchestre de Paris

6 août 2010

Dès septembre, le chef américano-estonien Paavo Järvi deviendra le nouveau directeur musical de l’Orchestre de Paris, prenant la relève de Christoph Eschenbach. Pas de « grandes révolutions » mais de « nouvelles directions » dans le travail de programmation ont été annoncées en conférence de presse par le chef. Le directeur artistique de l’orchestre, Didier de Cottignies, semble persuadé qu’il amènera un vent de renouveau et une « vision moderne de la fonction de directeur musical ».

Les 15 et 16 septembre, pour le premier des 15 programmes qu’il dirigera cette saison, Paavo Järvi propose Kullervo de Sibelius, Å“uvre fétiche de son père, le grand chef Neeme Järvi.

Décès d’Otto Joachim

4 août 2010

Je déteste rentrer de vacances et apprendre de mauvaises nouvelles. Pendant dix jours, on refuse d’ouvrir la télé, de consulter les journaux, de se tenir à jour sur Internet. Et puis, comme ça, au retour, coup de massue, on apprend le décès de quelqu’un qui, même si on ne le connaissait pas du tout intimement, nous a touchés grâce à sa musique.

J’avais sept ou huit ans tout au plus la première fois que j’ai entendu parler d’Otto Joachim, mieux, que je me suis appropriée sa musique, grâce à une série ludique de petites pièces écrites de façon sérielle. Je me rappelle avoir eu beaucoup de plaisir à décrypter les séries mais surtout à jouer ces morceaux pour débutants. Au fil des ans, je découvrirais ses Contrastes ou ses Métamorphoses pour orchestre ou son Interlude pour quatre saxophones.

De son nom véritable Otto Joachimsthal, l’altiste, violoniste et compositeur était né à Düsseldorf, il y aurait eu 100 ans en octobre. Avec son frère Walter, violoncelliste, il avait fui l’Allemagne nazie. Après avoir vécu en Orient, les frères devaient s’installer à Montréal dans les années 50. Musiciens à l’OSM, professeurs, ils avaient aussi fondé avec les violonistes Hyman Bress et Mildred Goodman (veuve du compositeur Clermont Pépin) le Quatuor de Montréal. En 2008, Otto Joachim recevait le Prix hommage au gala des Prix Opus du Conseil québécois de la musique.

Les funérailles auront lieu vendredi à 13h au Mount Royal Chapel du complexe funéraire Mont-Royal, 1297, chemin de la Forêt. Mes condoléances aux proches, notamment à son fils, Davis Joachim, guitariste, bien connu des mélomanes montréalais, notamment comme directeur général d’I Musici et  du Centre d’arts Orford au cours des dernières années.

Lucie

Nana

2 août 2010

Le répertoire espagnol a toujours occupé une place privilégiée dans mon cÅ“ur. J’aime que, en quelques accords, il réussisse à me faire voyager, tantôt de façon flamboyante, tantôt de façon beaucoup plus intime, comme c’est le cas dans « Nana » tirée des Sept chansons populaires espagnoles de Manuel de Falla.

Pour l’écouter, interprété par Yuli Turosky et I Musici de Montréal…

Prélude à l’après-midi d’un faune

31 juillet 2010

Avec son Prélude à l’après-midi d’un faune, Debussy invente un langage nouveau, qui fera basculer la musique de plain-pied dans le 20e siècle.

L’Å“uvre fut jouée pour la première fois le samedi 22 décembre 1894. Dans une lettre, probablement datée du lendemain, Mallarmé écrivait:

« Je sors du concert, très ému: la merveille! votre illustration de l’Après-midi d’un faune, qui ne présenterait de dissonance avec mon texte, sinon qu’aller plus loin, vraiment, dans la nostalgie et dans la lumière, avec finesse, avec malaise, avec richesse. Je vous presse les mains admirativement, Debussy. »

Alain Marion en propose une très jolie relecture pour flûte et piano ici…