La
musique baroque d’Amérique latine pourrait se décrire comme une fusion des harmonies et du contrepoint européens, des rythmes africains et du style amérindien. Cette fusion originale prend racine au 16e siècle et a donné naissance à une multitude de formes musicales. Ce métissage des genres provoque une grande variété d’instrumentations, de formes musicales, de cellules rythmiques et de lignes mélodiques.
D’origine espagnole, le mot
salsa signifie sauce, mais désigne également une danse ainsi qu’une famille de genres musicaux en Amérique latine. Cette dernière connotation, avec ses racines anciennes, nous a permis ― avec une petite dose d’humour — d’intituler notre album
Salsa baroque. Malgré les tragédies humaines et politiques survenues pendant la colonisation de l’Amérique latine, la culture musicale, elle, s’avère bien vivante et se distingue par sa fougue et sa passion. Une musique à caractère unique qui enrichit le répertoire du 17e siècle de nouveautés rafraîchissantes.
Gaspar Fernandes (v. 1570-1629), d’origine portugaise, émigra au Mexique où il devint musicien de chapelle des cathédrales de Guatemala et de Puebla. Il compose des
villancicos (une forme de chanson d’origine espagnole à caractère populaire) dans un amalgame des langues indienne et espagnole. La touchante berceuse
Xicochi conetzintle puise ses mots dans la langue aztèque nahuatl. La collection d’environ 250 pièces de la plume de Gaspar Fernandes forme la plus grande source de musique séculaire du Nouveau Monde du 17e siècle.
Juan de Araujo (1648-1712) a vu le jour en Espagne mais a passé sa vie de musicien au Pérou et en Bolivie où il fut nommé chef de chœur à la cathédrale de La Plata. Son
Los coflades de la estleya (avec comme sous-titre
Chanson noire pour la naissance de notre Seigneur) ainsi que le
Convidando está la noche de
Juan GarcÃa de Zéspedes (1619-1678) se distinguent par l’emploi de rythmes africains juxtaposés au contrepoint européen. Ces deux courts chefs-d’œuvre nous donnent une impression assez révélatrice de l’ambiance particulière qui a dû régner dans cette Amérique latine du 17e siècle.
La musique de Noël de
Antonio de Salazar (v. 1650-1715),
Tarará, ainsi que la
Pastorale de
Domenico Zipoli (1668-1726) démontrent combien ces compositeurs du Nouveau Monde ont su intégrer à leur héritage européen les nouvelles sonorités exotiques de la musique d’Amérique latine. L’audacieuse mélodie finale de la
Pastorale nous donne une bonne idée de l’envie créatrice qu’habitait un musicien immigrant !
La musique espagnole a inspiré les œuvres instrumentales d’
Antonio MartÃn y Coll (1671-1734), une collection rassemblée dans quatre volumes regroupant quelques centaines de pièces intitulées
Flores de música. Les rythmes complexes de la
Chacona et du
Xácara s’apparentent à ceux d’un autre contemporain espagnol qui a séjourné en Amérique latine,
Santiago de Murcia (1673-1739). Il a donné du caractère à ses
El Amor,
Baylad Caracoles et
La Jotta grâce à des rythmes de danse entraînants.
De toute évidence, la séparation géographique n’empêchait pas le métissage des styles et des genres musicaux malgré les moyens de transport très limités de l’époque. Les pièces
Canción de clarÃn con eco a discreción et
Temblante estilo italiano, quant à elles, montrent clairement l’influence italienne sur la péninsule hispanique. L’air de cour
Yo soy la locura de
Henry de Bailly (v. 1585-1637), composé à partir d’un texte espagnol, ne laisse rien transparaître de la nationalité française du compositeur.
Enfin, le rite
Hanacpachap cussicuinin prenait une place de choix lors des processions à l’église. Paru en 1631, au Pérou, il s’agit ici de la première musique polyphonique publiée en Amérique latine. Cette musique contrapuntique à la fois touchante et savante a pris naissance sous l’égide de ce monde interculturel, en quête de beauté.
Ensemble Caprice
Matthias Maute – direction, flûte à bec, flûte traversière
Shannon Mercer – soprano I
Esteli Gomez – soprano II
Scott Belluz – alto
Joel Gonzalez – ténor
Philippe Martel – basse
Matthew Jennejohn – cornet à bouquin
Sophie Larivière – flûte à bec, flûte traversière
Olivier Brault – violon baroque
Lucie Ringuette – violon baroque
Pemi Paull – violon alto
Susie Napper – violoncelle
Erin Helyard – clavecin, orgue
Daniel Zuluaga – guitare baroque, théorbe
David Jacques – guitare baroque
Patrick Graham – percussion