Archive pour juillet, 2013

L’Orchestre de la francophonie à Ottawa ce soir

29 juillet 2013

Vous êtes dans la région d’Ottawa ce soir et souhaitez entendre un concert gratuit, à la programmation relevée, donné par un orchestre de jeunes passionnés? Dirigez-vous à 19 h à la Salle Southam du Centre national des arts, alors que l’Orchestre de la francophonie sous la direction de Jean-Philippe Tremblay, la soprano Pascale Beaudin et le trompettiste Aaron Hodgson interpréteront un programme qui comprend la création d’Urbania de Frédéric Chiasson (commande de l’OF), le Concerto pour trompette no 1 de Haydn, ainsi que la « Jupiter » de Mozart.

L’OF se produira également le 3 août à Dunham (dîner-concert de la fondation du CMIM), à la SAT les 7 et 9 août (concerts éclatés), les 12, 13 et 14 août au Centre Pierre-Péladeau à Montréal (trois programmes différents, le troisième mettant en vedette le pianiste Serhiy Salov dans l’« Empereur » de Beethoven) et le 16 août au Domaine Forget de Saint-Irénée.

On peut trouver le détail des divers programmes ici…

 

Tristan et Isolde

25 juillet 2013

Tristan und Isolde (créé à Munich en 1865) de Wagner (compositeur dont on célèbre le bicentenaire cette année) est l’une des partitions les plus révolutionnaires jamais créées, que l’on considère son harmonie très chromatique, la façon dont Wagner s’attarde aux états psychologiques de ses personnages plutôt qu’aux événements externes ou la pure intensité d’émotion dépeinte par la musique. L’amour ressenti par Tristan et Isolde est si douloureusement intense, si brûlant, sans limite et insupportable, que la libération ne peut obtenue que par la mort. Le Prélude et Liebestod (Amour-mort) constitue les premières et les dernières pages de l’œuvre. Ils se veulent aussi synthèse psychologique de l’opéra de quatre heures et Wagner avait approuvé leur couplage pour utilisation au concert.

Dans une note de programme pour le prélude, Wagner explique sa signification comme suit: « Dans une longue suite de phrases liées, [le compositeur] a voulu laissé l’insatiable désir gonfler, du premier, timide aveu jusqu’au… plus puissant effort pour trouver la brèche qui ouvrira la voie vers le plaisir sans fin de la mer d’amour. » L’accomplissement de cet amour torturant, douloureux, est atteint dans le Liebestod. Isolde, déconnectée de la réalité, imagine une lueur irradiant le corps sans vie de son bien-aimé Tristan, alors qu’elle le tient dans ses bras en lui chantant son grand hymne d’amour.

On peut les écouter sur l’album Trahisons, tels qu’interprétés par l’Orchestre de la Francophonie sous Jean-Philippe Tremblay…

Pour mieux comprendre l’atonalisme

22 juillet 2013

Internet regorge de matériel dit pédagogique. Ainsi, le Collège de France (fondé en 1530) offre plusieurs conférences données en son sein, par exemple une dissertation très intéressante du compositeur français Jérôme Ducros. Il explique par exemple la dualité tonalité/atonalité, pourquoi il considère que le public est devenu « passif » par rapport à la musique atonale (celle-ci ne suscitant pas l’« attente » habituelle liée aux successions tensions/relâchements, dissonances/résolutions, un rappel qu’à toutes les époques, la musique du jour – contemporaine  donc – a toujours été la plus populaire, sauf au 20e siècle ou 21e siècle. Pourquoi le lecteur n’hésitera pas à acheter le dernier livre, mais le mélomane a peur de la musique dont l’encre est à peine sèche? Une question à laquelle il vaut la peine de réfléchir.

On peut accéder à la conférence, qui a suscité un débat assez véhément en France, peut être écoutée dans son intégralité ici…

 

Steinway racheté par un fonds d’investissement

18 juillet 2013

La nouvelle est tombée comme un couperet il y a quelques jours: le célèbre fabricant de pianos Steinway vient d’être racheté par le fonds d’investissement Kohlberg and Company pour 438 millions de dollars. Cette transaction «représente une valorisation exceptionnelle pour nos actionnaires» et «une importante nouvelle étape dans la croissance de Steinway», a assuré son PDG Michael Sweeney dans un communiqué.

Doit-on s’inquiéter que la réceptivité légendaire de ses instruments, conçus à New York et Hambourg (les instruments provenant de l’une ou l’autre des maisons-mères possédant des caractéristiques uniques), puisse être compromise au cours des prochaines années, histoire de voir les actions de la compagnie grimper? Déjà, en une semaine, les actions ont bondi de plus de 15 %. Steinway a encore plus d’un mois pour considérer d’autres offres plus intéressantes.

Onze mois sont nécessaires  à la complétion d’un piano à queue Steinway, de la première torsion du bois qui servira de cadre à l’application de la laque noire, sans oublier l’installation des cordes, le calibrage des marteaux ou le travail minutieux sur l’action. Des portes-parole de Kholberg ont déjà précisé que rien ne serait changé côté construction

Cette annonce fait suite à celle de la vente du mythique édifice Beaux-Arts de la West 57th Street, véritable caverne d’Ali-Baba pour tout pianiste, où nombre de géants du passé et d’aujourd’hui ont mis les pieds, histoire de se choisir un instrument pour un concert new-yorkais, une séance d’enregistrement ou simplement travailler entre deux répétitions avec orchestre. La légende dit même que Martha Argerich s’y glissait de nuit.

Steinway a jusqu’à la fin de l’année prochaine pour vider les lieux et plusieurs pianistes professionnels ont déjà exprimé leur tristesse. « Je suis certain que tous seront d’accord avec moi, a précisé Emanuel Ax. C’est une honte que l’édifice ne sera plus dorénavant Steinway Hall. L’une des deux fois où j’ai rencontré Horowitz pendant cinq secondes a été quand ils ont fait une fête dans cet édifice après son retour au Carnegie Hall en 1965. C’était un moment très, très important pour moi. »

Christophe Huss du Devoir en parle aussi aujourd’hui…

On peut aussi consulter un article du New York Times ici…

Valérie Milot enregistre avec les Violons du Roy

15 juillet 2013

L’album ne sortira qu’à la fin octobre, mais nous vous amenons déjà dans ses coulisses… La semaine dernière, la harpiste Valérie Milot et les Violons du Roy, sous la direction de Bernard Labadie, étaient « en studio », à Québec, dans un programme Boieldieu (Concerto en do mineur), Handel (Concerto en si bémol majeur) et Mozart (Concerto pour flûte et harpe). Il semblait certes y avoir une certaine magie dans l’air…

Photos: Davaï

 

 

 
 
 
 
 

Choix de lectures estivales

11 juillet 2013

Le Festival de jazz s’est terminé, Lanaudière et Orford ouvriront leur saison ce weekend. Vous pourriez aller entendre le violoncelliste Stéphane Tétreault et l’Orchestre Nouvelle Génération à Lachine samedi soir, dans le programme « Stéphane et ses amis », dans lequel Stéphane Tétreault dirige aussi l’orchestre dans des pages de Vivaldi, Schubert et Haydn. Tous les détails ici…

Vous pourriez aussi choisir de lire un roman lié à la musique classique. Voici trois choix pour vous…

Prince d’orchestre de Metin Arditti

Alexis Kandilis, son personnage de chef d’orchestre grec, au faîte de la gloire, craque un jour suite aux pressions d’un percussionniste un peu trop véhément, et amorce une chute vertigineuse vers les bas-fonds, mais aussi vers une nouvelle connaissance de son don musical. Et si, au fond, le chef d’orchestre ne servait à rien, que les musiciens pouvaient dialoguer entre eux, la musique triompher? Ici, l’orchestre devient personnage, tout comme le public. Si une connaissance des quelques œuvres citées facilite la compréhension du récit, elle n’est pourtant pas essentielle.

« Nous, les musiciens… Nous sommes les prêtres. Nous disons la messe. C’est important de dire la messe bien sûr. Mais il y a une chose plus essentielle encore. Ce sont les paroles de la messe. Les mots saints. Ceux qui nous aident à vivre. C’est l’œuvre des compositeurs. »

L’oreille absolue de Mathieu Boutin

Dans ce premier roman pour adultes, Mathieu Boutin entreprend de démystifier – démythifier plutôt – la musique classique, et met en scène David, jeune violoniste charmant, et Robert, quinquagénaire membre des deuxièmes violons de l’orchestre symphonique local. Le personnage de Jasmine, mère de Robert, pianiste atteinte d’Alzheimer, reste particulièrement attachant, entre ses accès de rage et sa découverte toujours renouvelée de la musique, ne se rappelant pas d’une journée à l’autre avoir jamais maîtrisé les pièces qui se retrouvent sur son lutrin. Un livre qui se lit tout seul.

« Elle affectionnait particulièrement les silences et les symboles par lesquels on les identifiait dans la partition, un peu comme la ponctuation d’un texte, mais en beaucoup plus riche. Le soupir. Le demi-soupir. La pause. La demi-pause. Le quart de soupir. Le tacet, même, qui indique carrément de se taire. Jasmine enseignait à ses partenaires musiciens la beauté du silence. Elle envisageait le silence comme un bloc de marbre que le musicien devait sculpter afin qu’émerge l’essence de la musique. Tout le reste n’était que bruit. »

Les joyaux du paradis de Donna Leon

On connaît Donna Leon pour ses savoureuses enquêtes mettant en vedette le commissaire Brunetti, mais elle a aussi récemment commis ce que l’on pourrait qualifier de thriller musicologique, assaisonné de quelques touches du Code da Vinci pour faire bonne contenance. À la demande de deux héritiers franchement véreux qui espèrent mettre la main sur un pactole, Catarina doit enquêter sur des papiers personnels (comprenant des partitions) d’Agostino Steffani. Ce n’est pas un grand livre, mais j’ai aimé retrouvé Venise, le Florian, les petits bars sympa, les dédales, les canaux, les assiettes de pasta, accompagnées d’un (ou quelques) verres de vin.

« L’art naissait avec le son; la beauté naissait avec le chant ou le jeu : vouloir posséder les notes écrites sur le papier, donner plus de valeur à un papier parce qu’il portait la signature du compositeur lui paraissait un désir impur. Elle se rappelait comment, au catéchisme, on lui avait parlé de l’adoration des « images gravées ». Ou peut-être pensait-elle au trafic des indulgences. Ou peut-être encore ne pensait-elle à rien de spécial, et n’avait-elle pas besoin d’une comparaison : il y avait quelque chose de scabreux et d’aberrant à prendre la musique écrite pour la vraie musique. »

 

Respighi

8 juillet 2013

Il est né il y a presque 134 ans, le 9 juillet 1879, à Bologne. On sourit peut-être en lisant son prénom (Ottorino), mais on retient surtout qu’il possède un remarquable sens de la couleur, des dons prestigieux d’orchestrateur et pour transmettre en musique des images particulièrement évocatrices. Le compositeur sait surtout créer une atmosphère unique qui permet aux ensembles de briller. Alors que certains de ses contemporains souhaitaient bousculer les conventions et faire éclater les moules du passé, Respighi semblait à contre-courant. Il a d’ailleurs signé en 1932 un manifeste contre le modernisme en musique.

« Nous sommes contre l’art qui n’a pas ou ne peut pas avoir de substance humaine et se veut uniquement une démonstration mécanique d’un casse-tête cérébral. Une chaîne logique lie le passé au futur : le Romantisme d’hier deviendra, une fois de plus, le Romantisme de demain. »

On peut l’entendre Angèle Dubeau & La Pietà dans sa première suite d’Airs et danses antiques, relecture libre de quatre pièces de danse par des compositeurs italiens: Ballo detto Il Conde Orlando de Simone Mollinaro (c1565-1615), Gagliarda de Vincenzo Galilei (fin des années 1520-1591) et Villanella et Passo mezzo e mascherada, d’auteurs inconnus.

 

Road Movies

4 juillet 2013

Aujourd’hui, 4 juillet, fête de l’indépendance américaine, un peu de musique de John Adams, l’un des représentants les plus en vue de la scène contemporaine. Pourquoi ne pas prendre la route, en compagnie d’Angèle Dubeau et Louise Bessette?

«Le premier mouvement est un tour de voiture sur une route déjà connue, précise le compositeur. Le matériel circule en une séquence de rappels qui suggère la forme rondo. Le deuxième mouvement est une simple méditation basée sur plusieurs motifs courts, où le violoniste doit accorder la corde de sol de son instrument une seconde majeure plus bas. Une figure solitaire sur fond de paysage désertique. Le troisième mouvement est pour véhicules à quatre roues motrices uniquement, une énorme machine à mouvement perpétuel appelée “40 % Swing ”. […] Relaxez, et laissez-nous le plaisir de vous conduire. »

On retrouve cette pièce sur l’album Portrait consacré à John Adams…

Handel dans la rue

2 juillet 2013

Avec la saison des festivals ouverte, les Montréalais ont un peu l’impression de vivre dans la rue, furetant au hasard des scènes extérieures du Festival de jazz ces jours-ci un son, une émotion, une découverte. Peut-on rêver d’une telle visibilité, d’une telle curiosité pour la musique classique?

La pianiste russo-hollandaise Daria van den Bercken semble le croire, elle qui joue depuis des années Handel, son compositeur préféré, dans les rues d’Amsterdam ou invitant carrément les gens sur la rue à venir assister à un petit concert improvisé Handel dans son appartement. Vous savez quoi? Ça marche parfaitement! Non seulement ses vidéos sur Youtube connaissent une belle carrière, mais elle a décidé d’auto-produire un CD. Une méga-maison voulait assurer sa diffusion, mais la pianiste refuse toute concession. On peut d’ailleurs lire sur son site: « Textes, photos, et design du CD sont de mon entière responsabilité.Tout est en phase avec l’idée initiale de ce que je voulais dire sur Handel. »