Archive pour mars, 2014

Haydn et Mozart: une histoire d’amitié

28 mars 2014

Haydn célébrera son 282e anniversaire de naissance lundi (et Bach, son 329e).  Il aura joué un rôle essentiel dans l’histoire de la musique, en définissant les bases non pas d’un, mais de deux genres: le quatuor à cordes et la symphonie. Bien peu de compositeurs pourraient se targuer, aujourd’hui ou hier, d’en avoir fait autant. Il était certes un musicien extraordinaire, à l’humour bien particulier (humour musical qui influencera directement Beethoven), mais surtout un homme que ses contemporains se plaisaient à fréquenter, notamment un certain Wolfgang Amadeus Mozart, qui le considérait à la fois comme un père spirituel et un ami très cher.

La première rencontre attestée entre les deux compositeurs date de 1784, mais il est possible qu’elle ait été précédée d’autres. Le ténor irlandais Michael Kelly, créateur des rôles de Don Basilio et de Don Curzio dans Le Nozze di Figaro, décrit en effet dans ses mémoires une séance de quatuors bien particulière. Il écrit :

« Storace [le compositeur anglais Stephen Storace, frère de la célèbre cantatrice Nancy Storace, qui a créé le rôle de Susanna dans Le mariage de Figaro] organisa pour ses amis une séance de quatuors. Les interprètes étaient acceptables, aucun n’excellait sur son instrument, mais n’étaient pas dépourvus de science, ce qu’on reconnaîtra volontiers quand je les aurai nommés. »

Elle réunit Mozart tenant la partie d’alto et Haydn au violon, auxquels s’étaient joints le baron Dittersdorf (Karl Dieter von Dittesdorf, compositeur et violoniste autrichien) et Jean-Baptiste Vanhal (compositeur tchèque de plus de 1300 compositions, élève de Dittersdorf). Il conclut : « Comme festin, on ne saurait rien imaginer de plus grand ni de plus remarquable. » (Nous ne pouvons que nous déclarer en accord avec une telle affirmation!)

Les deux hommes se lieront d’amitié malgré leur différence d’âge de 24 ans et cette rencontre sera suivie vraisemblablement de nombreuses autres jusqu’au départ de Haydn pour Londres. Dans le domaine de la musique, difficile de trouver un équivalent à cette relation touchante faite d’estime et d’admiration réciproques. 

Pour Mozart, Haydn fut un des plus grands contrapuntistes, et resta à tout jamais un Maître qu’il étudia tout au long de sa vie. Pour Haydn, Mozart est le symbole du renouveau de l’opéra germanique. Chacun apporte à la musique un souffle différent, possède ses forces propres. Ce n’est pas par hasard que ces génies serviront, dès la génération suivante, d’inspiration à Beethoven – qui a eu la chance d’avoir Haydn pour professeur – et Schubert.

En décembre 1787, Haydn écrit à un ami de Prague, qui lui avait commandé un opéra : « … à côté du grand Mozart, pratiquement personne ne peut se montrer. Si seulement je pouvais graver dans l’esprit de tous les amis de la musique, et en particulier des grands de ce monde, les inimitables travaux de Mozart avec la profondeur, la compréhension musicale et l’émotion avec lesquelles je les comprends et les ressens moi-même, alors les nations rivaliseraient pour posséder dans leurs murs un tel joyau. Prague se doit de retenir un homme aussi précieux – mais aussi de le récompenser; car autrement le sort des grands génies est bien triste, et ne donne à la postérité que peu d’encouragements à de nouveaux efforts; c’est pourquoi, malheureusement, la pensée que Mozart, cet être unique, n’ait pas encore été engagé par une cour impériale ou royale. Pardonnez-moi de dérailler ainsi : c’est que j’aime trop cet homme. »

Une entente de trois ans entre l’Opéra de Montréal et la CSDM

25 mars 2014

Rien ne nous réjouit pas que des opérations de rapprochement des diverses organisations musicales avec la communauté, surtout quand on parle de projets conçus pour les jeunes. Quelques minutes avant la première d‘Hansel et Gretel à la Salle Wilfrid-Pelletier, Catherine Harel-Bourdel, présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), a annoncé  la signature d’une entente de trois ans avec l’Opéra de Montréal, la CSDM versant 30 000 $ par année aux projets éducatifs de l’Opéra de Montréal. « Cette entente témoigne de notre volonté commune d’élargir l’accès à l’opéra, à la culture, au plus grand nombre de nos élèves et je m’en réjouis », a déclaré Mme Harel-Bourdon.

Les projets éducatifs de l’Opéra de Montréal comprennent cette année trois générales ouvertes gratuitement à 6000 étudiants des écoles secondaires, une matinée scolaire qui accueille 1300 jeunes des écoles primaires, des ateliers interactifs dans les écoles avec chanteurs et animateur, le projet coOpéra, qui guide, sur la durée d’une année scolaire, 100 jeunes du primaire des milieux défavorisés à travers toutes les étapes de la création et de la production d’un spectacle inspiré d’un opéra à l’affiche à l’Opéra de Montréal et une trousse coOpéra qui offrira aux écoles de tout le Québec un mode d’emploi pour expérimenter, en une période moindre, le projet coOpéra. On a d’ailleurs pu entendre un chœur d’adorables petits anges, formé d’enfants participant au programme coOpéra, visiblement très fiers de faire partie de cette production. Des dessins d’enfants inspirés par l’univers féeriques de l’opéra étaient aussi affichés dans les foyers.

 

Le FIFA en musique

20 mars 2014

La 32e édition du Festival international des films sur l’art s’amorce aujourd’hui et l’offre pour les amateurs de musique classique est des plus intéressantes, comme toujours. Voici quelques-uns des films qui ont retenu particulièrement notre attention.

A Film About Kids and Music: Sant Andreu Jazz Band: portrait d’un orchestre de jeunes de 6 à 18 ans, dirigé par Joan Chamorro.  

Benjamin Britten – Peace and Conflict pose un regard sur le pacifisme dans l’œuvre du compositeur britannique.

Colin Davis: The Man and His Music nous montre le chef lors de ses dernières apparitions publiques, avec des entretiens avec ses proches et des musiciens du London Symphony Orchestra.

 Kodo – Au cœur des tambours du Japon s’intéresse au parcours d’une vingtaine de jeunes qui désirent intégrer la prestigieuse compagnie des tambours de Kodo dirigée par Tamasaburo Bando.  

Maurizio Pollini, de main de maître, le pianiste italien se dévoile pour la première fois à travers des entretiens avec Bruno Monsaingeon et des archives de concerts qui couvrent ses expériences musicales, son répertoire et son engagement politique. 

Cosi Fan Tutte suit la mise en scène de l’opéra de Mozart au Teatro Real de Madrid par le réalisateur autrichien Michael Haneke.

Dmitri Hvorostovsky: The Music and I est composé de témoignages de ses partenaires de scène et d’extraits de ses prestations dans les opéras de Tchaïkovski, Bizet, Rachmaninov et Verdi.

The Perfect American nous fait découvrir le plus récent opéra de Philip Glass, créé au Teatro Real de Madrid, qui retrace les derniers mois de la vie du créateur de dessin animé Walt Disney. cet opéra est adapté du roman controversé de Peter Stephan Jungk décrivant Walt Disney sous un jour peu flatteur. 

Horaires et programmation complète ici…

L’OSM joue Mahler à Vienne

18 mars 2014

Aucun doute: interpréter Mahler à Vienne au Konzerhaus, cela peut donner des frissons à n’importe quel musicien professionnel! C’est ce qu’a fait l’OSM hier soir sous la direction de Kent Nagano. Le concert a été enregistré par Medici. tv et peut être vu ici gratuitement si vous n’étiez pas devant votre écran hier après-midi.

André Moisan et Paul Merkelo, deux musiciens de l’OSM, ont eu envie de se préparer autrement au concert et en ont profité pour faire un saut à la résidence d’été du compositeur, où la famille Fottinger réside actuellement. C’est tout près de là, de l’autre côté du lac, que Mahler aurait entendu dans sa tête pour la première fois le fameux solo de cor de la Troisième Symphonie. Paul Merkelo, trompette solo de l’OSM, en a présenté un extrait à des visiteurs ravis.

Un cocon de pianos sauve sa vie

14 mars 2014

 

Deux édifices se sont écroulés à New York à Harlem il y a deux jours, suite à une explosion mortelle de gaz. L’un de ceux-ci était Absolute Piano, au 1646 Park Ave., l’un des commerces du genre les plus réputés dans la ville. L’explosion a bien sûr causé énormément de dommages aux édifices et aux pianos qui, étrangement, ont offert un cocon de protection à un des employés du magasin, Colin Paterson, qui habite à l’arrière. Protégé par les débris d’instruments, il a réussi à ramper jusqu’à la fenêtre arrière jusqu’à l’escalier de secours et à sauter.

Si Paterson s’en est tiré sain et sauf, sept personnes ont perdu la vie dans cette explosion (dont 5 membres de la Spanish Christian Church, le second édifice touché, dont plusieurs habitaient juste au-dessus de l’église) et des dizaines ont été blessées. 

Vous pouvez lire l’article du New York Times ici…

 

 

L’OSM en tournée européenne

10 mars 2014

Du 11 au 25 mars, l’Orchestre symphonique de Montréal, sous la direction de Kent Nagano, effectue une grande tournée européenne de 11 concerts, qui s’arrêtera dans neuf villes différentes, en Suisse, en Autriche, en Allemagne et en Espagne. L’Orchestre sera demain à Zurich (Tonhalle), puis à Bern (Kulturcasino) le 12 mars puis Genève (Victoria Hall) le 13 mars. L’OSM visitera ensuite l’Autriche avec deux concerts au Konzerthaus de Vienne les 16 et 17 mars (ce dernier, mettant en lumière la Septième Symphonie de Mahler, sera diffusé en direct sur Medici.tv), puis l’Espagne pour deux concerts à Madrid les 19 et 20 mars (Auditorio Nacional de Música), et un concert à Oviedo (Principe Felipe Hall) le 22 mars. La tournée se terminera en Allemagne avec un concert à Cologne (Köln Philharmonie) le 23 mars, suivi d’un concert à Essen (Essen Philharmonie) le 24 mars et d’un dernier concert à Munich (Philharmonie im Gasteig) le 25 mars. Il s’agit de la 11e tournée européenne de l’OSM au cours de son histoire.

Juste avant de partir en tournée, l’OSM a eu le temps de lancer son dernier album Beethoven, mettant en vedette les 1ere et 7e symphonies de Beethoven, enregistrées en concert. On peut écouter et télécharger le tout ici…

On peut suivre l’OSM en direct ou presque, sur son blogue de tournée…

Handel et Porpora: les années londoniennes

6 mars 2014

C’est l’histoire d’une rivalité entre deux maisons d’opéra, la Royal Academy of Music et l’Opera of the Nobility, qui deviendrait essentiellement politique. « L’affaire devint aussi grave que la querelle des Verts et des Bleus dans la Constantinople de Justinien, explique l’auteur politique lord Hervey. Un ennemi de Handel était considéré comme un ennemi de la cour, et voter contre le gouvernement au Parlement devint un crime à peine moins pardonnable que de tenir des propos hostiles à Handel. »

Cette rivalité permettra surtout à deux compositeurs importants, Georg Friedrich Handel et Nicolo Porpora, de se dépasser et d’offrir au public d’alors certaines pages parmi leurs plus intéressantes.

La structure des opéras à l’époque était simple : on passait d’une situation donnée (exposition), à laquelle se greffaient idéalement quelques éléments critiques (péripéties), à sa résolution (catastrophe ou dénouement). Cette construction menait donc tout naturellement à une déclinaison en trois actes, sauf quand on adaptait un texte français, traditionnellement en cinq actes. Les trois segments n’étaient pas de durée égale, l’exposition se révélant plus longue que les deux autres. Le lieto fine, le fameux happy ending, était essentiel; le spectateur devait sortir de la salle avec un sentiment dénué de toute ambiguïté. Même si on évoquait des crimes sordides, on ne les représentait jamais sur scène. De toute façon, les méchants seraient punis et tout serait bien qui finirait bien. Le spectateur avait besoin de croire en une nature humaine optimiste et rationnelle. 

Pour mieux comprendre les spécificités de Handel et Porpora, rien de mieux qu’une écoute attentive de l’album tout juste lancé par Julie Boulianne, Luc Beauséjour et l’Ensemble instrumental Clavecin en concert. À écouter (et télécharger) ici dans son intégralité.

Voilà aussi un extrait vidéo tiré de l’Alcina de Handel.

L’OSM dévoile sa 81e saison

4 mars 2014

C’est hier, dans le foyer Allegro de la Maison symphonique de Montréal que  le directeur de l’OSM Kent Nagano a dévoilé la 81e saison de l’orchestre. Elle comprendra plusieurs concerts-événements, dont la version concert de L’Aiglon (avec musique signée Honegger et Ibert), qui sera enregistrée ultérieurement sur disque, celle du premier acte de La Walkyrie de Wagner en clôture de saison, la présence de Philip Glass, le retour de Zubin Mehta (ancien directeur musical de l’OSM) qui dirigera la Troisième de Mahler dans le cadre du concert-bénéfice et la présence de deux artistes en résidence: Maxim Vengerov et Lang Lang.

La programmation 2014-2015 de l’OSM comprend aussi des concerts donnés par Angèle Dubeau & La Pietà (autour de l’album Blanc), l’Orchestre du National Centre for the Performing Arts, de Chine, le Toronto Symphony et l’Orchestre du CNA d’Ottawa.

L’imposante liste de solistes comprend notamment les artistes Analekta suivants: le baryton Philippe Sly (dans deux programmes), la soprano Marianne Fiset, les pianistes Alain Lefèvre (Concerto de Ravel) et André Laplante (Concerto de Grieg), le claveciniste Luc Beauséjour et Andrew Wan, premier violon solo de l’OSM (les trois Concertos pour violon de Saint-Saëns, dans le cadre d’un projet d’enregistrement).

On peut consulter la brochure en ligne ici…