Archive pour avril, 2014

I Musici et Matthias Maute dans un programme littéraire

29 avril 2014

Les 1er, 2 et 3 mai,  I Musici invite Matthias Maute, le pianiste Charles Richard-Hamelin (qui prendra d’ailleurs part fin mai au Concours Musical International de Montréal) et la comédienne Marie-Thérèse Fortin pour quatre concerts, présentés en partenariat avec le festival de littérature Metropolis bleu. Des extraits de la correspondance amoureuse de Frédéric Chopin et George Sand sera associés à trois œuvres majeures du répertoire romantique: le Quartettsatz de Schubert, le Deuxième Concerto de Chopin et le Nocturne de Borodine. The Jogger  de Dick Koomans (dans une transcription pour flûte et cordes de Matthias Maute) conclura le programme sur une note des plus humoristiques. 

Metropolis bleu et I Musici unissent leurs talents pour démontrer à nouveau la richesse des liens intimes qui existent et ont toujours existé entre musique et littérature. La comédienne Marie-Thérèse Fortin, incarnant Georges Sand, lira de nombreux passages des lettres de l’écrivaine à son amant, lectures qui se feront entre les mouvements des œuvres de Chopin prévues au concert de l’orchestre.

Le tout est présenté à la Salle Tudor du magasin Ogilvy. Plus d’information ici…

 

 
 

Bouchées raffinées et musique

25 avril 2014

La harpiste Valérie Milot se joindra au quintette à vents Pentaèdre aujourd’hui dans un programme savoureux et original de musique française du début du XXe siècle. Des œuvres à découvrir de Paul Taffanel, François Devienne et Georges Barboteu côtoieront les classiques Prélude à l’après-midi d’un faune de Claude Debussy et Ma Mère L’Oye de Maurice Ravel, dans des arrangements inédits. Le programme serait déjà attrayant, mais c’est sans compter que ceux qui se présenteront à 17 h pourront aussi déguster du vin et des bouchées, tandis que ceux qui préfèrent le rendez-vous de 20 h pourront savourer chocolats et porto.

Le tout se déroule à la Salle Tudor du magasin Ogilvy (1307, rue Ste-Catherine Ouest, 5e étage).

L’album de Valérie Milot avec les Violons du Roy est par ailleurs offert à -25 % de rabais jusqu’au 21 mai. Profitez-en ici…

 

Prokofiev: toujours aussi jeune

22 avril 2014

Il aurait 123 demain et il faut bien admettre que Sergueï Prokofiev est l’un de ces compositeurs qui n’ont pas pris une ride. Né le 23 avril 1891, reçoit ses premières leçons de piano de sa mère. Très tôt, il compose de courtes pièces et, à l’âge de neuf ans, a déjà écrit un opéra pour enfants, Le Géant. Pour obtenir son diplôme du conservatoire à 23 ans, il présente son Premier Concerto pour piano au jury. L’œuvre sèmera la zizanie dans le camp des critiques. « À mon avis, ce serait déshonorer la Musique que de vouloir donner ce nom à la partition de M. Prokofiev, dure, énergique, rythmique et grossière. Il semble que ce musicien à force de chercher la nouveauté – qui est pourtant essentiellement étrangère à son être – ait perdu le sens des réalités », s’exclame Leonid Sabanéïev dans La Voix de Moscou.

Pourtant, à partir de ce moment, le nom du compositeur se mettra à circuler comme une traînée de poudre et Prokofiev deviendra l’enfant terrible de la musique russe. « Le mérite principal de ma vie (ou, si vous préférez, son principal inconvénient) a toujours été la recherche de l’originalité de ma propre langue musicale. J’ai horreur de l’imitation et j’ai horreur des choses déjà connues », dira-t-il lui-même.

On lui doit des opéras dont Guerre et paix, sept symphonies, neuf concertos, les ballets Roméo et Juliette et Cendrillon, les trames sonores des films d’Eisenstein Alexandre Nevski et Ivan le Terrible, ainsi que le célèbre conte musical Pierre et le loup.  Il est mort le 5 mars 1953 à Moscou.

Je vous propose de le (re)découvrir à travers ses sonates pour violon (interprétées ici par Benjamin Beilman) ou son Concerto pour violon no 1 (joué par Angèle Dubeau).

 

Musique pour un Vendredi saint

18 avril 2014

La mise en musique des derniers jours de la vie du Christ est une tradition qui remonte aux premiers siècles de la chrétienté. Les premières sources écrites remontent au 9e siècle mais des documents d’époque nous confirment que la Passion dans les lectures complémentaires des quatre Évangélistes était psalmodiée à quatre jours différents de la Semaine sainte. Au 14e siècle, trois religieux se partageaient les rôles: un ténor tenait le rôle du narrateur, une basse le rôle du Christ et un alto celui des autres personnages, tels que Pierre, Judas, Pilate. Les paroles de la foule (turba) et des disciples étaient chantées à l’unisson par les trois chanteurs.

En Allemagne, à l’époque de la Réforme, l’allemand devait remplacer le latin des textes religieux. La Passion finit par perdre du terrain au profit de l’oratorio et le sujet fut traité sous la forme d’un « Oratorio de la Passion ». Le texte, désormais librement adapté des Évangiles, se rapprochait alors de l’opéra. Les Passions selon Saint Jean et Saint Matthieu de Johann Sabastiani entrent indéniablement dans cette catégorie.  

Je vous suggère l’écoute l’interprétation de la Passion selon Saint Jean du Bach Choir of Bethlehem – plus ancienne société Bach d’Amérique – l’oeuvre ayant joué un rôle important dans son histoire. En effet, en 1888, alors qu’il venait de compléter ses études avec Reinberger à Munich, J. Fred. Wolle devait diriger la Bethlehem Choral Union lors de la première interprétation américaine complète de cette Passion à la Moravian Church de Bethlehem. Dix ans plus tard, la Choral Union deviendrait le Bach Choir qui, lors de son premier concert en 1900, interpréterait la Messe en si mineur. 

Pour écouter et télécharger, c’est ici…

John Luther Adams remporte le Pulitzer

15 avril 2014

Become Ocean de John Luther Adams vient de recevoir le Prix Pulitzer 2014 en musique. L’oeuvre, créée le 20 juin 2013 par le Seattle Symphony a été décrite par le jury comme « une oeuvre orchestrale ensorcelante qui suggère l’énergie sans limite des marées, évoque la fonte des glaces polaires et la hausse du niveau des mers ». Le lauréat reçoit 10 000 $ comme prix.

Les autres finalistes dans cette catégorie étaient The Gospel According to the Other Mary de John Adams, monté pour la première fois le 7 mars 2013 par le Los Angeles Philharmonic; et Invisible Cities de Christopher Cerrone, montée pour la première fois le 19 octobre 2013 par Industry and L.A. Dance Project à Los Angeles.

Les Prix Pulitzer sont décernés depuis 1943 en musique.  Quatre compositeurs ont reçu le prix à deux reprises: Walter Piston pour ses Troisième et Septième Symphonies (1948 et1961), Gian-Carlo Menotti, pour son opéra The Consul (1950) et The Saint of Bleecker Street (1955), Samuel Barber pour son opéra Vanessa (1958) et son Concerto pour piano (1963), ainsi qu’Elliott Carter, pours ses Quatuors à cordes nos 2 et 3 (1960 et 1973).

 Les lauréats du 118e Prix de Rome  ont aussi été annoncés il y a quelques jours. Deux compositeurs font partie du lot: Andy Akiho (Prix Luciano Berio) et Paula Matthusen (Prix Elliot Carter). Les récipiendaires des Guggenheim Fellowships sont aussi maintenant connus. En composition, on retrouve Jamie Baum, Gene Coleman, Steve Coleman, Jesse Jones, Arthur Kampela, Mikel Kuehn, Eric Nathan, Elena Ruehr, Elliott Sharp, Stephen Taylor et Wang Lu.

 

 

Belles-sœurs symphonique

11 avril 2014

Les belles-sœurs de Michel Tremblay n’ont pas pris une ride semble-t-il depuis la création de la pièce de Michel Tremblay en 1968. On a eu droit à de multiples traductions (dont en allemand et en yiddish), avant que René-Richard Cyr et Daniel Bélanger ne s’emparent du texte pour en tirer Belles-sœurs, théâtre musical qui connaît un succès tant critique que public depuis 2010. Jouée en tournée partout au Québec, présentée à Paris, reprise en 2013, la pièce sera produite par le Centre Segal en anglais en 2015. D’ici là, les 16 et 17 avril, cette histoire de jalousie entre ménagères récoltant des timbres-prime, jouant au bingo et rêvant d’un monde meilleur sera présenté à la Maison symphonique, dans un habillage orchestral somptueux signé par Simon Leclerc, qui dirigera aussi l’Orchestre symphonique de Montréal.

« La pièce originale est puissante, et René Richard Cyr et Daniel Bélanger ont créé une adaptation musicale formidable, explique Simon Leclerc en entrevue pour Le DevoirLors du spectacle, j’ai vu le potentiel symphonique, malgré des embûches évidentes. (…) Le plus gros problème auquel je faisais face était l’énorme dichotomie entre les deux univers en présence, c’est-à-dire celui des personnages, qui ne sont ni fortunés ni cultivés, et celui d’un orchestre symphonique, qu’on imagine à l’opposé de ça. Puis j’ai pensé à une approche de musique de film pour conjuguer tout ça de manière harmonieuse. »

Ces Belles-sœurs sont peut-être bien indémodables au fond…

Carl Philip Emanuel Bach

8 avril 2014

Né le 8 mars 1714 (on célèbre donc cette année son 300e anniversaire), deuxième fils de Johann Sebastian Bach, filleul de Georg Philip Telemann, Carl Philip n’a connu d’autre professeur que son père. Particulièrement virtuose au clavecin, il pouvait, dès l’âge de 11 ans, déchiffrer n’importe quelle partition proposée. Son traité théorique, Essai sur l’art de jouer les instruments à clavier, publié en 1753, demeure l’un des plus importants traités pratiques sur la musique de l’époque et a servi de base aux méthodes de Clementi et Cramer. Bach y aborde le doigté, l’ornementation, l’esthétique, l’accompagnement et l’improvisation. Surtout, il y trace l’essentiel de l’Empfindsamer Stil (le « style sensible »),  un des ferments essentiels du Romantisme à venir :

« Un musicien ne peut émouvoir les autres que s’il est lui-même ému : il est indispensable qu’il éprouve tous les états d’âme qu’il veut susciter chez les auditeurs. […] Il faut jouer avec âme, et non comme un oiseau bien dressé. Certains virtuoses de profession auront beau étonner par l’agilité de leurs doigts, ils laisseront sur leur faim les âmes sensibles de leurs auditeurs. » Il considère aussi qu’« on aperçoit, au nombre de sentiments qui peuvent se rencontrer dans la musique, les dons bien particuliers qu’un musicien accompli doit posséder, et la grande sensibilité avec laquelle il doit les employer s’il veut pouvoir tenir compte des auditeurs [et] de la perception qu’ils auront du véritable caractère de son jeu. » 

Il y explique aussi pourquoi il lui est essentiel d’élargir la palette baroque qui, pour un mouvement d’une même œuvre donné,  doit illustrer une seule émotion, plus ou moins standardisée :« À peine [le musicien] a-t-il exprimé une idée qu’une autre se présente, et c’est donc sans cesse qu’il doit pouvoir transformer ses passions. » Dans un style inimitable, Bach privilégiera donc la variété et l’originalité du matériau thématique, tout particulièrement dans les mouvements rapides, mais aussi l’intensité expressive et les harmonies mouvantes dans les mouvements lents.

À travers une production abondante et remarquable, qui couvrira six décennies, il démontre qu’il demeure une figure déterminante de l’histoire de la musique. Mozart affirmait : « Il est le père, nous sommes les enfants. »  Haydn admettait y avoir puisé l’essentiel de sa formation tandis que Beethoven lui vouait admiration et respect et le considérait un génie. Klopstock écrit quant à lui dans Les Heures de l’inspiration : « … les hommes de tous les siècles l’entendront; il élèvera leurs cœurs jusqu’à Dieu et leur apprendra la vertu. »

 

Créativité et humour

4 avril 2014

C’est vendredi, alors offrons-nous un peu de légèreté… Deux vidéos, l’une mettant en vedette uniquement des hommes, d’autres un quatuor féminin. Les premiers proposent une relecture assez originale d’un extrait de Carmen de Bizet, les instruments traditionnels ayant été remplacés par une variété de bricolages maison des plus efficaces. Les secondes nous convient à un combat des égos très original, qui vous fera passer de Vivaldi à Mozart à Kurt Weill. 

Voici d’abord ces messieurs de Zic Zazou

… et ces dames, originaires de Hambourg, du Salut Salon…

L’humour en musique

1 avril 2014

L’hiver qui s’éternise nous empêche de rire? Faisons-lui un pied de nez en cette journée du Poisson d’avril pour évoquer un sujet en apparence incongru: l’humour en musique classique. Oui, malgré le côté toujours très sérieux de la musique de concert, certains morceaux ont été écrits pour faire rire. On peut penser ici au célèbre Duo des chats de Rossini, mais il y en a bien sûr d’autres!

Ainsi, Mozart a écrit Ein musikalischer Spaß (Une plaisanterie musicale), divertimento pour deux cors et quatuor à cordes, clin d’œil aux essais parfois grossiers de certains de ces contemporains. Mozart saupoudre ici et là quelques répétitions vides de sens, des traits maladroits et des gestes musicaux mécaniques. Les dissonances aux cors semblent un pied de nez aux partitions mal notées et aux interprétations embarrassantes. On y retrouve aussi des phrasés asymétriques (très peu fréquents à l’époque classique) au début du premier mouvement et l’utilisation de la gamme par tons dans le registre aigu du violon, probablement pour souligner les difficultés techniques rencontrées, de même qu’une fin presque cacophonique, premier exemple affiché de polytonalité.

On peut aussi considérer dans son ensemble Le Carnaval des animaux de Saint-Saëns comme une énorme farce, cette fantaisie zoologique ne mettant pas que des animaux en vedette, mais bien des contemporains du compositeur. Lors de la première, Saint-Saëns aurait revêtu par-dessus son habit un tutu et il aurait toujours refusé que la pièce soit jouée, sans doute parce qu’il craignait quelques représailles de ceux dont il avait si cavalièrement tiré le portrait.

Plus subtil peut-être parce qu’indétectable à l’oreille du mélomane, les indications farfelues de Satie dans ses partitions pour piano valent leur pesant d’or: « Portez cela plus loin », « Très luisant », « Ouvrez la tête », « Consultez-vous en vous-même »… Il ne faut pas trop s’en surprendre, venant de quelqu’un qui affirmait: « Je m’appelle Erik Satie, comme tout le monde. »

Il ne faudrait pas oublier So you want to write a fugue? de Glenn Gould. Voilà en effet la question de cette étonnant exercice de contrepoint. Bien sûr, les autres voix lui répondront, accompagnées d’un quatuor à cordes, avec moultes clins d’œil et des citations notamment du Deuxième Concerto brandebourgeois de Bach, puis les Maîtres Chanteurs de Wagner. Si l’effet harmonique de cette fugue st d’essence mendelssohnienne, l’humour de cette partition est, sans conteste, 100 % gouldienne.  

Je vous laisse sur un clip de Victor Borge, virtuose du piano et de l’humour. La transition de sa carrière de musicien « sérieux » vers celle de comédien s’est faite de manière toute naturelle. Pour apprivoiser sa nervosité en concert, Victor Borge lançait quelques blagues au public. Les rires suscités l’ont incité à continuer dans cette voie. Son DVD  The Best of Victor Borge s’est vendu à plus de trois millions d’exemplaires.