Archive pour juillet, 2014

Le Trio “Archiduc”

29 juillet 2014

Si le Trio opus 97, dédié à l’Archiduc Rodolphe d’Autriche (d’où son surnom), le plus jeune fils de l’empereur Léopold II d’Autriche, élève de Beethoven dont il resta un ami et un protecteur fidèle, a été composé par Beethoven en 1811, il a été créé le 11 avril 1814, il y a donc 200 ans cette année. Le violoniste Ignaz Shuppanzigh, le violoncelliste Joseph Linke et Beethoven au piano (dans l’une de ses dernières apparitions publiques, sa surdité étant alors presque totale) en avait assuré la première.

Le Trio “Archiduc” n’est pas seulement un chef-d’œuvre du genre, mais aussi l’une des réalisations lyriques les plus réussies de Beethoven. Le compositeur y privilégie une texture des cordes riche (incluant des doubles cordes soutenues au violon et d’exquis passages pizzicato) et un équilibre étonnant entre piano et cordes, ces dernières permettant souvent la transmission de voix intérieures. Le résultat est si homogène que l’on a parfois l’impression d’avoir affaire à un quatuor à cordes.

On peut en apprendre plus sur l’oeuvre et l’écouter (ou la télécharger), interprété par le Gryphon Trio, ici…

 

 

Un weekend chargé côté festivals

25 juillet 2014

La saison des festivals de musique classique bat son plein et les offres sont alléchantes cette fin de semaine, que vous soyez en visite dans Lanaudière, les Cantons de l’Est, Charlevoix ou préfériez rester à Montréal.

Ce soir, 19 h 30, à l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay, vous pourrez entendre la pianiste Beatrice Rana, grande gagnante du CMIM en 2011, en récital. Elle jouera la Première partita de Bach (en si bémol majeur), puis changera d’atmosphère du tout au tout avec la Sonate no 2 en si bémol mineur de Chopin (qui comprend notamment la célèbre marche funèbre) et la Sixième Sonate de Prokofiev. Une navette est même offerte de Montréal. Détails ici…

Il ne reste plus de billets, mais à la même heure, à Orford cette fois, le pianiste Oliver Jones célèbre ses 75 ans de carrière. Demain, on aura droit à la première visite (à 65 ans) du pianiste anglais Christian Blackshaw dans un programme tout-Mozart qui fait déjà saliver plusieurs spécialistes.

I Musici et le violoniste Vadim Gluzman seront demain soir au Domaine Forget, sous la direction de leur chef Jean-Marie Zeitouni, dans un programme comprenant quatre œuvres rarement jouées de Pärt (Fratres), Holst (Suite St-Paul) et Sibelius (Rakastava) et le Concerto pour violon en mineur de Mendelssohn (et non celui en mi mineur), ainsi que la plus connue Suite Holberg de Grieg. Détails ici…

Ceux qui préfèrent rester à Montréal ne voudront pas manquer le concert gratuit offert par l’Orchestre de la francophonie et son chef Jean-Philippe Tremblay à la Maison symphonique. Le programme comprend une création de Simon Bertrand, commande de l’OF (son Concerto pour piano, dont le soliste sera Jean Desmarais), le Mouvement symphonique d’Éric Champagne, le Concerto pour cor de Glière (Ryan Little, soliste) ainsi que trois pages aimées de Ravel (Tzigane avec Alexandre da Costa, La Valse et le fameux Boléro). Les détails de la tournée 2014 de l’OF peuvent être consultés ici…

 

 

 

Beethoven et la nature

22 juillet 2014

C’est l’été et nous sommes peut-être plus sensibles en cette période aux beautés de la nature. Beethoven lui aussi. En effet, il aimait plus que tout aller à la campagne et s’imprégner des beautés de la nature. Son valet se souvient qu’il pouvait passer toute la journée dans les prés, avec un carnet de notes à la main, faisant de grands gestes, complètement transporté par l’inspiration. Il était donc presque inévitable que Beethoven choisisse d’intégrer la nature dans l’une de ses symphonies. « J’aime un arbre plus qu’un homme ; les bois, les arbres, les rochers donnent la réponse que l’homme attend », affirmait-il. Influencé aussi bien par les mouvements sociaux que les événements historiques, Beethoven s’est insurgé contre la disparition progressive des forêts de Vienne, incapables de résister aux attaques de l’urbanisation.

Dans sa Symphonie no 6,  il ne propose pas pourtant un portrait réaliste de scènes champêtres, mais plutôt à en extraire l’essentiel. Si on reconnaît des chants d’oiseaux et la flûte des bergers, que l’on devine le ruisseau qui coule, il écrit sur la partition : « Symphonie Pastorale, ou souvenir de la vie champêtre (plutôt expression de la sensation que peinture) ».

Anton Schindler, un des premiers biographes de Beethoven, raconte que, lors d’une promenade avec le compositeur dans la vallée d’Heiligenstadt, celui-ci lui avait demandé si, parmi les chants des oiseaux, il entendait celui du loriot. Beethoven aurait alors dit : « Ici j’ai écrit la “Scène au bord du ruisseau” [deuxième mouvement de la symphonie], et là-haut les cailles, les loriots, les rossignols et les coucous l’ont composée avant moi.” »

On peut écouter la Sixième Symphonie par l’OSM sous Kent Nagano ici…

Si vous voulez comparer des versions, vous pouvez aussi écouter l’Orchestre de la Francophonie sous la direction de Jean-Philippe Tremblay

De l’horloge au métronome

18 juillet 2014

Le métronome a été inventé par Dietrich Nikolaus Winkel  en 1812, puis breveté et perfectionné, quatre ans plus tard, par Johann Nepomuk Maelzel, un ami de Beethoven. Il avait notamment conçu pour lui plusieurs cornets acoustiques pour tenter de pallier à sa surdité.

Le métronome est constitué d’un mouvement d’horlogerie muni d’un balancier gradué dont les battements déterminent des durées égales. Un contrepoids mobile coulissant sur le balancier permet de modifier la vitesse. Chaque graduation indique une subdivision de la minute. Exemple : 60 = 60 pulsations à la minute. Les graduations s’échelonnent de 40 (très lent) à 208 (très rapide).

En 1817, Beethoven a été le premier à indiquer le tempo de ses symphonies. Il rend même hommage au tic-tac du métronome dans l’Allegretto scherzando de sa Huitième Symphonie.

Maelzel a aussi inventé le panharmonicon, un mécanisme qui pouvait produire tous les sons de l’orchestre. Cet orchestre mécanique géant actionné à l’air sous pression était composé de flûtes, trompettes, percussions, cymbales, triangles, violons, violoncelles et clarinettes et pouvait aussi reproduire les tirs d’une artillerie et divers bruits de combat!

On lui doit aussi un automate qui jouait aux échecs et qui gagnait à tout coup.

Ses gadgets l’avaient enrichi à l’époque d’un demi-million de dollars!

Lorin Maazel nous a quittés

15 juillet 2014

Le chef d’orchestre Lorin Maazel est mort dimanche à l’âge de 84 ans, dans sa maison, des suites d’une pneumonie, alors qu’il se préparait à prendre part au Castleton Festival, qu’il a lui-même fondé. “Reconnaissant la valeur qu’il avait lui-même tirée de ses tuteurs lorsqu’il était jeune, Maestro Maazel voulait (…) encourager les jeunes musiciens par la pédagogie”, faire connaître de jeunes talents et apporter une “nouvelle énergie” à la musique classique, salue le communiqué officiel du festival.

Né en France d’une famille de musiciens américains juifs le 6 mars 1930, enfant prodige, il aura consacré 75 années de sa vie à la transmission de la musique classique, partageant son amour avec les orchestres et publics du monde entier. Il donnera des cours dès l’âge de sept ans, jouera en public l’année suivante et se produira à la tête des plus grands orchestres avant même d’avoir 15 ans.

Lorin Maazel a dirigé plus de 150 orchestres et participé à plus de 300 enregistrements. Dans un tweet, le Philharmonique de Londres, où il avait encore dirigé des concerts en mars, s’est dit “catastrophé” d’apprendre la mort de son ancien co-chef d’orchestre principal, avec qui “la relation a duré plus de 50 ans”. L’actuel chef d’orchestre du Philharmonique de New York Alan Gilbert s’est lui déclaré “absolument dévasté par la nouvelle choquante de la mort” de l’artiste.

Immense pédagogue, il décrivait sa mission comme étant “encore plus qu’un travail d’amour, un travail de joie”.

Gershwin

11 juillet 2014

Gershwin

Il y a 77 ans aujourd’hui, George Gershwin mourait, avant même d’atteindre sa 40e année.

Fils d’immigrants juifs russes, le petit George apprend avec facilité le piano et écoute déjà avec passion les airs de jazz et de ragtime de l’époque. À l’âge de 16 ans, il obtient un poste de présentateur de nouvelles chansons chez J.H. Remick, un éditeur de musique de Manhattan. Il écrit lui aussi des mélodies et, en 1919, se retrouve millionnaire grâce à Swanee, chanson reprise par le célèbre chanteur Al Jolson dans son film Sinbad, un des premiers films parlants. Des centaines de milliers de copies du disque de la chanson s’écoulent en quelques mois à peine.

Doué d’un talent mélodique et d’un génie pour l’invention rythmique, Gershwin produit notamment nombre de comédies musicales (à partir de 1924, presque exclusivement sur les textes de son frère Ira) dans lesquelles il utilise de façon originale et ingénieuse des formules de jazz à la mode.

Quatre-vingt dix ans après sa création qui devait remporter un succès retentissant, les musiciens classiques autant que les jazzmen continue de programmer sa Rhapsody in Blue. Gershwin souhaitait depuis toujours pouvoir intégrer la légèreté des airs à la mode au sérieux du répertoire classique. La chance lui sourit alors que Paul Whiteman lui demande une œuvre de jazz symphonique. Dans le train vers Boston, alors qu’il assiste à la première de sa comédie musicale Sweet Little Devil, les idées mélodiques commencent à affluer. « J’entends souvent de la musique au cœur même du bruit, écrivit-il quelques années plus tard. Et, tout à coup, j’ai entendu – et l’ai même vu sur le papier – la structure entière de Rhapsody, du début à la fin. Aucun nouveau thème n’est venu à moi, mais j’ai travaillé sur du matériau thématique déjà dans mon esprit et tenté de concevoir l’œuvre comme un tout. Je l’entendais comme une espèce de kaléidoscope musical de l’Amérique – de notre vaste pot-pourri (melting pot), de notre inégalable énergie, de notre blues, de notre folie des métropoles. »

La désormais célèbre cadence de clarinette qui ouvre l’œuvre était en fait un truc pour lequel Ross Gorman était reconnu. Gershwin avait pensé, avec raison, que cet élément plongerait l’auditeur de plain-pied dans l’atmosphère inhabituelle de la Rhapsodie. Elle débute avec un trille lent dans le bas du registre de la clarinette puis émerge en glissando pour donner une impression de sirène, qui nous propulse dans le premier thème jazzy. Une fois celui-ci présenté, il est rapidement chassé par un autre thème, puis un autre et un autre, comme si l’un était inspiré par le précédent. Au milieu de l’œuvre, un thème lyrique que n’aurait pas renié Tchaïkovski (si ce n’était du commentaire jazzy des cors) s’élève, sentimental. La Rhapsodie se conclut dans un tourbillon des thèmes présentés, avec virtuosité.

On peut l’écouter ici, jouée par Alain Lefèvre et l’OSM (qui l’ont d’ailleurs interprétée lors du Festival de jazz il y a deux semaines)…  

Dix choses à ne pas faire

8 juillet 2014

L’étiquette au concert est une chose devenue un peu floue il faut l’admettre. Combien de fois dans les derniers mois avez-vous considéré étrangler votre voisin, en train de mettre son statut à jour pendant le concert, de déballer son bonbon avec un enthousiasme forcené ou d’expliquer posément – en chuchotant, bien sûr, mais si fort que tout le monde autour pouvait suivre la conversation – les particularités d’un instrument ou le style d’un compositeur? 

Et à l’opéra? Alors que les productions prennent de plus en plus des proportions hollywoodiennes, certains ont peut-être perdu certains repères qui rendraient l’expérience de tous plus enrichissante. Pour vous faire rire un peu (beaucoup dans certains cas), Michael Kessler, un comédien que l’on a souvent qualifié de Mister Bean allemand, nous explique les 10 choses à absolument éviter. (Même si votre allemand est rouillé, vous comprendrez sans peine le message.)


10 choses à ne pas faire à l’opéra par joebart72

François Dompierre reçoit l’Ordre du Canada

3 juillet 2014

David Johnston, gouverneur général du Canada, a annoncé il y a quelques jours  86 nouvelles nominations au sein de l’Ordre du Canada. Parmi ceux-ci, on retrouve le compositeur et animateur François Dompierre, récompensé « pour son apport à la musique en tant que compositeur, particulièrement connu pour ses compositions pour le cinéma ». On peut entendre ses 24 Préludes, interprétés par le pianiste Alain Lefèvre, ici…

Côté musiciens, on retrouve également le baryton Gerald Finley « pour ses réalisations en tant que chanteur d’opéra de renommée internationale et ambassadeur culturel du Canada », le compositeur manitobain Victor Davies « pour avoir rehaussé l’attrait exercé par la musique canadienne contemporaine et avoir défendu les droits juridiques des compositeurs canadiens », Earlaine Collins « pour avoir soutenu des institutions culturelles et des artistes émergents, en tant que bénévole et philanthrope » et la chanteuse Eleanor Collins « pour ses réalisations avant-gardistes en tant que chanteuse de jazz et pour avoir éliminé des barrières et favorisé les relations entre les races au milieu du vingtième siècle ».

L’Ordre du Canada, l’une des plus prestigieuses distinctions honorifiques civiles de notre pays, a été créé en 1967, durant l’année du centenaire du Canada, pour reconnaître des réalisations exceptionnelles, le dévouement remarquable d’une personne envers la communauté ou une contribution extraordinaire à la nation. Au cours des 45 dernières années, plus de 6 000 personnes de tous les milieux ont été investies de l’Ordre.Les récipiendaires seront invités à recevoir leur insigne au cours d’une cérémonie qui aura lieu à une date ultérieure.

Wunderkind

1 juillet 2014

WunderkindSofia, Bulgarie, dans une école de jeunes musiciens prodiges. Nous suivons le destin de Konstantin et de ses collègues, dans un pays encore retiré derrière le Rideau de fer, deux ans avant la chute du mur, alors que le communisme règne encore en roi et maître, que des cours de manipulations d’armes sont toujours au programme scolaire, que des visites régulières au mausolée du père de la patrie font partie du quotidien.

Il est bien sûr beaucoup question de musique classique dans Wunderkind de Nikolai Grozni qui, lui aussi a été pianiste prodige, mais l’auteur a su s’extraire de son expérience personnelle pour nous livrer un troublant portrait d’époque, de lieu, si dépaysant que l’on pourrait croire qu’il relate un passé lointain. Il sait surtout camper efficacement des personnages, que ce soit la galerie de jeunes musiciens à la sexualité bouillonnante ou des professeurs, aux surnoms lapidaires, tous plus grands que nature, qui briment autant la créativité des jeunes artistes qu’ils crient leur mal-être.

Un livre à dévorer à la plage, au chalet ou dans son salon (si l’on veut écouter les différentes pièces proposées en trame sonore, qui servent de titres aux chapitres), au souffle certain, rare mariage totalement réussi entre les univers de la musique classique et de la littérature.