Archive pour août, 2014

Musique classique et vin

29 août 2014

Oui, bien sûr, plusieurs souligneront que le lien entre musique classique et bon vin est naturel. Qui n’a jamais décompressé après une dure journée en écoutant Mozart tout en sirotant un verre de vin? Mais il semble que la musique classique non seulement pourrait adoucir les humeurs, mais aussi le vin lui-même. C’est du moins ce que les propriétaires d’un domaine du Cap croient, n’hésitant pas à faire écouter Mozart ou Bach à leurs vignes pour en affiner le goût et ce, depuis 2009. Imaginez la scène: 10 haut-parleurs diffusent jour et nuit de la musique baroque et classique dans une partie du domaine DeMorgenzon (le soleil du matin), situé près de Stellenbosch, capitale du vignoble sud-africain.

« Nous n’utilisons que du baroque et du classique parce que les deux ont des rythmes mathématiques, et il a été prouvé que les ondes sonores ont un effet positif sur la vie naturelle », explique Carl van der Merwe, le directeur du domaine DeMorgenzon, en entrevue. La syrah qui vient d’ici est très différente de celle produite ailleurs sur la propriété, elle a une saveur beaucoup plus prononcée, des tanins plus doux, et tend à avoir un degré d’alcool légèrement plus faible. Vraiment, ça donne un vin beaucoup plus équilibré, plus accessible. »

De plus, tous les vins sont vieillis dans des caves sonorisés, qui diffuse Albinoni, Bach, Couperin, Haendel, Haydn, Lully, Marin Marais, Mozart et Rameau. 

Pour en savoir plus, vous pouvez lire l’article du Devoir paru cette semaine ici…

 

Comment écouter de la musique symphonique

26 août 2014

Le compositeur canadien Brian Current considère qu’il existe trois grandes règles qu’il faut garder à l’esprit en écoutant la nouvelle musique pour orchestre :

1- Les compositeurs essaient de nous dire ce que représente vivre ici et maintenant.  Forcément, leur musique est différente de celle composée en d’autres temps et d’autres lieux.

2- Les compositeurs essaient de construire une œuvre qui résistera à l’épreuve du temps, à une écoute répétée, qui ne s’effondre pas au premier coup de vent. Une œuvre très populaire à une époque ne parlera peut-être pas à l’auditeur, deux ou trois siècles plus tard. Ainsi, au 18e siècle, Antonio Salieri était un compositeur connu de tous, qui gagnait remarquablement bien sa vie. Le temps a fait son tri et on retient plutôt aujourd’hui les œuvres de son contemporain, Wolfgang Amadeus Mozart, à la personnalité musicale  distincte. 

3-  En général, la musique orchestrale n’est pas une musique de relaxation. En fait, l’histoire de la musique occidentale se veut une histoire d’idées, les révolutions se succédant les unes aux autres.  Il faut privilégier une écoute « active », qui nous permet de mieux saisir le côté révolutionnaire de certaines idées.

Vous voulez en écouter autrement? Pourquoi pas la Première Symphonie de Beethoven, souvent délaissé par les amateurs? On peut l’écouter avec l’OSM et Kent Nagano…

Les notes bleues

22 août 2014

Une suggestion lecture pour la fin de semaine, liée au monde la musique classique…

Les notes bleuesBesse Stallone complète ses études à Juilliard quand elle est remarquée par David Montagnier, virtuose français, qui a perdu peu de temps auparavant sa partenaire de duo de pianos. Tout pourrait aller superbement dans le meilleur des mondes, mais quelques écueils ponctueront la route des nouveaux collaborateurs, notamment la fâcheuse propension de Besse à s’évanouir quand elle doit faire face au stress intense de la scène.  

« Le professeur Stein aimait répéter que les concerts étaient comme des tableaux. Vous prépariez le cadre, vous connaissiez le sujet, mais vous deviez vous attendre à des surprises.  L’art était imprévisible, c’était ce qu’il avait de merveilleux. »

À travers les chapitres, au rythme soutenu, le lecteur se glissera aussi bien en salle de répétition que dans la cuisine familiale d’une banlieue banale de Long Island, dans les fêtes de millionnaires que dans l’Alice Tully Hall. Le livre se révèle une lecture toute en légèreté, néanmoins non dépourvue d’une certaine substance et de quelques rebondissements assez bien amenés. On pourra s’insurger contre les sonates pour piano de Prokofiev soient devenues des symphonies (Erreur de l’auteure ou de la traductrice? J’opterais pour la seconde option.) ou s’interroger quand Besse affirme que sa pièce préférée du répertoire est le simplissime Prélude en do majeur du premier livre du Clavier bien tempéré (tout est possible), page qui servira un peu de leitmotive tout au long du roman. Pourtant, on se laisse happer par ces personnages à la fois si proches de nous et plus grands que nature. Un agréable moment de lecture.

Né en août: Nicolo Porpora

19 août 2014

Le compositeur italien est né en août (on ne s’entend pas à savoir si c’est plutôt le 10 ou le 19), il y a 328 ans. Si on plutôt à lui aujourd’hui en tant qu’opposant de Handel dans ce qui allait être surnommé la Guerre de l’opéra, on oublie trop souvent que Porpora jouissait d’une éblouissante réputation de son vivant. D’abord maître de chapelle du Landgrave Philippe de Hesse-Darmstadt à Naples, puis de l’ambassadeur du Portugal, il a enseigné à nombre d’étoiles de la scène, dont Carlo Broschi, dit Farinelli, Uberti (il Porporino), Senesimo, la Molteni, J. A. Hasse et 

Porpora

Métastase qui deviendra son premier librettiste. Il était de fait considéré le plus grand professeur de castrats du siècle et ceux-ci n’hésitaient pas à venir le voir régulièrement pour travailler leur voix. Il était aussi très reconnu en tant professeur de composition. Il enseignera notamment à Joseph Haydn (qui habitait chez Porpora et, en échange de leçons de musique, servait de valet et accompagnait le maître au clavier) qui considérait avoir appris de lui « les vraies bases de la composition ». Dès 1718, ses oeuvres (une cinquantaine d’opéras à sa mort) sont présentées sur toutes les scènes d’Italie, ainsi qu’à Vienne, Munich et Dresde. On saluait notamment la fluidité de ses récitatifs.

Après avoir quitté Londres en 1736, on perd sa trace jusqu’en 1744, alors qu’il présente son opéra Le nozze di Ercole ed Ebe et un Stabat Mater l’année suivante. En 1748, il est nommé maître de chapelle du prince-électeur de Saxe et est dans les bonnes grâces de la princesse Marie Antonia Walpurga, épouse de Frédéric IV de Saxe. Elle travailla avec lui aussi bien le chant que la composition. Après quelques années à Vienne, il revint à Naples et y mourra le 3 mars 1768.

On peut écouter des extraits de ses opéras sur l’album Handel et Porpora: Les années londoniennes

3e édition de la Virée classique

14 août 2014

Pour une troisième année consécutive, l’Orchestre symphonique de Montréal  présente sa Virée Classique. Rendez-vous au Stade Olympique ce soir pour une version concert du classique Carmina burana. (Vous pourriez vouloir vous le remettre en tête avant en l’écoutant ici…) Le concert commence à 19 h 30. Prenez-vous d’avance pour garantir une bonne place!

Demain soir et samedi toute la journée, direction Place des Arts, pour 30 concerts de 45 minutes, allant de récitals solo à la musique de chambre, en passant par la musique orchestrale – six de ces concerts seront menés par le directeur artistique Kent Nagano. Les solistes invités comprennent notamment les violonistes et Veronica Eberle, les pianites Marc-André Hamelin et Karin Kei Nagano (en récital et en musique de chambre), l’organiste Jean-Willy Kunz,  le Cecilia Quartet… Vous aurez aussi une occasion exceptionnelle d’entendre l’opéra A Quiet Place de Leonard Bernstein en version concert demain soir 22 h à la Maison symphonique. 

 De plus, des activités gratuites (de « chef d’orchestre 101 » à des percussions en groupe avec Baratanga) donneront une ambiance festive à l’événement. Plus de renseignements sur l’événement sur ce micro-site…

 

Valérie Milot à la Maison Trestler

12 août 2014

La harpiste Valérie Milot sera à la Maison Trestler (85, chemin de la Commune, Vaudreuil-Dorion) à 20 h demain soir. Une occasion unique de s’approprier le répertoire pour harpe dans un lieu hors du temps!

Si les premières représentations de harpes connues datent de la civilisation sumérienne, l’instrument devait en rester à ses balbutiements jusqu’à la fin du XVIIe siècle, alors que des facteurs tyroliens revoient en partie son accord et qu’Hochbrücker conçoit un mécanisme qui, à l’aide de pédales, permet à l’instrument d’effectuer des modulations. Le succès de l’instrument est alors presque immédiat, surtout en France, grâce aux perfectionnements de Sébastien Érard. Jusqu’à la seconde moitié du XVIIIe siècle, les harpistes continuent de piger dans le répertoire de luth et de clavecin mais, presque d’un seul coup, notamment grâce aux œuvres d’Elias Parish-Alvars, l’instrument gagne ses lettres de noblesse et la littérature conçue spécialement pour l’instrument devient florissante, atteignant des sommets au XXe siècle.

Instrument aux possibilités multiples, la harpe peut produire de sons variés, dont les harmoniques, les sons étouffés et les sons en guitare (obtenus en jouant près de la table de résonance). Un des attraits les plus séduisants de l’instrument reste l’utilisation des homophones qui permet, en accrochant les pédales voulues, d’éliminer certaines notes et d’obtenir, en glissant un doigt sur le plan des cordes, accords de septième mais aussi de neuvième, effet souvent reproduit par les compositeurs. Ce récital se veut un portrait des possibilités de l’instrument, que ce soit au niveau de la résonnance, du volume et des contrastes. Si Valérie Milot avoue avoir été séduite, petite fille, par le côté princesse de contes de fées de l’instrument, elle a depuis réalisé qu’il restait tout un autre pan de la harpe à explorer.

On peut se préparer au concert en écoutant l’enregistrement Aquarelles, par exemple…

Mendelssohn: de musicien prodige à maître incontesté

8 août 2014

Petit-fils du philosophe Moses Mendelssohn et fils d’un banquier berlinois prospère, Félix naît le 3 février 1809 et grandit dans une maison fréquentée par l’élite intellectuelle de l’époque. Se croisent dans les rencontres hebdomadaires tenues par la famille certains philosophes (dont Georg Wilhelm Friedrich Hegel), mais aussi des poètes (dont Heinrich Heine, qui a notamment inspiré certains lieder de Schubert), plusieurs musiciens du Philharmonique de Berlin, Carl Friedrich Zelter, premier maître de Félix ainsi que le compositeur Carl Maria von Weber.

Dès son plus jeune âge, le jeune Félix compose avec une fébrilité constante, nourri par ses lectures, les voyages effectués en famille et les discussions avec sa sœur Fanny, à qui il confie toujours ses pièces. Elle note dans son journal en 1822 : « Jusqu’à présent, j’ai toujours eu sa confiance entière. J’ai suivi pas à pas les progrès de son talent, et je puis dire que j’ai toujours été son unique conseillère musicale. Il ne met jamais une pensée sur le papier sans l’avoir soumise à mon approbation, aussi ai-je connu ses opéras avant qu’il en eût écrit une seule note. » Le 5 décembre de la même année, il paraît pour la première fois en public, alors qu’il accompagne la cantatrice Anna Milder-Hauptmann et joue en soliste son Concerto en la mineur pour piano et orchestre, à peine complété. Quelques mois auparavant, il est retourné passer quelques jours chez Goethe, à l’invitation de ce dernier. Le poète et dramaturge, qui avait assisté aux premiers concerts des deux prodiges, confirmait que Mendelssohn était encore plus doué que l’intouchable Mozart. « Je suis Saül et tu es mon David; quand je suis triste et ennuyé, viens à moi et réconforte-moi par ta musique », aurait-il déclaré à l’adolescent de 13 ans, après l’avoir entendu improviser sur le sujet d’une fugue de Bach. « C’est un précieux, un divin jeune homme; ne tardez pas à me le renvoyer afin que mon âme se délasse en l’écoutant », avait-il déjà confié aux parents du jeune compositeur, deux ans auparavant.

La production de l’année suivante s’avèrera remarquable : six symphonies, un deuxième quatuor avec piano, un concerto pour violon et cordes en ré mineur, dédié à Eduard Rietz, ami, mentor et membre de son quatuor, un concerto en mi majeur pour deux pianos, le Concerto en ré mineur pour piano, violon et orchestre à cordes et un opéra, Les Deux Neveux, créé le jour même du 15e anniversaire de Félix. Enthousiasmé par ce qu’il venait d’entendre, Zelter aurait serré le jeune homme dans ses bras en affirmant : « Mon cher enfant, à dater de ce jour, tu cesses d’être un apprenti musicien et tu deviens un confrère, je le proclame aux noms de Mozart, de Haydn et de Bach. » Il évoquait d’ailleurs l’opéra de Mendelssohn en ces termes : « C’est une chose singulière. Imaginez un peintre jetant un rien de couleur sur sa toileet ensuite la travaillant avec ses doigts et ses pinceaux jusqu’à ce qu’un groupe émerge, alors vous le regardez avec étonnement et vous vous apercevez qu’il est réel puisqu’il est là, Son individualité devient de plus en plus apparente et cadre si bien avec l’esprit de l’époque qu’elle semble en sortir comme l’oiseau sort de l’œuf. »

Malgré tous les succès déjà remportés par son fils, Abraham Mendelssohn hésite. Son beau-frère, Jacob Bartholdy, le prévient dans une lettre : « Je ne puis me faire à l’idée que l’on fasse de Félix un musicien de profession. Ce n’est pas une carrière, ni une vie, ni un but; on n’est pas plus avancé au commencement qu’à la fin et on en est pleinement conscient. […] Laisse ce garçon acquérir une culture générale, et prépare-le à faire une carrière d’état en étudiant le droit à l’Université. Son art demeurera son ami et son compagnon. » Malgré ces avertissements plus ou moins bienveillants, il prend la décision de soutenir jusqu’au bout les rêves de son fils.

Artiste particulièrement polyvalent, Mendelssohn deviendra à la fois compositeur, pianiste virtuose réputé, chef d’orchestre, chef de chœur, pédagogue et fondateur du célèbre conservatoire de Leipzig. Véritable charnière entre les siècles, il juge essentiel de mettre en lumière les géants du passé : Bach bien sûr, dont il connaît la Passion selon saint Mathieu depuis ses 15 ans grâce à sa tante Babette, qui lui en a offert le manuscrit, mais aussi Mozart, dont il joue régulièrement les concertos et Beethoven, dont il dirige les symphonies. Non content de donner la première de ses propres œuvres, il adoptera également celles de ses contemporains, notamment Wagner – qui n’hésitera pourtant pas à le fustiger en tant que compositeur juif, malgré la conversion au christianisme de la famille alors que Félix n’était qu’un tout jeune enfant. Il possédait aussi un coup de crayon particulièrement sûr, une culture générale immense et une plume habile. Véritable épistolier – comme Mozart –, il aura écrit l’équivalent de 6 000 lettres entre 1825 et 1847, soit au moins une par jour. Il y parle de sa vie quotidienne, de ses voyages, de ses lectures, de ses réflexions philosophiques, morales ou esthétiques, de ses états d’âme, de ses œuvres.

On peut écouter son Concerto pour piano et violon en ré mineur, interprété par Alain et David Lefèvre et les London Mozart Players, ici…

Neuf: un chiffre malchanceux?

5 août 2014

Beethoven, Schubert, Vaughan Williams et Dvořák ont écrit neuf symphonies avant de mourir. Mahler, superstitieux, s’était empressé d’en composer une dixième, malheureusement jamais complétée avant sa mort. Bruckner, même s’il avait numéroté ses deux premières symphonies 00 et 0, a également rendu l’âme en composant sa neuvième symphonie. Sibelius, quant à lui, s’est arrêté après huit… et a vécu 33 ans de plus!

Pour entendre la Neuvième de Beethoven, interprétée lors de l’inauguration de la Maison symphonique avec l’OSM et Kent Nagano, c’est par ici…

Amitiés musicales: des liens tissés serrés

1 août 2014

Si la pratique d’un instrument se conjugue généralement au singulier (que ce soit dans le local de pratique ou sur la scène), le plaisir musical se décline plutôt au pluriel. Il y a fort à parier que le premier homme des cavernes découvrant le plaisir de taper sur une peau d’animal devenue tambour l’a fait pour scander les chants de sa tribu. La musique, si elle reste le langage de l’indicible et des émotions, est faite pour être partagée. Il n’est donc pas étonnant que plusieurs musiciens ou compositeurs aient ainsi développé des liens privilégiés. Certains compositeurs entretenaient une relation de respect, Franz Liszt et Frédéric Chopin, par exemple. D’autres se côtoyaient sur une base régulière, notamment Joseph Haydn et Wolfgang Amadeus Mozart, Franz Liszt et Richard Wagner (enterrés côte à côte) ou les membres du Groupe des cinq, liés par une amitié profonde et par des idéaux et des objectifs communs : Mili Balakirev, César Cui, Alexandre Borodine, Modest Moussorgski et Nicolaï Rimski-Korsakov. Dans d’autres cas, l’amitié mènera à l’amour, comme ce sera le cas pour le couple Robert et Clara Schumann (tous deux compositeurs, même si Clara fera une grande carrière d’interprète).

Plusieurs cercles de musiciens ont vu le jour au fil des siècles. Georg Philip Telemann, un ami de Georg Frideric Haendel, fonde ainsi en 1704 le Collegium musicum qui, quelques années plus tard (de 1729 à 1739), se retrouvera sous la direction de Jean-Sébastien Bach. Les membres de ce groupe informel de musiciens amateurs se rencontraient chaque semaine en plein air (si la température le permettait) ou dans un des cafés de la ville, notamment au Café Zimmermann, situé rue Sainte-Catherine à Leipzig. En plus des musiciens locaux et des virtuoses de passage, on retrouvait souvent les fils et les élèves de Bach parmi les interprètes. L’appellation « collegium musicum », reprise de nombreuses fois depuis, désigne aussi bien des ensembles amateurs que des orchestres professionnels.

Franz Schubert (1797-1828) fréquente également les cafés de façon hebdomadaire et présente ses œuvres aux musiciens qui s’y retrouvent. Dans une ambiance qui se rapproche du « jam session » que les artistes jazz et populaires connaissent bien, les Schubertiades regroupent une vingtaine de participants déchiffrant des œuvres de Schubert, choisies en fonction des partitions disponibles et des instrumentistes ou chanteurs présents ce jour-là . Quelle meilleure façon de faire connaissance en musique et de découvrir ensemble des œuvres qu’on présentera peut-être en concert quelques semaines plus tard ?

Au début du XXe siècle, six jeunes compositeurs à peine sortis du conservatoire se retrouvent tous les samedis soir dans un petit restaurant parisien : Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc et Germaine Tailleferre. Ils sont entourés des pianistes Marcelle Meyer et Juliette Meerovitch, du chanteur russe Koubitsky, des peintres Marie Laurencin, Irène Lagut et Valentine Gross et des écrivains Lucien Daudet, Raymond Radiguet et Jean Cocteau. Après le souper, le Groupe des six et leurs amis se rendent à la Foire du Trône ou vont admirer les mimes des frères Fratellini au cirque Médrano. Les soirées se terminent chez Darius Milhaud ou au bar Gaya. Cocteau lit ses derniers poèmes. Milhaud et Auric, rejoints par Arthur Rubinstein, jouent Le bœuf sur le toit à six mains. L’atmosphère est à la fête, les commentaires fusent, les amitiés s’approfondissent.

Si les compositeurs ont de tout temps partagé les joies et les peines de la création avec leurs proches, ils ont souvent dédié à leurs amis (musiciens ou non) certaines de leurs œuvres. Si Beethoven fait référence à une amitié universelle dans son « Ode à la joie », le dernier mouvement de sa Neuvième Symphonie, Schubert n’a pas hésité à écrire pour piano à quatre mains Notre amitié est invariable, une œuvre qui témoigne éloquemment de l’importance qu’il accordait à ce sentiment universel.