Archive pour novembre, 2014

Le chant et son évolution au fil des siècles

28 novembre 2014

C’est la voix parlée qui, par l’amplification de son accentuation naturelle, a donné naissance au chant. Chez les aborigènes, le chant diffère ainsi très peu de la parole. Le rôle de la voix a d’abord découlé des diverses fonctions que lui assignait le culte. Elle pouvait aussi bien être facteur de paix (plain-chant du Moyen-Âge) ou d’excitation (danses de transe) que d’incantation.

Les premiers chanteurs dont on a retenu les noms ont été les troubadours et les trouvères qui ont proliféré en Europe du XIIe au XIVe siècle et qui étaient à la fois poètes, compositeurs et interprètes. Les troubadours s’exprimaient en langue d’oc (dialecte roman du Midi de la France) tandis que les trouvères le faisaient en langue d’oïl (dialecte parlé au Nord de la Loire). Ils chantaient aussi bien des chansons satiriques et politiques que des chansons d’amour.

Au milieu du XVIe siècle, les voix solistes sont progressivement mises de l’avant, notamment celles des femmes. On assiste à la naissance de l’opéra et à l’âge d’or des castrats (hommes qui chantaient avec une voix de femme), véritables « stars » de l’époque. Les chanteurs ajoutent aux mélodies de nombreuses ornementations et notes de passage qui en étoffent la trame, technique qui se transmettra également à la musique instrumentale.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les chanteurs d’opéra deviennent les vedettes de la scène.Cette popularité se poursuit au XIXe siècle. Le public préfère les chanteurs au registre brillant, particulièrement dans les aigus, mais capables de démontrer un volume sonore imposant (un atout pour pouvoir remplir les nouvelles salles plus grandes et se faire entendre au-dessus de l’orchestre).

Après avoir associé la voix au chant sacré, à l’opéra, à la mélodie et au lied (qui transmettent tous deux un texte souvent poétique), les compositeurs choisissent parfois au XXe siècle d’utiliser celle-ci comme simple instrument. Elle peut ainsi être parlée ou chantée, en passant par les formules intermédiaires du parlé rythmique, du Sprechgesang (un mode d’expression vocal très stylisé qui se situe à mi-chemin entre le parlé et le chanté), du récitatif (manière de chanter qui se rapproche de la déclamation parlée), du chant à bouche fermée (particulièrement dans les chœurs), du cri ou du rire. Saint Basile parlait déjà au IVe siècle du pouvoir du chant « à unir les peuples dans la symphonie d’un seul chœur ». Les grands compositeurs l’ont compris et ont dédié à la voix des œuvres tour à tour intimes, majestueuses, amusantes, bouleversantes, ultimement profondément humaines.

Les finalistes des Prix Opus révélés

25 novembre 2014

Le Conseil québécois de la musique vient tout juste de dévoiler la liste des finalistes pour 20 des 27 prix Opus qui seront remis lors de la 18e édition du gala des prix Opus, lequel se tiendra le dimanche 1er février prochain à 15 h à la salle de concert Bourgie, à Montréal.

Parmi ceux-ci, on retrouve bien sûr plusieurs artistes Analekta.

CONCERT DE L’ANNÉE – MONTRÉAL

Kent Nagano dirige Mahler, Orchestre symphonique de Montréal, 15 février 2014 

CONCERT DE L’ANNÉE – QUÉBEC

La sublime Jennifer Larmore, Orchestre symphonique de Québec, 18 septembre 2013

La Chapelle de Québec chante Haydn, Les Violons du Roy, 15 novembre 2013

Solomon, Les Violons du Roy, 20 et 21 mars 2014

Soirée au théâtre, Orchestre symphonique de Québec, 9 avril 2014

CONCERT DE L’ANNÉE – RÉGIONS

Stéphane Tétreault joue Strauss, Orchestre du Festival, Festival de Lanaudière, 12 juillet 2014

CONCERT DE L’ANNÉE – MUSIQUES MÉDIÉVALE, DE LA RENAISSANCE, BAROQUE, CLASSIQUE

A. Vivaldi Oratorio ‘Juditha triumphans’, Ensemble Caprice, 18 janvier 2014

Solomon, Les Violons du Roy, 20 et 21 mars 2014

Voix et trompette, Clavecin en concert, 28 mars 2014

Marie-Nicole Lemieux, Emmanuel Pahud et Les Violons du Roy, Domaine Forget, 21 juin 2014 

CONCERT DE L’ANNÉE – MUSIQUES ROMANTIQUE, POSTROMANTIQUE, IMPRESSIONNISTE

Kent Nagano dirige Mahler, Orchestre symphonique de Montréal, 15 février 2014

CONCERT DE L’ANNÉE – MUSIQUES MODERNE, CONTEMPORAINE

25 ans de musique québécoise avec Louise Bessette (concert 1), Louise Bessette, Chapelle historique du Bon-Pasteur, 30 octobre 2013  

PRODUCTION DE L’ANNÉE – JEUNE PUBLIC

La Russie fantastique, Orchestre symphonique de Montréal, 13 avril 2014

DISQUE DE L’ANNÉE – MUSIQUES MÉDIÉVALE, DE LA RENAISSANCE, BAROQUE, CLASSIQUE

Handel et Porpora, Julie Boulianne, Luc Beauséjour, Clavecin en concert, ANALEKTA

Trobairitz, Shannon Mercer, soprano, Seán Dagher, dir. musicale, La Nef, ANALEKTA

Créés en 1996, les prix Opus témoignent du dynamisme et de la diversité du milieu musical québécois. Ils soulignent l’excellence et la diversité de la musique de concert au Québec, dans différents répertoires musicaux : médiéval, de la Renaissance, baroque, classique, romantique, moderne, actuel, contemporain, électroacoustique, jazz et musiques du monde. Par cet évènement, le Conseil québécois de la musique souhaite rendre hommage aux musiciens d’ici, mais aussi transmettre au public et aux mélomanes le goût de découvrir, d’écouter et de fréquenter la musique de concert.

 

Spectacles musicaux aux Coups de théâtre

21 novembre 2014

Certains d’entre vous passeront peut-être quelques instants en pyjama avec vos enfants au Salon du livre cette fin de semaine. Vous pourriez aussi les amener au Festival Coups de théâtre pour leur en mettre plein les yeux et surtout les oreilles avec ces deux spectacles musicaux.

Je ne raterai pas Écoute le silence, un voyage avec John Cage (Prix de la meilleure production de l’année 2012, Young Audience Music Awards) de Zonzo Compagnie (Belgique, Flandres), qui nous amènera au royaume des jongleries acoustiques et des acrobaties visuelles du compositeur, poète et plasticien américain John Cage. Le spectacle est prévu pour les 6 ans et plus, mais est sans texte, avec musique (bien sûr) et des projections vidéo et sera donnée en première nord-américaine. À voir aujourd’hui 13 h, demain 15 h et dimanche 11 h au Théâtre Rouge du Conservatoire.

Dimanche 16 h, on pourra assister à la première mondiale de Philémon et Baucis, un opéra pour marionnettes de Franz Joseph Haydn, présenté par L’illusion, Théâtre de marionnettes. Ceux et celles qui aiment des histoires plus grandes que nature et les contrées mystérieuses seront assurément comblés avec cette histoire assez magique, dans laquelle  deux vieillards et Jupiter descendu sur terre, se rencontrent… étincelles en perspective! L’opéra pour théâtre de marionnettes se présenté en français, dimanche à 16 h au Studio-théâtre de l’Illusion.

Plus de renseignements sur le Festival ici…

Joyeux anniversaire Weber

18 novembre 2014

Né à le 18 ou le 19 novembre 1786 à Eutin (près de Hambourg), Carl Maria von Weber est le petit cousin de Constance Weber, l’épouse de Wolfgang Amadeus Mozart. Son père étant violoniste et directeur d’une compagnie de théâtre itinérante, Carl Maria grandira donc dans les coulisses de théâtre et, au fil des déplacements de la troupe, en profite pour prendre quelques leçons de musique et de composition (notamment avec Michael Haydn, le frère de Joseph). Il commence sa carrière de chef d’orchestre au théâtre de Breslau en 1804. On le retrouve ensuite à Karlsruhe comme intendant de la musique du Duc Eugene de Wurtemberg, maître de musique du Prince Louis à Stuttgart, chef d’orchestre au Standethater de Prague et la tête du nouvel opéra allemand de Dresde. C’est durant cette période qu’il écrit Der Freitschutz, son plus grand succès, créé le 18 juin 1821. Dans la salle ce soir-là: le jeune Felix Mendelssohn.

Basé sur une légende allemande où le surnaturel côtoie l’amour, Der Freischütz est considéré par plusieurs le premier opéra allemand romantique. L’opéra en trois actes comporte plusieurs mélodies inspirées par la musique folklorique allemande. L’œuvre devait exercer une forte influence tant sur Wagner que Berlioz. « La poésie [de Freischütz] est pleine de mouvement, de passion et de contrastes. Le surnaturel y amène des effets étranges et violents. La mélodie, l’harmonie et le rythme combinés tonnent, brûlent et éclairent; tout concourt à éveiller l’attention », écrit ce dernier dans sa Critique musicale.

Mouvement symphonique à unité thématique plutôt que pot-pourri des grands moments de l’opéra qui la suit, l’ouverture évoque les grands préludes orchestraux de Beethoven tout en présageant la magnificence orchestrale de Wagner. La courte introduction aux cors évoque la vie des chasseurs avant qu’un allegro ne nous plonge dans des passages sauvages où se juxtaposent incantation et forces maléfiques. Le chant de la clarinette, qui représente l’héroïne Agathe, dissipe toute frayeur pendant un temps, bientôt pourchassé par les motifs maléfiques, qui seront définitivement anéantis par les forces de l’amour

Voici l’ouverture, qui fait maintenant partie des incontournables du répertoire symphonique, dans un enregistrement d’époque avec la Staatskapelle de Dresde sous Carlos Kleiber.

I Musici et le Requiem réachevé demain soir

13 novembre 2014

La genèse du Requiem de Mozart fait partie du folklore – on parlerait aujourd’hui de légendes urbaines. N’avez-vous pas entendu parler de ce mystérieux étranger, « messager de la mort », qui a visité Mozart et lui a passé commande pour écrire son propre Requiem. Cela relève plutôt de la fiction.

Plus prosaïquement, l’œuvre a été commandée en juillet 1791 par un certain comte Walsegg-Stuppach. Sa femme était morte en février de la même année à l’âge de 20 ans. Souhaitant lui offrir un Requiem, mais demeurer anonyme, il a envoyé son intendant chez Mozart pour passer la commande avec la moitié de la somme prévue. Lors du décès de Mozart le 5 décembre, l’œuvre était loin d’être complétée et Constanze, sa veuve, craignant non seulement le non-paiement du montant restant, mais que l’on souhaite récupérer la part déjà payée, a fait appel à plusieurs musiciens pour terminer le Requiem. La tâche fut finalement confiée à Franz Xaver Süssmayr (1766-1803), qui avait étudié avec Mozart. De façon ironique, la première serait donnée lors d’un concert-bénéfice pour la veuve et les enfants de Mozart le 2 janvier 1793 à Vienne, à la Jahn-Saal. Walsegg devait diriger sa propre interprétation, d’après une partition qu’il avait recopiée de la version complétée de Süssmayer, dans une petite église en périphérie de Vienne près d’un an après, le 14 décembre 1793.

En 1993, le musicologue américain Robert Levin, également professeur à Harvard, a complété sa version du tronc de Mozart, corrigeant plusieurs des « erreurs de grammaire musicale » de Süssmayr et retouchant l’orchestration. Les changements les plus significatifs de Levin sont l’ajout d’une fugue chorale « Amen » qui termine la Séquence et de fortement révisés Sanctus, benedictus et Agnus Dei. Les auditeurs le moindrement familiers avec la version de Süssmayr pourront facilement détecter les différences introduites par Levin. L’« Amen » de la Séquence de Levin est basé sur une esquisse que Mozart avait lui-même faite du début de ce passage. Levin note toutefois que nous ne savons pas si Süssmayr n’a pas tenu compte de cette esquisse ou si Mozart lui-même l’avait mise de côté.

C’est donc cette version qui sera présentée demain soir à la Maison symphonique par I Musici de Montréal et le SMAM, sous la direction de Jean-Marie Zeitouni.

Billets et reste du programme ici…

 

 

Mozart était sincèrement religieux, mais ses sentiments à propos de la mort étaient plus liés à la Franc-maçonnerie qu’à l’Église catholique. Sa souvent citée lettre du 4 avril 1787 à son père précise sa pensée.

 

« Comme la mort (pour la prendre exactement) est le vrai but de notre vie, je me suis, depuis quelques années, tellement familiarisé avec cette véritable et excellente amie de l’homme que son visage, non seulement n’a plus rien d’effrayant pour moi, mais m’est très apaisant et très consolant! Et je remercie mon Dieu de m’avoir accordé le bonheur de saisir l’occasion […] d’apprendre à la connaître comme la clef de notre vraie félicité. Je ne me couche jamais le soir, sans réfléchir que, le lendemain peut-être – si jeune que je sois –, je ne serai plus là. Et pourtant, personne de tous ceux qui me connaissent ne peut dire que je sois chagrin ou triste dans ma fréquentation. Je remercie chaque jour mon Créateur pour cette félicité et la souhaite cordialement à chacun de mes semblables. »

 

 

 

L’art se souvient

10 novembre 2014

Avec l’événement L’art se souvient, le Théâtre du Nouveau Monde, l’Opéra de Montréal et Anciens Combattants Canada commémoreront les Grandes Guerres du siècle dernier, à l’Espace culturel Georges-Émile-Lapalme / Place des Arts, demain 15 h, jour de l’Armistice. Des acteurs du milieu artistique uniront leurs voix à celle d’anciens combattants pour commémorer, à l’occasion de la présentation de la pièce Le Journal d’Anne Frank (TNM) et de l’opéra Silent Night (Opéra de Montréal), le centenaire de la Grande Guerre de 1914 et le 75e anniversaire de la Seconde Guerre mondiale. On y retrouvera notamment Mylène St-Sauveur, Jorane, Vanessa Marcoux et Phillip Addis, qui sera la vedette de l’opéra Silent Night de Kevin Puts en mai 2015. Il interprétera un air tiré de cet opéra soulignant la trêve historique survenue lors de la Première Guerre mondiale. Une lecture d’extraits du Journal d’Anne Frank (pièce présentée en janvier 2013 sur la scène du TNM) sera aussi proposée.

Créé en 2011 et inspiré du film Joyeux NoëlSilent Night se veut est un plaidoyer pour la paix et a remporté le prix Pulitzer de musique. Dans les rôles principaux, on retrouvera Marianne Fiset, Phillip Addis, Joseph Kaiser et Daniel Okulitch. Cette production du Minnesota Opera, de l’Opera Philadelphia, du Cincinnati Opera, et du Fort Worth Opera, a été créée d’après le scénario de Christian Carion pour le film Joyeux Noël. L’opéra sera montée à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, les 16, 19, 21 et 23 mai 2015.

Stéphane Tétreault joue et dirige demain soir

7 novembre 2014

L’Orchestre Nouvelle Génération reçoit le jeune violoncelliste Stéphane Tétreault demain soir 20 h, Salle Claude-Champagne, dans un programme intitulé Violonchelo Español. On pourra découvrir Tétreault en tant qu’interprète et chef d’orchestre notamment dans des pages de Granados, Albeniz, de Falla et Lalo (le Concerto pour violoncelle et orchestre en ré mineur). La soprano Gianna Corbisiero chantera également des airs de Carmen et du Barbier de Séville. Une soirée qui permettra d’oublier la grisaille de novembre, mettant en lumière certains des plus beaux airs de musique espagnole pour voix et  violoncelle!

Plus de renseignements ici sur le concert…

On peut l’écouter ici dans des pages de Tchaïkovski et Saint-Saëns…

Constantinople: métissages baroques

4 novembre 2014

Pour écouter et télécharger l’album…Metamorfosi

Constantinople aime voyager: dans l’espace, mais aussi dans le temps. Metamorfosi – Impressions baroques, leur quatorzième album paru récemment, sur lequel l’ensemble collabore avec la soprano Suzie Leblanc, invite l’auditeur à découvrir le répertoire italien méconnu des débuts de la période baroque et s’articule autour de pages de la compositrice Barbara Strozzi, l’une des rares femmes de cette époque à avoir laissé une oeuvre importante. On peut aussi y entendre Monteverdi, ainsi que les moins connus Stefano Landi, Giovanni Girolamo Kapsberger, Tarquinio Merula et Salomone Rossi.  

«Barbara Strozzi a grandi dans un milieu privilégié très littéraire avec un père poète qui l’a encouragée dans sa carrière de musicienne, explique Suzie Leblanc en entrevue avec La Presse. Elle était très innovatrice et elle a publié, de son vivant, plusieurs recueils de sa musique qui nous sont restés. On n’a pas fini d’enregistrer toutes ses oeuvres.»

Une part importante est laissée ici à l’improvisation, comme on peut l’apprendre en lisant cet article.