Archive pour décembre, 2014

Alain Lefèvre et les Préludes de Chopin

29 décembre 2014

L’album a été lancé cet automne et a suscité de nombreuses éloges. Dans cette vidéo, Alain Lefèvre interprète trois des préludes, mais nous parle aussi de sa volonté de dépoussiérer l’oeuvre, notamment au niveau des tempi et de la pédale. 

Pour écouter l’album dans son intégralité…

Joyeux Noël

25 décembre 2014

En cette ère de technologie qui repousse toujours plus loin ses limites, Noël est demeurée la plus classique des célébrations. Paysage blanchi par la neige, grelots qui tintent au loin et annoncent l’arrivée du Père Noël, feu crépitant dans la cheminée, fumets savoureux imprégnant les demeures, parents et amis assemblés en un même instant de communion; une fois dans l’année, tous ressentent le besoin de s’arrêter un moment, de retrouver un peu de cette magie trop souvent oubliée. « Paix sur terre aux hommes de bonne volonté… »

Pour écouter d’autres albums des Petits Chanteurs du Mont-Royal…

L’esprit des fêtes

22 décembre 2014

Voici revenue la saison des listes de cadeaux, des lumières étincelantes, des sapins surchargés, des repas fastueux mais aussi des musiques associées à cette grande fête de l’amour et du partage. Que vous préfériez les cantiques traditionnels tels que Sainte Nuit, Trois anges sont venus ce soir, Deck the Halls ou Minuit chrétiens, les noëls anciens comme The Holy Boy, le classique Casse-noisette, le lyrisme inspiré de Gesu Bambino ou l’effervescence de Carol of the Bells, peu importe l’heure ou les circonstances, Analekta a l’album parfait pour égayer préparation de biscuits, soupers en famille ou soirées calmes passées enroulé dans votre couverture préférée.

Profitez de la promotion du temps des fêtes (-20 %) sur les albums suivants:

Adeste Fideles avec les Petits Chanteurs du Mont-Royal

Avec Maria de Daniel Taylor et les Petits Chanteurs du Mont-Royal

Gloria – Vivaldi et ses anges de l’Ensemble Caprice

Noël à Darmstadt, musique de Graupner par Les Idées heureuses

Vous aimerez aussi Noël avec Angèle Dubeau & La PietàAutour de Noël avec Valérie Milot et Antoine Bareil, Petit Noël d’Alain Lefèvre et l’album Noël, exclusivement en téléchargement…

Chopin vu par ses élèves

19 décembre 2014

Si le nom de Frédéric Chopin nous projette aussitôt dans l’univers relativement tourmenté du pianiste romantique et fait jaillir des bribes de ses valses, études ou nocturnes, il évoque beaucoup moins souvent ses dons prodigieux d’instrumentiste mais surtout de professeur. Pourtant, les faits sont là : Chopin, pourtant autodidacte (son seul professeur de piano, Zywny, était violoniste!) a passé près du quart de son existence à l’enseignement, ce qui démontre éloquemment l’importance qu’il accordait à la profession. Comme le soulignent les divers témoignages de ses élèves, rassemblés dans l’incontournable livre de référence signé Jean-Jacques Eigeldinger, Chopin n’enseignait pas uniquement pour arrondir ses fins de mois mais par une authentique passion pour l’enseignement. Nous vous proposons donc quelques extraits, autant de perles de sagesse de ce pédagogue mésestimé. Quelques perles à méditer…

Chopin redoutait par-dessus tout l’abrutissement de l’élève. Lorsque je lui appris que je travaillais six heures par jour, il se mit fort en colère et m’interdit de travailler plus de trois heures. (Dubois/Niecks)

Il répétait inlassablement que les exercices ne doivent pas être juste mécaniques mais qu’ils requièrent toute l’intelligence et la volonté de l’élève. Aussi ne préconisait-il pas du tout de les répéter des vingt ou quarante fois, l’esprit ailleurs, et plus encore bannissait-il un exercice au cours duquel, selon le conseil de Kalkbrenner, on peut s’occuper à faire en même temps quelque lecture! (Mikuli)

« Dès lors que tu sais un morceau par cœur, exerce-toi la nuit dans l’obscurité! Quand les yeux ne voient ni notes ni touches, quand tout disparaît, à ce moment seulement l’ouïe réagit avec une entière finesse – et alors on peut véritablement se bien entendre, remarquer chaque défaut : quant à la main, elle acquiert l’assurance et l’audace qu’elle n’est pas à même de s’approprier lorsque l’exécutant regarde constamment les touches. » (Wotpol/Dzialynska/Czartkowski-Jezewska)

« Il vous faut chanter si vous voulez jouer du piano », dit Chopin; et il fit prendre des leçons de chant à l’élève. (Rubio/Niecks)

Aujourd’hui, Chopin m’a encore confié un nouveau moyen, simple, d’atteindre un but merveilleux. Je sentais bien par où mon jeu péchait, sans pouvoir dire en quoi. Pour se conformer au principe qui consiste à imiter les grands chanteurs en jouant du piano, il a arraché à l’instrument le secret d’exprimer la respiration. En chaque endroit qui exigerait du chanteur une inspiration, le pianiste qui n’est plus un profane doit veiller à lever le poignet pour le laisser retomber sur la note chantante avec la plus grande souplesse imaginable. Parvenir à cette souplesse est la chose la plus difficile que je connaisse. Mais lorsqu’on y a réussi, on rit de joie en entendant la belle sonorité, et Chopin s’écrie : « C’est cela, parfait! Merci! » (Gretsch/Grewingk)

Son jeu était toujours noble et beau; les notes chantaient toujours, aussi bien en pleine force que dans le piano le plus doux. Il se donnait une peine infinie pour inculquer à l’élève ce jeu lié et chantant. « Il (elle) ne sait pas lier deux notes » était chez lui le superlatif du blâme. (Streicher/Niecks)

On voudra sans doute après ceci se replonger dans l’album des Préludes de Chopin d’Alain Lefèvre, à écouter et télécharger ici…

L’Héroïque de Beethoven

16 décembre 2014

En cette journée anniversaire de Beethoven, je vous propose d’en apprendre un peu plus sur sa Troisième Symphonie, « héroïque ». Vous pourriez souhaiter l’écouter dans la version de l’OSM dirigée par Kent Nagano, qui fait maintenant partie du coffret de l’intégrale des symphonies (une excellente suggestion-cadeau pour Noël).

Première symphonie réellement romantique de Beethoven, « monument musical » selon Berlioz, la Troisième Symphonie, terminée en 1804,  devait faire basculer irrémédiablement le genre dans une nouvelle ère. Elle « apparaît un miracle, dans l’œuvre même de Beethoven, soutient Romain Rolland. Si, par la suite, il a été plus loin, il n’a jamais fait, d’un coup, un aussi large pas. »

D’abord dédiée à Napoléon, avant que celui-ci ne se proclame empereur et que Beethoven n’arrache sa dédicace avec rage, la Symphonie n’évoque pas tant les batailles que les « pensers graves et profonds, de mélancoliques souvenirs, de cérémonies imposantes par leur grandeur et leur tristesse », selon Berlioz. Comme l’explique quant à lui Wagner dans un écrit daté de 1851, le terme « héroïque » doit être pris dans son sens le plus large, de « l’Homme tout entier, l’Homme complet, qui possède en propre, dans leur absolue plénitude et leur intensité, tous les sentiments purement humains de l’amour, de la douleur et de la force ».

Bâti sur un simple accord de mi bémol, le thème principal du premier mouvement se dévoile peu à peu, désespéré et presque rageur selon Berlioz dans le développement, abattement qui se résorbe pourtant rapidement. Tout au long du mouvement, « plaisir et douleur, joie et souffrance, tendresse et mélancolie, recueillement et désir ardent, langueur et exaltation, hardiesse, bravade et indépendance indomptable alternent et se pénètrent » selon Wagner.

Le thème de la marche funèbre qui suit hésite entre plainte et attendrissement, solennité et recueillement. La fin du mouvement est particulièrement émouvante; le thème reparaît, fragmenté, entrecoupé de silences, à peine ponctué de chuchotements des contrebasses.

Le scherzo nous plonge dans un univers où le rythme est roi et où la vie reprend ses droits, comme en témoigne l’éclatant trio où rutile trois cors.

Le quatrième mouvement est basé sur un thème fugué d’une grande simplicité, duquel jaillissent deux autres thèmes. Véritable synthèse de l’Homme dans son entier, ce mouvement oscille entre l’exaltation et une sérénité où l’on sent poindre sous la surface la trace des obstacles qui ont ponctué le parcours du combattant

Journée internationale du tango

11 décembre 2014

Le 11 décembre est la journée internationale du tango depuis que, en 1977, le décret n° 3781 le statue.  

Le tango est né vers 1880 dans les quartiers populaires de Buenos Aires, capitale de l’Argentine, et de Montevideo, capitale d’Uruguay. C’est par contre à Buenos Aires qu’il s’est particulièrement développé. À la fin du 19e siècle, de nombreux immigrants sont débarqués à Buenos Aires. Ils venaient principalement d’Italie et d’Espagne. La plupart des immigrants étaient de jeunes hommes. La population de Buenos Aires a bientôt compté 70 % d’hommes. Il était donc essentiel d’être un excellent danseur pour séduire les jeunes filles.

Les immigrants ont apporté avec eux des chansons traditionnelles de leurs pays et leurs danses associées. Le tango argentin est en fait un mélange de plusieurs danses : l’habanera cubaine, la contradanza espagnole, le tango espagnol, la valse allemande, le candombé africain et la milonga argentine. 

Quelques dates importantes:

1870                Plusieurs immigrants européens débarquent à Buenos Aires. Ils apportent avec eux les danses de leurs pays d’origine

1880                Naissance du tango

1900                Le tango devient plus populaire et est associé aux fêtes de rues et aux bals populaires.

1910                Les jeunes Argentins fortunés vont étudier à Paris et y transmettent la fièvre du tango.

1920                Le tango est adopté par les Parisiens.

                        Carlos Gardel devient une vedette internationale et la voix du tango.

1935-1950      Âge d’or du tango.

1950                Le tango connaît un certain déclin, même en Argentine.

Astor Piazzolla intègre des éléments de musique classique au tango et baptise le genre nuevo tango (nouveau tango).

1980                Le tango connaît une nouvelle cote de popularité, grâce à des spectacles et des tournées mondiales de troupes spécialisées.

aujourd’hui   Le tango est maintenant dansé un peu partout dans le monde et plusieurs groupes de musique actuels l’intègrent à leurs compositions.

Quelques albums pour passer une journée tango:

Tango Dreams d’Alexander Sevastian

Tango nuevo du GryphonTrio

Silence on joue d’Angèle Dubeau et La Pietà pour Por una cabeza

Un album Analekta en vitrine à Bruxelles

9 décembre 2014

J’ai eu le plaisir de découvrir Bruxelles la semaine dernière, notamment son formidable Musée des instruments de musique, sis dans un ancien et magnifique magasin. J’ai notamment pu en apprendre plus sur le saxophone et les divers autres instruments perfectionnés par Adolphe Sax, son inventeur, mais aussi découvrir des instruments antiques d’une grande beauté, des instruments de diverses contrées et d’autres que l’on dit mécaniques (orgues de Barbarie, pianos mécaniques, thérémine, Ondes Martenot, etc.). 

Musée des instruments de musique, Bruxelles
Impossible de ne pas faire un détour par la boutique du Musée après les quelques heures passées là-bas (un astucieux système de captation nous permettant d’écouter plusieurs des instruments exposés dans diverses pages du répertoire, tant classique que folklorique). Quelle ne fut ma surprise (fort agréable) de découvrir dans l’étalage de disques recommandés l’album Franck, Lekeu (tous deux belges) et Mathieu des frères Alain et David Lefèvre! Une autre preuve que la musique voyage bien et que les artistes canadiens ont la cote, ici comme à l’étranger!
vu à la boutique du musée

Beethoven: quelques ancrages biographiques

5 décembre 2014

Beethoven est l’une des figures les plus marquantes de l’histoire de la musique et a été reconnu comme un génie de son vivant. Ses concertos, ses symphonies et sa musique de chambre l’ont rendu célèbre. Il a aussi écrit 32 sonates pour le piano.

Il  naît le 16 ou 17 décembre 1770 à Bonn, en Allemagne. Très tôt, il se montre très intéressé par la musique et son père lui fait suivre des leçons de piano. Il écrit sa première pièce à 12 ans et deux ans plus tard, devient organiste à la cour du Prince-électeur de Cologne, une ville pas très loin de Bonn.

En 1787, il se rend à Vienne, en Autriche, pour parfaire son éducation musicale. Il y croise notamment Mozart, qui a alors 31 ans. Cinq ans plus tard, Ludwig rencontre Joseph Haydn, un autre compositeur, qui lui propose d’aller étudier avec lui à Vienne. Le comte Waldstein lui écrit alors cette lettre : « Cher Beethoven, vous allez à Vienne pour réaliser un souhait depuis longtemps exprimé : le génie de Mozart est encore en deuil et pleure la mort de son disciple. En l’inépuisable Haydn, il trouve un refuge, mais non une occupation ; par lui, il désire encore s’unir à quelqu’un. Par une application incessante, recevez des mains de Haydn l’esprit de Mozart. »

En 1800, Beethoven écrira sa Première Symphonie, qui sera suivie de huit autres, toutes jouées aujourd’hui par les orchestres du monde entier. La surdité commence alors à le frapper, mais il ne se décourage pas et continue d’écrire de la musique, même quand il deviendra entièrement sourd. Il entend les notes dans sa tête avant de les retranscrire sur le papier.

Le 22 décembre 1808, les Viennois ont la chance d’assister à l’un des concerts les plus spectaculaires de tous les temps, qui ne comprend que des œuvres de Beethoven. Le même soir, ils entendront pour la première fois les Cinquième et Sixième Symphonies, le Concerto pour piano no 4, la Fantaisie chorale pour piano et orchestre, en plus d’œuvres vocales. Tout un programme!

Beethoven meurt le 26 mars 1827, à Vienne. Lors de ses funérailles, plus de 10 000 personnes se réunissent pour lui rendre un dernier hommage. À un moment, on doit même fermer le cercueil car plusieurs proches souhaitaient garder en souvenir une mèche de ses cheveux. C’est d’ailleurs grâce à l’une de ces mèches que, il y a quelques années, on a pu savoir que sa surdité et certaines des maladies dont Beethoven a souffert auraient été causés par une difficulté génétique à éliminer le plomb de son organisme.

Le poète Franz Grillparzer a écrit dans son oraison funèbre : « S’il se détacha des hommes, c’est parce que ceux-ci ne voulaient pas s’élever jusqu’à lui et qu’il ne pouvait pas s’abaisser jusqu’à eux. Il vécut seul, parce qu’il ne trouva pas d’alter ego. Pourtant, jusqu’à la fin, son cœur battit pour tous les hommes. »

Écoutez l’intégrale des symphonies par l’OSM ici…

Anton Webern

2 décembre 2014

Anton Webern est né le 3 décembre 1883 et est mort près de Salzbourg en 1945. Les circonstances de sa mort ne sont pas connues dans les détails, mais le 15 septembre 1945 au soir, il sort sur la terrasse de sa maison d’accueil pour fumer un cigare, oubliant le couvre-feu. Il est tué par méprise par une sentinelle américaine, Raymond Norwood Bell.

Il a étudié la composition avec Arnold Schoenberg (1874-1951) l’un des premiers compositeurs à adopter une écriture atonale. La première œuvre publiée de Webern, Passacaglia (1908), est d’ailleurs la pièce qu’il a complétée comme travail de graduation. Avec Schoenberg et Alban Berg (autre élève de Schoenberg), ils forment ce que l’on a appelé la Deuxième école viennoise (on associait à la « Première »  les compositeurs Wolfgang Amadeus Mozart, Ludwig van Beethoven, Franz Joseph Haydn et Franz Schubert).

Également chef d’orchestre (dans de petites salles de province), Anton Webern était considéré un grand interprète des œuvres qui lui étaient chères, notamment celles de Bach, Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert, Brahms, Mahler et, bien sûr, celles de Schoenberg, Berg et les siennes.

Quand le parti nazi a pris le pouvoir en Autriche en 1938, la musique de Webern a été étiquetée de « bolchevisme culturel ». Ayant de la difficulté à pouvoir gagner sa vie, il devint rédacteur et réviseur pour la maison Universal, qui éditait ses œuvres..

Même si sa musique a été presque complètement ignorée de son vivant, elle a cependant influencé l’écriture de Pierre Boulez et Karlheinz Stockhausen. Elle est de plus en plus appréciée aujourd’hui et on s’accorde à dire qu’elle occupe une place privilégiée dans le répertoire du XXe siècle. Igor Stravinski l’avait admirablement résumé : « Condamnée à l’échec total dans un monde sourd d’ignorance et d’indifférence, il a continué inexorablement de polir ses diamants, ses diamants scintillants, dont il connaissait parfaitement les mines. » 

Je vous invite à découvrir ou redécouvrir son LangsamerSatz (mouvement lent), interprété par le Cecilia String Quartet, qui lui aurait été inspiré par un séjour de marche en montagne avec celle qui deviendrait sa femme. Porté par son amour, il signe une œuvre qui transmet admirablement les bouleversements de l’âme, l’amoureux fervent finissant par trouver  un bienheureux apaisement.