Archive pour février, 2015

Fugue d’hiver

27 février 2015

Une suggestion lecture pour ceux qui ne voudraient pas sortir dans les prochains jours, troisième tome de la trilogie de Ketil Bjornstad (lui-même pianiste de jazz, compositeur et dramaturge) amorcée avec La société des poètes disparus. Dans Fugue d’hiver (titre certainement d’actualité), on retrouve Aksel Vinding, jeune pianiste ayant perdu sa femme Marianne (plus âgée que lui, mère de sa copine précédente), qui tente de retrouver un certain sens à sa vie. D’abord torturé par la culpabilité (Marianne s’est suicidée le soir de son récital), il ne sait plus comment orienter sa carrière de pianiste. 

Fugue d'hiverHistoire de couper les ponts avec son ancienne vie, ses souvenirs douloureux, il quitte Oslo et part pour la Norvège du Nord (qui partage une frontière avec l’ex-URSS, puisque l’histoire se déroule dans les années 1970), dans l’espoir de trouver un nouveau lieu, une nouvelle façon de travailler son instrument. Sa rencontre avec Sigrun, la sœur de Marianne, médecin de profession, mais aussi violoniste amateur, se révèlera déterminante. Si, au début, les liens établis ravivent surtout le souvenir de Marianne, il finira par s’émanciper des souvenirs du passé, dans une nature à la fois sauvage et hospitalière.

Si vous n’avez pas lu les deux premiers tomes, vous vous retrouverez sans peine. Les amateurs de musique classique seront choyés par les références à diverses œuvres, tant pour piano solo que musique de chambre. Évasion garantie

Un nouvel album consacré à Einaudi

24 février 2015

Einaudi

Ludovico Einaudi est l’un des compositeurs contemporains les plus aimés. Véritable sensation Internet, offrant des centaines de concert au quatre coins du monde, il a été salué par la presse spécialisée, mais reste particulièrement près de son public, fidèle et nombreux. Angèle Dubeau & La Pietà consacre leur nouvel enregistrement au compositeur dans le cadre de la collection Portrait. Voici ce qu’en dit Angèle Dubeau, initiatrice du projet.

« Ma série d’albums Portrait présente des compositeurs contemporains à la signature unique. Ludovico Einaudi est l’un d’entre eux. Ce grand et prolifi que compositeur italien nous offre des œuvres qui nous habitent longtemps. Une musique qui capte l’auditeur, un paysage sonore à découvrir. Partant des versions originales de son compositeur et brillant pianiste, j’ai voulu revisiter ses œuvres avec mon violon, entourée des merveilleuses musiciennes de mon orchestre à cordes La Pietà. Une relecture de sa musique, changeant sa texture, repensant sa facture, revisitant sa structure et en y amenant une toute autre dimension sonore. Bonne écoute ! »

L’enregistrement est disponible en exclusivité cette semaine sur le site d’Analekta. Soyez le premier à le découvrir! 

Joyeux anniversaire Czerny

20 février 2015

Czerny

Oui, certes, les jeunes pianistes continuent de fréquenter Carl Czerny (né le 20 février 1791 et mort le 15 juillet 1857 à Vienne), mais tous ne lui vouent pas un amour inconditionnel. En effet, comment cela serait-ce possible quand on passe des heures à tenter de maîtriser les difficultés techniques qui jonchent son École de la virtuosité et autres études?

Pourtant, Czerny joue un rôle essentiel dans l’histoire de la musique, un rôle de passeur,  entre l’œuvre de Beethoven et celle de Liszt, Beethoven ayant été le professeur de Czerny, Liszt son élève.

Le catalogue de l’œuvre de Czerny comprend 861 numéros d’opus publiés en plus d’un grand nombre d’œuvres inédites dont 4 symphonies (en plus des deux publiées), au moins 30 quatuors à cordes et un nombre incalculable d’œuvres sacrées pour voix et orchestre.

Czerny lui-même divisa sa musique en 4 catégories: 1. Études et exercices; 2. Pièces faciles pour élèves; 3. Pièces brillantes destinées au concert; 4. Musique sérieuse. On peut certainement entrer dans cette dernière catégorie ses sonates pour piano.

Vous pouvez en écouter deux, interprétées par Anton Kuerti, ici…

La Neuvième de Beethoven

17 février 2015

symphonies

« Seuls l’art et la science élèvent l’homme jusqu’à la divinité. » (Beethoven) Difficile de trouver plus magistrale que sa Neuvième symphonie.

Tout comme la Missa solemnis, elle reste une œuvre de foi, mûrie dans la douleur pendant de nombreuses années. S’amorçant par un maelström sonore d’une grande rudesse, le premier mouvement, grâce à l’ambiguïté tonale de ses premiers instants, semble conjurer des visions de création du monde, de combat entre les éléments, de lutte de l’homme qui doit prendre sa place au cœur de l’univers. Le scherzo vivace qui suit nous plonge dans un autre monde entièrement, avec la vivacité presque pétillante de ses rythmes, sa fraîcheur contagieuse et les accents de danse villageoise ponctuant son périple à mi-parcours. L’adagio cantabile comprend deux mélodies dans deux tonalités différentes, l’une à quatre temps et l’autre à trois temps.« Il faut entendre plusieurs fois ce merveilleux adagio pour s’accoutumer tout à fait à une aussi singulière disposition, explique Berlioz dans son analyse des symphonies de Beethoven. Quant à la beauté de toutes ces mélodies, à la grâce infinie des ornements dont elles sont couvertes, aux sentiments de tendresse mélancolique, d’abattement passionné, de religiosité rêveuse qu’elles expriment, si ma prose pouvait en donner une idée seulement approximative, la musique aurait trouvé dans la parole écrite une émule que le plus grand des poètes lui-même ne parviendra jamais à lui opposer. »

Une ode à liberté et à la fraternité
An die Freude (À la joie) de Friedrich Schiller (1759-1805), poème publié pour la première fois en 1785, a habité l’imaginaire de Beethoven pendant plus de 30 ans avant qu’il ne décide de l’immortaliser dans le mouvement final. Les écrits du poète et dramaturge allemand ne pouvaient que connaître une telle résonance chez le compositeur. En effet, l’œuvre de Schiller abonde en références à la liberté chèrement acquise et la première version du texte était, de fait, une ode à la liberté, écrite dans une perspective démocratique. Plutôt que de mettre le poème en musique, Beethoven se sert des strophes de Schiller, en omettant plus de la moitié, les permutant, en répétant certaines, allant jusqu’à intégrer quatre nouveaux vers de sa propre main, afin d’exprimer avec le plus de précision possible ces intentions musicales.

Un thème inoubliable

Beethoven aurait jeté sur papier plus de 200 versions du thème du dernier mouvement, qui trouve racine notamment dans sa Fantaisie pour chœur, piano et orchestre (datée de 1808), le simplifiant au fil des ébauches, jusqu’à en extraire sa forme la plus parfaite. Les variations du thème permettent à Beethoven d’exprimer les différentes subtilités du texte et à l’auditeur de ressentir les émotions véhiculées par les mots, même s’il ne les saisit pas entièrement.
Lorsque le dernier mouvement de la symphonie s’amorce, Beethoven suspend l’adagio précédant, comme s’il voulait le prolonger dans l’éternité. Le contraste avec le récitatif instrumental qui suit reste saisissant. Le matériel est d’abord présenté sous sa forme instrumentale avant que n’éclate enfin, d’abord à l’unisson des basses, puis varié sous de multiples formes, ce célèbre thème de la joie. En s’adjoignant les voix, Beethoven ne souhaite pas simplement créer un effet (si spectaculaire soit-il) mais prolonger dans un geste essentiel ce que les instruments seuls ne sont plus à même d’exprimer. Le chœur devient ainsi couleur orchestrale, joignant sa voix à celle des autres instruments. Beethoven convoque alors les thèmes des autres mouvements un à un, fenêtres ouvertes sur le passé de l’œuvre, unifiant la symphonie de façon magistrale.

On peut l’écouter ici, interprétée par l’OSM sous son directeur musical Kent Nagano, lors des concerts inauguraux de la Maison symphonique de Montréal.

 

Célébrer l’amour

13 février 2015

Aussi loin que l’on puisse remonter dans l’histoire de l’humanité, les amoureux ont inspiré les artistes. « L’amour est comme la fièvre », notait Stendhal dans De l’Amour (1822), « il naît et s’éteint sans que la volonté y ait la moindre part.  » Dans nombre de cultures anciennes, l’amour devait être chanté pour que l’autre soit convaincu de la profondeur des sentiments évoqués. Il n’est donc pas surprenant que nombre de compositeurs aient cédé à l’interpellation du premier vers de La Nuit des Rois de Shakespeare : « Si la musique est la nourriture de l’amour, joue encore, donne-m’en à l’excès afin que, rassasié, mon appétit languisse et meure » et qu’ils aient commis sur ce sujet en essence inépuisable certaines des pages les plus achevées du répertoire.

Quelques suggestions pour agrémenter vos célébrations de Saint-Valentin:

L’heure rose: des mélodies françaises écrites uniquement par des femmes, interprétées par Hélène Guilmette et Martin Dubé

Love’s Minstrels: une incursion dans le répertoire du début 20e siècle avec Philippe Sly et Michael McMahon

Serata d’amore: difficile de trouver plus romantique que des classiques italiens, chantés par Gino Quilico

Trobairitz: autre atmosphère complètement, des poèmes de femmes troubadours

Amoroso: des pages de musique de chambre remplies d’émotions, interprétées par le Cecilia String Quartet

Jean Coulthard: défendre la musique d’ici

10 février 2015

Née le 10 février 1908 dans un environnement familial intensément musical, Jean Coulthard reste l’une des pionnières de la musique canadienne. En 1929, elle gagne la bourse du Vancouver Women’s Music Club et part pour Londres afin d’étudier avec R.O. Morris, Ralph Vaughan Williams et Kathleen Long. En 1932, elle revient au pays, enseigne au studio de sa mère et tente également une percée à titre de chef d’orchestre du Vancouver Little Theater Orchestra.

Les années 1930 s’avèrent très frustrantes pour Coulthard. Les leçons reçues de Vaughan Williams ne l’ont aucunement préparée à la carrière professionnelle de compositrice. Elle apprend un peu par hasard que l’orchestre de Reading (en Pennsylvanie) recherche des partitions d’auteurs contemporains. Elle leur propose sa seule œuvre orchestrale de l’époque, Portrait, qui, à sa grande surprise, est retenue. Sa carrière de compositrice prend alors son essor.

En 1936, lors d’une visite à New York, Coulthard profite de l’occasion pour prendre quelques leçons avec Aaron Copland. Lors d’une rencontre, Copland lui joue ses Variations pour piano, composées en 1930. Étonnée par le modernisme agressif de ce piano percussif, l’idée des variations germe dans son esprit pendant des années pour culminer dans ses Variations sur Bach en 1951. En 1947, Coulthard devient professeure au département de musique de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC). Les œuvres des deux prochaines décennies adoptent un langage musical basé sur la tonalité traditionnelle (malgré son constant rejet de l’épithète « conservateur ») mais élargie d’harmonies essentiellement polytonales et d’éléments chromatiques.

Pendant les années 1950, les autres compositeurs canadiens, en particulier ceux de l’école torontoise des neoclassical serialists, dénigrent ses explorations, alors qu’en Europe, plusieurs musiciens reconnaissent l’intérêt de ses réalisations. Notons tout de même la création en 1958, par Maureen Forrester, de Spring Rhapsody, puis en 1959, celle du Concerto pour violon par Thomas Rolston, ardent défenseur de sa musique.

Dans les années 1970 et 1980, la popularité de Jean Coulthard renaît. Après avoir été ignorée pendant des années, Coulthard devient l’un des compositeurs canadiens dont les œuvres sont les plus enregistrées. En 1988, la fête entourant son 80e anniversaire retient l’attention, notamment par la remise par l’UBC d’un diplôme honorifique. À l’occasion d’un discours présenté devant plus de 3000 personnes, Coulthard prend la défense de la musique canadienne, comme faisant partie intégrante de la vie culturelle et éducationnelle. Jean Coulthard poursuivit ses activités musicales, en créant de nouvelles œuvres et en retravaillant ses œuvres antérieures, jusqu’à la toute fin de sa vie, le 9 mars 2000.

Je vous propose de découvrir ici The Bird of Dawning Singeth All Night Long

Pères et fils

5 février 2015

Krebs

C’est en plongeant au cœur des liens que tissent entre eux certains musiciens et compositeurs, que l’on découvre quand et comment, la musique chemine jusqu’à nous. Le dernier album de l’altiste Helen Callus et du claveciniste Luc Beauséjour, Pères et fils, s’attarde justement sur ces liens.

L’héritage de Johann Sebastian Bach est indéniable, que ce soit sur ses fils ou sur les étudiants faisant partie de son cercle restreint, notamment Karl Friedrich Abel (1723-1787) et Johann Tobias Krebs (1690-1762), amis et associés autant qu’étudiants. Les œuvres ici rassemblées, adaptées pour alto par Helen Callus, démontrent de multiples façons ce lien privilégié entre Bach et chacun d’eux. 

Ainsi, ce serait pour le compositeur et gambiste virtuose Karl Friedrich Abel que Bach aurait composé ses 3 sonates pour viole de gambe.  On les retrouve ici, sous l’archet d’Helen Callus.  Elle nous livre aussi la Sonate no 2 en mi mineur d’Abel, composée en fin de carrière, pour impressionner le prince héritier de Prusse.  On pourra aussi découvrir le Trio en do mineur pour deux claviers et basse de Johann Tobias Krebs, organiste et compositeur, de qui Bach ne cessait de faire l’éloge. Ici encore, la filiation avec le Cantor de Leipzig est palpable.  

Saluée comme «l’une des plus grandes altistes du monde » (American Record Guide) et « l’une des altistes les plus en vue de sa génération» (magazine Fanfare), Helen Callus poursuit une brillante carrière en tant que concertiste, chambriste et soliste. Elle s’est produite avec des ensembles de renommée mondiale et elle séduit les publics d’un peu partout à travers le monde.  Elle est brillamment accompagnée ici par le virtuose Luc Beauséjour.

Pour écouter et télécharger l’album…

Des artistes Analekta honorés lors des Prix Opus

2 février 2015

Malgré le froid polaire, l’atmosphère était à la fête – et à la danse – lors de la 18e édition du Gala des prix Opus qui s’est tenue hier à la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal, animé par Stanley Péan d’ICI Musique, et le musicologue Pierre Vachon. En prestation, on a pu découvrir le talent du quatuor vocal Quartom, le Consort Laurentia, le quatuor de guitares Fandango, l’organiste en résidence de l’OSM Jean-Willy Kunz, de l’équilibriste Geneviève Drolet et des danseurs placés sous la direction de Marie-Nathalie Lacoursière.

Les Violons du Roy sont repartis avec le Prix Opus Concert de l’année – Québec pour Solomon, l’Ensemble Caprice avec celui de Concert de l’année – musiques médiévale, de la Renaissance, baroque, classique pour son interprétation de Juditha triumphans de Vivaldi, la pianiste Louise Bessette avec celui d’Interprète de l’année, l’Orchestre symphonique de Montréal celui du Rayonnement à l’étranger. Il a aussi reçu celui d’événement musical de l’année avec le Palais Montcalm pour la programmation entourant l’inauguration des deux orgues Casavant.

Côté musique contemporaine, le Prix Opus de la Création de l’année a été demis à Pierre Michaud, Chants Libres et la Société de musique contemporaine du Québec pour l’opéra Le rêve de Grégoire et celui de compositeur de l’année à Samy Moussa, dont l’OSM a notamment assuré la création d’A Globe Itself Infolding. Le jeune chef d’orchestre Andrei Feher est sacré quant à lui Découverte de l’année.

La liste complète des lauréats peut être consultée ici.