Archive pour avril, 2015

Alain Lefèvre à la Fabrique culturelle

28 avril 2015

Alain Lefèvre… un homme et son piano. Un titre clin d’œil et un entretien inspirant avec le pianiste et compositeur québécois, qui s’entretient en tout simplicité – complicité – même avec Marie-Claude Paradis. Il y revient notamment sur son premier concert à Québec – il y avait donné son tout premier récital à l’âge de six ans, alors qu’il avait gagné le Concours de musique du Canada et avait interprété de La petite ballerine de Kabalevsky, sur son amour du piano, sur le trac (« C’est beau la fragilité… »), l’insatisfaction latente toujours présente malgré les honneurs, les émotions qui le traversent quand il joue…

« Le piano est toujours une forme de travail, mais le contact avec l’instrument, c’est toujours magique. (…) J’aime la musique avant d’aimer le piano. Est-ce que je pourrais vivre sans musique? Non. Est-ce que je pourrais vivre sans le piano? Je ne le sais pas; je n’ai pas été confronté à la chose. »

Visionnez la capsule ici…

Écoutez et téléchargez Rive gauche, son plus récent album de compositions, là…

André Laplante dans le Concerto de Grieg dimanche

24 avril 2015

La météo maussade annoncée dimanche vous convaincra sans doute de passer votre après-midi au chaud et au sec, pourquoi pas dans la Maison symphonique de Montréal, alors qu’André Laplante interprétera le Concerto pour piano de Grieg avec l’Orchestre symphonique de Montréal, placé sous la direction du chef finlandais John Storgårds. On pourra également entendre une oeuvre rarement donnée de Sibelius, particulièrement évocatrice, Chevauchée nocturne et lever de soleil, et la Symphonie « Inextinguible » de Sibelius.

Écrit lorsque Edvard Grieg avait 25 ans, le Concerto pour piano déborde d’un lyrisme teinté d’un charme purement scandinave, même si sa tonalité et certains gestes semblent le rapprocher de celui de Schumann, écrit une dizaine d’années auparavant. Rencontrant presque aussitôt les faveurs du public, l’œuvre devait propulser le jeune compositeur norvégien sur la scène internationale.

Elle lui servira également de carte de visite auprès de Liszt. Grieg raconte la rencontre :

« Vers la fin du finale, le second thème est repris, comme vous vous en souvenez, avec une grande puissance, fortissimo. Dans les toutes dernières mesures, lorsque la première note du premier triolet – un sol dièse – dans la partie d’orchestre se mue en sol naturel, et que sur toute l’étendue du piano se déplie une série de gammes puissantes, il sursauta soudain, se leva d’un bond, traversa la grande salle du monastère d’un pas théâtral, le bras levé vers le ciel, et hurla littéralement le thème à pleins poumons. Et quand arriva le sol naturel, il étendit son bras d’un geste impérieux, et s’exclama : “Sol, sol, non pas sol dièse! Splendide! Voilà comment il faut faire!” Et puis, pianissimo et entre parenthèses. “Smetana m’a fait quelque de chose de semblable, l’autre jour.” Finalement, il retourna au piano et joua toute la fin encore une fois. Puis il dit d’une façon étrange, pleine d’émotion : “Continuez, je vous le dis. Vous avez tout ce qu’il faut. Ne les laissez pas vous faire peur. ” »

Tchaïkovski aussi louerait les qualités de l’oeuvre: 

« On retrouve une fascinante mélancolie qui semble contenir en elle-même toute la beauté des paysages norvégiens, tantôt grandioses et sublimes dans leur vaste étendue, tantôt gris et monotones, toujours pleins de charme. […] Quelle chaleur et quelle passion dans ses phrases mélodiques, quelle vitalité fourmillante dans son harmonie, quelle originalité et beauté dans la façon dont les modulations et les rythmes osés, ingénieux sont traités. […] une simplicité parfaite, à des lieues de l’affectation et de la prétention. Il n’est pas surprenant que tous se délectent de la musique de Grieg. »

Rythmes pointés du thème principal du premier mouvement, répétitions habilement variées, tournures que l’on associe spontanément à celles des violoneux dans l’animato, Adagio adoptant les couleurs des mélodies populaires, rythmes de halling et de springdans dans le finale, Grieg aura fait de son unique concerto une œuvre à la personnalité distincte, dont il ne s’avérera pourtant jamais entièrement satisfait, révisant la partition jusqu’à sa mort.

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Vigile L’art se souvient

21 avril 2015

Demain 22 avril, jour de la bataille d’Ypres en Belgique, l’Opéra de Montréal et Anciens Combattants Canada, en collaboration avec la Place des Arts, unissent leurs voix. Une vigile aura lieu à l’Espace culturel Georges-Émile-Lapalme de la Place des Arts de 17 h à 18 h et celle-ci mettra en présence des chanteurs de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal qui présenteront des chants de paix et de guerre, un représentant d’Anciens Combattants Canada et un historien.

On soulignera aussi bien le 100e anniversaire de la Première Guerre mondiale que celui de la création du poème du Souvenir : In Flanders Fields / Au Champ d’Honneur,  écrit en mai 1915. Le film de l’ONF – John McCrae’s War: In Flanders Fields, sera également projeté.

Cette activité de médiation culturelle est proposée en prélude à la première de l’opéra Silent Night du compositeur américain Kevin Putz, prix Pulitzer Musique 2012, le 16 mai prochain. Inspiré du touchant film Joyeux Noël de Christian Carion, ce plaidoyer pour la paix a connu dès sa création un triomphe. Dans les rôles principaux, on retrouvera Marianne Fiset, Phillip Addis, Joseph Kaiser et Daniel Okulitch.

Baricco au sujet de la Neuvième

17 avril 2015

Le romancier et essayiste Alessandro Baricco, qui a une formation de musicologue, propose dans Barbaresune réflexion des plus pertinentes sur les changements auxquels la culture a notamment dû faire face au cours des dernières décennies. Les barbares pourraient-ils envahir l’univers de la musique classique? Pas vraiment, soutient Baricco, car celui-ci exige trop côté réflexion et spiritualité. Il revient à quelques reprises sur la Neuvième de Beethoven comme élément important pour comprendre comment les mouvements culturels peuvent naître. Voici deux passages ciblés.

« La Neuvième n’était pas une musique romantique, mais elle traçait les contours du terrain de jeu de la musique romantique. Elle inventait et consacrait pour toujours l’existence d’un espace intermédiaire entre l’animal-homme et la divinité, entre l’élégance matérielle de l’humaine et la transcendance infinie du sentiment religieux. C’est là, précisément là, que l’homme bourgeois se positionnerait. Quand nous, les héritiers du romantisme, employons des termes génériques tels que spiritualité ou âme, nous désignons cet espace. Cet espace intermédiaire. » (p. 139)

« Vous vous souvenez de la Neuvième, véritable frontière à l’entrée de la civilisation qu’incarne M. Bertin? Eh bien, quand les critiques l’entendirent pour la première fois, je dis bien la première, ils observèrent que peut-être, pour tout saisir, il leur faudrait la réécouter. Aujourd’hui, ça nous semble normal, mais à l’époque c’était une grande bizarrerie. L’idée de réécouter Les quatre saisons de Vivaldi afin de les comprendre aurait été pour un mélomane comme de prétendre revoir un feu d’artifice avant de décider s’il était beau ou non. Mais c’est ce que la Neuvième exigeait : l’opération par laquelle l’esprit revient sur son sujet d’étude, cherche, découvre de nouvelles notions, creuse en profondeur et, enfin comprend. » (p. 150)

On peut la réécouter – on n’a certes pas encore fait le tour de l’oeuvre – ici, dans l’intégrale des symphonies de Beethoven de l’Orchestre symphonique de Montréal dirigé par Kent Nagano.

Rive Gauche séduit la critique

14 avril 2015

Rive gauche

L’album Rive Gauche d’Alain Lefèvre faisait son entrée en position no 1 du palmarès canadien de musique classique il y a quelques semaines à peine et continue de connaître le succès et est salué par critique et mélomanes.

Ainsi, Alexandre Provencher de La bible urbaine lui accorde 4 étoiles sur 5 et se dit  séduit par l’introspection qui se dégage de l’album. «Alain Lefèvre ajoute un nouvel album, Rive Gauche, à sa large discographie. Dans cette nouvelle parution, produite sous étiquette Analekta, le virtuose présente ses compositions inédites et diversifiées. Elles s’empreignent de grande musicalité, de lyrisme. Mais, Rive Gauche s’avère surtout le fruit d’un travail d’introspection pour Alain Lefèvre. Un travail, somme toute, abouti. » Il souligne aussi les subtils clins d’œil à André Mathieu et la façon dont Ciné Lumière et Élou «deviennent rapidement des vers d’oreille. »

Ciné Lumière a également séduit Martin Prévost de Pieuvre.ca« Musique de film, romantisme de la fin du 19e siècle, ragtime, blues, bal musette, jazz et… musique de François Dompierre ou d’André Gagnon, voilà autant de références qui nous viennent à l’esprit lorsqu’on écoute ce très bel album. On n’est pas un nouveau monde, mais on évolue à travers une panoplie d’univers qui nous plaisent… À ne pas écouter en voiture, mais plutôt avec une bonne sono, tout d’une traite, et à plusieurs reprises. »

On peut télécharger l’album ici…

 

Walter Boudreau lauréat d’un GG

10 avril 2015

Le directeur artistique de la SMCQ, compositeur  et chef d’orchestre Walter Boudreau est l’un des six lauréats du Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle dans la catégorie musique classique. Cette distinction, la plus haute accordée dans le domaine des arts du spectacle, récompense sa contribution exceptionnelle à la vie culturelle canadienne tout en reconnaissant son apport à la musique.  « Je suis extrêmement touché, voire agréablement surpris par cette marque de considération et de reconnaissance pour tous mes efforts déployés depuis plus de 40 ans, dans le but de faire connaître, reconnaître et surtout apprécier à sa juste valeur, la musique et les compositeurs de notre temps ! », a souligné hier lors de l’annonce M. Boudreau.  

Walter Boudreau demeure indéniablement une personnalité emblématique de notre vie musicale québécoise. Impossible de rester indifférent au personnage ou de ne pas saluer sa vision si particulière de la musique contemporaine. « Il est plus que temps que cette musique – notre musique – prenne sa place légitime au soleil, tout comme les œuvres, productions contemporaines et artéfacts de nos chorégraphes, cinéastes, metteurs en scène, écrivains, poètes et qui d’autre encore ! », a conclu M. Boudreau.  

Compositeur et chef d’orchestre né à Montréal en 1947, ayant étudié avec Gilles Tremblay, Serge Garant, Mauricio Kagel, Karlheinz Stockhausen, György Ligeti, Olivier Messiaen, Iannis Xenakis et Pierre Boulez,  Walter Boudreau a signé à ce jour plus de 60 œuvres pour orchestre, ensembles divers et solistes, ainsi qu’une quinzaine de partitions de films, de théâtre et deux musiques de ballet. Il est à la tête de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) depuis 27 ans.

Ce prix n’est pas son premier, au contraire. Il a notamment reçu plusieurs prix Opus décernés par le Conseil québécois de la musique couronnant l’«Événement musical de l’année au Québec» en 1999, 2000, 2003 et 2008.  Il a également remporté le prix Opus du «Compositeur de l’année» au Québec en 1998, le Prix Molson du Conseil des arts du Canada en 2003 et le Prix Denise-Pelletier pour les arts de la scène en 2004. Il a été nommé Chevalier de l’Ordre national du Québec et nommé membre de l’Ordre du Canada en 2013.

Mozart et Schumann: deux littéraires

7 avril 2015

Les puristes hésiteraient à lier, dans une même proposition, un même souffle, Mozart et Schumann. Deux époques différentes, deux langages uniques. Deux passions partagées néanmoins : l’une envers la musique, l’autre envers les mots. Si le nombre d’œuvres produites par Mozart peut étourdir (plus de 600), on oublie trop souvent qu’il était un épistolier fervent, qui a écrit au long de sa trop courte vie plus d’un millier de lettres, à ses parents, à sa femme, à ses amis, mû par un pressant besoin de raconter,  sans jamais entièrement se raconter; sa musique le ferait à sa place.

Quand on lit ses lettres – comme lorsque l’on déchiffre ses grandes œuvres musicales –, on sourit souvent, on rigole parfois à voix haute, on potine et se moque des travers de ses contemporains (certaines critiques sont particulièrement assassines!). On fond de tendresse quand il écrit à Constanze, on se reconnaît dans sa peur de la mort, dans sa quête perpétuelle d’être enfin accepté par son père. « Papa chéri, je ne puis écrire en vers, je ne suis pas poète. Je ne puis distribuer les phrases assez artistement pour leur faire produire des ombres et des lumières, je ne suis pas peintre. Je ne puis non plus exprimer par des signes et une pantomime mes sentiments et mes pensées, je ne suis pas danseur. Mais je le puis par les sons : je suis musicien. » 

Schumann voue lui aussi un amour presque viscéral aux mots. Fils d’éditeur, lecteur vorace, il a considéré pendant un certain temps embrasser le monde de la littérature plutôt que celui de la musique. Il finira par unir ses deux passions en devenant critique musical et en fondant une revue musicale, le Neue Zeitschrift für Musik (toujours en opération aujourd’hui). Nombre de ses articles, d’une grande finesse, analytiques sans tomber dans le démagogique, sont devenus de véritables pièces d’anthologie. Cette morsure de l’écriture se transmet aussi dans ses lettres, finement ciselées, évoquant aussi bien petits événements du quotidien qu’interrogations plus fondamentales, notamment lorsqu’il plaidera sa cause auprès de son futur beau-père, Friedrich Wieck.  Elle se décline aussi en sous-texte de nombre de ses pièces, dans lesquelles les êtres chers deviennent des personnages, ses personnalités (Eusebius le rêveur, Florestan le passionné, Raro le sage) prenant tour à tour possession d’une page.

Son journal intime (partagé pendant quelques années avec Clara) se révèle aussi particulièrement significatif. Cette entrée datée de 1833, alors que Schumann a 23 ans, donne le frisson : « Dans la nuit du 17 au 18 octobre, il me vint tout à coup la plus effroyable pensée qu’un homme puisse avoir, et la plus terrible par laquelle le Ciel puisse punir : LA PENSÉE QUE JE PERDRAIS LA RAISON…» Quelle incroyable prescience de ce qui allait se passer…

 

Celui qui doutait n’aurait probablement pas prédit que sa musique franchirait les ères et les modes. Pourtant, sa musique, comme celle de Mozart, reste, entière, inaltérable, essentielle, comme la vie qui bat.

Pâques en musique

3 avril 2015

Certains préfèrent se recueillir le Vendredi-Saint, puis exulter à Pâques (et manger beaucoup de chocolat!). Pourquoi ne pas adopter une progression de la réflexion et à la méditation, jusqu’à l’effervescence la plus pure tout au long de ce weekend pascal?

Vous pourriez amorcer votre périple en musique avec Les sept paroles du Christ de Graupner (avec Geneviève Soly et Les Idées heureuses), puis avec son contemporain Bach avec l’album Bach et le temps liturgique (avec Shannon Mercer et Luc Beauséjour). Vous pourriez aussi préférer une compilation de musique profane et sacrée qui vous fait voyager à la Renaissance et à l’époque baroque avec Immortalis, écouter quelques Ave Maria (Daniel Taylor et Les petits chanteurs du Mont-Royal), autant d’albums offerts à petit prix, ou découvrir de nouvelles œuvres avec Le refuge du cœur (Theatre of Early Music-Schola Cantorum). Le Magnificat de Bach ou le Gloria de Vivaldi (Ensemble Caprice) pourrait vous mener vers une apothéose musicale assurément des plus inspirantes.

Joyeuses Pâques à tous!