Anthologie
L'automne 2017 marque le 30e anniversaire de la fondation de notre maison de disques. C’est pour servir au mieux nos grands musiciens canadiens qu’ANALEKTA a vu le jour à l’automne 1987. Au fil de centaines de parutions, de milliers d’oeuvres enregistrées depuis sa fondation, ANALEKTA a toujours eu le souci de la perfection. Nous sommes fiers d’avoir bâti ce grand catalogue d’enregistrements uniques, qui font aujourd’hui partie de notre patrimoine culturel canadien. Cette fierté, nous la devons au tout premier chef aux musiciens canadiens qui ont contribué par leur immense talent à créer ces chefs-d’oeuvre disponibles aujourd’hui partout sur la planète. Et l’un des piliers de ce catalogue est sans contredit Luc Beauséjour. L’un des plus grands lavecinistes-organistes de sa génération. Un musicien accompli qui fut l’un des premiers à enregistrer chez nous et ce, sur une base régulière.

Cette anthologie souligne le 25e anniversaire de son premier enregistrement chez Analekta. Elle illustre à merveille tous les horizons musicaux que nous avons parcourus avec Luc Beauséjour au cours de quelques 26 enregistrements originaux.

Merci Luc pour ce bel héritage à notre catalogue, et surtout merci pour votre marquante contribution à la culture de notre pays.

François Mario Labbé, C.M., C.Q., ASC
Président
ANALEKTA

-----

ANTHOLOGIE
Un jour, Kenneth Gilbert, avec qui j’ai étudié à Strasbourg, m’a dit : « Vous savez, Luc, le disque le plus difficile à faire, ce n’est pas le premier, c’est le deuxième! » J’avais bien saisi : une fois le premier enregistrement terminé, il fallait déjà songer à la suite des choses. Fort de ce conseil, j’ai eu la chance et le bonheur de pouvoir compter sur la maison de disques canadienne Analekta pour réaliser mes projets, et ce dès le début des années 1990.

En 1994, avec l’aide de mon amie Gisèle Pelletier, j’ai décidé d’établir une série de quatre récitals de clavecin par année à la petite chapelle Saint-Louis de l’église Saint-Jean-Baptiste à Montréal. C’est ainsi que Clavecin en concert est né. Après quelques années, plusieurs musiciens m’ont exprimé le souhait de jouer avec moi. Au gré des projets, Clavecin en concert est devenu un ensemble à géométrie variable.

Lorsque François Mario Labbé m’a proposé de faire une compilation de trois albums à partir de mes enregistrements des vingt-cinq dernières années, j’ai pensé que la meilleure répartition serait celle qui reflète mon activité musicale de soliste et de chef au fil des ans.

1 - LE CLAVECIN
C’est grâce à ma grand-mère maternelle que le clavecin est entré dans la maison familiale. Elle nous avait donné des disques et son tournedisque alors que j’étais enfant. J’ai découvert les Concertos brandebourgeois nos 4 et 5 ainsi que la fameuse Toccata en ré mineur pour orgue de Bach et la Cinquième Symphonie de Beethoven. C’est lors d’un séjour au camp musical fondé par le Père Lindsay que je vis pour la première fois un clavecin.

Un professeur donnait des cours d’histoire de la musique aux jeunes campeurs dans un modeste chalet appelé la Sorbonne (cela m’amuse toujours de dire que j’ai découvert le clavecin à onze ans à la Sorbonne)! Enfin, quelques années plus tard, je me souviens d’un court intermède à la télévision où je pus entendre Les Barricades mystérieuses de Couperin. L’instrument avait achevé sa conquête. Pour constituer le programme du premier album, j’ai retenu cinq enregistrements s’étalant sur près de vingt ans. Les premiers se sont faits à l’église Saint-Alphonse-Rodriguez, dans la région de Lanaudière. L’idée de jouer devant des microphones m’intimidait beaucoup à l’époque; il faut dire qu’on ne s’habitue guère à la présence intransigeante de ces objets. La Toccata en ré majeur, BWV 912, est un souvenir de cette première séance. Quelques années plus tard, j’ai gravé dix-huit Sonates de Scarlatti. Ces oeuvres pleines de vie, et qui font courir les doigts sur le clavier, m’ont toujours procuré beaucoup de plaisir.

Puis, à l’aube de mes 40 ans, j’ai enregistré les Variations Goldberg, une oeuvre que j’aurai jouée régulièrement tout au long de ma carrière, et ce, sur trois continents. Encore aujourd’hui, son Aria initiale me ravit toujours par sa tendre et lumineuse beauté. Une bonne partie des oeuvres qui figurent sur cet album provient d’Oeuvres célèbres pour clavecin qui répondait au désir de plusieurs auditeurs qui, après mes récitals, me demandaient si j’avais sur disque les pièces qu’ils venaient d’entendre. Enfin, j’ai inclus des pièces d’orgue de Bach jouées au clavecin-pédalier. Cet instrument, dont aucun exemplaire n’a survécu mais dont l’existence est attestée, est formé par deux entités distinctes : le pédalier, qui possède en propre sa caisse et son clavier (pour les pieds), et un clavecin à un ou deux claviers placé au-dessus. C’est le facteur montréalais Yves Beaupré qui a fait la reconstitution du pédalier. Il a d’ailleurs préparé et réglé les clavecins lors de tous mes enregistrements. On entend ici quelques-uns de ses beaux instruments.

LES INSTRUMENTS D’YVES BEAUPRÉ
Clavecin fabriqué en 1985, d’après Johann Heinrich Gräbner le jeune (1774) [# 5, 6 et 12]
Clavecin fabriqué en 1995, d’après Jean-Henry Hemsch et Nicolas Blanchet [# 9]
Clavecin fabriqué en 1998, d’après Jean-Henry Hemsch et Nicolas Blanchet [# 1, 2, 3, 4, 7, 8, 10 et 11]
Pédalier fabriqué en 2010 surmonté du clavecin d’après Hemsch et Blanchet de 1998 [# 12, 13, 14 et 15]

2 – LA VOIX
Tant les polyphonies de la Renaissance que les cantates de Bach m’ont très tôt amené à me passionner pour la voix. Pendant mes années au Conservatoire, j’avais demandé à la jeune Karina Gauvin de participer à l’office du Jeudi saint. Je me souviens encore du sérieux de son implication et de la qualité de son chant. Non seulement sa respiration traduisait l’esprit de la musique, mais on pressentait dans ce bref moment toute sa future carrière. Plusieurs années plus tard, je lui ai proposé de chanter des extraits du Petit livre d’Anna Magdalena Bach. Ce fut son premier enregistrement.

Je me souviens de son rire et de son enthousiasme; j’avais l’impression que c’était Anna-Magdalena elle-même qui s’amenait aux répétitions!

De temps à autres, les projets arrivent de là où on ne les attend pas. Au sortir d’une répétition de la Passion selon saint Jean de Bach avec Kent Nagano et l’Orchestre symphonique de Montréal, je me suis retrouvé avec presque tous les chanteurs solistes. J’ai alors salué Philippe Sly, que je connaissais peu à ce moment-là. Il s’est montré avenant et m’a annoncé que nous allions enregistrer des cantates de Rameau. Comme je n’avais pas entendu parler de cette proposition, j’étais d’autant plus étonné de l’apprendre en pleine rue…

Parfois, c’est la simple curiosité qui conduit à l’élaboration d’un programme. Ainsi, des lectures sur Giulio Caccini ont suscité en moi le désir d’en savoir plus sur sa fille Francesca. J’ai donc proposé à Shannon Mercer de regarder sa musique, d’où notre enregistrement d’oeuvres de cette importante compositrice. Toujours avec Mme Mercer, j’ai aussi imaginé regrouper selon le calendrier liturgique des arias de cantates et des pièces d’orgue de Bach.

Quel bonheur d’avoir travaillé un programme Handel avec Marie-Nicole Lemieux peu après son Premier Prix au Concours Reine Élisabeth de Belgique en 2000! Je me suis toujours souvenu d’une belle phrase que Marie Daveluy, son professeur de chant, m’avait dite à propos de sa brillante élève : « Vous savez, Luc, c’est une voix enveloppante. Si on pouvait, on aimerait s’y baigner. »

Ma dernière réalisation avec chanteur à ce jour a été d’enregistrer des airs d’opéras de Vivaldi et de Handel avec la mezzo-soprano Julie Boulianne. Son timbre, sa musicalité et son aptitude à habiter les personnages n’ont jamais cessé de m’émouvoir…

3 – LA MUSIQUE DE CHAMBRE ET L’ORGUE
Lorsque j’ai interprété les Variations Goldberg pour la CBC, au Studio Glenn Gould à Toronto, j’étais loin de me douter que le violoniste James Ehnes était à l’écoute. Quelques mois plus tard, j’ai su qu’il avait proposé à Analekta d’enregistrer les six Sonates pour violon et clavecin de Bach avec moi. Il y a parfois de ces surprises…

Le Deuxième Concert royal de Couperin regroupe des musiciens « baroques » avec qui je joue régulièrement : le flûtiste Grégoire Jeay, la violoniste Chantal Rémillard, le hautboïste Matthew Jennejohn, la gambiste Margaret Little et le bassoniste Mathieu Lussier. Le Cinquième concert, extrait des Pièces de clavecin en concerts de Jean-Philippe Rameau, fait partie d’un programme que le gambiste argentin Juan Manuel Quintana et moi avions élaboré. Pour l’occasion, Grégoire Jeay était à la flûte et Hélène Plouffe au violon.

En tant qu’organiste, j’ai eu la chance d’enregistrer sur des instruments qui illustrent l’excellent travail des facteurs d’orgue québécois. Le Tiento de Cabezon et le Cappriccio II de Froberger ont été captés lors d’un concert donné sur l’orgue Juget-Sinclair à la chapelle du Musée de l’Amérique francophone à Québec. Il s’agit de la reproduction fidèle de l’orgue de 1753 de la cathédrale de Québec, détruit lors du siège de la ville par les Anglais six ans plus tard. Le tempérament mésotonique de l’instrument est très perceptible dans les passages chromatiques et colore admirablement le discours.

Le Vater unser im Himmelreich (Notre Père qui est aux cieux) de Böhm et le Præludium de Bruhns ont été joués sur l’orgue Hellmuth Wolff de 32 jeux installé en 1991 à la chapelle du Knox College à Toronto. L’instrument a été construit d’après le facteur suédois Johan Niclas Cahman, membre d’une longue lignée de facteurs d’orgue d’origine allemande. Si sa mélodie ornée confère au choral de Böhm l’allure d’une paisible aria, il en va tout autrement pour le Præludium en mi mineur de Bruhns, dont le caractère improvisé, typique du stylus phantasticus, fait alterner des sections libres et des fugues.

Les chorals de Bach Das alte Jahr vergangen ist (La vieille année s’en est allée) et Nun freut euch, lieben Christen g’mein (Maintenant, chrétiens bien-aimés, réjouissez-vous ensemble) sont joués sur un positif Hellmuth Wolff de six jeux appartenant à l’université McGill. Enfin, le choral Es ist das Heil uns kommen her (Le salut nous est venu par ta grâce et ta bonté), tiré de l’Orgelbüchlein, a été enregistré à l’orgue Karl Wilhelm de 33 jeux de construit en 1973 et installé à l’église St. Matthias de Westmount.

Pour terminer le programme du troisième album, j’ai ajouté un Ground attribué à Purcell et extrait de Moments baroques au piano.

© Luc Beauséjour
Date de sortie:
15 septembre 2017
Numéro d'album:
AN 2 9156-8
Périodes:
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Anthologie

Couperin, François (1668 - 1733)
Les Barricades mystérieuses
1
Les Barricades mystérieuses
0,99 $
2:23
Couperin, François (1668 - 1733)
Les Bergeries
2
Les Bergeries
0,99 $
4:26
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Menuet en sol majeur, BWV Anh. 114
3
Menuet en sol majeur, BWV Anh. 114
0,99 $
1:29
Daquin, Louis-Claude (1694 - 1772)
Le Coucou
4
Le Coucou
0,99 $
2:07
Scarlatti, Domenico (1685 - 1757)
Sonate en sol majeur, K. 201
5
Sonate en sol majeur, K. 201
0,99 $
4:24
Scarlatti, Domenico (1685 - 1757)
Sonate en mi majeur, K. 531
6
Sonate en mi majeur, K. 531
0,99 $
3:33
Handel, Georg Friedrich (1685 - 1759)
Le Forgeron harmonieux
7
Le Forgeron harmonieux
0,99 $
4:27
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Prélude en do majeur, BWV 846
8
Prélude en do majeur, BWV 846
0,99 $
2:05
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Variations Goldberg
9
I. Aria
0,99 $
4:39
Rameau, Jean-Philippe (1683 - 1764)
Gavotte et six doubles
10
Gavotte et six doubles
1,99 $
7:02
Rameau, Jean-Philippe (1683 - 1764)
Tambourin
11
Tambourin
0,99 $
1:18
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Toccata en ré majeur, BWV 912
12
Toccata en ré majeur, BWV 912
1,99 $
10:21
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Les 45 chorals de l'Orgelbüchlein, BWV 599-644 / Cycle de Noël: b) Chorals pour la fête de Noël
13
VII. Der Tag, der ist so freudenreich
0,99 $
1:52
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Toccata en ré mineur, BWV 565
14
Toccata en ré mineur, BWV 565
1,99 $
8:20
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Passacaglia en do mineur, BWV 582
15
Passacaglia en do mineur, BWV 582
2,99 $
12:48
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Anthologie

Numéro d'album: AN 2 9156-8
Date de sortie: 15 septembre 2017

Période(s): Baroque

Genre(s): Clavecin, orgue, pianoforte (claviers)Récital vocalMusique de chambre

Compositeurs:
Divers / Misc., | Couperin, François | Bach, Johann Sebastian | Daquin, Louis-Claude | Scarlatti, Domenico | Handel, Georg Friedrich | Rameau, Jean-Philippe | Vivaldi, Antonio | Stölzel, Gottfried Heinrich | Caccini, Francesca | de Arauxo, Francisco Correa | Froberger, Johann Jacob | Bruhns, Nicolaus | Purcell, Henry | Böhm, Georg

Interprètes:
Beauséjour, Luc | Boulianne, Julie | Sly, Philippe | Gauvin, Karina | Mercer, Shannon | Lemieux, Marie-Nicole | Ehnes, James | Clavecin en concert,



L'automne 2017 marque le 30e anniversaire de la fondation de notre maison de disques. C’est pour servir au mieux nos grands musiciens canadiens qu’ANALEKTA a vu le jour à l’automne 1987. Au fil de centaines de parutions, de milliers d’oeuvres enregistrées depuis sa fondation, ANALEKTA a toujours eu le souci de la perfection. Nous sommes fiers d’avoir bâti ce grand catalogue d’enregistrements uniques, qui font aujourd’hui partie de notre patrimoine culturel canadien. Cette fierté, nous la devons au tout premier chef aux musiciens canadiens qui ont contribué par leur immense talent à créer ces chefs-d’oeuvre disponibles aujourd’hui partout sur la planète. Et l’un des piliers de ce catalogue est sans contredit Luc Beauséjour. L’un des plus grands lavecinistes-organistes de sa génération. Un musicien accompli qui fut l’un des premiers à enregistrer chez nous et ce, sur une base régulière.

Cette anthologie souligne le 25e anniversaire de son premier enregistrement chez Analekta. Elle illustre à merveille tous les horizons musicaux que nous avons parcourus avec Luc Beauséjour au cours de quelques 26 enregistrements originaux.

Merci Luc pour ce bel héritage à notre catalogue, et surtout merci pour votre marquante contribution à la culture de notre pays.

François Mario Labbé, C.M., C.Q., ASC
Président
ANALEKTA

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ANTHOLOGIE
Un jour, Kenneth Gilbert, avec qui j’ai étudié à Strasbourg, m’a dit : « Vous savez, Luc, le disque le plus difficile à faire, ce n’est pas le premier, c’est le deuxième! » J’avais bien saisi : une fois le premier enregistrement terminé, il fallait déjà songer à la suite des choses. Fort de ce conseil, j’ai eu la chance et le bonheur de pouvoir compter sur la maison de disques canadienne Analekta pour réaliser mes projets, et ce dès le début des années 1990.

En 1994, avec l’aide de mon amie Gisèle Pelletier, j’ai décidé d’établir une série de quatre récitals de clavecin par année à la petite chapelle Saint-Louis de l’église Saint-Jean-Baptiste à Montréal. C’est ainsi que Clavecin en concert est né. Après quelques années, plusieurs musiciens m’ont exprimé le souhait de jouer avec moi. Au gré des projets, Clavecin en concert est devenu un ensemble à géométrie variable.

Lorsque François Mario Labbé m’a proposé de faire une compilation de trois albums à partir de mes enregistrements des vingt-cinq dernières années, j’ai pensé que la meilleure répartition serait celle qui reflète mon activité musicale de soliste et de chef au fil des ans.

1 - LE CLAVECIN
C’est grâce à ma grand-mère maternelle que le clavecin est entré dans la maison familiale. Elle nous avait donné des disques et son tournedisque alors que j’étais enfant. J’ai découvert les Concertos brandebourgeois nos 4 et 5 ainsi que la fameuse Toccata en ré mineur pour orgue de Bach et la Cinquième Symphonie de Beethoven. C’est lors d’un séjour au camp musical fondé par le Père Lindsay que je vis pour la première fois un clavecin.

Un professeur donnait des cours d’histoire de la musique aux jeunes campeurs dans un modeste chalet appelé la Sorbonne (cela m’amuse toujours de dire que j’ai découvert le clavecin à onze ans à la Sorbonne)! Enfin, quelques années plus tard, je me souviens d’un court intermède à la télévision où je pus entendre Les Barricades mystérieuses de Couperin. L’instrument avait achevé sa conquête. Pour constituer le programme du premier album, j’ai retenu cinq enregistrements s’étalant sur près de vingt ans. Les premiers se sont faits à l’église Saint-Alphonse-Rodriguez, dans la région de Lanaudière. L’idée de jouer devant des microphones m’intimidait beaucoup à l’époque; il faut dire qu’on ne s’habitue guère à la présence intransigeante de ces objets. La Toccata en ré majeur, BWV 912, est un souvenir de cette première séance. Quelques années plus tard, j’ai gravé dix-huit Sonates de Scarlatti. Ces oeuvres pleines de vie, et qui font courir les doigts sur le clavier, m’ont toujours procuré beaucoup de plaisir.

Puis, à l’aube de mes 40 ans, j’ai enregistré les Variations Goldberg, une oeuvre que j’aurai jouée régulièrement tout au long de ma carrière, et ce, sur trois continents. Encore aujourd’hui, son Aria initiale me ravit toujours par sa tendre et lumineuse beauté. Une bonne partie des oeuvres qui figurent sur cet album provient d’Oeuvres célèbres pour clavecin qui répondait au désir de plusieurs auditeurs qui, après mes récitals, me demandaient si j’avais sur disque les pièces qu’ils venaient d’entendre. Enfin, j’ai inclus des pièces d’orgue de Bach jouées au clavecin-pédalier. Cet instrument, dont aucun exemplaire n’a survécu mais dont l’existence est attestée, est formé par deux entités distinctes : le pédalier, qui possède en propre sa caisse et son clavier (pour les pieds), et un clavecin à un ou deux claviers placé au-dessus. C’est le facteur montréalais Yves Beaupré qui a fait la reconstitution du pédalier. Il a d’ailleurs préparé et réglé les clavecins lors de tous mes enregistrements. On entend ici quelques-uns de ses beaux instruments.

LES INSTRUMENTS D’YVES BEAUPRÉ
Clavecin fabriqué en 1985, d’après Johann Heinrich Gräbner le jeune (1774) [# 5, 6 et 12]
Clavecin fabriqué en 1995, d’après Jean-Henry Hemsch et Nicolas Blanchet [# 9]
Clavecin fabriqué en 1998, d’après Jean-Henry Hemsch et Nicolas Blanchet [# 1, 2, 3, 4, 7, 8, 10 et 11]
Pédalier fabriqué en 2010 surmonté du clavecin d’après Hemsch et Blanchet de 1998 [# 12, 13, 14 et 15]

2 – LA VOIX
Tant les polyphonies de la Renaissance que les cantates de Bach m’ont très tôt amené à me passionner pour la voix. Pendant mes années au Conservatoire, j’avais demandé à la jeune Karina Gauvin de participer à l’office du Jeudi saint. Je me souviens encore du sérieux de son implication et de la qualité de son chant. Non seulement sa respiration traduisait l’esprit de la musique, mais on pressentait dans ce bref moment toute sa future carrière. Plusieurs années plus tard, je lui ai proposé de chanter des extraits du Petit livre d’Anna Magdalena Bach. Ce fut son premier enregistrement.

Je me souviens de son rire et de son enthousiasme; j’avais l’impression que c’était Anna-Magdalena elle-même qui s’amenait aux répétitions!

De temps à autres, les projets arrivent de là où on ne les attend pas. Au sortir d’une répétition de la Passion selon saint Jean de Bach avec Kent Nagano et l’Orchestre symphonique de Montréal, je me suis retrouvé avec presque tous les chanteurs solistes. J’ai alors salué Philippe Sly, que je connaissais peu à ce moment-là. Il s’est montré avenant et m’a annoncé que nous allions enregistrer des cantates de Rameau. Comme je n’avais pas entendu parler de cette proposition, j’étais d’autant plus étonné de l’apprendre en pleine rue…

Parfois, c’est la simple curiosité qui conduit à l’élaboration d’un programme. Ainsi, des lectures sur Giulio Caccini ont suscité en moi le désir d’en savoir plus sur sa fille Francesca. J’ai donc proposé à Shannon Mercer de regarder sa musique, d’où notre enregistrement d’oeuvres de cette importante compositrice. Toujours avec Mme Mercer, j’ai aussi imaginé regrouper selon le calendrier liturgique des arias de cantates et des pièces d’orgue de Bach.

Quel bonheur d’avoir travaillé un programme Handel avec Marie-Nicole Lemieux peu après son Premier Prix au Concours Reine Élisabeth de Belgique en 2000! Je me suis toujours souvenu d’une belle phrase que Marie Daveluy, son professeur de chant, m’avait dite à propos de sa brillante élève : « Vous savez, Luc, c’est une voix enveloppante. Si on pouvait, on aimerait s’y baigner. »

Ma dernière réalisation avec chanteur à ce jour a été d’enregistrer des airs d’opéras de Vivaldi et de Handel avec la mezzo-soprano Julie Boulianne. Son timbre, sa musicalité et son aptitude à habiter les personnages n’ont jamais cessé de m’émouvoir…

3 – LA MUSIQUE DE CHAMBRE ET L’ORGUE
Lorsque j’ai interprété les Variations Goldberg pour la CBC, au Studio Glenn Gould à Toronto, j’étais loin de me douter que le violoniste James Ehnes était à l’écoute. Quelques mois plus tard, j’ai su qu’il avait proposé à Analekta d’enregistrer les six Sonates pour violon et clavecin de Bach avec moi. Il y a parfois de ces surprises…

Le Deuxième Concert royal de Couperin regroupe des musiciens « baroques » avec qui je joue régulièrement : le flûtiste Grégoire Jeay, la violoniste Chantal Rémillard, le hautboïste Matthew Jennejohn, la gambiste Margaret Little et le bassoniste Mathieu Lussier. Le Cinquième concert, extrait des Pièces de clavecin en concerts de Jean-Philippe Rameau, fait partie d’un programme que le gambiste argentin Juan Manuel Quintana et moi avions élaboré. Pour l’occasion, Grégoire Jeay était à la flûte et Hélène Plouffe au violon.

En tant qu’organiste, j’ai eu la chance d’enregistrer sur des instruments qui illustrent l’excellent travail des facteurs d’orgue québécois. Le Tiento de Cabezon et le Cappriccio II de Froberger ont été captés lors d’un concert donné sur l’orgue Juget-Sinclair à la chapelle du Musée de l’Amérique francophone à Québec. Il s’agit de la reproduction fidèle de l’orgue de 1753 de la cathédrale de Québec, détruit lors du siège de la ville par les Anglais six ans plus tard. Le tempérament mésotonique de l’instrument est très perceptible dans les passages chromatiques et colore admirablement le discours.

Le Vater unser im Himmelreich (Notre Père qui est aux cieux) de Böhm et le Præludium de Bruhns ont été joués sur l’orgue Hellmuth Wolff de 32 jeux installé en 1991 à la chapelle du Knox College à Toronto. L’instrument a été construit d’après le facteur suédois Johan Niclas Cahman, membre d’une longue lignée de facteurs d’orgue d’origine allemande. Si sa mélodie ornée confère au choral de Böhm l’allure d’une paisible aria, il en va tout autrement pour le Præludium en mi mineur de Bruhns, dont le caractère improvisé, typique du stylus phantasticus, fait alterner des sections libres et des fugues.

Les chorals de Bach Das alte Jahr vergangen ist (La vieille année s’en est allée) et Nun freut euch, lieben Christen g’mein (Maintenant, chrétiens bien-aimés, réjouissez-vous ensemble) sont joués sur un positif Hellmuth Wolff de six jeux appartenant à l’université McGill. Enfin, le choral Es ist das Heil uns kommen her (Le salut nous est venu par ta grâce et ta bonté), tiré de l’Orgelbüchlein, a été enregistré à l’orgue Karl Wilhelm de 33 jeux de construit en 1973 et installé à l’église St. Matthias de Westmount.

Pour terminer le programme du troisième album, j’ai ajouté un Ground attribué à Purcell et extrait de Moments baroques au piano.

© Luc Beauséjour
1
Divers / Misc.,
Couperin, François (1668 - 1733)
Les Barricades mystérieuses
2:23
2
Divers / Misc.,
Couperin, François (1668 - 1733)
Les Bergeries
4:26
3
Divers / Misc.,
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Menuet en sol majeur, BWV Anh. 114
1:29
4
Divers / Misc.,
Daquin, Louis-Claude (1694 - 1772)
Le Coucou
2:07
5
Divers / Misc.,
Scarlatti, Domenico (1685 - 1757)
Sonate en sol majeur, K. 201
4:24
6
Divers / Misc.,
Scarlatti, Domenico (1685 - 1757)
Sonate en mi majeur, K. 531
3:33
7
Divers / Misc.,
Handel, Georg Friedrich (1685 - 1759)
Le Forgeron harmonieux
4:27
8
Divers / Misc.,
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Prélude en do majeur, BWV 846
2:05
9
Divers / Misc.,
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Variations Goldberg
4:39
10
Divers / Misc.,
Rameau, Jean-Philippe (1683 - 1764)
Gavotte et six doubles
7:02
11
Divers / Misc.,
Rameau, Jean-Philippe (1683 - 1764)
Tambourin
1:18
12
Divers / Misc.,
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Toccata en ré majeur, BWV 912
10:21
13
Divers / Misc.,
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Les 45 chorals de l'Orgelbüchlein, BWV 599-644 / Cycle de Noël: b) Chorals pour la fête de Noël
1:52
14
Divers / Misc.,
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Toccata en ré mineur, BWV 565
8:20
15
Divers / Misc.,
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Passacaglia en do mineur, BWV 582
12:48