Oeuvres célèbres pour clavecin
Interprètes:
C'est à l'écoute des musiques de Bach, Couperin, Rameau et Scarlatti que ma fascination et mon amour pour le clavecin se sont développés. Depuis quelques années, je rêvais de réunir plusieurs œuvres qui m'ont particulièrement touché ou suivi tout au long de ma carrière de musicien.

Les nombreux récitals que j'ai donnés m'ont par ailleurs amené à constater que le clavecin était parfois moins bien connu que je ne le croyais, et ce, malgré le travail des grands pionniers et des excellents clavecinistes professionnels, aujourd'hui de plus en plus nombreux. J'ai donc pensé regrouper des pièces qui m'ont ému, impressionné ou amusé, de même que celles qui ont suscité un grand intérêt chez mes élèves ou parmi le public. Voici donc quelques-uns des plus beaux joyaux du répertoire de clavecin.

Le clavecin

Le fonctionnement du clavecin se distingue de celui du piano par le fait que ses cordes sont pincées plutôt que frappées. En cela, il s'apparente à la guitare et à la harpe. Son mécanisme est fort simple. Lorsqu'une touche de clavecin est enfoncée, elle soulève, à la manière d'un levier, une pièce de bois assez mince appelé sautereau. Celui-ci est muni en son extrémité supérieure d'un bec de plume qui "accroche" une corde métallique tendue. Au relevé de la touche, un étouffoir en feutre, fixé au sautereau, vient se poser sur la corde qui cesse alors de vibrer. Notons qu'un mécanisme permet au bec de faire un mouvement de recul pour empêcher que la corde soit de nouveau accrochée lorsque le sautereau redescend. De nos jours, on substitue très souvent aux becs de plumes, des becs en plastique souple.

Dans sa méthode L'Art de toucher le Clavecin, François Couperin recommande aux jeunes élèves d'utiliser des clavecins "emplumés très faiblement", car des becs de plumes taillés finement offrent moins de résistance sous les doigts. L'enfant évite ainsi, selon Couperin, "d'outrer ses petites mains pour faire parler les touches". Le clavecin compense son manque de nuances, entre autres, par ses timbres variés. Il comporte en général deux ou trois jeux qui ont des couleurs différentes. Par analogie à certains jeux de l'orgue, on a l'habitude de parler de jeux de huit pieds (8') et de jeu de quatre pieds (4') pour se référer à la hauteur du son. Un grand clavecin à deux claviers, de type français, comme celui utilisé sur cet enregistrement, possède trois jeux. Les cordes du jeu principal, qui correspondent au clavier inférieur, sonnent avec rondeur parce que leur point de pincement est plus éloigné du chevalet par rapport aux autres jeux. Les cordes du clavier supérieur parlent avec un timbre légèrement plus nasillard, leur point de pincement étant plus rapproché du chevalet. Pour apprécier la différence de timbre entre les deux jeux de huit pieds, écoutez le Menuet en sol majeur de Bach [2]. Les deux jeux y sont utilisés en alternance, en commençant d'abord par le clavier inférieur. Si on peut utiliser les jeux séparément, on peut également les réunir par "l'accouplement" des claviers, en poussant le clavier supérieur. Lorsque les touches du clavier inférieur sont enfoncées, elles entraînent celles du clavier supérieur et font entendre, pour chaque note jouée, le son de deux cordes pincées, d'où une sonorité plus pleine. La résistance sous les doigts du claveciniste augmente alors un peu.

Le Prélude en do majeur de Bach [11] fait entendre les deux jeux de huit pieds réunis au grand clavier. Le jeu de quatre pieds donne une autre couleur à la sonorité du clavecin. Ses cordes, plus courtes et plus fines, émettent des sons plus aigus. Elles parlent en fait à l'octave supérieure par rapport au jeu de huit pieds. Rarement utilisé seul, le jeu de quatre pieds ajoute du brillant et de la légèreté lorsqu'il est combiné au jeu de huit pieds inférieur. Pour illustrer le mélange de ces deux hauteurs de son, je vous recommande l'écoute du Coucou [4] de Louis-Claude Daquin. La combinaison des trois jeux, c'est-à-dire la réunion des deux huit pieds et du quatre pieds, donne une grande plénitude sonore à l'instrument. Remarquons que c'est au clavier inférieur qu'il est possible d'additionner les différents jeux. Le clavier supérieur fait toujours entendre le seul même huit pieds et peut ainsi être utilisé, en alternance avec le grand clavier, pour un contraste de timbre et de dynamique.

La pièce de Jean-Philippe Rameau, Tambourin [9], fait entendre un clavecin plein et brillant. Seule la toute fin de la pièce est jouée au clavier supérieur. Enfin, il est possible de modifier le timbre d'un huit pieds. L'action d'une manette permet à de petits morceaux de peaux de buffle de venir s'appuyer contre les cordes. Ils coupent ainsi une bonne partie de la résonance de la corde, qui produit alors un son évoquant celui du luth. C'est ce qu'on nomme le jeu de luth. Il peut être entendu, entre autres, dans le Prélude en do mineur de Bach [7].


Les compositeurs et les œuvres Les Allemands: Fischer, Bach et Handel

On sait relativement peu de choses sur les origines, la vie et la carrière de Johann Caspar Ferdinand Fischer (?1670-1746). Selon la page de titre de son opus 1, Le Journal du printems, on déduit que Fischer est Kapellmeister à la résidence du margrave Ludwig de Bade, à Schlackenwerth (Bohême), depuis au moins 1695. Son œuvre d'orgue Ariadne musica date de 1702 et contient 20 préludes et fugues dans autant de tonalités différentes, précédant Jean-Sébastien Bach et ses 24 préludes et fugues du Clavier bien tempéré. Ce dernier, ainsi que Handel, connaissait la musique instrumentale de Fischer. Dans le recueil intitulé Musicalischer Parnassus (Le Parnasse musical), publié en 1738 et où Fischer s'in-spire de l'art français de Lully, chacune des neuf suites porte le nom d'une muse. La Chaconne en fa majeur [19] clôt la suite Euterpe, muse de la musique.

Des générations de jeunes pianistes ont travaillé des pièces du Petit Livre d'Anna Magdalena Bach. Seconde épouse de Jean-Sébastien Bach (1685-1750), et de 16 ans sa cadette, la chanteuse Anna Magdalena Wilcke est issue d'une famille de musiciens. Son père était trompettiste à la cour et elle-même possédait une très belle voix de soprano. Le Petit Livre (Clavierbüchlein) d'Anna Magdalena, daté de 1725, renferme en majorité des œuvres de Bach, mais également des pièces d'autres compositeurs tels que Carl Philipp Emanuel Bach (deuxième fils de Jean-Sébastien), Böhm, Stölzel et Couperin. Le Menuet en sol majeur [2], du Petit Livre, a en fait été composé par Christian Petzold, organiste et compositeur allemand estimé en son temps. Le Prélude en do majeur [11] figure lui aussi dans le même album musical de la famille Bach. Cette dernière composition fut aussi utilisée par Bach pour ouvrir le premier livre du Clavier bien tempéré, fascinant monument auquel Bach travaille en 1722. Ce projet regroupera 24 préludes et fugues dans toutes les tonalités majeures et mineures. La Gavotte en sol majeur [3] appartient à la cinquième Suite française. Cette danse, selon le compositeur allemand et lexicographe Johann Gottfried Walther (1684-1748), est souvent rapide mais occasionnellement lente, tandis que pour le compositeur et théoricien allemand Johann Mattheson (1681-1764), la gavotte est débordante de joie.

Le recueil des 15 inventions à deux voix et des 15 sinfonias à trois voix (1723), dont la huitième Invention en fa majeur [16] et la quinzième Invention en si bémol majeur [17] font partie, contient une préface de Bach énonçant les deux objectifs du compositeur. Le maître souhaite "apprendre à l'élève à jouer correctement à deux et à trois voix et surtout à acquérir dans l'exécution une manière bien chantante". Il espère aussi "donner dès le départ un goût solide en matière de composition". Le Prélude en do mineur [7], délice de bien des guitaristes, provient d'une suite de luth. La transparence de sa texture, plus simple que les œuvres spécifiquement destinées au clavier, est bien en accord avec la résonance profonde du luth baroque. Au clavecin, cette pièce s'accommode fort bien du jeu de luth.

Exact contemporain de Bach, George Frideric Handel (1685-1759) quitte l'Allemagne, séjourne longuement en Italie, puis s'installe définitivement à Londres pour y faire carrière. L'auteur du célèbre Messie jouit d'une grande renommée de son vivant. Son abondante production, constituée surtout d'opéras et d'oratorios, compte aussi plusieurs œuvres pour le clavier. Afin de corriger des copies manuscrites fautives de quelques-unes de ses suites qui circulaient alors, Handel s'est senti obligé de publier sa propre édition. L'occasion lui permit d'ajouter de nouvelles suites pour compléter son recueil de 1720 intitulé en français Suites de pièces pour le Clavecin. Ce recueil est aussi connu aujourd'hui sous le nom "Les huit grandes suites". Le xixe siècle a baptisé les Variations de la cinquième suite en mi majeur "Le Forgeron harmonieux" [10]. La légende veut que Handel, surpris par un orage subit en pleine campagne, se soit réfugié sous l'appentis d'un gai forgeron qui, tout en martelant joyeusement son enclume, sifflotait ou chantait à tue-tête cet air sublime à qui voulait l'entendre! Quoi qu'il en soit, le charme irrésistible de cette pièce en a fait l'une des œuvres les plus connues du répertoire de clavecin.

Les Italiens: Scarlatti et Paradies

C'est auprès de son père que le napolitain Domenico Scarlatti (1685-1757) fait son apprentissage de la musique. Sa réputation repose surtout sur ses 555 sonates pour clavecin. Le grand tournant de la carrière de Scarlatti survient en 1719 au moment où il s'installe à Lisbonne comme maître de chapelle du roi. Il est alors chargé de l'éducation musicale du frère du roi et surtout de celle de la princesse Maria Barbara, pour laquelle il a écrit ses fameuses sonates. En 1729, Maria Barbara épouse l'infant d'Espagne, le futur Ferdinand IV. Scarlatti la suit à Madrid. Passionné par le folklore ibérique, Scarlatti incorpore dans sa musique des éléments d'influence espagnole et portugaise qui rappellent la technique de la guitare et le flamenco andalou. En général, ses sonates obéissent au même plan de composition: un seul mouvement divisé en deux parties, chacune devant en principe être jouée deux fois. L'un des procédés chers à Scarlatti utilisé dans plusieurs sonates, notamment dans la Sonate en ré mineur (K. 141) [15], aux notes répétées, et dans la lumineuse Sonate en la majeur (K. 208) [21], est l'emploi de l'acciaccatura ou "écrasement". Ce procédé consiste à attaquer un accord en l'accompagnant d'âpres dissonances qui peuvent surprendre à l'audition. La brillante Sonate en ré majeur (K. 492) [20], quant à elle, réunit plusieurs difficultés techniques: trilles, gammes rapides, sauts et arpèges. Résolument joyeuse, cette sonate fait néanmoins entendre quelques accents plaintifs qui viennent troubler momentanément ce feu d'artifice. Le compositeur italien Paradies (1707-1791) est également né à Naples. Il fut probablement l'élève de Porpora. Après avoir présenté plusieurs opéras en Italie, il a choisi de s'établir à Londres, en 1747, où il fut surtout connu comme un excellent professeur de chant et de clavecin. La date de son retour en Italie n'est pas certaine, mais il semble bien que Paradies ait passé les quinze ou vingt dernières années de sa vie dans son pays d'origine. Ses douze sonates de clavecin, Sonate di Gravicembalo, parues en 1754 et rééditées plusieurs fois au cours des décennies suivantes, lui ont assuré la postérité. L'Allegro de la sixième Sonate en la majeur [22] est célèbre et surtout connu sous l'appellation de Toccata. Cette pièce brillante, en mouvement perpétuel, avec ses marches d'harmonie, réjouit par sa bonne humeur et sa volubilité tout italienne.

Les Français: Couperin, Rameau, Daquin et Duphly

François Couperin (1668-1733) appartient à une dynastie de musiciens. Il est célèbre, entre autres, pour ses quatre livres de pièces de clavecin groupées en 27 Ordres (une autre appellation pour "suite"), ce qui représente quelque 220 pièces au total. Il a aussi écrit L'Art de toucher le Clavecin, une méthode rassemblant de précieux conseils pour l'interprétation. Plusieurs pièces de Couperin sont écrites dans la forme rondeau, comme c'est le cas des trois pièces du présent enregistrement, c'est-à-dire avec une alternance d'un refrain et de couplets différents. Ses pièces portent souvent un titre poétique ou le nom d'un personnage dont il dépeint un trait de caractère. Les Barricades mystérieuses [1] — Les Baricades mistérieuses dans l'orthographe originale — appartiennent au deuxième livre et sont tirées du 6e Ordre; elles utilisent le registre grave du clavecin. Le style "luthé" employé ici par Couperin fait sonner le clavecin d'une manière admirable. Les Bergeries [18], également tirées du 6e Ordre, se retrouvent dans Le Petit Livre d'Anna Magdalena Bach dans une version simplifiée. Sœur Monique [13] est une charmante pièce du 18e Ordre, provenant du troisième livre. Sa mélodie très chantante et facile à mémoriser épouse un rythme berceur. Louis-Claude Daquin (1694-1772) fait grande impression dès son jeune âge. À six ans, il joue à la cour et devant Louis XIV lui-même. À 12 ans, il devient organiste assistant de Marin de La Guerre, à la Sainte-Chapelle. En 1727, il gagne le concours l'opposant à Jean-Philippe Rameau et à quelques autres candidats au poste d'organiste à Saint-Paul. En 1732, il succède à Marchand, de qui il fut l'élève, comme organiste aux Cordeliers et, en 1739, consécration suprême, il devient organiste du roi, remplaçant Dandrieu. Son œuvre connue se résume principalement à un livre de noëls et à son Premier Livre de pièces de clavecin (1735) qui contient de nombreuses pièces descriptives comme Le Coucou [4], Les Vents en couroux [sic], etc. Ses contemporains racontent que le public se bousculait pour l'entendre en concert. Selon son fils Pierre-Louis, ses qualités étaient nombreuses: "beau génie, mains brillantes, harmonie pure, de la force, de la précision, du touchant, de la rapidité". 

Originaire de Dijon, Jean-Philippe Rameau (1683-1764) est fils d'organiste. À 18 ans, il étudie en Italie. De retour en France, il occupe différents postes d'organiste dans plusieurs villes telles que Avignon, Clermont, Paris et Dijon. Rameau est aussi théoricien. Du Traité de l'harmonie réduite à ses principes naturels (1722) jusqu'à sa mort, Rameau n'a jamais dissocié sa réflexion de sa création. À la fin de 1722, il retourne à Paris, où il restera jusqu'à la fin de sa vie. Si la musique de clavecin de Jean-Philippe Rameau est de première importance, il ne faut pas oublier que ses 29 opéras constituent l'essentiel de son œuvre. Signalons que bon nombre de pièces de clavecin furent utilisées dans ses opéras, en version orchestrale. L'œuvre pour clavecin est répartie en trois livres auxquels s'ajoute le livre des Pièces de clavecin en concert. Le vif Tambourin [9] et Les Niais de Sologne [5] proviennent du deuxième livre, daté de 1724. Faut-il entendre le mot "niais" dans son sens premier, "niais" signifiant "qui n'est pas encore sorti du nid" ? À cette question le claveciniste et musicologue Kenneth Gilbert signale que l'expression consacrée "niais de Sologne" se retrouve déjà dans le Dictionnaire de l'Académie française de 1694, date de sa première édition. Selon celui-ci, un "niais" est "un homme fin et adroit, qui fait semblant d'être simple". Le Dictionnaire ajoute aussi qu'on dit proverbialement "d'un homme adroit et alerte sur ce qui regarde son intérêt, et qui contrefait le simple, que c'est un niais de Sologne". Dans la Gavotte et six doubles [23], Kenneth Gilbert a observé que les trois premières variations ressemblent, par leur écriture, aux trois premières variations de la troisième suite de Handel de 1720. Bien plus qu'un simple décalque, le musicologue canadien y voit un hommage au grand musicien allemand. Rameau a considérablement élargi la technique du clavier au moyens de "batteries", de sauts d'intervalles extrêmement grands, de croisements de mains, etc. Bien qu'utilisées de façon différente, ces innovations, qui sont le résultat de recherches indépendantes, n'ont d'équivalent que dans les sonates de Scarlatti.

Jacques Duphly (1715-1789) est né à Rouen où il a étudié avec Dagincour. Il décide plus tard de tenter sa chance à Paris, se faisant entendre dans les salons de musique parisiens comme claveciniste. Il s'installe dans la capitale en 1742, sans fonctions officielles, ne vivant vraisemblablement que de ses leçons de clavecin. Il passe pour être l'un des meilleurs maîtres de Paris et représente la dernière génération des clavecinistes français, avec Armand-Louis Couperin, Balbastre et quelques autres. Duphly compose quatre livres de clavecin. Près de vingt-cinq ans s'écoulent entre la composition du premier (1744) et celle du dernier (1768). Son œuvre est marquée par l'influence de Rameau. Plusieurs pièces portent des noms d'amis ou d'élèves: La Boucon (nièce de la première femme de J.B. Forqueray), La de La Tour (peintre), La Félix (musicien), La Madin (abbé), La Victoire (seconde fille de Louis XV), etc. La Forqueray [14], sombre pièce tirée de son troisième livre, exploite les registres grave et moyen du clavecin et rappelle les transcriptions pour clavecin des pièces de viole d'Antoine Forqueray.

Les Anglais: Byrd, Gibbons et Purcell William

Byrd (1543-1623) a été le compositeur le plus important sous les règnes d'Élisabeth 1re et de Jacques 1er. Sa réputation, en son temps, était très grande et on l'a décrit comme étant le père de la musique anglaise ("Father of British Music"). En 1575, Byrd a obtenu de la reine Élisabeth, avec Thomas Tallis, qui fut probablement son maître, le privilège pour toute la musique imprimée en Angleterre pendant vingt et un ans. Élevé dans la foi catholique, Byrd réussit à garder sa religion et son poste à la cour malgré les difficultés que lui impose la nouvelle liturgie anglicane. Ses pièces de clavier, au nombre de 125, se retrouvent principalement dans trois recueils différents: Parthenia (1611), Fitzwilliam Virginal Book, d'où est tirée La Volta [8], et My Ladye Nevell's Booke.

Orlando Gibbons (1583-1625) est nommé organiste à la chapelle royale vers l'âge de vingt-deux ans. Il occupe ce poste toute sa vie. Il est surtout connu de son vivant comme organiste et virginaliste. La popularité de la mélodie de l'Italian Ground en do majeur [12] s'étend sur une longue période: Bull, Sweelinck, Frescobaldi et Buxtehude ont également écrit des variations sur ce même air. Henry Purcell (1659-1695) est l'un des plus grands compositeurs anglais avec Byrd. Son œuvre de clavier, cependant, est loin d'être aussi abondante que celle de son prédécesseur. D'ailleurs, il n'est pas certain que le Ground en do mineur [6] soit de lui. Cette pièce mélancolique est parfois attribuée au compositeur anglais William Croft (1678-1727).

© Luc Beauséjour
Date de sortie:
17 octobre 2000
Numéro d'album:
FL 2 3121
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Oeuvres célèbres pour clavecin

Couperin, François (1668 - 1733)
Les Barricades mystérieuses
1
Les Barricades mystérieuses
0,99 $
2:23
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Menuet en sol majeur, BWV Anh. 114
2
Menuet en sol majeur, BWV Anh. 114
0,99 $
1:29
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Gavotte en sol majeur, BWV 816
3
Gavotte en sol majeur, BWV 816
0,99 $
1:10
Daquin, Louis-Claude (1694 - 1772)
Le Coucou
4
Le Coucou
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2:05
Rameau, Jean-Philippe (1683 - 1764)
Les Niais de Sologne
5
Les Niais de Sologne
1,99 $
6:23
Purcell, Henry (1659 - 1695)
Ground en do mineur, ZD 221
6
Ground en do mineur (aussi attribué à William Croft)
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3:09
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Prélude en do mineur, BWV 999
7
Prélude en do mineur, BWV 999
0,99 $
1:39
Byrd, William (1543 - 1623)
La Volta
8
La Volta
0,99 $
1:14
Rameau, Jean-Philippe (1683 - 1764)
Tambourin
9
Tambourin
0,99 $
1:14
Handel, Georg Friedrich (1685 - 1759)
Le Forgeron harmonieux
10
Le Forgeron harmonieux
0,99 $
4:25
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Prélude en do majeur, BWV 846
11
Prélude en do majeur, BWV 846
0,99 $
2:03
Gibbons, Orlando (1583 - 1625)
Italian Ground
12
Italian Ground
0,99 $
1:48
Couperin, François (1668 - 1733)
Soeur Monique
13
Soeur Monique
0,99 $
3:23
Duphly, Jacques (1715 - 1789)
La Forqueray
14
La Forqueray
1,99 $
5:31
Scarlatti, Domenico (1685 - 1757)
Sonate en ré mineur, K. 141
15
Sonate en ré mineur, K. 141
0,99 $
3:06
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Invention en fa majeur, BWV 779
16
Invention en fa majeur, BWV 779
0,99 $
1:04
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Invention en si bémol majeur, BWV 785
17
Invention en si bémol majeur, BWV 785
0,99 $
1:38
Couperin, François (1668 - 1733)
Les Bergeries
18
Les Bergeries
0,99 $
4:24
Fischer, Johann Caspar Ferdinand (1656 - 1746)
Chaconne en fa majeur
19
Chaconne en fa majeur
0,99 $
4:59
Scarlatti, Domenico (1685 - 1757)
Sonate en ré majeur, K. 492
20
Sonate en ré majeur, K. 492
0,99 $
2:57
Scarlatti, Domenico (1685 - 1757)
Sonate en la majeur, K. 208
21
Sonate en la majeur, K. 208
0,99 $
2:55
Paradies, Pietro Domenico (1707 - 1791)
Sonate en la majeur (dernier mouvement)
22
Sonate en la majeur (dernier mouvement)
0,99 $
1:45
Rameau, Jean-Philippe (1683 - 1764)
Gavotte et six doubles
23
Gavotte et six doubles
1,99 $
7:28
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Oeuvres célèbres pour clavecin

Numéro d'album: FL 2 3121
Date de sortie: 17 octobre 2000

Période(s): RenaissanceBaroque

Genre(s): Clavecin, orgue, pianoforte (claviers)

Compositeurs:
Divers / Misc., | Bach, Johann Sebastian | Byrd, William | Couperin, François | Daquin, Louis-Claude | Duphly, Jacques | Fischer, Johann Caspar Ferdinand | Gibbons, Orlando | Handel, Georg Friedrich | Paradies, Pietro Domenico | Purcell, Henry | Rameau, Jean-Philippe | Scarlatti, Domenico

Interprètes:
Beauséjour, Luc



C'est à l'écoute des musiques de Bach, Couperin, Rameau et Scarlatti que ma fascination et mon amour pour le clavecin se sont développés. Depuis quelques années, je rêvais de réunir plusieurs œuvres qui m'ont particulièrement touché ou suivi tout au long de ma carrière de musicien.

Les nombreux récitals que j'ai donnés m'ont par ailleurs amené à constater que le clavecin était parfois moins bien connu que je ne le croyais, et ce, malgré le travail des grands pionniers et des excellents clavecinistes professionnels, aujourd'hui de plus en plus nombreux. J'ai donc pensé regrouper des pièces qui m'ont ému, impressionné ou amusé, de même que celles qui ont suscité un grand intérêt chez mes élèves ou parmi le public. Voici donc quelques-uns des plus beaux joyaux du répertoire de clavecin.

Le clavecin

Le fonctionnement du clavecin se distingue de celui du piano par le fait que ses cordes sont pincées plutôt que frappées. En cela, il s'apparente à la guitare et à la harpe. Son mécanisme est fort simple. Lorsqu'une touche de clavecin est enfoncée, elle soulève, à la manière d'un levier, une pièce de bois assez mince appelé sautereau. Celui-ci est muni en son extrémité supérieure d'un bec de plume qui "accroche" une corde métallique tendue. Au relevé de la touche, un étouffoir en feutre, fixé au sautereau, vient se poser sur la corde qui cesse alors de vibrer. Notons qu'un mécanisme permet au bec de faire un mouvement de recul pour empêcher que la corde soit de nouveau accrochée lorsque le sautereau redescend. De nos jours, on substitue très souvent aux becs de plumes, des becs en plastique souple.

Dans sa méthode L'Art de toucher le Clavecin, François Couperin recommande aux jeunes élèves d'utiliser des clavecins "emplumés très faiblement", car des becs de plumes taillés finement offrent moins de résistance sous les doigts. L'enfant évite ainsi, selon Couperin, "d'outrer ses petites mains pour faire parler les touches". Le clavecin compense son manque de nuances, entre autres, par ses timbres variés. Il comporte en général deux ou trois jeux qui ont des couleurs différentes. Par analogie à certains jeux de l'orgue, on a l'habitude de parler de jeux de huit pieds (8') et de jeu de quatre pieds (4') pour se référer à la hauteur du son. Un grand clavecin à deux claviers, de type français, comme celui utilisé sur cet enregistrement, possède trois jeux. Les cordes du jeu principal, qui correspondent au clavier inférieur, sonnent avec rondeur parce que leur point de pincement est plus éloigné du chevalet par rapport aux autres jeux. Les cordes du clavier supérieur parlent avec un timbre légèrement plus nasillard, leur point de pincement étant plus rapproché du chevalet. Pour apprécier la différence de timbre entre les deux jeux de huit pieds, écoutez le Menuet en sol majeur de Bach [2]. Les deux jeux y sont utilisés en alternance, en commençant d'abord par le clavier inférieur. Si on peut utiliser les jeux séparément, on peut également les réunir par "l'accouplement" des claviers, en poussant le clavier supérieur. Lorsque les touches du clavier inférieur sont enfoncées, elles entraînent celles du clavier supérieur et font entendre, pour chaque note jouée, le son de deux cordes pincées, d'où une sonorité plus pleine. La résistance sous les doigts du claveciniste augmente alors un peu.

Le Prélude en do majeur de Bach [11] fait entendre les deux jeux de huit pieds réunis au grand clavier. Le jeu de quatre pieds donne une autre couleur à la sonorité du clavecin. Ses cordes, plus courtes et plus fines, émettent des sons plus aigus. Elles parlent en fait à l'octave supérieure par rapport au jeu de huit pieds. Rarement utilisé seul, le jeu de quatre pieds ajoute du brillant et de la légèreté lorsqu'il est combiné au jeu de huit pieds inférieur. Pour illustrer le mélange de ces deux hauteurs de son, je vous recommande l'écoute du Coucou [4] de Louis-Claude Daquin. La combinaison des trois jeux, c'est-à-dire la réunion des deux huit pieds et du quatre pieds, donne une grande plénitude sonore à l'instrument. Remarquons que c'est au clavier inférieur qu'il est possible d'additionner les différents jeux. Le clavier supérieur fait toujours entendre le seul même huit pieds et peut ainsi être utilisé, en alternance avec le grand clavier, pour un contraste de timbre et de dynamique.

La pièce de Jean-Philippe Rameau, Tambourin [9], fait entendre un clavecin plein et brillant. Seule la toute fin de la pièce est jouée au clavier supérieur. Enfin, il est possible de modifier le timbre d'un huit pieds. L'action d'une manette permet à de petits morceaux de peaux de buffle de venir s'appuyer contre les cordes. Ils coupent ainsi une bonne partie de la résonance de la corde, qui produit alors un son évoquant celui du luth. C'est ce qu'on nomme le jeu de luth. Il peut être entendu, entre autres, dans le Prélude en do mineur de Bach [7].


Les compositeurs et les œuvres Les Allemands: Fischer, Bach et Handel

On sait relativement peu de choses sur les origines, la vie et la carrière de Johann Caspar Ferdinand Fischer (?1670-1746). Selon la page de titre de son opus 1, Le Journal du printems, on déduit que Fischer est Kapellmeister à la résidence du margrave Ludwig de Bade, à Schlackenwerth (Bohême), depuis au moins 1695. Son œuvre d'orgue Ariadne musica date de 1702 et contient 20 préludes et fugues dans autant de tonalités différentes, précédant Jean-Sébastien Bach et ses 24 préludes et fugues du Clavier bien tempéré. Ce dernier, ainsi que Handel, connaissait la musique instrumentale de Fischer. Dans le recueil intitulé Musicalischer Parnassus (Le Parnasse musical), publié en 1738 et où Fischer s'in-spire de l'art français de Lully, chacune des neuf suites porte le nom d'une muse. La Chaconne en fa majeur [19] clôt la suite Euterpe, muse de la musique.

Des générations de jeunes pianistes ont travaillé des pièces du Petit Livre d'Anna Magdalena Bach. Seconde épouse de Jean-Sébastien Bach (1685-1750), et de 16 ans sa cadette, la chanteuse Anna Magdalena Wilcke est issue d'une famille de musiciens. Son père était trompettiste à la cour et elle-même possédait une très belle voix de soprano. Le Petit Livre (Clavierbüchlein) d'Anna Magdalena, daté de 1725, renferme en majorité des œuvres de Bach, mais également des pièces d'autres compositeurs tels que Carl Philipp Emanuel Bach (deuxième fils de Jean-Sébastien), Böhm, Stölzel et Couperin. Le Menuet en sol majeur [2], du Petit Livre, a en fait été composé par Christian Petzold, organiste et compositeur allemand estimé en son temps. Le Prélude en do majeur [11] figure lui aussi dans le même album musical de la famille Bach. Cette dernière composition fut aussi utilisée par Bach pour ouvrir le premier livre du Clavier bien tempéré, fascinant monument auquel Bach travaille en 1722. Ce projet regroupera 24 préludes et fugues dans toutes les tonalités majeures et mineures. La Gavotte en sol majeur [3] appartient à la cinquième Suite française. Cette danse, selon le compositeur allemand et lexicographe Johann Gottfried Walther (1684-1748), est souvent rapide mais occasionnellement lente, tandis que pour le compositeur et théoricien allemand Johann Mattheson (1681-1764), la gavotte est débordante de joie.

Le recueil des 15 inventions à deux voix et des 15 sinfonias à trois voix (1723), dont la huitième Invention en fa majeur [16] et la quinzième Invention en si bémol majeur [17] font partie, contient une préface de Bach énonçant les deux objectifs du compositeur. Le maître souhaite "apprendre à l'élève à jouer correctement à deux et à trois voix et surtout à acquérir dans l'exécution une manière bien chantante". Il espère aussi "donner dès le départ un goût solide en matière de composition". Le Prélude en do mineur [7], délice de bien des guitaristes, provient d'une suite de luth. La transparence de sa texture, plus simple que les œuvres spécifiquement destinées au clavier, est bien en accord avec la résonance profonde du luth baroque. Au clavecin, cette pièce s'accommode fort bien du jeu de luth.

Exact contemporain de Bach, George Frideric Handel (1685-1759) quitte l'Allemagne, séjourne longuement en Italie, puis s'installe définitivement à Londres pour y faire carrière. L'auteur du célèbre Messie jouit d'une grande renommée de son vivant. Son abondante production, constituée surtout d'opéras et d'oratorios, compte aussi plusieurs œuvres pour le clavier. Afin de corriger des copies manuscrites fautives de quelques-unes de ses suites qui circulaient alors, Handel s'est senti obligé de publier sa propre édition. L'occasion lui permit d'ajouter de nouvelles suites pour compléter son recueil de 1720 intitulé en français Suites de pièces pour le Clavecin. Ce recueil est aussi connu aujourd'hui sous le nom "Les huit grandes suites". Le xixe siècle a baptisé les Variations de la cinquième suite en mi majeur "Le Forgeron harmonieux" [10]. La légende veut que Handel, surpris par un orage subit en pleine campagne, se soit réfugié sous l'appentis d'un gai forgeron qui, tout en martelant joyeusement son enclume, sifflotait ou chantait à tue-tête cet air sublime à qui voulait l'entendre! Quoi qu'il en soit, le charme irrésistible de cette pièce en a fait l'une des œuvres les plus connues du répertoire de clavecin.

Les Italiens: Scarlatti et Paradies

C'est auprès de son père que le napolitain Domenico Scarlatti (1685-1757) fait son apprentissage de la musique. Sa réputation repose surtout sur ses 555 sonates pour clavecin. Le grand tournant de la carrière de Scarlatti survient en 1719 au moment où il s'installe à Lisbonne comme maître de chapelle du roi. Il est alors chargé de l'éducation musicale du frère du roi et surtout de celle de la princesse Maria Barbara, pour laquelle il a écrit ses fameuses sonates. En 1729, Maria Barbara épouse l'infant d'Espagne, le futur Ferdinand IV. Scarlatti la suit à Madrid. Passionné par le folklore ibérique, Scarlatti incorpore dans sa musique des éléments d'influence espagnole et portugaise qui rappellent la technique de la guitare et le flamenco andalou. En général, ses sonates obéissent au même plan de composition: un seul mouvement divisé en deux parties, chacune devant en principe être jouée deux fois. L'un des procédés chers à Scarlatti utilisé dans plusieurs sonates, notamment dans la Sonate en ré mineur (K. 141) [15], aux notes répétées, et dans la lumineuse Sonate en la majeur (K. 208) [21], est l'emploi de l'acciaccatura ou "écrasement". Ce procédé consiste à attaquer un accord en l'accompagnant d'âpres dissonances qui peuvent surprendre à l'audition. La brillante Sonate en ré majeur (K. 492) [20], quant à elle, réunit plusieurs difficultés techniques: trilles, gammes rapides, sauts et arpèges. Résolument joyeuse, cette sonate fait néanmoins entendre quelques accents plaintifs qui viennent troubler momentanément ce feu d'artifice. Le compositeur italien Paradies (1707-1791) est également né à Naples. Il fut probablement l'élève de Porpora. Après avoir présenté plusieurs opéras en Italie, il a choisi de s'établir à Londres, en 1747, où il fut surtout connu comme un excellent professeur de chant et de clavecin. La date de son retour en Italie n'est pas certaine, mais il semble bien que Paradies ait passé les quinze ou vingt dernières années de sa vie dans son pays d'origine. Ses douze sonates de clavecin, Sonate di Gravicembalo, parues en 1754 et rééditées plusieurs fois au cours des décennies suivantes, lui ont assuré la postérité. L'Allegro de la sixième Sonate en la majeur [22] est célèbre et surtout connu sous l'appellation de Toccata. Cette pièce brillante, en mouvement perpétuel, avec ses marches d'harmonie, réjouit par sa bonne humeur et sa volubilité tout italienne.

Les Français: Couperin, Rameau, Daquin et Duphly

François Couperin (1668-1733) appartient à une dynastie de musiciens. Il est célèbre, entre autres, pour ses quatre livres de pièces de clavecin groupées en 27 Ordres (une autre appellation pour "suite"), ce qui représente quelque 220 pièces au total. Il a aussi écrit L'Art de toucher le Clavecin, une méthode rassemblant de précieux conseils pour l'interprétation. Plusieurs pièces de Couperin sont écrites dans la forme rondeau, comme c'est le cas des trois pièces du présent enregistrement, c'est-à-dire avec une alternance d'un refrain et de couplets différents. Ses pièces portent souvent un titre poétique ou le nom d'un personnage dont il dépeint un trait de caractère. Les Barricades mystérieuses [1] — Les Baricades mistérieuses dans l'orthographe originale — appartiennent au deuxième livre et sont tirées du 6e Ordre; elles utilisent le registre grave du clavecin. Le style "luthé" employé ici par Couperin fait sonner le clavecin d'une manière admirable. Les Bergeries [18], également tirées du 6e Ordre, se retrouvent dans Le Petit Livre d'Anna Magdalena Bach dans une version simplifiée. Sœur Monique [13] est une charmante pièce du 18e Ordre, provenant du troisième livre. Sa mélodie très chantante et facile à mémoriser épouse un rythme berceur. Louis-Claude Daquin (1694-1772) fait grande impression dès son jeune âge. À six ans, il joue à la cour et devant Louis XIV lui-même. À 12 ans, il devient organiste assistant de Marin de La Guerre, à la Sainte-Chapelle. En 1727, il gagne le concours l'opposant à Jean-Philippe Rameau et à quelques autres candidats au poste d'organiste à Saint-Paul. En 1732, il succède à Marchand, de qui il fut l'élève, comme organiste aux Cordeliers et, en 1739, consécration suprême, il devient organiste du roi, remplaçant Dandrieu. Son œuvre connue se résume principalement à un livre de noëls et à son Premier Livre de pièces de clavecin (1735) qui contient de nombreuses pièces descriptives comme Le Coucou [4], Les Vents en couroux [sic], etc. Ses contemporains racontent que le public se bousculait pour l'entendre en concert. Selon son fils Pierre-Louis, ses qualités étaient nombreuses: "beau génie, mains brillantes, harmonie pure, de la force, de la précision, du touchant, de la rapidité". 

Originaire de Dijon, Jean-Philippe Rameau (1683-1764) est fils d'organiste. À 18 ans, il étudie en Italie. De retour en France, il occupe différents postes d'organiste dans plusieurs villes telles que Avignon, Clermont, Paris et Dijon. Rameau est aussi théoricien. Du Traité de l'harmonie réduite à ses principes naturels (1722) jusqu'à sa mort, Rameau n'a jamais dissocié sa réflexion de sa création. À la fin de 1722, il retourne à Paris, où il restera jusqu'à la fin de sa vie. Si la musique de clavecin de Jean-Philippe Rameau est de première importance, il ne faut pas oublier que ses 29 opéras constituent l'essentiel de son œuvre. Signalons que bon nombre de pièces de clavecin furent utilisées dans ses opéras, en version orchestrale. L'œuvre pour clavecin est répartie en trois livres auxquels s'ajoute le livre des Pièces de clavecin en concert. Le vif Tambourin [9] et Les Niais de Sologne [5] proviennent du deuxième livre, daté de 1724. Faut-il entendre le mot "niais" dans son sens premier, "niais" signifiant "qui n'est pas encore sorti du nid" ? À cette question le claveciniste et musicologue Kenneth Gilbert signale que l'expression consacrée "niais de Sologne" se retrouve déjà dans le Dictionnaire de l'Académie française de 1694, date de sa première édition. Selon celui-ci, un "niais" est "un homme fin et adroit, qui fait semblant d'être simple". Le Dictionnaire ajoute aussi qu'on dit proverbialement "d'un homme adroit et alerte sur ce qui regarde son intérêt, et qui contrefait le simple, que c'est un niais de Sologne". Dans la Gavotte et six doubles [23], Kenneth Gilbert a observé que les trois premières variations ressemblent, par leur écriture, aux trois premières variations de la troisième suite de Handel de 1720. Bien plus qu'un simple décalque, le musicologue canadien y voit un hommage au grand musicien allemand. Rameau a considérablement élargi la technique du clavier au moyens de "batteries", de sauts d'intervalles extrêmement grands, de croisements de mains, etc. Bien qu'utilisées de façon différente, ces innovations, qui sont le résultat de recherches indépendantes, n'ont d'équivalent que dans les sonates de Scarlatti.

Jacques Duphly (1715-1789) est né à Rouen où il a étudié avec Dagincour. Il décide plus tard de tenter sa chance à Paris, se faisant entendre dans les salons de musique parisiens comme claveciniste. Il s'installe dans la capitale en 1742, sans fonctions officielles, ne vivant vraisemblablement que de ses leçons de clavecin. Il passe pour être l'un des meilleurs maîtres de Paris et représente la dernière génération des clavecinistes français, avec Armand-Louis Couperin, Balbastre et quelques autres. Duphly compose quatre livres de clavecin. Près de vingt-cinq ans s'écoulent entre la composition du premier (1744) et celle du dernier (1768). Son œuvre est marquée par l'influence de Rameau. Plusieurs pièces portent des noms d'amis ou d'élèves: La Boucon (nièce de la première femme de J.B. Forqueray), La de La Tour (peintre), La Félix (musicien), La Madin (abbé), La Victoire (seconde fille de Louis XV), etc. La Forqueray [14], sombre pièce tirée de son troisième livre, exploite les registres grave et moyen du clavecin et rappelle les transcriptions pour clavecin des pièces de viole d'Antoine Forqueray.

Les Anglais: Byrd, Gibbons et Purcell William

Byrd (1543-1623) a été le compositeur le plus important sous les règnes d'Élisabeth 1re et de Jacques 1er. Sa réputation, en son temps, était très grande et on l'a décrit comme étant le père de la musique anglaise ("Father of British Music"). En 1575, Byrd a obtenu de la reine Élisabeth, avec Thomas Tallis, qui fut probablement son maître, le privilège pour toute la musique imprimée en Angleterre pendant vingt et un ans. Élevé dans la foi catholique, Byrd réussit à garder sa religion et son poste à la cour malgré les difficultés que lui impose la nouvelle liturgie anglicane. Ses pièces de clavier, au nombre de 125, se retrouvent principalement dans trois recueils différents: Parthenia (1611), Fitzwilliam Virginal Book, d'où est tirée La Volta [8], et My Ladye Nevell's Booke.

Orlando Gibbons (1583-1625) est nommé organiste à la chapelle royale vers l'âge de vingt-deux ans. Il occupe ce poste toute sa vie. Il est surtout connu de son vivant comme organiste et virginaliste. La popularité de la mélodie de l'Italian Ground en do majeur [12] s'étend sur une longue période: Bull, Sweelinck, Frescobaldi et Buxtehude ont également écrit des variations sur ce même air. Henry Purcell (1659-1695) est l'un des plus grands compositeurs anglais avec Byrd. Son œuvre de clavier, cependant, est loin d'être aussi abondante que celle de son prédécesseur. D'ailleurs, il n'est pas certain que le Ground en do mineur [6] soit de lui. Cette pièce mélancolique est parfois attribuée au compositeur anglais William Croft (1678-1727).

© Luc Beauséjour
1
Divers / Misc.,
Couperin, François (1668 - 1733)
Les Barricades mystérieuses
2:23
2
Divers / Misc.,
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Menuet en sol majeur, BWV Anh. 114
1:29
3
Divers / Misc.,
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Gavotte en sol majeur, BWV 816
1:10
4
Divers / Misc.,
Daquin, Louis-Claude (1694 - 1772)
Le Coucou
2:05
5
Divers / Misc.,
Rameau, Jean-Philippe (1683 - 1764)
Les Niais de Sologne
6:23
6
Divers / Misc.,
Purcell, Henry (1659 - 1695)
Ground en do mineur, ZD 221
3:09
7
Divers / Misc.,
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Prélude en do mineur, BWV 999
1:39
8
Divers / Misc.,
Byrd, William (1543 - 1623)
La Volta
1:14
9
Divers / Misc.,
Rameau, Jean-Philippe (1683 - 1764)
Tambourin
1:14
10
Divers / Misc.,
Handel, Georg Friedrich (1685 - 1759)
Le Forgeron harmonieux
4:25
11
Divers / Misc.,
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Prélude en do majeur, BWV 846
2:03
12
Divers / Misc.,
Gibbons, Orlando (1583 - 1625)
Italian Ground
1:48
13
Divers / Misc.,
Couperin, François (1668 - 1733)
Soeur Monique
3:23
14
Divers / Misc.,
Duphly, Jacques (1715 - 1789)
La Forqueray
5:31
15
Divers / Misc.,
Scarlatti, Domenico (1685 - 1757)
Sonate en ré mineur, K. 141
3:06
16
Divers / Misc.,
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Invention en fa majeur, BWV 779
1:04
17
Divers / Misc.,
Bach, Johann Sebastian (1685 - 1750)
Invention en si bémol majeur, BWV 785
1:38
18
Divers / Misc.,
Couperin, François (1668 - 1733)
Les Bergeries
4:24
19
Divers / Misc.,
Fischer, Johann Caspar Ferdinand (1656 - 1746)
Chaconne en fa majeur
4:59
20
Divers / Misc.,
Scarlatti, Domenico (1685 - 1757)
Sonate en ré majeur, K. 492
2:57
21
Divers / Misc.,
Scarlatti, Domenico (1685 - 1757)
Sonate en la majeur, K. 208
2:55
22
Divers / Misc.,
Paradies, Pietro Domenico (1707 - 1791)
Sonate en la majeur (dernier mouvement)
1:45
23
Divers / Misc.,
Rameau, Jean-Philippe (1683 - 1764)
Gavotte et six doubles
7:28