Premiers Songes

Premiers songes


Le projet Premiers songes représente à la fois un retour aux sources et une renaissance pour Constantinople. Il est le commencement d’un nouveau cycle.

L’ensemble est né, il y a une dizaine d’années, autour de la rencontre des mondes sonores, musicaux et culturels de deux instruments, le sétar et le luth européen, l’un monodique et dessinant des contours mélodiques sur les basses et schémas harmoniques de l’autre. Ce dialogue se compléta avec l’ajout des percussions virtuoses et si bien complémentaires de Ziya Tabassian et de l’univers de l’instrument la viole de gambe qui joue tantôt le rôle de basse et tantôt celui de voix soliste. Depuis sa création, l’ensemble a traversé terres et mers pour explorer de nouveaux projets issus de rencontres musicales originales entre les manuscrits du passé et les traditions musicales vivantes. Animé par une constante volonté à se renouveler à travers la création, ses projets puisent leur matière dans un terreau existant, tout en laissant place à une savante improvisation.

Ce nouveau cycle débute avec Premiers Songes, où le sétar, la guitare baroque, les percussions et la viole de gambe côtoient la voix de notre collaboratrice de longue date, Françoise Atlan, autour des basses obstinées des différencias espagnoles et mexicaines de l’ère baroque. Ces basses continues, tirées principalement des œuvres de Lucas Ruis Ribayaz (c.1626-c.1667) et de Santiago de Murcia (c.1682-c.1740), deux instrumentistes-compositeurs espagnols dont les œuvres ont été largement diffusées et jouées au Mexique du XVIIe et XVIIIe siècle, nous ont servi comme point de départ pour recréer à la fois des œuvres instrumentales et vocales.

Pour recréer autour d’une musique, nous avons sondé les bases culturelles de ce Nouveau Monde si prometteur et sommes allé chercher au cœur du Mexique baroque ce qui sculptait l’esprit des compositeurs de cette époque: la trame d’une musique, quelques écrits, la grandeur des cathédrales et la richesse des bibliothèques.

Le contexte culturel du Mexique à cette poque est fascinant. Une forte influence espagnole marque la société et par conséquent le répertoire. Cependant la culture baroque du Mexique se différencie de sa proche cousine espagnole grâce à un syncrétisme à la fois religieux et culturel. Une figure intellectuelle majeure, tant pour le Mexique que pour l’Espagne, marque l’esprit de toute une époque : Sor Juana Inés de la Cruz (c.1648/51-c.1695), première grande poète de l’Amérique Latine.

Sa poésie et ses textes enflammés nous ont bouleversés. La musicalité de ses vers nous a inspiré l’envie de faire revivre ses écrits. Figure intellectuelle, Sor Juana Inés dela Cruz composait également de la musique et possédait un talent indéniable de chanteuse. Cependant ses partitions et compositions ont disparu. Pour faire face à cette lacune, nous avons sélectionné quelques-uns de ses poèmes et les avons mis en musique sur les basses continues bien connues de son époque. Dans la continuité de ce travail de (re)création, nous avons choisi d’associer le compositeur canadien Michael Oesterle au projet et l’avons invité à écrire une pièce. Partageant une même fascination pour la poésie et l’époque de Sor Juana, il signe Tres sonetos, lecture toute personnelle de l’œuvre de la célèbre érudite.

Durant tout le processus de notre travail de création, nous gardions en esprit une image de Sor Juana en train de jouer et de chanter ses poèmes sur ces basses obstinées. Françoise Atlan, qui interprète pour la première fois un répertoire baroque, prête sa voix chaude et unique à ce projet. Partie prenante au processus créatif et véritable restauratrice d’un passé flamboyant, elle met ses capacités exceptionnelles au service des poèmes de cette figure essentielle du monde littéraire et intellectuel. Les dialogues virtuoses entre la guitare baroque, le sétar perse, la viole de gambe et les percussions reprennent l’univers sonore unique et si caractéristique de notre ensemble. Un univers à la fois ancien et nouveau, teinté de sonorités méditerranéennes et moyen-orientales, avec cette fois l’audace d’un regard porté vers le Nouveau-Monde, nourri de respect et d’admiration pour l’une des plus célèbres érudites de la Nouvelle Espagne, Sor Juana Inés de la Cruz.

Sor Juana Inés de la Cruz


La vie de Sor Inés est relativement bien connue, même si subsistent des incertitudes naturelles si l’on considère que trois siècles nous en séparent, sans parler de l’éloignement géographique. La singularité de sa personnalité explique la fascination qu’elle a suscitée, la biographie (1982) que lui a consacrée l’homme de lettres et diplomate mexicain Octavio Paz (1914-1998), Prix Nobel de littérature en 1990, constituant une source de renseignements indispensables. La première source demeure toutefois l’autobiographie que Sor Inés écrivit elle-même, une Réponse à Sœur Philothée de la Croix publiée en 1691 qui, au passage, provoqua une polémique virulente dans les milieux intellectuels. Née à San Miguel Nepantla au Mexique (la Nueva España, comme on disait à l’époque) en 1651 ou en 1648 selon certains chercheurs, morte à Mexico en 1695, Juana Inés de Asbaje y Ramírez de Santillana serait fille d’un aventurier qui ne reconnut jamais sa paternité et d’une propriétaire terrienne qui jamais ne se maria. Dans un monde où l’accès à la connaissance et, plus précisément, aux études était impossible, la jeune Inés montra des dons intellectuels spectaculairement précoces (elle écrivit son premier texte à sept ans!) et s’insurgea contre les préjugés en montant le projet de se déguiser en homme pour faire ses études. Projet non réalisé, mais en 1664, sa mère l’envoya à Mexico. Des dispositions aussi remarquables attirèrent l’attention du Marquis de Mancera, vice-roi du Mexique charmé par cet exemple si rare en ces temps d’une femme poétesse, dotée d’un tempérament doux et aimable. Rapidement, devenue dame de compagnie de la vice-reine, la jeune femme se montra aussi brillante en littérature qu’en philosophie, théologie, mathématique ou astronomie, sans oublier la musique! Elle écrit avec gourmandise, commettant poèmes, pièces de théâtre et textes destinés à être chantés à l’église, ces fameux villancicos si typiques de la musique espagnole et composantes essentielles des grandes fêtes religieuses de l’Empire. Juana ne pense qu’aux arts et aux sciences, ayant pleine conscience que le monde monacal pouvait lui offrir la possibilité de s’y adonner entièrement. Une première tentative d’entrer dans un couvent du Carmel échoue. En 1669, elle parvint à ses fins et tourna définitivement le dos à sa vie mondaine brillante en prenant le voile pour devenir Sor Inés de la Cruz au monastère des «Jeronimas de Puebla», continuant à écrire et toujours source de fascination pour ses compatriotes à travers le monde. Au monastère, Sor Inés pouvait développer librement ses immenses capacités intellectuelles et s’adonner à son amour de la littérature.

Ce qui fait l’immense intérêt de son œuvre, c’est assurément les nombreuses perspectives qu’elle tolère. Considérée par certains comme l’expression aboutie d’un certain classicisme espagnol, Sor Inés incarne pour d’autres la première expression d’une identité américaine véritable, les deux angles de lecture possédant l’un et l’autre des justifications certaines. Ainsi, Primer Sueño qui décrit les voyages oniriques de l’âme humaine s’inscrit dans une tradition espagnole dont le représentant le plus évident est Luis de Góngora (1561-1627) alors que ses textes théâtraux ne peuvent s’affranchir de son admiration pour Calderón. Mais Octavio Paz indique dans son essai que nombre de passages, notamment Primer Sueño, s’inscrivent dans la tradition hermétique, voire mystique, du Jésuite Athanasius Kircher. Les polémiques naissant avec sa Réponse à Sœur Philothée de La Croix illustrent avec acuité les problèmes soulevés par l’existence d’une femme aussi brillante. Attaquée par une lettre suggérant qu’elle abandonne littérature et sciences pour se concentrer sur la théologie, Sor Inés réplique par un texte admirable de conviction, véritable éloge de la femme, égratignant au passage le pouvoir exorbitant accordé à l’Inquisition. Sa personnalité si appréciée de ses contemporains se doublait d’un esprit opiniâtre et décidée. Défendant la place de la femme dans la société, Sor Inés ne pouvait manquer d’élargir ses plaidoyers enflammées aux autres victimes des préjugés sociaux : couvant les prostituées d’un regard compatissant, elle fut aussi l’une des porte-parole du droit des esclaves noirs ou des autochtones dans les possessions espagnoles. La Réponse lui attira cependant les foudres de l’archevêque de Mexico qui prit une position ferme sur les «errements» de Sor Inés. Cette dernière, plutôt que de subir la censure, cessa d’écrire. Au final, une part infime de l’œuvre de Sor Inés nous est parvenue, un quart de sa production étant constitué de chants religieux, le tout étant regroupé de nos jours sous le titre d’Œuvres complètes. La légende veut que ce soit la vice-reine du Mexique elle-même qui se soit attachée à leur sauvegarde, preuve que la voix unique de Sor Inés avait trouvé un écho profond dans son entourage. De même, l’on sait maintenant que ses textes furent mis en musique pendant plus d’un siècle (jusque dans les années 1780) par les compositeurs les plus importants d’Amérique du Sud, quitte à «adapter» sa poésie aux pratiques locales. Il est émouvant d’entendre à nouveau, par-delà les siècles, une voix qui se tut, étouffée par la convention d'une époque, mais éternelle dans sa lutte pour la liberté.
Date de sortie:
29 mars 2011
Numéro d'album:
AN 2 9989
Périodes:
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Premiers Songes

Santiago de Murcia (1673-1739)/Gaspar Sanz c.1640-c.1710),
Marionas
1
Marionas
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Lucas Ruis Ribayaz (c.1626-c.1667)/Santiago de Murcia (1673-1739),
Premiers songes
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Premiers songes
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Lucas Ruis Ribayaz (c.1626-c.1667)/Gaspar Sanz (c.1640-c.1710),
Detente, sombra de mi bien esquivo
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Detente, sombra de mi bien esquivo
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Sanz, Gaspar (1640 - 1710)
Traigo conmigo un cuidado
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Traigo conmigo un cuidado
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Lucas Ruis Ribayaz (c.1626-c.1667)/Santiago de Murcia (1673-1739),
Pabanas
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Pabanas
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Ruis Ribayaz , Lucas
Las fuentes mi voz socorran
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Las fuentes mi voz socorran
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Anonyme/Anonymous,
La Petenera / La Serena
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La Petenera / La Serena
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Oesterle, Michael (1968 - )
Tres Sonetos
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En que satisface un recelo con la retórica del Ilanto (Soneto 164)
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Escoge antes el morir que exponerse a los ultrajes de la vejez (Soneto 148)
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10
Que contiene una fantasía contenta con amor decente (Soneto 165)
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3:18
de Murcia, Santiago (1673 - 1739)
Afuera, afuera, ansias mias
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Afuera, afuera, ansias mias
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Sanz, Gaspar (1640 - 1710)
Canarios
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Canarios
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de Murcia, Santiago (1673 - 1739)
Fandango
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Fandango
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Ruis Ribayaz , Lucas
Paradetas
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Paradetas
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Ruis Ribayaz , Lucas
Prolija memoria
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Prolija memoria
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Anonyme/Anonymous,
Las vacas
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Las vacas
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Premiers Songes

Numéro d'album: AN 2 9989
Date de sortie: 29 mars 2011

Période(s): Baroque

Genre(s): Musique de chambreRécital vocalLuth, mandoline, guitareMusique du monde et latin

Compositeurs:
Divers / Misc., | Santiago de Murcia (1673-1739)/Gaspar Sanz c.1640-c.1710), | Lucas Ruis Ribayaz (c.1626-c.1667)/Santiago de Murcia (1673-1739), | Lucas Ruis Ribayaz (c.1626-c.1667)/Gaspar Sanz (c.1640-c.1710), | Sanz, Gaspar | Ruis Ribayaz , Lucas | de Murcia, Santiago | Oesterle, Michael | Anonyme/Anonymous,

Interprètes:
Constantinople, | Tabassian, Kiya | Tabassian, Ziya | Martel, Pierre-Yves | Atlan, Françoise | Solinis, Enrique



Premiers songes


Le projet Premiers songes représente à la fois un retour aux sources et une renaissance pour Constantinople. Il est le commencement d’un nouveau cycle.

L’ensemble est né, il y a une dizaine d’années, autour de la rencontre des mondes sonores, musicaux et culturels de deux instruments, le sétar et le luth européen, l’un monodique et dessinant des contours mélodiques sur les basses et schémas harmoniques de l’autre. Ce dialogue se compléta avec l’ajout des percussions virtuoses et si bien complémentaires de Ziya Tabassian et de l’univers de l’instrument la viole de gambe qui joue tantôt le rôle de basse et tantôt celui de voix soliste. Depuis sa création, l’ensemble a traversé terres et mers pour explorer de nouveaux projets issus de rencontres musicales originales entre les manuscrits du passé et les traditions musicales vivantes. Animé par une constante volonté à se renouveler à travers la création, ses projets puisent leur matière dans un terreau existant, tout en laissant place à une savante improvisation.

Ce nouveau cycle débute avec Premiers Songes, où le sétar, la guitare baroque, les percussions et la viole de gambe côtoient la voix de notre collaboratrice de longue date, Françoise Atlan, autour des basses obstinées des différencias espagnoles et mexicaines de l’ère baroque. Ces basses continues, tirées principalement des œuvres de Lucas Ruis Ribayaz (c.1626-c.1667) et de Santiago de Murcia (c.1682-c.1740), deux instrumentistes-compositeurs espagnols dont les œuvres ont été largement diffusées et jouées au Mexique du XVIIe et XVIIIe siècle, nous ont servi comme point de départ pour recréer à la fois des œuvres instrumentales et vocales.

Pour recréer autour d’une musique, nous avons sondé les bases culturelles de ce Nouveau Monde si prometteur et sommes allé chercher au cœur du Mexique baroque ce qui sculptait l’esprit des compositeurs de cette époque: la trame d’une musique, quelques écrits, la grandeur des cathédrales et la richesse des bibliothèques.

Le contexte culturel du Mexique à cette poque est fascinant. Une forte influence espagnole marque la société et par conséquent le répertoire. Cependant la culture baroque du Mexique se différencie de sa proche cousine espagnole grâce à un syncrétisme à la fois religieux et culturel. Une figure intellectuelle majeure, tant pour le Mexique que pour l’Espagne, marque l’esprit de toute une époque : Sor Juana Inés de la Cruz (c.1648/51-c.1695), première grande poète de l’Amérique Latine.

Sa poésie et ses textes enflammés nous ont bouleversés. La musicalité de ses vers nous a inspiré l’envie de faire revivre ses écrits. Figure intellectuelle, Sor Juana Inés dela Cruz composait également de la musique et possédait un talent indéniable de chanteuse. Cependant ses partitions et compositions ont disparu. Pour faire face à cette lacune, nous avons sélectionné quelques-uns de ses poèmes et les avons mis en musique sur les basses continues bien connues de son époque. Dans la continuité de ce travail de (re)création, nous avons choisi d’associer le compositeur canadien Michael Oesterle au projet et l’avons invité à écrire une pièce. Partageant une même fascination pour la poésie et l’époque de Sor Juana, il signe Tres sonetos, lecture toute personnelle de l’œuvre de la célèbre érudite.

Durant tout le processus de notre travail de création, nous gardions en esprit une image de Sor Juana en train de jouer et de chanter ses poèmes sur ces basses obstinées. Françoise Atlan, qui interprète pour la première fois un répertoire baroque, prête sa voix chaude et unique à ce projet. Partie prenante au processus créatif et véritable restauratrice d’un passé flamboyant, elle met ses capacités exceptionnelles au service des poèmes de cette figure essentielle du monde littéraire et intellectuel. Les dialogues virtuoses entre la guitare baroque, le sétar perse, la viole de gambe et les percussions reprennent l’univers sonore unique et si caractéristique de notre ensemble. Un univers à la fois ancien et nouveau, teinté de sonorités méditerranéennes et moyen-orientales, avec cette fois l’audace d’un regard porté vers le Nouveau-Monde, nourri de respect et d’admiration pour l’une des plus célèbres érudites de la Nouvelle Espagne, Sor Juana Inés de la Cruz.

Sor Juana Inés de la Cruz


La vie de Sor Inés est relativement bien connue, même si subsistent des incertitudes naturelles si l’on considère que trois siècles nous en séparent, sans parler de l’éloignement géographique. La singularité de sa personnalité explique la fascination qu’elle a suscitée, la biographie (1982) que lui a consacrée l’homme de lettres et diplomate mexicain Octavio Paz (1914-1998), Prix Nobel de littérature en 1990, constituant une source de renseignements indispensables. La première source demeure toutefois l’autobiographie que Sor Inés écrivit elle-même, une Réponse à Sœur Philothée de la Croix publiée en 1691 qui, au passage, provoqua une polémique virulente dans les milieux intellectuels. Née à San Miguel Nepantla au Mexique (la Nueva España, comme on disait à l’époque) en 1651 ou en 1648 selon certains chercheurs, morte à Mexico en 1695, Juana Inés de Asbaje y Ramírez de Santillana serait fille d’un aventurier qui ne reconnut jamais sa paternité et d’une propriétaire terrienne qui jamais ne se maria. Dans un monde où l’accès à la connaissance et, plus précisément, aux études était impossible, la jeune Inés montra des dons intellectuels spectaculairement précoces (elle écrivit son premier texte à sept ans!) et s’insurgea contre les préjugés en montant le projet de se déguiser en homme pour faire ses études. Projet non réalisé, mais en 1664, sa mère l’envoya à Mexico. Des dispositions aussi remarquables attirèrent l’attention du Marquis de Mancera, vice-roi du Mexique charmé par cet exemple si rare en ces temps d’une femme poétesse, dotée d’un tempérament doux et aimable. Rapidement, devenue dame de compagnie de la vice-reine, la jeune femme se montra aussi brillante en littérature qu’en philosophie, théologie, mathématique ou astronomie, sans oublier la musique! Elle écrit avec gourmandise, commettant poèmes, pièces de théâtre et textes destinés à être chantés à l’église, ces fameux villancicos si typiques de la musique espagnole et composantes essentielles des grandes fêtes religieuses de l’Empire. Juana ne pense qu’aux arts et aux sciences, ayant pleine conscience que le monde monacal pouvait lui offrir la possibilité de s’y adonner entièrement. Une première tentative d’entrer dans un couvent du Carmel échoue. En 1669, elle parvint à ses fins et tourna définitivement le dos à sa vie mondaine brillante en prenant le voile pour devenir Sor Inés de la Cruz au monastère des «Jeronimas de Puebla», continuant à écrire et toujours source de fascination pour ses compatriotes à travers le monde. Au monastère, Sor Inés pouvait développer librement ses immenses capacités intellectuelles et s’adonner à son amour de la littérature.

Ce qui fait l’immense intérêt de son œuvre, c’est assurément les nombreuses perspectives qu’elle tolère. Considérée par certains comme l’expression aboutie d’un certain classicisme espagnol, Sor Inés incarne pour d’autres la première expression d’une identité américaine véritable, les deux angles de lecture possédant l’un et l’autre des justifications certaines. Ainsi, Primer Sueño qui décrit les voyages oniriques de l’âme humaine s’inscrit dans une tradition espagnole dont le représentant le plus évident est Luis de Góngora (1561-1627) alors que ses textes théâtraux ne peuvent s’affranchir de son admiration pour Calderón. Mais Octavio Paz indique dans son essai que nombre de passages, notamment Primer Sueño, s’inscrivent dans la tradition hermétique, voire mystique, du Jésuite Athanasius Kircher. Les polémiques naissant avec sa Réponse à Sœur Philothée de La Croix illustrent avec acuité les problèmes soulevés par l’existence d’une femme aussi brillante. Attaquée par une lettre suggérant qu’elle abandonne littérature et sciences pour se concentrer sur la théologie, Sor Inés réplique par un texte admirable de conviction, véritable éloge de la femme, égratignant au passage le pouvoir exorbitant accordé à l’Inquisition. Sa personnalité si appréciée de ses contemporains se doublait d’un esprit opiniâtre et décidée. Défendant la place de la femme dans la société, Sor Inés ne pouvait manquer d’élargir ses plaidoyers enflammées aux autres victimes des préjugés sociaux : couvant les prostituées d’un regard compatissant, elle fut aussi l’une des porte-parole du droit des esclaves noirs ou des autochtones dans les possessions espagnoles. La Réponse lui attira cependant les foudres de l’archevêque de Mexico qui prit une position ferme sur les «errements» de Sor Inés. Cette dernière, plutôt que de subir la censure, cessa d’écrire. Au final, une part infime de l’œuvre de Sor Inés nous est parvenue, un quart de sa production étant constitué de chants religieux, le tout étant regroupé de nos jours sous le titre d’Œuvres complètes. La légende veut que ce soit la vice-reine du Mexique elle-même qui se soit attachée à leur sauvegarde, preuve que la voix unique de Sor Inés avait trouvé un écho profond dans son entourage. De même, l’on sait maintenant que ses textes furent mis en musique pendant plus d’un siècle (jusque dans les années 1780) par les compositeurs les plus importants d’Amérique du Sud, quitte à «adapter» sa poésie aux pratiques locales. Il est émouvant d’entendre à nouveau, par-delà les siècles, une voix qui se tut, étouffée par la convention d'une époque, mais éternelle dans sa lutte pour la liberté.
1
Divers / Misc.,
Santiago de Murcia (1673-1739)/Gaspar Sanz c.1640-c.1710),
Marionas
3:56
2
Divers / Misc.,
Lucas Ruis Ribayaz (c.1626-c.1667)/Santiago de Murcia (1673-1739),
Premiers songes
3:06
3
Divers / Misc.,
Lucas Ruis Ribayaz (c.1626-c.1667)/Gaspar Sanz (c.1640-c.1710),
Detente, sombra de mi bien esquivo
4:03
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Divers / Misc.,
Sanz, Gaspar (1640 - 1710)
Traigo conmigo un cuidado
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Divers / Misc.,
Lucas Ruis Ribayaz (c.1626-c.1667)/Santiago de Murcia (1673-1739),
Pabanas
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Divers / Misc.,
Ruis Ribayaz , Lucas
Las fuentes mi voz socorran
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Divers / Misc.,
Anonyme/Anonymous,
La Petenera / La Serena
2:58
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Divers / Misc.,
de Murcia, Santiago (1673 - 1739)
Afuera, afuera, ansias mias
5:55
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Divers / Misc.,
Sanz, Gaspar (1640 - 1710)
Canarios
3:30
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Divers / Misc.,
de Murcia, Santiago (1673 - 1739)
Fandango
5:03
11
Divers / Misc.,
Ruis Ribayaz , Lucas
Paradetas
1:32
12
Divers / Misc.,
Ruis Ribayaz , Lucas
Prolija memoria
4:07
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Divers / Misc.,
Anonyme/Anonymous,
Las vacas
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