Brillance: Du Ragtime à la modernité

Brillance : du ragtime à la modernité


Fils d’un facteur d’instruments à vent, Adolphe Sax (1814-1894) commence très jeune à fabriquer ses propres clarinettes, dont une à 24 clés, complétée alors qu’il n’a pas encore 20 ans. Après avoir perfectionné les bugles à touches – rapidement renommés cors de Sax ou saxhorns en son honneur –, il se penche sur l’instrument qui le rendra célèbre : le saxophone. Comme il l’explique dans son dépôt de brevet en 1846, il souhaite créer « un instrument qui par le caractère de sa voix pût se rapprocher des instruments à cordes, mais qui possédât plus de force et d'intensité que ces derniers ».

Arrivé malheureusement trop tard dans l’histoire de la musique, le saxophone ne réussira pas à se créer une place au sein des orchestres classiques, dont la formation type était déjà plus ou moins figée au XIXe siècle. Ce n’est qu’à partir des années 20 que l’instrument connaîtra son heure de gloire. On serait tenté de croire que le jazz a moussé la popularité du saxophone. Il faudrait en fait reformuler l’équation : sa popularité a convaincu les orchestres de jazz de l’intégrer dans leurs rangs.

Pouvant à la fois adopter un registre brillant, voire athlétique, et se fondre dans une émotion se rapprochant de celle de la voix humaine, le saxophone se révèle un des instruments à vent les plus polyvalents. Production de sons percussifs (slap), respiration continue, effets multiphoniques et modes d’attaque variés constituent autant d’éléments essentiels de sa palette sonore. Tantôt tendre, tantôt ludique, il étonne, séduit et sa puissance se mêle à ravir à celle du piano. Ce dernier n’a pas besoin d’assumer ici un rôle de simple soutien, mais se voit offrir toute la latitude nécessaire à un dialogue d’égal à égal avec un partenaire étonnamment complémentaire. Cet enregistrement du Duo Gaulin-Riverin le prouve sept fois plutôt qu’une, en proposant un panorama éclectique de pages que compositeurs européens et américains ont consacrées à la formation au cours du XXe siècle.

Le Devil’s Rag de Jean Matitia, pseudonyme du compositeur Christian Lauba, se veut un clin d’œil à l’âge d’or des comédies musicales américaines. « J’ai été marqué par cette musique-là, car c’est de la sophistication joyeuse et je voulais l’exprimer à travers ma propre musique, dans une forme de divertissement difficile, parce que la virtuosité est une forme d’expression », explique-t-il d’ailleurs en entrevue.

L’imposant catalogue pour saxophone de Fernande Breilh-Decruck (plus de 40 œuvres) a malencontreusement presque entièrement sombré dans l’oubli après sa mort, mais sa Sonate en ut dièse connaît depuis quelques années une popularité renouvelée. Dédiée au célèbre virtuose Marcel Mule, la Sonate adopte une forme en quatre mouvements, dans laquelle « Fileuse » remplace le traditionnel scherzo. Tributaire du vocabulaire harmonique des Impressionnistes et du lyrisme de la sonate romantique, la pièce propose également plusieurs incursions dans la polytonalité.

Écrite quelques années à peine auparavant pour Cecil Leeson (que le compositeur a accompagné dans les années 1930), la Sonate de Paul Creston reste une œuvre maîtresse pour saxophone, misant sur la multiplicité des styles et une palette sonore favorisant les extrêmes. Dans « With vigor », l’énergie contagieuse du premier thème est tempérée par un deuxième motif d’une grande liberté. « With tranquility » se veut une admirable cantilène en 5/4 qui plonge l’auditeur dans un état d’apesanteur. « With gaiety » déborde de vitalité, les musiciens semblant mordre dans le texte. En 1997, cette sonate devait s’avérer le premier jalon d’une fructueuse collaboration entre Mathieu Gaulin et Jacynthe Riverin, alors que les interprètes offraient un dernier concert aux mélomanes de Rouyn-Noranda avant la poursuite de leurs études respectives à Montréal.

La Sonate de William Albright a rapidement gagné ses lettres de noblesse. Plongeant ses racines aussi bien dans le minimalisme, l’atonalité que dans le be-bop, elle concentre en cinq mouvements lyrisme et force brutale, passant souvent de l’une à l’autre en une seule respiration. « Two-Part Invention » alterne entre contrepoint atonal, cadences libres et passages minimalistes, qui pavent la voie à la chaconne qui suit. Un scherzo explosif, conçu à partir d’une cellule mélodique restreinte se jette ensuite dans « Recitative and Dance », long solo se fondant dans un be-bop endiablé.

Protégée d’Olivier Messiaen et Nadia Boulanger, Ida-Rose Esther Gotkovsky est reconnue pour son catalogue particulièrement hétéroclite. Celle qui croit essentiel de « créer une œuvre universelle et assurer par un langage contemporain, aux structures vigoureuses, l’unité de l’expression musicale à travers tous les temps » signe avec Brillance une œuvre toute en contrastes, abordant tour à tour les registres de la poésie récitée, d’une taquinerie presque enfantine, de la quiétude et de l’effervescence.

Plus grand ambassadeur américain de l’instrument au début du XXe siècle, Rudy Wiedoeft s’est fait connaître par une série imposante d’enregistrements, dont Sax-o-phobia, daté de 1918, solo pour saxophone le plus vendu de l’histoire. Valse vanité est conçue pour mettre en valeur sonorité chantante et virtuosité non dépourvue d’un charme certain.

À l’autre extrémité du spectre, Klonos de Piet Swerts, pièce imposée au Concours international de musique Tromp, se veut un redoutable morceau de bravoure. Le terme grec réfère « à une contraction proche de la crampe des muscles, associée aux larges mouvements adoptés par les saxophonistes dans le feu de l’action », mentionne le compositeur belge. L’œuvre termine de façon explosive ce tour d’horizon du répertoire pour saxophone et piano.

© Lucie Renaud
Date de sortie:
25 janvier 2011
Numéro d'album:
AN 2 9953
Genres:
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Brillance: Du Ragtime à la modernité

Matitia, Jean (1952 - )
The Devil's Rag
1
The Devil's Rag
0,99 $
4:09
Breilh-Decruck, Fernande (1896 - 1954)
Sonate en ut dièse
2
I. Très modéré - Expressif
0,99 $
4:42
3
II. Andante
0,99 $
2:45
4
III. Fileuse
0,99 $
1:50
5
IV. Nocturne et final
0,99 $
4:26
Creston, Paul (1906 - 1985)
Sonate, op.19
6
I. With vigor
0,99 $
4:50
7
II. With tranquility
0,99 $
4:34
8
III. With gaiety
0,99 $
3:41
Albright, William (1944 - 1998)
Sonata
9
I. Two-Part Invention
0,99 $
3:57
10
II. La Follia nuova: a lament for George Cacioppo
1,99 $
7:17
11
III. Scherzo "Will o' the wisp"
0,99 $
1:54
12
IV. Recitative
0,99 $
1:23
13
V. Mad dance
0,99 $
2:30
Gotkovsky, Ida (1933 - )
Brillance
14
I. Déclamé
0,99 $
1:56
15
II. Désinvolte
0,99 $
1:39
16
III. Dolcissimo
0,99 $
2:48
17
IV. Final
0,99 $
2:29
Wiedoeft, Rudy (1893 - 1940)
Valse Vanité
18
Valse Vanité
0,99 $
3:37
Swerts, Piet (1960 - )
Klonos
19
I. Allegro
0,99 $
1:58
20
II. Andante moderato
0,99 $
1:41
21
III. Allegro
0,99 $
2:22
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Brillance: Du Ragtime à la modernité

Numéro d'album: AN 2 9953
Date de sortie: 25 janvier 2011

Période(s): XXe siècleContemporain

Genre(s): SaxophonePiano

Compositeurs:
Divers / Misc., | Matitia, Jean | Breilh-Decruck, Fernande | Creston, Paul | Albright, William | Gotkovsky, Ida | Wiedoeft, Rudy | Swerts, Piet

Interprètes:
Duo Gaulin-Riverin, | Gaulin, Mathieu | Riverin, Jacynthe



Brillance : du ragtime à la modernité


Fils d’un facteur d’instruments à vent, Adolphe Sax (1814-1894) commence très jeune à fabriquer ses propres clarinettes, dont une à 24 clés, complétée alors qu’il n’a pas encore 20 ans. Après avoir perfectionné les bugles à touches – rapidement renommés cors de Sax ou saxhorns en son honneur –, il se penche sur l’instrument qui le rendra célèbre : le saxophone. Comme il l’explique dans son dépôt de brevet en 1846, il souhaite créer « un instrument qui par le caractère de sa voix pût se rapprocher des instruments à cordes, mais qui possédât plus de force et d'intensité que ces derniers ».

Arrivé malheureusement trop tard dans l’histoire de la musique, le saxophone ne réussira pas à se créer une place au sein des orchestres classiques, dont la formation type était déjà plus ou moins figée au XIXe siècle. Ce n’est qu’à partir des années 20 que l’instrument connaîtra son heure de gloire. On serait tenté de croire que le jazz a moussé la popularité du saxophone. Il faudrait en fait reformuler l’équation : sa popularité a convaincu les orchestres de jazz de l’intégrer dans leurs rangs.

Pouvant à la fois adopter un registre brillant, voire athlétique, et se fondre dans une émotion se rapprochant de celle de la voix humaine, le saxophone se révèle un des instruments à vent les plus polyvalents. Production de sons percussifs (slap), respiration continue, effets multiphoniques et modes d’attaque variés constituent autant d’éléments essentiels de sa palette sonore. Tantôt tendre, tantôt ludique, il étonne, séduit et sa puissance se mêle à ravir à celle du piano. Ce dernier n’a pas besoin d’assumer ici un rôle de simple soutien, mais se voit offrir toute la latitude nécessaire à un dialogue d’égal à égal avec un partenaire étonnamment complémentaire. Cet enregistrement du Duo Gaulin-Riverin le prouve sept fois plutôt qu’une, en proposant un panorama éclectique de pages que compositeurs européens et américains ont consacrées à la formation au cours du XXe siècle.

Le Devil’s Rag de Jean Matitia, pseudonyme du compositeur Christian Lauba, se veut un clin d’œil à l’âge d’or des comédies musicales américaines. « J’ai été marqué par cette musique-là, car c’est de la sophistication joyeuse et je voulais l’exprimer à travers ma propre musique, dans une forme de divertissement difficile, parce que la virtuosité est une forme d’expression », explique-t-il d’ailleurs en entrevue.

L’imposant catalogue pour saxophone de Fernande Breilh-Decruck (plus de 40 œuvres) a malencontreusement presque entièrement sombré dans l’oubli après sa mort, mais sa Sonate en ut dièse connaît depuis quelques années une popularité renouvelée. Dédiée au célèbre virtuose Marcel Mule, la Sonate adopte une forme en quatre mouvements, dans laquelle « Fileuse » remplace le traditionnel scherzo. Tributaire du vocabulaire harmonique des Impressionnistes et du lyrisme de la sonate romantique, la pièce propose également plusieurs incursions dans la polytonalité.

Écrite quelques années à peine auparavant pour Cecil Leeson (que le compositeur a accompagné dans les années 1930), la Sonate de Paul Creston reste une œuvre maîtresse pour saxophone, misant sur la multiplicité des styles et une palette sonore favorisant les extrêmes. Dans « With vigor », l’énergie contagieuse du premier thème est tempérée par un deuxième motif d’une grande liberté. « With tranquility » se veut une admirable cantilène en 5/4 qui plonge l’auditeur dans un état d’apesanteur. « With gaiety » déborde de vitalité, les musiciens semblant mordre dans le texte. En 1997, cette sonate devait s’avérer le premier jalon d’une fructueuse collaboration entre Mathieu Gaulin et Jacynthe Riverin, alors que les interprètes offraient un dernier concert aux mélomanes de Rouyn-Noranda avant la poursuite de leurs études respectives à Montréal.

La Sonate de William Albright a rapidement gagné ses lettres de noblesse. Plongeant ses racines aussi bien dans le minimalisme, l’atonalité que dans le be-bop, elle concentre en cinq mouvements lyrisme et force brutale, passant souvent de l’une à l’autre en une seule respiration. « Two-Part Invention » alterne entre contrepoint atonal, cadences libres et passages minimalistes, qui pavent la voie à la chaconne qui suit. Un scherzo explosif, conçu à partir d’une cellule mélodique restreinte se jette ensuite dans « Recitative and Dance », long solo se fondant dans un be-bop endiablé.

Protégée d’Olivier Messiaen et Nadia Boulanger, Ida-Rose Esther Gotkovsky est reconnue pour son catalogue particulièrement hétéroclite. Celle qui croit essentiel de « créer une œuvre universelle et assurer par un langage contemporain, aux structures vigoureuses, l’unité de l’expression musicale à travers tous les temps » signe avec Brillance une œuvre toute en contrastes, abordant tour à tour les registres de la poésie récitée, d’une taquinerie presque enfantine, de la quiétude et de l’effervescence.

Plus grand ambassadeur américain de l’instrument au début du XXe siècle, Rudy Wiedoeft s’est fait connaître par une série imposante d’enregistrements, dont Sax-o-phobia, daté de 1918, solo pour saxophone le plus vendu de l’histoire. Valse vanité est conçue pour mettre en valeur sonorité chantante et virtuosité non dépourvue d’un charme certain.

À l’autre extrémité du spectre, Klonos de Piet Swerts, pièce imposée au Concours international de musique Tromp, se veut un redoutable morceau de bravoure. Le terme grec réfère « à une contraction proche de la crampe des muscles, associée aux larges mouvements adoptés par les saxophonistes dans le feu de l’action », mentionne le compositeur belge. L’œuvre termine de façon explosive ce tour d’horizon du répertoire pour saxophone et piano.

© Lucie Renaud
1
Divers / Misc.,
Matitia, Jean (1952 - )
The Devil's Rag
4:09
2
Divers / Misc.,
Wiedoeft, Rudy (1893 - 1940)
Valse Vanité
3:37