Mathieu - Concerto no 3; Gershwin - An American in Paris
CONCERTO NO. 3 EN DO MINEUR, OP. 25
André Mathieu (1929 – 1968)

Début juillet 1939, les Mathieu quittent Paris et embarquent à bord du légendaire Normandie pour ce qu’ils croient être des vacances au pays. Ils ont dans leur bagage l’assurance du soutien indéfectible de Paul-Louis Weiller, un des hommes les plus puissants d’Europe, un dossier de presse de critiques parisiennes à faire verdir d’envie un artiste consacré, un contrat d’édition et des exemplaires des oeuvres déjà éditées, des engagements pour la Belgique, la Hollande et selon André, l’Afrique du Sud pour la saison 39/40 et avec la cire encore chaude, un disque qu’André jouant ses propres oeuvres vient d’enregistrer sous étiquette Boîte à Musique. Son père Rodolphe peut déclarer : Mission accomplie!

Le 1er septembre 1939, Hitler envahit la Pologne et c’est le début de la Seconde Guerre mondiale. Pour les Mathieu, Paris se ferme et tout est à recommencer.

Mais les USA restent à l’écart du conflit et c’est
à New York que le « Mozart canadien » ira reconstruire l’édifice si savamment conçu par Rodolphe. Le 3 février 1940, André se produit au Town Hall. Elizabeth Arden, l’impératrice de l’industrie cosmétique prend le prodige sous son aile. Elle inscrira le Concertino no2 au concours pour les jeunes compositeurs que l’Orchestre Philharmonique de New York a lancé pour célébrer son premier centenaire. Ainsi, entre le 11 janvier 1942 et le 11 janvier 1943, André jouera sept fois à New York, trois d’entre elles sur la scène du Carnegie Hall.

Un personnage-clé de la vie musicale américaine est Arthur Judson. Manager du New York Philharmonic Orchestra, c’est également l’imprésario le plus puissant du continent et en prime le deuxième actionnaire du réseau radiophonique CBS. Rodolphe l’avait déjà approché pour prendre André en main et sans doute Judson a-t-il entendu le concert des lauréats du NYPO et c’est pour parachever sa conquête qu’à l’automne 1942, André se lance dans la composition de son Concerto no3 qu’il finit le 20 juin 1943. Ce jour-là, il a très exactement quatorze ans, quatre mois et deux jours!

Entre le 20 juin et le 28 novembre 1943, André Mathieu va jouer sa vie, son nouveau concerto devant être le « Sésame, ouvre-toi! » pour lui permettre d’entrer dans la grande carrière. Le chef d’orchestre Wilfrid Pelletier, qui soutiendra toujours André, a organisé une audition déguisée du Concerto en piquant l’intérêt du chef d’orchestre André Kostelanetz, le mari de la colorature Lily Pons que Pelletier dirige régulièrement au Metropolitan Opera. C’est une réduction orchestrée du deuxième mouvement par l’arrangeur-maison de la CBS qui est diffusée en prime time le dimanche 31 octobre 1943, en direct, sur tout le réseau de la puissante station radiophonique. Une lettre signée Leonard Bernstein en date du 19 novembre adressée à André Mathieu lui demande à quel moment il compte revenir à New York « pour que vous puissiez jouer pour le Dr Rodzinski qui a hâte de vous entendre ». Neuf jours plus tard, c’est André qui écrit à Wilfrid Pelletier pour lui dire que « … MM Rodzinski et Bernstein ont été très gentils avec moi et je crois qu’il y aura peut-être des résultats bientôt. Je dois retourner à New York ces jours-ci à ce sujet. » Et puis, ce sera le silence assourdissant des réponses qu’on attend et qui n’arrivent pas.

En 1946, Paul L’Anglais, homme de radio et futur cofondateur de Télé-Métropole, met sur pied la compagnie de cinéma Québec Productions. Son premier film a pour scénario un invraisemblable échange de meurtres dont le héros est un jeune compositeur dont on doit créer le concerto. L’astucieux L’Anglais demande à Mathieu, alors au sommet de sa célébrité, de lui céder les droits de son Concerto no3 qui s’appellera pour les besoins du film, entièrement tourné à Québec, le Concerto de Québec. (L’Anglais a-t-il entendu la diffusion d’octobre 1943?) On fait appel à l’arrangeur le plus en vue de l’époque, Giuseppe Agostini qui en prévision du tournage, segmente, modifie et orchestre la partition. Finalement, L’Anglais n’utilisera que le thème principal du deuxième mouvement.

À l’automne 1947, c’est cette version (Agostini) qu’à son retour de Paris, Radio-Canada demandera à André d’enregistrer dans la foulée du succès du film La Forteresse/Whispering City. Trente ans plus tard, c’est cette version mais réarrangée, revue et modifiée par Marc Bélanger qui servira à l’enregistrement du pianiste Philippe Entremont et de l’Orchestre du Capitole de Toulouse au lendemain
des Jeux olympiques de Montréal. En 2003, ce sera toujours ce même arrangement déposé au Centre de musique canadienne mais révisé par Alain Lefèvre lui-même qui sera utilisé pour son enregistrement avec l’Orchestre symphonique de Québec.

En 2008, en fouillant dans le Fonds Mathieu à Ottawa, l’auteur de ces lignes « découvre » la partition originale pour deux pianos de la main même d’André Mathieu. La grande question se pose : Y-a-t-il des différences entre le Concerto no3 et le Concerto de Québec d’Agostini/Bélanger/Lefèvre? Ces différences seraient-elles assez importantes pour justifier une révision complète et une réorchestration de l’oeuvre? La réponse s’avéra être un retentissant OUI!

Pour expliquer le travail colossal du compositeur et chef d’orchestre Jacques Marchand qu’Alain Lefèvre a mandaté pour restaurer la partition, on ne peut évoquer comme analogie que le spectaculaire travail de restauration du plafond de la Chapelle Sixtine au Vatican. Bien sûr, nous retrouvons tout ce qui nous est familier. Mais des thèmes coupés ou raccourcis sont réapparus, des harmonies standardisées ont retrouvé leur éclat, le rythme a modelé les contours de la phrase, la conception d’origine est réapparue claire et nette, restituant toute sa logique organique aux trois mouvements et nous rendant l’articulation émotionnelle de l’oeuvre ; nous révélant avec innocence les tempêtes et passions de cet adolescent et les limites de sa maitrise du métier de compositeur. Rien n’a changé, mais tout est différent.

Afin d’équilibrer le premier mouvement qui suppléait
à l’absence de développement par une surabondance de thèmes plus beaux les uns que les autres, Jacques Marchand a composé une cadence qui exploite et magnifie ce matériel généreux et en prolonge ainsi l’émotion.

Pas une note n’a été enlevée de la partition originale, pas une harmonie n’a été modifiée et nous pouvons enfin après trois quarts de siècle entendre une des oeuvres capitales d’André Mathieu, ce chaînon manquant de notre histoire musicale et de notre histoire tout court.

© Georges Nicholson


AN AMERICAN IN PARIS
George Gershwin (1898 – 1937)

Au printemps 1928, Gershwin visite l’Europe où il fait la rencontre de compositeurs aussi diversifiés que Milhaud, Prokofiev et Ravel. Bien qu’il ait visité la capitale française une fois auparavant, le voyage attise sa flamme et il écrit le délicieux poème symphonique Un Américain à Paris. De fait, le carnet de voyage est une commande du New York Philharmonic qui crée l’oeuvre au Carnegie Hall le 13 décembre 1928, sous la direction du maestro Walter Damrosch.

Gershwin raconte cette musique évocatrice :

« Je cherchais ici à imager les impressions d’un Américain en visite à Paris alors qu’il déambule dans la ville, écoute les bruits de la rue et s’imprègne de l’ambiance française. »
« L’ouverture entraînante est suivie d’un riche blues tapissé d’un fort courant rythmique. Notre ami américain s’est peut-être arrêté dans un café pour prendre quelques verres, puis a succombé à l’ennui de son pays. L’harmonie est ici à la fois plus intense et plus simple que dans les moments précédents. »
« Le blues monte en climax vers la coda où l’esprit musical retrouve la vivacité et l’exubérance pétillante de la scène parisienne du début. Apparemment, l’Américain avec le mal du pays, après avoir quitté le café pour se rendre au grand air, a passé le coup de blues et est à nouveau un spectateur intéressé par la vie parisienne. »
« À la fin, les bruits de la rue et l’ambiance française triomphent. »

Malgré la haute technologie et le nouveau chic du Paris moderne, les résidents de longue date affirment que le charme des boulevards et des cafés-terrasses est pour ainsi dire resté le même, avec l’esprit qui y régnait il y a 90 ans ; tout ce que vous avez pu entendre au sujet de la folie automobile autour de l’Arc de Triomphe, des bouquinistes de la rive gauche, de la tranquillité émouvante au petit matin, des chansons des gamins dans la cour d’école, des baguettes sous le bras et des bouquins transportés partout, par tout le monde.

Tout de la musique évocatrice de Gershwin est encore vrai aujourd’hui, et elle a d’ailleurs inspiré un merveilleux film produit par MGM en 1951, réalisé par Vincente Minnelli et mettant en vedette Gene Kelly et Leslie Caron.

Concernant la pièce musicale : les mémoires s’amorcent dans un esprit léger et rebondissant, évoquant le prestigieux Palais des Tuileries édifié à côté du Louvre. Ensuite, apparaît le somptueux portrait d’un Paris lumineux, complété par une balade aux Champs Élysées sous la mélodie jazzée du solo de trompette, le bruit incessant des klaxons de taxis, les hérissements et les badinages des bois, les amoureux sur les berges de la Seine dépeints par les cordes, les rêveries de minuit au tuba et à la clarinette basse et puis, le rugissement final. C’est magnifique!

P.-S. Lorsque Gershwin rencontra Maurice Ravel, il demanda respectueusement au maître impressionniste français s’il accepterait de lui donner
des cours de composition. Ravel lui sourit et répondit : « Mon cher Monsieur Gershwin, je sais bien que vous êtes très fortuné grâce aux droits d’auteur de votre musique. Sincèrement, ce serait plutôt à vous de me donner des cours! »

© Edward Yadzinski
Traduction par Sonia Lussier

Date de sortie:
08 septembre 2017
Numéro d'album:
AN 2 9299
Périodes:
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Mathieu - Concerto no 3; Gershwin - An American in Paris

Mathieu, André (1929 - 1968)
Concerto no 3 en do mineur, opus 25 (Symphonie romantique)
1
I. Allegro moderato
0,99 $
11:34
2
II. Andante
0,99 $
16:20
3
III. Allegro con brio
0,99 $
8:40
Gershwin, George (1898 - 1937)
Un américain à Paris
4
Un américain à Paris
3,99 $
18:14
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Mathieu - Concerto no 3; Gershwin - An American in Paris

Numéro d'album: AN 2 9299
Date de sortie: 08 septembre 2017

Période(s): XXe siècle

Genre(s): ConcertoPianoMusique orchestrale

Compositeurs:
Mathieu, André | Gershwin, George

Interprètes:
Lefèvre, Alain | Buffalo Philharmonic Orchestra, | Falletta, JoAnn



CONCERTO NO. 3 EN DO MINEUR, OP. 25
André Mathieu (1929 – 1968)

Début juillet 1939, les Mathieu quittent Paris et embarquent à bord du légendaire Normandie pour ce qu’ils croient être des vacances au pays. Ils ont dans leur bagage l’assurance du soutien indéfectible de Paul-Louis Weiller, un des hommes les plus puissants d’Europe, un dossier de presse de critiques parisiennes à faire verdir d’envie un artiste consacré, un contrat d’édition et des exemplaires des oeuvres déjà éditées, des engagements pour la Belgique, la Hollande et selon André, l’Afrique du Sud pour la saison 39/40 et avec la cire encore chaude, un disque qu’André jouant ses propres oeuvres vient d’enregistrer sous étiquette Boîte à Musique. Son père Rodolphe peut déclarer : Mission accomplie!

Le 1er septembre 1939, Hitler envahit la Pologne et c’est le début de la Seconde Guerre mondiale. Pour les Mathieu, Paris se ferme et tout est à recommencer.

Mais les USA restent à l’écart du conflit et c’est
à New York que le « Mozart canadien » ira reconstruire l’édifice si savamment conçu par Rodolphe. Le 3 février 1940, André se produit au Town Hall. Elizabeth Arden, l’impératrice de l’industrie cosmétique prend le prodige sous son aile. Elle inscrira le Concertino no2 au concours pour les jeunes compositeurs que l’Orchestre Philharmonique de New York a lancé pour célébrer son premier centenaire. Ainsi, entre le 11 janvier 1942 et le 11 janvier 1943, André jouera sept fois à New York, trois d’entre elles sur la scène du Carnegie Hall.

Un personnage-clé de la vie musicale américaine est Arthur Judson. Manager du New York Philharmonic Orchestra, c’est également l’imprésario le plus puissant du continent et en prime le deuxième actionnaire du réseau radiophonique CBS. Rodolphe l’avait déjà approché pour prendre André en main et sans doute Judson a-t-il entendu le concert des lauréats du NYPO et c’est pour parachever sa conquête qu’à l’automne 1942, André se lance dans la composition de son Concerto no3 qu’il finit le 20 juin 1943. Ce jour-là, il a très exactement quatorze ans, quatre mois et deux jours!

Entre le 20 juin et le 28 novembre 1943, André Mathieu va jouer sa vie, son nouveau concerto devant être le « Sésame, ouvre-toi! » pour lui permettre d’entrer dans la grande carrière. Le chef d’orchestre Wilfrid Pelletier, qui soutiendra toujours André, a organisé une audition déguisée du Concerto en piquant l’intérêt du chef d’orchestre André Kostelanetz, le mari de la colorature Lily Pons que Pelletier dirige régulièrement au Metropolitan Opera. C’est une réduction orchestrée du deuxième mouvement par l’arrangeur-maison de la CBS qui est diffusée en prime time le dimanche 31 octobre 1943, en direct, sur tout le réseau de la puissante station radiophonique. Une lettre signée Leonard Bernstein en date du 19 novembre adressée à André Mathieu lui demande à quel moment il compte revenir à New York « pour que vous puissiez jouer pour le Dr Rodzinski qui a hâte de vous entendre ». Neuf jours plus tard, c’est André qui écrit à Wilfrid Pelletier pour lui dire que « … MM Rodzinski et Bernstein ont été très gentils avec moi et je crois qu’il y aura peut-être des résultats bientôt. Je dois retourner à New York ces jours-ci à ce sujet. » Et puis, ce sera le silence assourdissant des réponses qu’on attend et qui n’arrivent pas.

En 1946, Paul L’Anglais, homme de radio et futur cofondateur de Télé-Métropole, met sur pied la compagnie de cinéma Québec Productions. Son premier film a pour scénario un invraisemblable échange de meurtres dont le héros est un jeune compositeur dont on doit créer le concerto. L’astucieux L’Anglais demande à Mathieu, alors au sommet de sa célébrité, de lui céder les droits de son Concerto no3 qui s’appellera pour les besoins du film, entièrement tourné à Québec, le Concerto de Québec. (L’Anglais a-t-il entendu la diffusion d’octobre 1943?) On fait appel à l’arrangeur le plus en vue de l’époque, Giuseppe Agostini qui en prévision du tournage, segmente, modifie et orchestre la partition. Finalement, L’Anglais n’utilisera que le thème principal du deuxième mouvement.

À l’automne 1947, c’est cette version (Agostini) qu’à son retour de Paris, Radio-Canada demandera à André d’enregistrer dans la foulée du succès du film La Forteresse/Whispering City. Trente ans plus tard, c’est cette version mais réarrangée, revue et modifiée par Marc Bélanger qui servira à l’enregistrement du pianiste Philippe Entremont et de l’Orchestre du Capitole de Toulouse au lendemain
des Jeux olympiques de Montréal. En 2003, ce sera toujours ce même arrangement déposé au Centre de musique canadienne mais révisé par Alain Lefèvre lui-même qui sera utilisé pour son enregistrement avec l’Orchestre symphonique de Québec.

En 2008, en fouillant dans le Fonds Mathieu à Ottawa, l’auteur de ces lignes « découvre » la partition originale pour deux pianos de la main même d’André Mathieu. La grande question se pose : Y-a-t-il des différences entre le Concerto no3 et le Concerto de Québec d’Agostini/Bélanger/Lefèvre? Ces différences seraient-elles assez importantes pour justifier une révision complète et une réorchestration de l’oeuvre? La réponse s’avéra être un retentissant OUI!

Pour expliquer le travail colossal du compositeur et chef d’orchestre Jacques Marchand qu’Alain Lefèvre a mandaté pour restaurer la partition, on ne peut évoquer comme analogie que le spectaculaire travail de restauration du plafond de la Chapelle Sixtine au Vatican. Bien sûr, nous retrouvons tout ce qui nous est familier. Mais des thèmes coupés ou raccourcis sont réapparus, des harmonies standardisées ont retrouvé leur éclat, le rythme a modelé les contours de la phrase, la conception d’origine est réapparue claire et nette, restituant toute sa logique organique aux trois mouvements et nous rendant l’articulation émotionnelle de l’oeuvre ; nous révélant avec innocence les tempêtes et passions de cet adolescent et les limites de sa maitrise du métier de compositeur. Rien n’a changé, mais tout est différent.

Afin d’équilibrer le premier mouvement qui suppléait
à l’absence de développement par une surabondance de thèmes plus beaux les uns que les autres, Jacques Marchand a composé une cadence qui exploite et magnifie ce matériel généreux et en prolonge ainsi l’émotion.

Pas une note n’a été enlevée de la partition originale, pas une harmonie n’a été modifiée et nous pouvons enfin après trois quarts de siècle entendre une des oeuvres capitales d’André Mathieu, ce chaînon manquant de notre histoire musicale et de notre histoire tout court.

© Georges Nicholson


AN AMERICAN IN PARIS
George Gershwin (1898 – 1937)

Au printemps 1928, Gershwin visite l’Europe où il fait la rencontre de compositeurs aussi diversifiés que Milhaud, Prokofiev et Ravel. Bien qu’il ait visité la capitale française une fois auparavant, le voyage attise sa flamme et il écrit le délicieux poème symphonique Un Américain à Paris. De fait, le carnet de voyage est une commande du New York Philharmonic qui crée l’oeuvre au Carnegie Hall le 13 décembre 1928, sous la direction du maestro Walter Damrosch.

Gershwin raconte cette musique évocatrice :

« Je cherchais ici à imager les impressions d’un Américain en visite à Paris alors qu’il déambule dans la ville, écoute les bruits de la rue et s’imprègne de l’ambiance française. »
« L’ouverture entraînante est suivie d’un riche blues tapissé d’un fort courant rythmique. Notre ami américain s’est peut-être arrêté dans un café pour prendre quelques verres, puis a succombé à l’ennui de son pays. L’harmonie est ici à la fois plus intense et plus simple que dans les moments précédents. »
« Le blues monte en climax vers la coda où l’esprit musical retrouve la vivacité et l’exubérance pétillante de la scène parisienne du début. Apparemment, l’Américain avec le mal du pays, après avoir quitté le café pour se rendre au grand air, a passé le coup de blues et est à nouveau un spectateur intéressé par la vie parisienne. »
« À la fin, les bruits de la rue et l’ambiance française triomphent. »

Malgré la haute technologie et le nouveau chic du Paris moderne, les résidents de longue date affirment que le charme des boulevards et des cafés-terrasses est pour ainsi dire resté le même, avec l’esprit qui y régnait il y a 90 ans ; tout ce que vous avez pu entendre au sujet de la folie automobile autour de l’Arc de Triomphe, des bouquinistes de la rive gauche, de la tranquillité émouvante au petit matin, des chansons des gamins dans la cour d’école, des baguettes sous le bras et des bouquins transportés partout, par tout le monde.

Tout de la musique évocatrice de Gershwin est encore vrai aujourd’hui, et elle a d’ailleurs inspiré un merveilleux film produit par MGM en 1951, réalisé par Vincente Minnelli et mettant en vedette Gene Kelly et Leslie Caron.

Concernant la pièce musicale : les mémoires s’amorcent dans un esprit léger et rebondissant, évoquant le prestigieux Palais des Tuileries édifié à côté du Louvre. Ensuite, apparaît le somptueux portrait d’un Paris lumineux, complété par une balade aux Champs Élysées sous la mélodie jazzée du solo de trompette, le bruit incessant des klaxons de taxis, les hérissements et les badinages des bois, les amoureux sur les berges de la Seine dépeints par les cordes, les rêveries de minuit au tuba et à la clarinette basse et puis, le rugissement final. C’est magnifique!

P.-S. Lorsque Gershwin rencontra Maurice Ravel, il demanda respectueusement au maître impressionniste français s’il accepterait de lui donner
des cours de composition. Ravel lui sourit et répondit : « Mon cher Monsieur Gershwin, je sais bien que vous êtes très fortuné grâce aux droits d’auteur de votre musique. Sincèrement, ce serait plutôt à vous de me donner des cours! »

© Edward Yadzinski
Traduction par Sonia Lussier

1
Mathieu, André
Mathieu, André (1929 - 1968)
Concerto no 3 en do mineur, opus 25 (Symphonie romantique)
11:34
2
Mathieu, André
Mathieu, André (1929 - 1968)
Concerto no 3 en do mineur, opus 25 (Symphonie romantique)
16:20
3
Mathieu, André
Mathieu, André (1929 - 1968)
Concerto no 3 en do mineur, opus 25 (Symphonie romantique)
8:40
4
Mathieu, André
Gershwin, George (1898 - 1937)
Un américain à Paris
18:14