Live: Beethoven, Enescu, Chopin
Écrites sur une période d’à peine plus d’une centaine d’années (1896-1903), les pièces proposées sur cet album paraissent néanmoins représentatives de trois siècles de musique : les deux Rondos, op. 51, de Beethoven, portent l’héritage du classicisme; les oeuvres de Chopin s’inscrivent dans la tradition romantique, tandis que la Deuxième suite pour piano, op.11, de George Enescu, avec son langage harmonique unique et sa poésie impressionniste, indique au tournant du XXe siècle l’une des voies que prendra la modernité. Dans ce mélange des époques, un bel équilibre s’établit entre des oeuvres très connues et des pièces moins souvent jouées, entre retrouvailles et découvertes.

LUDWIG VAN BEETHOVEN (1770 – 1827)
Composés à quatre années d’intervalle, les deux Rondos, op. 51, de Ludwig van Beethoven, n’ont pas été conçus pour aller ensemble : leur union en un même opus résulte d’une décision d’un éditeur qui les publia ainsi en 1819, soit 19 ans après la composition du deuxième de ces rondos. Ces deux pièces partagent plusieurs caractéristiques, à commencer par l’élégante simplicité de leur refrain, qui évoque davantage le classicisme de Mozart et Haydn : rien n’y laisse présager le tournant « héroïque » que prendra la musique de Beethoven au début du XIXe siècle. Chacun à leur manière, les deux morceaux de l’op. 51 s’éloignent de la forme conventionnelle du rondo. À l’intérieur du deuxième couplet du Rondo en do majeur, op. 51, n°1, Beethoven place un retour du thème du refrain, dans la tonalité de la bémol majeur. Certaines des modifications apportées dans ce « faux » refrain, comme l’ajout de passages chromatiques ou encore l’accélération rythmique du conséquent, joué en triolets, réapparaîtront lors de la troisième et dernière occurrence du refrain au ton initial de do majeur. Dans le Rondo en sol majeur, op. 51, n°2, la forme du rondo s’imbrique dans une large coupe ABA’, suggérée par le grand contraste que présente par rapport au reste de l’oeuvre le deuxième couplet, d’un caractère plus animé, pour lequel Beethoven utilise non seulement une tonalité nouvelle, mais change aussi de tempo et de métrique.

GEORGE ENESCU (1881 – 1955)
L’oeuvre compositionnel de George Enescu a, de son vivant, été éclipsé par une brillante carrière de soliste, de chambriste, de chef d’orchestre et de pédagogue. Violoniste virtuose ayant notamment enseigné à Yehudi Menuhin et joué avec Dinu Lipatti et Pablo Casals, George Enescu était aussi un excellent pianiste, dont la technique de jeu faisait l’envie d’Alfred Cortot. C’est d’ailleurs le compositeur lui-même qui assume, en 1903, la création publique de la Deuxième suite pour piano en ré majeur, op. 10, dont trois des quatre mouvements ont été écrits à l’occasion d’un concours international de composition organisé en 1903 par la revue Musica. À une Toccata composée deux ans plus tôt lors d’un séjour en Roumanie, son pays natal, il ajoute une Sarabande, une Pavane et
une Bourrée pour former une suite qu’il soumet au jury sous l’intitulé « Des cloches sonores ».

Ce titre imagé semble particulièrement adapté à la Toccata qui ouvre la suite ainsi qu’à la Bourrée qui la termine, deux mouvements à la texture sonore riche et vibrante. En cela, le terme Toccata paraît être utilisé selon une de ses acceptions remontant aux XVIe et XVIIe siècles, alors qu’il pouvait désigner des oeuvres évoquant une fanfare.

Contrairement à la Toccata pour le piano de Debussy (1901) ou à la Toccata concluant le Tombeau de Couperin, de Ravel (1918), la Toccata
de la Deuxième suite pour piano d’Enescu n’est pas un mouvement perpétuel, mais plutôt une pièce dont l’écriture tantôt majestueuse, fournie, baignée de pédale et déployée dans les registres extrêmes du piano, tantôt plus mince et articulée, rappelle les différents jeux de l’orgue.

Dans l’introduction de la Sarabande, la série d’accords arpégés qui sert d’accompagnement à une mélodie jouée en octaves à la main droite évoque le battement des cordes d’une guitare que l’on frotterait de bas en haut, type d’accompagnement qui reviendra ponctuellement dans le déroulement de ce mouvement au caractère à la fois noble et rêveur.

La Pavane, qui porte l’indication « lentement bercé », est le mouvement le plus intime de l’oeuvre. Dans ses premières lignes, une mélodie
au rythme très libre et ornée de plusieurs trilles, marquée « quasi flûte », peut être entendue comme une allusion au folklore roumain. Cette évocation demeure cependant plutôt marginale dans une suite fortement imprégnée d’influences françaises.

Plus exubérante et parfois même martelée, comportant des moments d’une intensité dramatique
jamais encore atteinte dans les mouvements précédents, la Bourrée débute d’une manière à la fois festive et solennelle avec un motif de tierces parallèles à la main droite qui évoque indubitablement un appel de trompettes. Ce motif acquerra une grande importance dans le déroulement de la pièce : tantôt son rythme, tantôt son dessin mélodique sont repris dans les différents registres du clavier, pour triompher, peu avant la fin, dans une apothéose quasi-orchestrale.

FRÉDÉRIC CHOPIN (1810 – 1849)
C’est en 1832, soit dans l’année suivant celle de son arrivée à Paris, que Frédéric Chopin termine la composition du Rondo en mi bémol majeur, op.16. Conçu à partir d’esquisses depuis longtemps laissées de côté, ce morceau au style « brillant », plein de fraîcheur, de virtuosité et même – chose rare chez Chopin – d’humour, s’inscrit tout à fait dans l’esprit de ses oeuvres de jeunesse, écrites alors que le compositeur vivait toujours en Pologne.

Les autres pièces de Chopin proposées sur cet enregistrement, toutes composées entre 1840 et 1843, sont des oeuvres de maturité où la virtuosité semble mise au service d’un propos musical plus étoffé. La Ballade en la bémol majeur, op. 47, plus lumineuse que les trois autres ballades, s’en distingue également par son côté presque dansant et par la grande unité de son matériau thématique. Écrite deux ans après le début de la composition de cette Ballade, la Polonaise en la bémol majeur, op. 53, présente un assemblage de sections dont les caractères semblent justifier son surnom d’« héroïque » : majestueux et triomphant, le thème principal cède sa place, pendant la célèbre section centrale, en mi majeur, à une mélodie au caractère martial se découpant au-dessus d’un ostinato de quatre octaves plaquées descendantes, en croches.

À l’inverse, le mélancolique Nocturne en mi bémol majeur, op. 55, n°2, est une oeuvre très abstraite, qui ouvre la voie au style plus tardif de Chopin. Sous ses dehors improvisés, ce nocturne relève d’une écriture autrement plus complexe qu’il n’y paraît à prime abord, l’oreille attentive pouvant y déceler de subtiles relations thématiques entre la mélodie et l’accompagnement.
Date de sortie:
09 septembre 2016
Numéro d'album:
AN 2 9129
Genres:
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Live: Beethoven, Enescu, Chopin

Beethoven, Ludwig van (1770 - 1827)
Deux Rondos pour piano
1
I. Rondo en do majeur, op. 51, no 1
1,99 $
5:48
2
II. Rondo en sol majeur, op. 51, no 2
1,99 $
9:18
Enescu, George (1881 - 1955)
Suite no 2 pour piano, op. 10
3
I. Toccata
0,99 $
4:06
4
II. Sarabande
1,99 $
7:16
5
III. Pavane
1,99 $
5:51
6
IV. Bourrée
1,99 $
5:40
Chopin, Frédéric (1810 - 1849)
Ballade no 3 en la bémol majeur, op. 47
7
Ballade no 3 en la bémol majeur, op. 47
1,99 $
7:27
Chopin, Frédéric (1810 - 1849)
Nocturne en mi bémol majeur, op. 55, no 2
8
Nocturne en mi bémol majeur, op. 55, no 2
0,99 $
5:28
Chopin, Frédéric (1810 - 1849)
Introduction et Rondo en mi bémol majeur, op. 16
9
Introduction et Rondo en mi bémol majeur, op. 16
1,99 $
10:35
Chopin, Frédéric (1810 - 1849)
Polonaise no 6 « Héroique » en la bémol majeur, op. 53
10
Polonaise no 6 « Héroique » en la bémol majeur, op. 53
1,99 $
7:27
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Live: Beethoven, Enescu, Chopin

Numéro d'album: AN 2 9129
Date de sortie: 09 septembre 2016

Période(s): ClassiqueRomantiqueClassiqueRomantique

Genre(s): PianoPiano

Compositeurs:
Beethoven, Ludwig van | Enescu, George | Chopin, Frédéric

Interprètes:
Richard-Hamelin, Charles



Écrites sur une période d’à peine plus d’une centaine d’années (1896-1903), les pièces proposées sur cet album paraissent néanmoins représentatives de trois siècles de musique : les deux Rondos, op. 51, de Beethoven, portent l’héritage du classicisme; les oeuvres de Chopin s’inscrivent dans la tradition romantique, tandis que la Deuxième suite pour piano, op.11, de George Enescu, avec son langage harmonique unique et sa poésie impressionniste, indique au tournant du XXe siècle l’une des voies que prendra la modernité. Dans ce mélange des époques, un bel équilibre s’établit entre des oeuvres très connues et des pièces moins souvent jouées, entre retrouvailles et découvertes.

LUDWIG VAN BEETHOVEN (1770 – 1827)
Composés à quatre années d’intervalle, les deux Rondos, op. 51, de Ludwig van Beethoven, n’ont pas été conçus pour aller ensemble : leur union en un même opus résulte d’une décision d’un éditeur qui les publia ainsi en 1819, soit 19 ans après la composition du deuxième de ces rondos. Ces deux pièces partagent plusieurs caractéristiques, à commencer par l’élégante simplicité de leur refrain, qui évoque davantage le classicisme de Mozart et Haydn : rien n’y laisse présager le tournant « héroïque » que prendra la musique de Beethoven au début du XIXe siècle. Chacun à leur manière, les deux morceaux de l’op. 51 s’éloignent de la forme conventionnelle du rondo. À l’intérieur du deuxième couplet du Rondo en do majeur, op. 51, n°1, Beethoven place un retour du thème du refrain, dans la tonalité de la bémol majeur. Certaines des modifications apportées dans ce « faux » refrain, comme l’ajout de passages chromatiques ou encore l’accélération rythmique du conséquent, joué en triolets, réapparaîtront lors de la troisième et dernière occurrence du refrain au ton initial de do majeur. Dans le Rondo en sol majeur, op. 51, n°2, la forme du rondo s’imbrique dans une large coupe ABA’, suggérée par le grand contraste que présente par rapport au reste de l’oeuvre le deuxième couplet, d’un caractère plus animé, pour lequel Beethoven utilise non seulement une tonalité nouvelle, mais change aussi de tempo et de métrique.

GEORGE ENESCU (1881 – 1955)
L’oeuvre compositionnel de George Enescu a, de son vivant, été éclipsé par une brillante carrière de soliste, de chambriste, de chef d’orchestre et de pédagogue. Violoniste virtuose ayant notamment enseigné à Yehudi Menuhin et joué avec Dinu Lipatti et Pablo Casals, George Enescu était aussi un excellent pianiste, dont la technique de jeu faisait l’envie d’Alfred Cortot. C’est d’ailleurs le compositeur lui-même qui assume, en 1903, la création publique de la Deuxième suite pour piano en ré majeur, op. 10, dont trois des quatre mouvements ont été écrits à l’occasion d’un concours international de composition organisé en 1903 par la revue Musica. À une Toccata composée deux ans plus tôt lors d’un séjour en Roumanie, son pays natal, il ajoute une Sarabande, une Pavane et
une Bourrée pour former une suite qu’il soumet au jury sous l’intitulé « Des cloches sonores ».

Ce titre imagé semble particulièrement adapté à la Toccata qui ouvre la suite ainsi qu’à la Bourrée qui la termine, deux mouvements à la texture sonore riche et vibrante. En cela, le terme Toccata paraît être utilisé selon une de ses acceptions remontant aux XVIe et XVIIe siècles, alors qu’il pouvait désigner des oeuvres évoquant une fanfare.

Contrairement à la Toccata pour le piano de Debussy (1901) ou à la Toccata concluant le Tombeau de Couperin, de Ravel (1918), la Toccata
de la Deuxième suite pour piano d’Enescu n’est pas un mouvement perpétuel, mais plutôt une pièce dont l’écriture tantôt majestueuse, fournie, baignée de pédale et déployée dans les registres extrêmes du piano, tantôt plus mince et articulée, rappelle les différents jeux de l’orgue.

Dans l’introduction de la Sarabande, la série d’accords arpégés qui sert d’accompagnement à une mélodie jouée en octaves à la main droite évoque le battement des cordes d’une guitare que l’on frotterait de bas en haut, type d’accompagnement qui reviendra ponctuellement dans le déroulement de ce mouvement au caractère à la fois noble et rêveur.

La Pavane, qui porte l’indication « lentement bercé », est le mouvement le plus intime de l’oeuvre. Dans ses premières lignes, une mélodie
au rythme très libre et ornée de plusieurs trilles, marquée « quasi flûte », peut être entendue comme une allusion au folklore roumain. Cette évocation demeure cependant plutôt marginale dans une suite fortement imprégnée d’influences françaises.

Plus exubérante et parfois même martelée, comportant des moments d’une intensité dramatique
jamais encore atteinte dans les mouvements précédents, la Bourrée débute d’une manière à la fois festive et solennelle avec un motif de tierces parallèles à la main droite qui évoque indubitablement un appel de trompettes. Ce motif acquerra une grande importance dans le déroulement de la pièce : tantôt son rythme, tantôt son dessin mélodique sont repris dans les différents registres du clavier, pour triompher, peu avant la fin, dans une apothéose quasi-orchestrale.

FRÉDÉRIC CHOPIN (1810 – 1849)
C’est en 1832, soit dans l’année suivant celle de son arrivée à Paris, que Frédéric Chopin termine la composition du Rondo en mi bémol majeur, op.16. Conçu à partir d’esquisses depuis longtemps laissées de côté, ce morceau au style « brillant », plein de fraîcheur, de virtuosité et même – chose rare chez Chopin – d’humour, s’inscrit tout à fait dans l’esprit de ses oeuvres de jeunesse, écrites alors que le compositeur vivait toujours en Pologne.

Les autres pièces de Chopin proposées sur cet enregistrement, toutes composées entre 1840 et 1843, sont des oeuvres de maturité où la virtuosité semble mise au service d’un propos musical plus étoffé. La Ballade en la bémol majeur, op. 47, plus lumineuse que les trois autres ballades, s’en distingue également par son côté presque dansant et par la grande unité de son matériau thématique. Écrite deux ans après le début de la composition de cette Ballade, la Polonaise en la bémol majeur, op. 53, présente un assemblage de sections dont les caractères semblent justifier son surnom d’« héroïque » : majestueux et triomphant, le thème principal cède sa place, pendant la célèbre section centrale, en mi majeur, à une mélodie au caractère martial se découpant au-dessus d’un ostinato de quatre octaves plaquées descendantes, en croches.

À l’inverse, le mélancolique Nocturne en mi bémol majeur, op. 55, n°2, est une oeuvre très abstraite, qui ouvre la voie au style plus tardif de Chopin. Sous ses dehors improvisés, ce nocturne relève d’une écriture autrement plus complexe qu’il n’y paraît à prime abord, l’oreille attentive pouvant y déceler de subtiles relations thématiques entre la mélodie et l’accompagnement.
1
Beethoven, Ludwig van
Enescu, George (1881 - 1955)
Suite no 2 pour piano, op. 10
4:06
2
Beethoven, Ludwig van
Enescu, George (1881 - 1955)
Suite no 2 pour piano, op. 10
7:16
3
Beethoven, Ludwig van
Enescu, George (1881 - 1955)
Suite no 2 pour piano, op. 10
5:51
4
Beethoven, Ludwig van
Enescu, George (1881 - 1955)
Suite no 2 pour piano, op. 10
5:40
5
Beethoven, Ludwig van
Beethoven, Ludwig van (1770 - 1827)
Deux Rondos pour piano
5:48
6
Beethoven, Ludwig van
Beethoven, Ludwig van (1770 - 1827)
Deux Rondos pour piano
9:18
7
Beethoven, Ludwig van
Chopin, Frédéric (1810 - 1849)
Ballade no 3 en la bémol majeur, op. 47
7:27
8
Beethoven, Ludwig van
Chopin, Frédéric (1810 - 1849)
Nocturne en mi bémol majeur, op. 55, no 2
5:28
9
Beethoven, Ludwig van
Chopin, Frédéric (1810 - 1849)
Introduction et Rondo en mi bémol majeur, op. 16
10:35
10
Beethoven, Ludwig van
Chopin, Frédéric (1810 - 1849)
Polonaise no 6 « Héroique » en la bémol majeur, op. 53
7:27