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AN 2 8728

Jean Françaix: Gargantua et autres plaisirs

Date de sortie 10 février 2009
Numéro de l'album AN 2 8728
Periodes XXe siècle

Informations sur l'album

Angèle Dubeau & La Pietà et Albert Millaire (dans le rôle du récitant) nous présentent Les inestimables chroniques du bon géant Gargantua de Maître François Rabelais, restituées à leur naturel par Jean Françaix, bourgeois décadent et compositeur de musique tonale. Les Grands esprits des XVIe et XXe siècles se rencontrent… Plaisir et encore plaisir! En complément de programme, découvrez L’Heure du Berger, frivole juste à souhait, dans laquelle Françaix joua plutôt la carte de la caricature et la Sérénade B E A, commandée au compositeur par un riche hongrois pour sa petite amie Béatrice.

Jean Françaix

 » Au commencement du monde, ou à peu près – je n’y étais pas – au commencement était le verre, la bouteille.  »

Le soleil était brutal, les arbres dégarnis, les rivières asséchées, les terres arides, les animaux affamés. Et voici que des sons se mirent à jaillir des pores béants des hommes, dilatés par la chaleur. Certains les transmettaient par leurs doigts, d’autres les partageaient avec leur gosier, d’autres s’imprégnaient de l’inspiration des autres pour s’épanouir. De cette race insolite naquirent les Géants de la musique française. Tous privilégiaient une harmonie travaillée, un raffinement orchestral, l’élégance de la mélodie, ne cédant que rarement aux impératifs des modes, préférant se préoccuper du plaisir sonore. Machaut séduisit avec ses ballades, ses virelais et ses motets. Lui succédèrent les rondeaux et les messes de Dufay et des Prés. Vint ensuite Claude Le Jeune, maître de la polyphonie, bientôt suivi par Couperin et Rameau, maîtres du clavecin. Les remplacèrent Méhul, le Beethoven français puis Berlioz, maître de l’orchestre, Bizet, Fauré et Chausson les lyriques, Saint-Saëns l’improvisateur, puis enfin Debussy et Ravel, charnières entre les mondes romantique et moderne.

C’est à l’ombre de ces maîtres que naquit Jean Françaix, le 23 mai 1912, au Mans.  » Mon père avait le calme et l’obstination des gens du Nord de la France; ma mère était volcanique, quoique Mancelle, avec une ascendance lorraine. Je possède, comme il se doit, de l’un et de l’autre, le volcan illuminant le paysage tranquille de mon âme.  »

Le petit Jean croissait et profitait à vue d’œil. Son intelligence semblait vive, ses talents multiples. Très tôt, il aborda la composition.  » Depuis ma prime jeunesse, je suis atteint du virus de la composition. Faire quelque chose en partant de la feuille blanche, quelle ivresse ! Pouvoir sortir de sa prison personnelle, quel privilège ! Et le risque est nul : si le message est sans valeur, je ne serai plus là pour le constater… Et Dieu m’en consolera, s’il veut bien de moi…  » En 1921, il publia sa première œuvre musicale, Pour Jacqueline et, du haut de ses neuf ans, promit solennellement de remplacer Saint-Saëns, passé de vie à trépas.

Un matin, le père du petit Jean, directeur du Conservatoire du Mans, reçut la lettre suivante :  » Voici longtemps que je me reproche de n’avoir pas encore répondu à votre aimable lettre et à l’envoi fort intéressant du manuscrit de votre fils. Parmi les dons de cet enfant, je remarque surtout le plus fécond que puisse posséder un artiste, celui de la curiosité. Il ne faut pas étouffer dès à présent ces dons précieux, risquer de dessécher cette jeune sensibilité. … Et, dès maintenant, vous pouvez recommander à votre fils de s’armer de courage pour poursuivre la carrière « d’agrément” dans laquelle il s’est engagé. Maurice Ravel, 10 janvier 1923 « 
La voie semblait tracée, il ne restait plus qu’à la suivre.

Pour l’élever à un degré de science encore plus grand, on lui transmit les rudiments de la composition à Paris, à des lieues du Mans.  » Mon professeur d’écriture, Nadia Boulanger, n’a jamais pu m’apprendre ni l’harmonie ni le contrepoint et encore moins la fugue. Pour maintenir son prestige, elle disait partout que je savais tout cela d’instinct. Je dois à la vérité de dire que, lorsque je compose, les plus belles théories sont la dernière chose à quoi je pense. Les autoroutes de la pensée m’intéressent moins que les sentiers forestiers.  »

Toute sa vie durant, malicieusement, petit Jean refusa de devenir grand, préférant insuffler la fraîcheur oubliée de l’enfance à chacune de ses pages. Longuement, il s’est entraîné – après tout,  » le goût est surtout affaire de courage « . Il fit fi des modes, ignora un public par trop versatile, accepta de jouer le rôle du marginal, se gaussa des critiques de ses contemporains qui décriaient sa rapidité d’écriture et ses inventions mélodiques ludiques. Fier, résolu, il refusa de sacrifier son indépendance d’esprit, de céder aux diktats de la musique sérielle qu’il combattit, vaillamment, jour après jour.

Les inestimables chroniques du bon géant Gargantua, d’après Rabelais

Avec Gargantua, Françaix choisit de revisiter l’œuvre de Rabelais, de l’adapter, de l’adopter, d’en extraire la quinte essence.  » Je n’écris pas un livret pour le suivre, mais au contraire pour suivre ma musique qui va plus vite et plus loin que le texte.  » Avant toute chose, il espérait transmettre les messages humanistes de la Renaissance encore pertinents pour l’auditeur de 1971 comme celui d’aujourd’hui : l’importance d’une éducation qui mise aussi bien sur la compréhension des textes anciens que l’étude directe de la nature, la futilité de la folie de Picrochole qui souhaite conquérir l’univers entier, tuant et pillant tout sur son passage et la nécessité d’établir un monde meilleur.  » Par la mise en musique de Gargantua, j’espère donner envie aux autres de lire ce texte « .

L’Heure du Berger

Dans L’Heure du Berger, frivole juste à souhait, Françaix joua plutôt la carte de la caricature en acceptant cette commande pour  » rénover la musique de brasserie  » – Berger étant le nom d’un célèbre apéritif anisé.  » Mon Heure du Berger se passe chez le Maxim’s de la belle époque, où l’évocation de La belle Otéro était bien de nature à créer de petits frémissements ecclésiastiques; quant à ma mise en boîte des Vieux Beaux, elle m’est aujourd’hui un rien cruelle, car ma beauté est très controversée, si mon âge ne l’est pas!

Pour Les Petits Nerveux, ils évoquent les amis de Tristan Bernard, en gilets de sport rayés et pantalons knickers, pédalant à toute vitesse sur de rutilantes bicyclettes pour tenter d’éblouir des dames parfaitement blasées.
Maurice Ravel disait qu’il n’est pas de bonne musique de brasserie sans contrebasse. Pour lui obéir, j’ai donc adjoint une contrebasse au Quatuor Enesco, pour assurer l’exécution de L’Heure du Berger, et vous constaterez que ces messieurs, si sérieux dans Mozart et Beethoven, prendront un certain plaisir à s’encanailler.  » Cette version pour cordes est enregistrée ici pour la toute première fois, toutes les versions existantes ayant été adaptées pour vents.

Sérénade B E A

Quant à la Sérénade B E A , elle fut commandée au compositeur  » par un riche hongrois pour sa petite amie Béatrice. Les trois premières lettres de son prénom, B.E.A. m’ont donné le thème de ma Sérénade, B correspondant à la note si, E à la note mi et A à la note la, trois notes qu’on retrouve tout au long de l’ouvrage. Celui-ci se termine par un mouvement lent extrêmement triste, le commanditaire ayant, entre temps, rompu avec sa belle…  » Plaisir d’amour ne dure qu’un instant…

Toute sa vie, Françaix préféra à la gloire la satisfaction de rendre heureux avec sa musique, multiplia les incursions dans les différents genres.  » À toi cher public averti, d’ouvrir tes oreilles et d’avoir le courage de penser : cette musique me plaît, ou me déplaît. Qu’il n’y ait entre ma musique et toi aucun intermédiaire plus ou moins intéressé à orienter tes conclusions. Souviens-toi que tu es composé d’êtres humains libres, et non de robots obéissants. Écrase de ton fondement puissant le snobisme, la mode et les envieux. Et laisse-toi aller à ton plaisir si tu en éprouves.  » Après tout, comme l’indique la seule et unique clause de l’abbaye construite par Grandgousier, père de Gargantua,  » Fais ce que tu voudras « .

© Lucie Renaud

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À propos

Angèle Dubeau & La Pietà
Angèle Dubeau
AN 6 1011
AN 6 1011

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