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AN 2 8727

Philip Glass: Portrait

Compositeurs
Date de sortie 14 octobre 2008
Numéro de l'album AN 2 8727
Periodes Contemporaine
Genres Musique de chambre

Informations sur l'album

La violoniste Angèle Dubeau a souhaité tracer ici un portrait le plus saisissant possible du compositeur Philip Glass, à travers certaines de ses œuvres les plus significatives impliquant un orchestre à cordes, dont Mishima, Company, la suite The Hours et Closing, extraite de Glassworks.

Minimalisme, postminimalisme : il serait inutilement réducteur de résumer en ces deux seuls termes l’œuvre particulièrement fertile de Philip Glass, l’un des compositeurs américains contemporains les plus salués. On peut néanmoins tenter d’en extraire quelques grands axes principaux. Ainsi, la notion de temps doit être perçue de façon entièrement différente de celle entretenue habituellement, non plus comme une continuité mais plutôt une succession d’instants qui se jettent les uns dans les autres, sans relation de cause à effet.  » Nous venions du théâtre expérimental et non d’un enseignement traditionnel que nous auraient inculqués de doctes professeurs : John Cage, Merce Cunningham, le Living Theatre, Grotowski et Genet étaient nos racines. L’idée d’un temps différent, d’une durée extensible, venait plus de Beckett que du raga indien « , expliquait Philip Glass dans Le Monde de la musique en septembre 1999. De plus, en choisissant de traiter le son de la façon la plus neutre possible, le compositeur transmet une volonté d’abandonner toute forme de raisonnement. En se laissant essentiellement guider par ses sensations, l’auditeur peut mieux percevoir l’extensibilité relative du temps, les chatoiements des cellules mélodiques. Celles-ci s’additionnent, se soustraient, donnent l’impression de se démultiplier, suscitant un état méditatif, l’oreille se laissant séduire par un univers tourbillonnant dénué de points d’ancrage, sans logique apparente, mais pourtant parfaitement naturel.

Dès ses années d’apprentissage à Paris, Philip Glass a porté un intérêt marqué au cinéma de Cocteau.  » J’ai d’abord vu les films de Cocteau quand je suis allée à Paris en 1954 pour étudier le français. J’avais 17 ans alors et le Paris que j’ai vu était le Paris de Cocteau. La vie de bohème que vous voyez dans Orphée, je l’ai connue, elle m’attirait, explique-t-il dans une entrevue avec Jonathan Cott. Ces personnages étaient les gens que je fréquentais. Je visitais les studios des peintres, appréciais leur travail, allais au bal des Beaux-Arts et restais éveillé toute la nuit. […] Il y avait une esthétique, un point de vue, une vision de la culture qui m’ont considérablement rejoint à l’adolescence et dans la vingtaine et qui ont germé en moi tout ce temps. Quand, au début des années 1990, j’ai finalement pu réaliser une version d’Orphée, je savais exactement ce que je voulais faire… comme je l’ai su pour La Belle et la bête. Ces deux œuvres sont des hommages à Cocteau, que je considère un artiste important du XXe siècle.  »

La Belle et la bête

Dans ce projet ambitieux d’opéra multimédia (daté de 1994), Philip Glass a choisi d’occulter la trame sonore du film de Cocteau (musique et dialogues) pour y substituer une partition chantée à l’avant-scène, le film étant projeté en arrière-plan. Cette distanciation permet une relecture de l’allégorie de l’artiste puisant en son cœur même l’inspiration.  » Le film traite de la transformation d’un être mi-bête, mi humain – ce que nous sommes tous – au stade de la noblesse de l’artiste, ce que deviendra la Bête en fin de parcours. Avant, la Bête sait qui elle est mais ne peut pas l’être. Et n’est-ce pas là l’état dans lequel nous sommes quand nous tentons d’aborder le processus créatif? Comment devenons-nous ce que nous sommes? Tous les artistes peuvent se sentir interpellés par cette question.  » Comme Rossini avant lui, Philip Glass se sert de l’ouverture de l’opéra pour y présenter les thèmes-clé de l’œuvre. L’arrangement pour orchestre à cordes présenté ici est signé Michael Riesman, pianiste, compositeur et chef d’orchestre, l’un des collaborateurs les plus précieux de Philip Glass depuis 1974. Il signe également ici les arrangements de Joseph Conrad’s The Secret Agent, The Hours et Closing.

 » Mishima  » : Quatuor no 3

Le Quatuor no 3,  » Mishima «  a d’abord été utilisé comme trame sonore de Mishima, a Life in Four Chapters, réalisé par Paul Schrader en 1984.  » Je me suis plongé dans les écrits de ce remarquable auteur japonais moderne, Yukio Mishima, explique le compositeur dans Music by Philip Philip Glass. Essentiellement, cette approche ressemble à celle que j’ai privilégiée pour mes portraits opératiques. J’ai d’abord cherché à établir une image claire, personnelle, de Mishima l’homme et l’auteur. Ensuite, quand je me suis plongé dans la composition elle-même, cette impression est devenue ma première source d’imagination musicale.  » La partition se veut miroir et renforcement de la structure narrative de l’œuvre, très complexe, chacun des quatre chapitres comprenant trois modes narratifs distincts.

The Secret Agent

En 1996, Philip Glass signait pour le film de Christopher Hampton, Joseph Conrad’s The Secret Agent, l’une de ses partitions les plus romantiques, dont le ton oscille entre la mélancolie et l’espoir. Les cordes se font tantôt sombres et tantôt particulièrement lumineuses, le motif des violoncelles étant somptueusement rehaussé par les arabesques des autres cordes.

Echorus 3

Echorus (dérivé de écho) a été écrit pendant l’hiver 1994-95 pour les violonistes Edna Mitchell et Yehudi Menuhin. De forme A-B-A, la pièce s’apparente à la chaconne baroque. Les solistes jouent tour à tour le motif de la chaconne ou les fragments mélodiques suggérés par la structure harmonique.  » La musique est inspirée par des pensées de compassion et souhaite évoquer des sentiments de sérénité et de paix « , explique Philip Glass.

Company

Company (la version pour orchestre à cordes du Quatuor no 2) a été composé en 1983 (sic) comme musique de scène pour le poème en prose de Beckett, monté par le Mabou Mines, compagnie de théâtre new-yorkaise pour laquelle Philip Glass devait écrire, pendant près de trois décennies, nombre d’œuvres en tant que compositeur  » non officiel « . L’un des textes bilingues les plus fascinants de Beckett, d’abord écrit en anglais, puis traduit en français par l’auteur lui-même, avant d’être retravaillé dans sa forme originale, Company trace le portrait, en 59 strophes, d’un vieil homme qui dialogue dans le noir avec une voix mystérieuse qu’il ne peut identifier ou nommer. Chaque mouvement de ces pages à la fois introspectives et passionnées s’insère dans les  » interstices  » du texte de Beckett.

The Hours

La suite The Hours, pour piano, cordes, harpe et célesta, rappelle par sa structure en trois mouvements celle du concerto. Elle a été réalisée par Michael Riesman à partir de la trame sonore du film de Stephen Daldry, basé sur le roman de Michael Cunningham (et qui a valu à Nicole Kidman un Oscar en 2003). L’histoire raconte une journée cruciale pour trois femmes déchirées, dont les destins sont liés par le roman Mrs. Dalloway de Virginia Woolf, l’une des trois héroïnes. Quand Philip Glass a accepté de collaborer au projet, l’auteur Michael Cunningham a cru un instant rêver éveillé, ayant été de tout temps féru de la musique de celui-ci.  » J’aime la musique de Glass presque autant que j’aime Mrs. Dalloway de Woolf, et pour certaines des mêmes raisons, explique-t-il. Glass, comme Woolf, est plus intéressé par le flot que par les commencements, les climax et les fins; il insiste, comme Woolf, que la beauté réside le plus souvent dans le présent que dans le lien qu’entretient le présent avec le passé et le futur. Glass et Woolf se sont tous deux affranchis du domaine traditionnel de la narration, qu’elle soit littéraire ou musicale, privilégiant un tout plus méditatif, moins clairement délimité, plus vrai. Pour moi, Glass peut retrouver en trois notes répétées un peu de l’étrange ravissement ressenti par Woolf face à une femme nommée Clarissa Dalloway faisant ses emplettes par un matin d’été comme tant d’autres. Nous sommes des créatures qui se répètent, nous, les humains, et si nous refusons d’embrasser la répétition – si nous nous rebellons face à l’art qui cherche à louer ses textures et ses rythmes, ses infinies variations subtiles – nous ignorons une grand part de l’essence même de la vie. « 

Glasswork: Closing

L’enregistrement se termine de façon toute naturelle par « Closing « , tiré de Glassworks, une œuvre datée de 1982 et qui visait à présenter le travail de Philip Glass à un plus large public. Elle est reprise dans la trame sonore du film américain Breathless (1983), mettant en vedette Richard Gere, remake du classique de Jean-Luc Godard À bout de souffle. On y constate que, déjà, Glass traite le matériau musical comme un langage en constante mutation, libéré de ses contraintes, mais dont l’auditeur peut saisir les moindres variations.

© Lucie Renaud

Angèle Dubeau & La Pietà

Soliste, directrice artistique: Angèle Dubeau

Premiers violons: Julie Triquet, Josiane Breault

Seconds violons: Andra Giugariu, Ariane Bresse, Ana Drobac

Altos: Martine Gagné, Bojana Milinov, Yukari Cousineau

Violoncelles: Annie Gadbois, Thérèse Ryan

Contrebasse: Mariane Charlebois-Deschamps

Piano: Louise-Andrée Baril

Harpe: Caroline Lizotte

Célesta: Marie-Eve Scarfone

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À propos

Angèle Dubeau & La Pietà
Angèle Dubeau
AN 6 1003

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